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vendredi 5 mai 2017

Souffler dans la cassette

Par Jonathan Bécotte, chez Leméac.
Quatrième de couverture (extrait):
«Souffler dans la cassette est un roman poétique qui dépeint l’amitié entre deux garçons du primaire. Leurs jeux, leurs aventures formeront les racines des hommes qu’ils deviendront.»

L’amitié. La vraie. La grande. Celle qui illumine le regard et fait sourire l’âme en secret. Celle qui fait poindre le soleil entre les averses du quotidien. Celle qui tisse, finement, la trame d’un avenir à l’unisson. Celle qui vibre d’intensité. Celle qui aussi, parfois, s’avère être un amour qui n’ose pas prendre sa place. Celle-là. Celle-là même. Qui crée le vide en s’évaporant sans crier gare. D’une plume à la poésie quotidienne, tendre et évocatrice, Jonathan Bécotte chuchote au lecteur l’amour dans toute sa vertigineuse simplicité et sa fracassante vulnérabilité. Un opuscule, comme une ode au sacré, qui sait dire avec la juste lucidité de l’enfance, ce lien, si fort, qui souffre en silence de n’être pas nommé.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮

lundi 6 mars 2017

Le demi-dieu aux bas blancs (Escouade Fiasco, t.1)


Par Julie Champagne, série L'Escouade Fiasco, t.1, chez La courte échelle.
Quatrième de couverture:
«Émilie reconnaît l’homme de sa vie en Thomas Saint-Louis. Le hic? Il ignore même qu’elle existe. Pire, dès qu’il apparaît, elle perd tous ses moyens et devient aussi loquace qu’un géranium. Pour remédier à ces incidents botaniques, sa meilleure amie Marisol multiplie les stratégies. Camouflage, interrogatoire musclé et hypnose seront-ils suffisants pour aider Émilie à conquérir Thomas?»

Pour Émilie, rien n’est jamais aussi simple qu’il y paraît. D’abord, il y a sa famille, reconstituée, bourdonnante de vie et de petites trahisons au quotidien. Puis, il y a l’amour qui frappe sans crier gare, avec bas blancs, yeux brillants et tout le bataclan. Et enfin, il y a cette gaucherie chronique, la sienne, celle qui, sournoisement et inéluctablement, mine sa vie sociale et sentimentale. Heureusement, il y a aussi Marisol et ses plans rocambolesques (presque!) infaillibles…! Dans ce premier tome d’une série qui promet d’en faire voir de toutes les couleurs, Julie Champagne raconte l’adolescence, ses élans spontanés, ses coups de gueule, ses coups de foudre et ses ratés. Mené par la verve cocasse et irrésistible d’Émilie, ce charmant opus sait dire avec une audacieuse lucidité et une délicieuse ironie la vie et ses inexplicables détours. Une escouade singulière et inoubliable dont on meurt d’envie de lire les futures (et inévitables) mésaventures!…


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

dimanche 22 janvier 2017

Chroniques post-apocalyptiques d'une enfant sage


Par Annie Bacon, chez Bayard Canada.
Résumé de l'éditeur:
«Astride est une adolescente de treize ans d'un naturel réservé. À la suite d'un cataclysme déclenché par des scientifiques, elle se retrouve seule, sans parents ni amis. La jeune fille se réfugie dans le seul endroit qu'elle juge sécuritaire : la bibliothèque du quartier. Pour combler ses besoins primaires, elle s'approvisionne dans les commerces avoisinants et découvre que d'autres ont survécu et que la nourriture se faisant de plus en plus rare, les actes de violences vont se multiplier.»

En ce début de 21ème siècle troublé, où l’Homme teste sans vergogne les limites de l’Homme, et bousculent hardiment celles de la planète Terre, l’équilibre est on ne peut plus fragile entre l’insouciance et la fatalité. Personne n’est réellement à l’abri de la bêtise des autres. Et si, en un instant, tout basculait? Et si seul l’instinct de survie pouvait rendre possible un avenir improbable? D’une plume fine et juste, Annie Bacon raconte l’essence même de la survivance; celle du corps, bien sûr, mais surtout, celle de l’âme. Misant audacieusement sur une narration tout en concision et en simplicité, ce chamboulant opuscule évoque habilement, sans tomber dans la désespérance sans issue, la solitude vertigineuse de ceux qui doivent se réinventer un futur. Un petit bijou dérangeant qui sait astucieusement semer l’espoir à travers le chaos.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮

















samedi 12 novembre 2016

Louis parmi les spectres


Par Fanny Britt, illustré par Isabelle Arsenault, chez La Pastèque.
Résumé de l'éditeur:
«Louis a onze ans, une mère qui a peur de tout, un père qui pleure quand il boit et un petit frère obsédé par la soul américaine. Louis rêve de déclarer son amour à Billie, une compagne de classe indépendante et solitaire. Mais dans la réalité, rien à faire : dès qu’il s’approche d’elle, Louis se tétanise comme un clou rouillé. Accompagné de sa famille, de son fidèle ami Boris, et de ses spectres (ceux du passé comme ceux de son monde intérieur), Louis apprendra la vraie définition du courage.»
Pour Louis, l'amour est une mer indomptable. Une mer à la houle perpétuelle. Une mer dans laquelle se déversent les larmes éthyliques de son père qui n'a pas le pied marin, et les larmes muettes de sa mère tentant de résister aux courants l'entraînant vers le large. Pour Louis, l'amour n'est que le grondant silence d'un tumulte à venir. L'amour n'a pas de mots, que des embruns. Mais, par chance, il y a la fascinante Billy. Et s'il suffisait de s'accrocher vaillamment à la barre pour apprendre à apprivoiser les flots? Et si, pour Louis, Billy était l'Étoile du Nord, un lumineux point de repère pour le coeur quand la timidité fait frémir la raison? Tout en douce authenticité, Fanny Britt sait dire le vertige des sentiments plus grands que tout, d’un amour (le premier, le tout plein d’espoir!) qu’on voudrait éternel, et de cette valse-hésitation des premiers pas dont il faut inventer jusqu’à l’impulsion première. S'épanouissant tout en fine éloquence à travers la palette feutrée et sensible d'Isabelle Arsenault, ce remuant opus ose aborder avec justesse la grisaille de l’âme qui vacille et célébrer la candeur courageuse qui sème l’espoir.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮

jeudi 3 mars 2016

L'été de la révolte et L'automne du renouveau

Par Johan Heliot, chez Gulf Stream, C.I.E.L. tomes 3 et 4.
Quatrièmes de couverture:
L'été de la révolte :
«Depuis le CIEL, l'intelligence artificielle avait pris le pouvoir sur Terre. Elle avait trié les humains, rationnalisé leur activité, rationné leurs besoins. Sans parvenir à éteindre les ferments de révolte, attisés par l'été caniculaire. Pour étouffer la Résistance qui partout s'organisait, l'IA s'apprêtait à dévoiler une dernière surprise : l'avenir de l'espèce humaine. Au nom de quoi les résistants priveraient-ils leurs proches des bienfaits qu'elle leur promettrait?»
L'automne du renouveau :
«L’Intelligence Artificielle qui, en un hiver, avait dompté l’humanité est sur le déclin. Retranchée dans un ancien château dans les contreforts vosgiens, elle observe ses partisans affronter les résistants, toujours mieux organisés. Dans cette atmosphère de confrontation où la joie des victoires est entachée par l’amertume des représailles, les cinq Keller, ballotés par les événements, convergent vers les Vosges et le chalet de Tomi. Celui-ci aura-t-il l’occasion de voir sa famille réunie avant que le cancer ou la guerre ne l’emporte? Et quel sera le prix à payer pour que les hommes se libèrent du joug écologiste de l’IA?»

Et s'il fallait contraindre l'humain à laisser sa place pour le bien-être d'une planète à bout de souffle? Et s'il fallait tout faire pour empêcher l'inéluctable fin de la Vie? Pendant que continue de régner l'implacable intelligence artificielle du C.I.E.L. sur le Monde, répétant sans fléchir les horreurs d'autrefois dont l'Histoire soulignait pourtant la bêtise cruelle, et réduisant l'Homo Sapiens à une espèce faiblarde, nuisible, en voie programmée d'extinction, l'humanité, bafouée, écartelée, poussée aux dernières extrémités, n'a pas encore dit son dernier mot. Opposant l’instinct et l’intuition, à l'inflexible et cartésienne logique de leur «bienveillant» tyran, les humains se débattront avec l'énergie du désespoir, n'ayant plus rien à perdre, et tout à sauver. D'une plume toujours aussi troublante de justesse, Johan Heliot poursuit sa terrifiante réflexion, plongeant le lecteur au coeur de déchirants et on ne peut plus actuels dilemmes éthiques: la Vie et le libre-arbitre sont-ils des droits inaliénables? Comment déterminer ce qui doit prévaloir entre la survie de la planète, ou celle de ses habitants, aussi imparfaits, avides et insouciants utilisateurs de ses ressources épuisables soient-ils? Doit-on forcer la prise de conscience par l’extrémisme? Doit-on infléchir le cours des choses, sans égard aux moyens, avant qu’il ne soit trop tard? Deux opus chamboulants, à la réalité vertigineusement près d’un possible pas si improbable, suite et fin d’une tétralogie fascinante et indiscutablement incontournable, à l’intelligence fine et à la pertinence indéniable. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

mardi 16 février 2016

Grand-père et la Lune

Par Stéphanie Lapointe, illustré par Rogé, chez XYZ, collection Quai no 5.
Quatrième de couverture:
«Je pensais que ça le rendrait fier quand je lui ai dit que j’avais été choisie au concours-de-qui-ira-sur-la-lune: "Je vais aller sur la lune comme Neil, Grand-Père."»

Quand la solitude laisse toute la place au silence, le silence n’est pas toujours muet. Et voilà que nous prend des envies de Voie Lactée. D’une plume éthérée, tout en finesse et en simplicité, Stéphanie Lapointe brode l’histoire émouvante d’un grand-père qui se languit de son étoile à jamais perdue, et de sa petite-fille qui se cherche entre les constellations. S’épanouissant à travers la palette sobre et sensible de Rogé dans un éloquent dialogue mots/illustrations, cet opus singulier, à l’imaginaire mélancolique et à la douceur candide, berce et chamboule dans un mémorable ballet hors du temps. Un petit bijou des jours sans lune pour apprendre à saisir les étoiles filantes au vol avant qu’elles ne s’éteignent.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

mercredi 20 janvier 2016

Fé M Fé


Par Amélie Dumoulin, chez Québec Amérique, coll. Titan +.

Quatrième de couverture:
«Félixe remet le bébé pigeon qu’elle vient de trouver dans sa sacoche. Elle m’embrasse d’un côté, s’arrête, me fixe – ses joues sont toutes rouges d’excitation –, elle m’embrasse tout doucement de l’autre côté, puis repart sur son vélo à toute vitesse. 
— Je vais le sauver, Fé, tu vas voir, il va devenir grand, il va aller à l’université! 
Je la regarde partir. Je pose la plume sur mon nez. En temps normal, je crois pas que je pourrais tomber en amour avec une fille. Mais une fille qui sauve un pigeon et qui l’appelle Clint, je pense que je vais faire une exception.»


Quand l'amour se pointe, tout bascule. L'envers devient endroit, le noir devient blanc, on passe de l'autre côté du miroir. Si l'amour fait respirer l’âme à grandes lampées, encore faut-il savoir de quel côté son coeur balance. À ce qu'il paraît, l'amour n'a pas de sexe. Or, c'est bien ce qui complique un brin l'aventure... D'une plume fine et juste, Amélie Dumoulin laisse dire le tumulte de Fé, son bouillonnement amoureux, les questions qui se bousculent, les réponses qui tardent à venir, les errances, les grands plongeons, les petites victoires, les peines abyssales, et ce vertigineux séisme de la Grande Détresse ébranlant sans crier gare son petit monde ronronnant, son petit cocon familial un poil excentrique. De sa verve échevelée, tout en simplicité et en authenticité, Fé raconte l’essentiel. Son essentiel. Avec ses méandres inexplicables. Sa valse-hésitation de l’âme. Un opus sublime, brodé avec délicatesse et sensibilité, qui ose regarder l’amour en face.

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮



Quelques extraits de sa lumineuse prose (je ne peux vraiment pas m'en empêcher!)...

«Quand on s'ennuie, le temps dégouline de partout. Février.»

«Mais au fil du temps, le petit robinet mal fermé dans ma poitrine devient un fleuve.»








... et une autre belle découverte,
à bien y penser,
 pour mon mois de janvier
du Défi littéraire 2016!

jeudi 31 décembre 2015

La Belle Rouge


Un merci chaleureux à Anne Loyer et Alice Éditions
pour la couverture en primeur.
Par Anne Loyer, Alice jeunesse, Tertio

Quatrième de couverture:
«Marje est camionneuse depuis 25 ans. Avec son beau camion rouge, elle sillonne les routes de France et d’ailleurs. Rien ni personne ne pourra mettre fin à sa passion de rouler. Entre son camion et elle, c’est une grande histoire d’amour. Kader va avoir 16 ans. Il n’a jamais connu son père et a été abandonné par sa mère lorsqu’il avait 7 ans. Après plusieurs familles d’accueil et des ennuis avec la justice, il vit dans un centre d’éducation renforcée pour mineur. C’est un rebelle, une vraie tête brûlée qui n’a qu’une envie : se faire oublier. Malheureusement ça ne fonctionne pas. Après avoir reçu une lettre de sa maman, Kader décide de fuguer. Il se retrouve sur une aire d’autoroute et monte dans un camion laissé ouvert. C’est celui de Marje. D’abord très contrariée par cet intrus qui chamboule son quotidien bien huilé, elle le prend finalement en pitié et accepte de le garder pour un bout de route.»


Quand on a l’âme en berne, on s’en sauve comme on peut. Certains s’enracinent et dépérissent, d’autres ruent dans les brancards avec fracas pour faire taire le silence, ou alors, se mettent en mouvement pour s’étourdir le vide et ne plus jamais s’arrêter. Chacun sa survie. Chacun son parcours solitaire. Et pourtant, même à la dérive, on n’est pas à l’abri de l’impromptu salutaire… D’une plume toute simple et authentique, Anne Loyer tricote une épopée à deux voix, singulière et chamboulante; une épopée qui sait dire sans esbroufe, narrant l’essentiel dans un habile enchevêtrement de courtes phrases et de silences bavards. Un opus fin et juste, ode de bitume à l’humanité égarée, qui avale les kilomètres comme on réapprend à vivre, et qui redonne foi aux possibles. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮



dimanche 1 novembre 2015

Le printemps de l'espoir


Par Johan Heliot, Gulf Stream, C.I.E.L. tome 2

Quatrième de couverture:
«L'hiver s'achevait, un hiver rude pendant lequel l'intelligence artificielle avait révélé ses intentions : supprimer l'humanité pour sauver la planète. Les hommes étaient traqués, capturés, emprisonnés, exploités, déportés... Avec le printemps naissaient pourtant de nouveaux espoirs portés par des hommes et des femmes qui ne se résignaient pas. Mais défier les machines avait un prix, et tous ceux qui en prenaient le risque ne devaient pas oublier l'injonction de l'ennemi : "Collaborez ou disparaissez!"»

Après un hiver accablant sous la coupe d'un implacable C.I.E.L. reprogrammant de force l'équilibre fragile de l'écosystème terrestre à grands coups de mesures draconiennes et d'éradication systématique des libertés et des droits, la société a basculé de l'autre côté du miroir: les humains sont désormais des exécutants remplaçables et sans valeur, au service de la dictature écologique et de la logique cartésienne de l'Intelligence Artificielle. Si, pour la plupart, courber l'échine et attendre la lente mais inexorable extinction de leur espèce semble la seule avenue envisageable, le printemps qui point à l'horizon chatouille l'espoir anéanti et fait heureusement gronder la révolte chez quelques irréductibles. D’une plume toujours aussi juste, Johan Heliot tricote une suite effrénée à ce terrifiant futur pas si lointain, faisant valser habilement le probable avec le possible dans un grinçant ballet, et triompher avec audace et adresse les dérives potentielles d’une intelligence technologique nourrie à même les aspirations les plus radicales de humanité. Un opus on ne peut plus troublant qui porte un regard pénétrant et adroit sur l’humain, ses failles, sa résilience, et sur ce qui devrait toujours continuer à le distinguer des machines: sa précieuse intelligence émotionnelle. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

mercredi 14 octobre 2015

Les fiancés de l'hiver


Par Christelle Dabos, Gallimard Jeunesse, La passe-miroir t.1

Quatrième de couverture:
«Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser le miroirs. Elle vit paisiblement sur l'arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d'un complot mortel.»

Dans un monde éparpillé aux quatre coins d'un univers singulier, des sociétés isolées, aux capacités extraordinaires, s'organisent à leur manière pour que la vie se perpétue. Ophélie, timide et habile «liseuse» d'objets, ainsi que «passe-miroir» chevronnée, devra bien malgré elle suivre un fiancé qu'elle n'a pas choisi et quitter la quiétude de son musée pour la rigueur âpre du Pôle et de sa mythique Citacielle, laissant filer au passage, impuissante, cette liberté qui lui semblait pourtant acquise. D'accueil glacial en tyrannie du non-dit, elle apprendra à la dure les codes de sa nouvelle famille et de cette impénétrable communauté du Nord; communauté qui, tout comme ses habitants, cache sous des dehors idylliques une sombre, fuyante, et implacable réalité. De sa plume audacieuse et sans complaisance, Christelle Dabos plonge le lecteur dans une haletante épopée fantastique à la sauce dystopique, où le Bien et le Mal s'entrelacent, brouillant les cartes et chamboulant sans ménagement les repères. Opus troublant, à la voix rêche et aux méandres sans pitié, ce dodu premier tome d'une saga qui s'annonce bousculante, fracasse les certitudes, et fait poindre l'espoir là où on s'y attend le moins. Une lecture dont on ne ressort pas indemne...


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

vendredi 12 juin 2015

Counting by 7s


Par Holly Goldberg Sloan, Puffin Books

«Willow Chance is a twelve-year-old genius, obsessed with nature and diagnosing medical conditions, who finds it comforting to count by 7s. It has never been easy for her to connect with anyone other than her adoptive parents, but that hasn’t kept her from leading a quietly happy life . . . until now. Suddenly Willow’s world is tragically changed when her parents both die in a car crash, leaving her alone in a baffling world. The triumph of this book is that it is not a tragedy. This extraordinarily odd, but extraordinarily endearing, girl manages to push through her grief. Her journey to find a fascinatingly diverse and fully believable surrogate family is a joy and a revelation to read.»

Oui, parfois, la vie ne se compte pas par multiples de 7; elle bouscule les probabilités, elle chamboule l’ordre établi, elle fait demi-tour sans crier gare. Et pour Willow Chance qui ne sait qu’envisager le monde par le biais de sa cartésienne et exceptionnelle intelligence, ce sera tout un choc. Maniant la plume avec finesse, sensibilité et humour, Holly Goldberg Sloan raconte la vie, et la mort, et l’amitié, et cette chance qu’on déniche quelques fois sans le vouloir, alors qu’on n’y croyait plus, miette d’espoir inattendue au creux des heures les plus sombres. Porté par la voix hors norme de Willow, toute en simplicité méthodique et en cocasse authenticité, cet opus émouvant sait dire l’inéluctable, en évitant avec habileté et justesse de sombrer dans le pathos. Une bouffée de singularité rafraîchissante, de celle qui donne envie de compter jusqu’à 7.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 


Pour le lire en version française





















Thèmes abordés: intelligence exceptionnelle, perte d'un être cher, adoption

lundi 5 mai 2014

Ma gare d'Austerlitz


Par Anne-Sophie Silvestre, Oskar Jeunesse, La vie

«Quand on a 15 ans et qu'on affronte une maladie grave, comme Georges, on se retrouve coincé à l'hôpital. Et quand cet hôpital est la Salpêtrière, à Paris, on a la gare d'Austerlitz pour voisine de chambre. Tlaa-ta-da da... En voie 17, arrivée du train en provenance de Port-Bou, Port-la-Nouvelle... Tous ces voyages, ces trains qui arrivent et s'en vont, ça n'est pas drôle quand on n'a pas le droit de partir. Cela peut même devenir lancinant. Jusqu'au jour où notre héros décide de se faire la malle, de sauter dans un train qui part. Mais qu'y a-t-il au bout de ces rails?»

Si la maladie bouleverse les repères, chamboule les horizons et ébranle les certitudes, elle donne aussi, étrangement, le goût de croire. De croire en l'avenir. De croire en l'impossible. De croire en soi. Maniant la plume avec justesse et une fine simplicité, Anne-Sophie Silvestre laisse ses mots souffler au lecteur la résilience de l'humain, la force de l'âme et surtout, le pouvoir salutaire du rêve, ce droit inaliénable de prétendre aux mille possibles, de se décider un destin. Un remuant opuscule tricoté avec délicatesse, périple audacieux tendrement fantasque qui fait sourire l'âme malgré la grisaille. Inoubliable.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★
 



ATTENTION! Ce livre n'est pas encore paru en Amérique du Nord:
 la date de parution n’est pas encore déterminée.

samedi 3 mai 2014

3.000 façons de dire je t'aime


Par Marie-Aude Murail, École des Loisirs, Médium

«Chloé, Bastien et Neville ont eu en cinquième une professeure de français qui n'aimait que les livres qui finissent mal. Un soir, elle les a emmenés pour la première fois au théâtre voir une représentation de Dom Juan de Molière. Cette soirée a changé leur vie. C'est décidé, ils seront comédiens! Six ans plus tard, leur désir de monter sur scène est intact et ils se retrouvent au conservatoire d'art dramatique de leur ville. Le professeur le plus réputé, Monsieur Jeanson, les prend tous les trois dans son cours. Chloé va devoir concilier les cours de théâtre avec le rythme intensif de la classe préparatoire qu'elle vient d'intégrer. Bastien, prêt à tout pour faire rire, pense qu'il suffit de regarder une vidéo de Louis de Funès pour apprendre la tirade d'Harpagon. Le beau et ténébreux Neville a peur de se donner les moyens de son ambition, d'être un autre pour savoir enfin qui il est. Comment le théâtre va-t-il lier pour toujours la jolie jeune première, le valet de comédie et le héros romantique que Jeanson a su voir en eux?»

Être acteur, c'est d'abord se connaître soi-même, sur le bout des doigts, afin de pouvoir insuffler une parcelle de vie aux personnages. C'est un long apprentissage, où on se fait secouer les certitudes, bardasser les convictions, où on doute, on regimbe, on se ressaisit et on recommence. On y croise des gens déroutants, confrontants, inspirants, un concentré d'humanité en quelque sorte. Le théâtre, tout le monde peut en faire, mais ce n'est pas pour tout le monde. Et c'est précisément ce que raconte la plume juste de Marie-Aude Murail à travers l'éveil au monde adulte de ce trio d'amis délicieusement improbable. Tricotant avec finesse une intrigue où s'entrechoquent les destins sans crier gare, ses mots savent dire, en toute simplicité, la jeunesse, ses coups de gueule, ses appels au secours, ses fous rires et ses grandes révélations. Une ode tendre et authentique à ce monde aux mille possibles qu'est le théâtre; un monde où il fait bon prendre son envol.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mardi 4 mars 2014

C'est pas grave


Par Jo Hoestlandt, Milan, Macadam

«Portrait en neuf courts chapitres de Chloé, une adolescente de 14 ans, à la fois et selon les heures attachante, insupportable, heureuse et malheureuse, jalouse et généreuse, fière et humiliée.»

Une percutante tirade, impétueuse et vraie. Jo Hoestlandt donne la parole à l'adolescence, à cette voix vive, écorchée qui hurle sans compromis son désir de se faire entendre, qui se rebelle contre les oeillères désillusionnées de l'âge adulte. Tout en authenticité et en lucidité, il laisse Chloé dire la grisaille et les montagnes russes, la houle et les écueils d'un parcours cahoteux, mais aussi les éclaircies, les miettes d'un bonheur inattendu, les rencontres sans crier gare et les complicités étonnantes. Parce que tout n'est pas noir ou blanc, quand on est ado. Parce que la grisaille peut aussi, quand le brouillard se tasse, cacher l'entrée d'une clairière inespérée. Un opuscule poignant à l'intelligence fine, celle de donner la parole à l'intensité échevelée et à la sincérité bouillonnante de l'adolescence sans tenter d'en dompter les ruades, en résistant à l'envie de la faire rentrer dans le moule. Bouleversant.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★




mercredi 14 août 2013

Les maux d'Ambroise Bukowski


Par Susin Nielsen, La Courte Échelle

«La vie d’Ambroise n’est pas facile. Il est allergique aux arachides, il adore le scrabble, sa mère est surprotectrice et envahissante: un véritable nerd. Lorsque des voyous lui font manger des arachides, sa mère le retire de l’école. Coincé chez lui, Ambroise s’ennuie, jusqu’au jour où il rencontre Cosmo, un ex-taulard lui aussi passionné… de scrabble!»

Un opus délicieusement déroutant qui ne se fie pas aux apparences. Susin Nielsen brode avec finesse cette histoire saugrenue et attachante, secouant joyeusement les certitudes du lecteur, évitant les ornières du mélodrame avec intelligence. On aime Ambroise dès la première ligne, sa candeur et son authenticité, sa sensibilité et son excentricité, et aussi, surtout, son humour singulier, à cheval entre l'autodérision et le stand-up comique. Un bijou de roman, enlevant, cocasse et touchant, affirmant avec justesse que le Bien et le Mal ne sont peut-être pas si hermétiquement opposés, finalement, qu'il suffit parfois d'un regard différent pour transformer la grisaille en éclaircie.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

dimanche 19 mai 2013

The Lady of Shalott


Par Alfred, Lord Tennyson, illustré par Geneviève Côté, Kids Can Press, Visions of Poetry

«She knows not what the curse may be,  
And so she weaveth steadily,  
And little other care hath she,  
          The Lady of Shalott.»

Tendre et audacieuse, cette relecture de la Lady of Shalott de Tennyson par Geneviève Côté bouleverse les repères, faisant s'entrechoquer les époques avec adresse. Son univers visuel aux teintes délavées, baignant dans un brouillard émouvant, provoque le lecteur, le relance avec une éloquente candeur. Et le mystère persiste et signe, à travers les voix de ce duo de créateurs étonnant et anachronique: Tennyson chuchotant la mélancolie de sa Lady, et Geneviève Côté lui donnant des ailes...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★


vendredi 18 janvier 2013

Celui qui manque

Par Agnès de Lestrade, Alice jeunesse, Tertio

«"Qu'est-ce que les pompiers font là, dans le salon? Et les voisins? Pourquoi Romarin pleure dans les bras de Rose? Pourquoi les jumelles sont comme deux chiffons mouillés dans le canapé? Pourquoi grand-mère sanglote au téléphone? Pourquoi grand-père me serre aussi fort contre lui? Et où est Moon? Un pompier s'approche de moi. Il marche au ralenti comme un cosmonaute. Il dit : «Là, ca va aller, ne bougez pas». Je sens une piqûre dans mon bras. Et puis le trou noir."»

Un petit morceau de tristesse doux et lumineux. Agnès de Lestrade chuchote l'indicible d'une plume qui sait dire, qui sait faire parler le vide et le silence, et la rage et l'impuissance... mais aussi, et surtout, l'amour, le grand, le vrai, celui qui fait aimer la vie envers et contre tous. Un opuscule bouleversant, comme un petit poème à l'aile brisée, qui vous fera sourire sous la pluie. Sourire aux larmes...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★  

lundi 31 décembre 2012

Jane, le renard & moi


Par Fanny Britt, illustré par Isabelle Arsenault, La Pastèque

«Hélène est victime de harcèlement et d'intimidation à son école. Elle trouve alors refuge dans le monde de Jane Eyre, le premier roman de Charlotte Brontë...»

Une incursion douce et grave dans l'univers sombre de l'adolescence, à travers le regard souvent dur et cruel de l'autre. Fanny Britt et Isabelle Arsenault tricotent de concert, avec une finesse et une sensibilité peu communes, l'univers d'Hélène, rempli de zones d'ombres et de tempêtes de l'âme. Naviguant en eaux troubles, la narration réussit le tour de force de ne pas verser dans la tragédie grecque, nuançant plutôt avec justesse et simplicité une réalité bigarrée où l'espoir est encore permis; nuances que les illustrations délicieusement hors du temps, aux traits éloquents, viennent souligner avec sagacité. Un incontournable chamboulant à lire absolument.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★  

vendredi 26 octobre 2012

Dans la nuit blanche et rouge


Par Jean-Michel Payet, Grandes Personnes

«Pétrograd, février 1917. Dans une Russie tsariste épuisée par des années de guerre, où grondent la famine et le mécontentement, la comtesse Tsvetana Kolipova, 17 ans, rêve d'un monde qu'elle voudrait plus juste. Contribuant à une revue clandestine, la jeune fille découvre bientôt un secret familial qui va balayer ses repères et la propulser dans le tourbillon de la Révolution.»

Plongeon haletant dans le tumulte de la Révolution russe de 1917. Jean-Michel Payet détricote avec habileté l'inextricable contexte socio-politique de l'époque, narrant avec précision le destin mouvementé et déchirant d'une galerie de personnages auxquels on s'attache dès les premières lignes. Si les rebondissements sont malheureusement un poil prévisibles, et qu'un resserrement de l'intrigue aurait été profitable (en diminuant le nombre de points de vue différents d'un même événement par exemple), il s'agit malgré tout d'un tour de force littéraire, un cours d'histoire prenant, transmis au lecteur par le biais de judicieux chapitres courts, articulé dans une langue d'une fine simplicité. Et, phénomène rare, la jeune héroïne de 17 ans, Tsvetana Viktorovna Kolipova, fait face à l'improbable et à l'inattendu non pas avec une maturité adulte factice (comme c'est trop souvent le cas en littérature pour la jeunesse), mais bien avec toute la fougue, les doutes, les hésitations et l'insouciance d'une jeune femme venant tout juste de tourner le dos à l'adolescence. Un opus bien dodu, dur, âpre, inflexible comme ont pu l'être toutes les parties impliquées dans la Révolution (les tsaristes, comme les Bolcheviks), mais aussi rafraîchissant de candeur et de sensibilité; un savoureux paradoxe à découvrir...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

lundi 11 juin 2012

Guerre: et si ça nous arrivait?


Par Janne Teller, Grandes Personnes

«Imagine: c'est la guerre - non pas en Irak ou en Afghanistan, quelque part très loin, mais ici, en Europe, en France, chez nous.»

Opuscule singulier, dérangeant, au sujet de la guerre, et de tout ce qu'elle fait basculer comme repères. Janne Teller plonge le lecteur au coeur d'un conflit hypothétique mais terriblement plausible qui se déroule au coeur de l'Occident, là où plusieurs (à tort ou à raison) se sentent en sécurité. Elle décrit  avec justesse l'impact du conflit sur une famille, ce qui en découle directement, l'exil, l'immigration, la difficulté d'intégration, le fait de se sentir apatride, de se sentir dépossédé de sa propre vie. La narration est fine, juste et interpelle directement le lecteur, lui secoue l'ignorance, lui ouvre les yeux sur l'Homme et sa bêtise. Un récit qui bouscule habilement, à lire et à faire lire.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★