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mardi 25 février 2014

Once Upon a Northern Night


http://www.lililesmerveilles.com/2014/02/once-upon-northern-night.html
Par Jean E. Pendziwol, illustré par Isabelle Arsenault, Groundwood Books

«"Once upon a northern night while you lay sleeping, wrapped in a downy blanket, I painted you a picture."»

Tendre murmure à l'oreille du dormeur. Jean E. Pendziwol tricote une nuit d'hiver, toute de Nord vêtue, à la neige floconneuse, et à la faune gambadante. Portée par l'univers visuel feutré et évocateur d'Isabelle Arsenault, cette douce brise d'imaginaire fait rêver l'enfance, dans les bras de Morphée, lui ouvrant les yeux sur la vie aux mille possibles qui grouille sous le regard bienveillant d'un ciel piqué d'étoiles. Un album brodé finement, à feuilleter quand l'hiver fait rage, blotti dans la chaleur moelleuse de la couette.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


Pour le lire en version française
http://www.leslibraires.ca/livres/par-une-belle-nuit-hiver-jean-pendziwol-9781443132831.html

dimanche 23 février 2014

Lulu n'a peur de rien


Par Judith Viorst, illustré par Lane Smith, Milan, Lulu 2

«Lulu est têtue, c'est bien connu. Depuis toujours, elle rêve d'une chose (et d'une seule), que ses parents ne peuvent pas lui offrir. Alors Lulu, qui n'a peur de rien (vous le savez bien), décide de gagner de l'argent. Assez pour s'offrir son rêve. À savoir... beaucoup, Beaucoup d'argent. Heureusement (vraiment?), Fleichmann, le trop gentil, le trop poli, l'insupportable Fleichmann, est là pour aider...»

Un hilarant retour en piste de la délicieusement irrévérencieuse Lulu (voir Lulu and the Brontosaurus). Judith Viorst récidive habilement de sa plume cocasse et rafraîchissante, tricotant une histoire joyeusement rocambolesque et interpellant le lecteur à qui mieux-mieux. Secouant sans vergogne les préjugés poussiéreux, elle réinvente une enfance sans édulcorant, avec ses coups bas, ses entourloupes, et ces petits bonheurs impromptus. S'épanouissant par le biais de l'univers visuel de Lane Smith, à la monochromie éloquente et ébouriffée, cet opuscule hors norme, à l'humour grinçant, fera fuser les rires à coup sûr. Exquis.

Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★



Pour le lire en version originale


vendredi 21 février 2014

La Mémoire dans les poches


Scénario par Luc Brunschwig, dessins d'Étienne Le Roux, Futuropolis, La Mémoire dans les poches (parties 1 et 2)

«Sidoine et Rosalie Letignal et leur fils Laurent forment ce trio "ordinaire". Des gens comme tant d'autres, se débattant au quotidien dans une société à laquelle ils essayent d'apporter un peu d'humanité, un peu de leur chaleur, modestement. Or, c'est précisément aux limites et aux contradictions de leur humanité qu'ils vont tous les trois se retrouver confrontés. Absolument rien ni personne ne pourra empêcher l'implosion totale de leur cellule familiale que tout le monde s'imaginait pourtant "indestructible".»

Une incursion enlevante au coeur de l'âme humaine, ses détours, ses non-dits et ses lignes de faille. Luc Brunschwig brode finement la trame tarabiscotée de cette dégringolade des repères, de ce branle-bas des certitudes, de ce pied-de-nez au convenu, porté par l'univers visuel feutré et mélancolique d'Étienne Le Roux. On s'attache tout de suite à ce discret Sidoine et à ses poches pleines de pense-bêtes, à son silence, à son passé qui revient le hanter, et à Laurent, l'enfant chéri, l'idéaliste candide plongé bien malgré lui dans la tourmente, forcé de voir la vie de l'autre côté du miroir. Une épopée remuante et envoûtante qui n'a pour seul défaut que de laisser le lecteur en attente d'une suite qui n'est jamais venue...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mercredi 12 février 2014

C'est le coeur qui meurt en dernier


Par Robert Lalonde, Boréal
Résumé de l'éditeur
«"J’émerge, essoufflé, d’un rêve où tu t’adressais à moi dans une langue inconnue. Inquiète, énervée, volubile au-delà de ton accoutumée, tu cherchais à me confier le fin mot de ton histoire, la réponse enfin à ta question lancinante – 'J’ai été qui, j’ai été quoi, peux-tu me le dire?' – mais arrangée dans un charabia inintelligible, où revenaient sans finir, comme le refrain traînant d’une complainte, mes trois prénoms, chantonnés tristement, à la manière des prières que je marmonnais autrefois sans comprendre ce qu’elles voulaient dire. C’est moi, bien sûr, qui me pose à moi-même, en plein cœur de la nuit, la question suppliciante. C’est ma voix dans la tienne qui psalmodie Joseph, Serge, Robert, espérant que ces trois-là répondront à l’appel et articuleront à ma place une réponse claire, nette, définitive à ta grande question "à cent piastres". Quelque chose comme : "J’ai été celui qui a eu raison de t’aimer, puis raison de te haïr et de m’enfuir, raison de faire ma vie loin de toi, et finalement raison de rentrer, même s’il se fait tard."»

Toute ébaubie. Ballotée entre le rire et les larmes, ma gorge se serre pour endiguer le trop-plein. Je viens à peine d'émerger de cet opus échevelé, envoûtée par cette chamboulante plume à deux souffles, par les mots de Robert Lalonde, si justes, à l'éloquence tranquille et aux silences touffus; sa plume fournie, riche, que bouscule gaillardement la voix de sa mère, de ses mots tout simples qui fusent sans crier gare, qui dévoilent son âme en kaléidoscope avec l'aplomb de la rivière indomptable sous la glace de janvier. C'est la vie dans tout ce qu'elle a d'inextricable et de contradictoire, la vie qui s'écrit entre les lignes et qui se rêve à tout vent pour en accepter la tourmente. C'est l'humain, avec ses failles, s'enfargeant dans les ornières et relevant la tête pour apercevoir l'éclat d'un bonheur qu'il n'attendait plus. C'est sublime et terrifiant. Ça bouleverse. Ça attendrit. Ça fait sourire. C'est d'une désarmante authenticité. On le lit sur la pointe des pieds, en retenant son souffle comme pour ne pas troubler cette émouvante réunion de la dernière heure. Et on n'en ressort pas indemne. Un petit bijou de sensibilité dans lequel il faut se plonger absolument.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

mardi 11 février 2014

Le calepin picoté avec un canard dessus


Par Pierre Chartray et Sylvie Rancourt, illustré par Marion Arbona, Phoenix, Trouvailles

«Pour son anniversaire, une petite-fille reçoit de son arrière-grand-père un vieux calepin jauni et complètement vide. Elle se demande pourquoi le vieil homme lui fait un cadeau aussi étrange et inutile. Graduellement, au contact de son Vieux-Grand-Papa, elle en comprend la signification et son calepin devient un merveilleux coffre aux trésors.»

Une bouffée de candeur et de sensibilité. Pierre Chartray et Sylvie Rancourt brode avec finesse la découverte des mots et de leur importance au coeur d'une douce chasse aux souvenirs. Si leur plume à deux voix charme et fait sourire, l'univers visuel tendrement déjanté de Marion Arbona envoûte le lecteur pour de bon, par la richesse et la justesse de sa composition, et par l'astucieuse éloquence des mille et uns détails relançant la narration. Maniant avec adresse une chaude palette de couleurs et osant introduire le noir et blanc pour évoquer la vieillesse, cette habile conception visuelle de Marion Arbona est définitivement la plus exquise de son portfolio jusqu'à maintenant (et de loin!). Un opuscule sublime et touchant à savourer en famille.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

dimanche 9 février 2014

Le sourire de Marie-Adélaïde


Par Annie Pietri, Bayard jeunesse, Millézime

«1703. Marie-Adélaïde de Savoie, mariée depuis cinq ans au duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, illumine la cour de Versailles. Pétillante jeune femme de 17 ans, elle aime rire, s'amuser et s'étourdir de distractions. Mais, au fond, Marie-Adélaïde est beaucoup moins frivole qu'elle n'y paraît. Car elle porte en elle le poids d'une vengeance, celle de son père et du peuple savoyard qui fut massacré sur ordre du roi. Or, un jour, elle croise à Versailles le beau marquis de Nangis, brillant militaire couvert de gloire, et elle en tombe éperdument amoureuse...»

Impétueuse et indomptable, certes, mais aussi sensible et lucide, telle est la Marie-Adélaïde de Savoie qu'Annie Pietri fait découvrir au lecteur, retricotant habilement l'Histoire, ajoutant ceci, modifiant cela, dans le portrait à couper le souffle d'une jeune femme que la vie ne parvint pas à mettre au pas. Plongeon fascinant dans l'univers aux mille contraintes de la Cour de Louis XIV, véritable cage dorée pour ses sujets (marionnettes, plutôt!), cet opus fait tomber les masques, fait voir au-delà du faste, révélant avec finesse ce qui se cache derrière le fameux sourire de Marie-Adélaïde.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

dimanche 2 février 2014

La lumière de Bouchka


Par Rachel Hausfater, illustré par Rémi Wyart, Sarbacane

«Une petite fille s'enferme toute seule dans le noir de sa colère: son papa n'est jamais là et sa maman, lassée, l'envoie dans sa chambre. Jusqu'à ce qu'elle revienne d'elle-même vers la lumière et retrouve son papa caché sous le manteau pendu à la porte.»

«Bouchka, tout en joues et tout en jupe, marche dans la nuit. Elle cherche de la lumière». Ainsi souffle la plume de Rachel Hausfater, fine, et juste, maniant les mots avec douceur et sensibilité, racontant de sa délicate poésie du quotidien, l'enfance, l'incompréhension, les départs, et cette colère qui assombrit tout sur son passage. Portée tendrement par l'univers visuel de Rémi Wyart, à la palette chaude, éloquente, et au travail d'ombre et lumière rappelant presque celui de Vermeer, cette histoire toute simple, et si habilement évocatrice, plonge le lecteur au coeur de l'âme humaine et de ses tempêtes. Un petit bijou de bibliothèque, sublime, bouleversant et délicieusement indomptable.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

samedi 1 février 2014

Tangente vers l'Est


Par Maylis de Kerangal, Verticales, Minimales

«"Ceux-là viennent de Moscou et ne savent pas où ils vont. Ils sont nombreux, plus d'une centaine, des gars jeunes, blancs, pâles même, hâves et tondus, les bras veineux le regard qui piétine, le torse encagé dans un marcel kaki, allongés sur les couchettes, laissant pendre leur ennui résigné dans le vide, plus de quarante heures qu'ils sont là, à touche-touche, coincés dans la latence du train, les conscrits." Pendant quelques jours, le jeune appelé Aliocha et Hélène, une Française montée en gare de Krasnoïarsk, vont partager en secret le même compartiment, supporter les malentendus de cette promiscuité forcée et déjouer la traque au déserteur qui fait rage d'un bout a l'autre du Transsibérien. Les voilà condamnés à fuir vers l'est, chacun selon sa logique propre et incommunicable.»

Un périple bouleversant, une déroute intrépide vers l'âme de la Russie. D'une plume toute en finesse, au rythme des soubresauts ferroviaires et des croche-pieds d'un parfois cruel destin, Maylis de Kerangal souffle au lecteur l'humain dans toute son authenticité. Portés par une même détermination, cet instinct de survie plus fort que tout, Aliocha et Hélène s'accrochent l'un à l'autre, dans une quête à l'issue incertaine, nourris par la fougue sauvage, l'énergie brute de la nature, dans cette Russie orientale que des années de civilisation n'ont pas réussi à dompter. Un opuscule chamboulant, brodé avec justesse; plongeon sublime dans le silence souvent tumultueux de l'existence.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★