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lundi 27 février 2017

Super cagoule

Écrit et illustré par Antonin Louchard, chez Seuil Jeunesse.
Quatrième de couverture:
«Surtout, n’enlève pas ta cagoule, hein? Ça protège ta tête et ça t’empêche d’attraper des otites. C’est pas grave si ça gratte, ça gratte, ça gratte!»

L’enfance. Cette enfance que les adultes veulent protéger des écueils. Contre vents et otites. Et tant pis s’il y a des désagréments: ce qui compte, c’est de ne pas avoir froid, point. Et si, l’esprit vif de l’enfant n’avait pas dit son dernier mot? De sa plume à la verve rigolote, Antonin Louchard revisite, avec un aplomp savoureux et une répartie irrésistible, la fameux mythe du Grand Méchant Loup. Un opuscule habile qui ose souligner qu’il vaut parfois mieux éveiller les esprits et affûter la lucidité, plutôt que d’endormir la vigilance dans un cocon de bonnes intentions. À mettre entre toutes les petites (et grandes!) mains, pour faire un pied-de-nez à l’inquiétude!


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

samedi 25 février 2017

La marque


Par Anne Loyer, chez Bulles de savon.
Résumé de l'éditeur:
«Dans un monde où le réchauffement climatique a imposé sa loi, la terre a été dévorée par le soleil. La vie s'est organisée autour de Kyos, cité-oasis qui possède et distribue l'eau, denrée essentielle en ce désert sans fin. Pour en bénéficier, encore faut-il avoir un enfant marqué. La Marque brille au front de Sika. Elle vient d'avoir quinze ans et elle sait qu'elle doit rejoindre Kyos pour permettre aux siens de survivre. Mais sa rencontre avec Rey, qui a refusé d'obéir au diktat de la cité-oasis, va lui ouvrir les yeux. Pourront-ils, ensemble, échapper à l'emprise de Kyos?»
Quand la Terre, desséchée irrémédiablement par l’insouciance passée d’une humanité ne voyant pas plus loin que ses désirs immédiats, tient ses habitants en otage dans une désolation caniculaire, que reste-t-il de la liberté d’exister? Et si un improbable et mystérieux oasis osait faire miroiter l’espoir d’un avenir, la soif justifierait-t-elle tous les moyens? Dans ce futur troublant de vérité, que ne ferait pas l’Homme pour sauver ce qu’il croit essentiel? Cet essentiel qui n'est pas le même pour tous ? Bousculant la tranquillité de notre présent qui joue à l’autruche avec le réchauffement climatique, Anne Loyer entraîne tout doucement le lecteur au cœur d’une dystopie chamboulante, et tricote un possible déroutant, mené à bout de cœur par des personnages forts et fascinants. Toutefois, malgré le charme envoûtant de sa plume, un gros bémol vient brouiller l’expérience de lecture : le rythme inégal de la narration touffue. En effet, si les deux premières parties installent le contexte avec lenteur et minutie, construisant une atmosphère lancinante, à l’image de la chaleur qui pèse sur le peuple des Tentes, tout déboule sans crier gare, dans la dernière partie, frôlant par moment l’invraisemblable. Cette riche prémisse aurait sans doute mérité de s’épanouir en un diptyque, afin de permettre au lecteur d’apprécier à sa juste valeur la plume fine et patiente d’une auteure qui sait dire avec justesse. Un opus dérangeant qui mérite malgré tout qu’on y plonge pour se faire tomber les œillères.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

vendredi 24 février 2017

Zaï Zaï Zaï Zaï : un road movie de Fabcaro

Scénario et dessins de Fabcaro, collection Monotrème, chez 6 pieds sous terre.
Résumé de l'éditeur:
«Un auteur de bande dessinée, alors qu’il fait ses courses, réalise qu’il n’a pas sa carte de fidélité sur lui. La caissière appelle le vigile, mais quand celui-ci arrive, l’auteur le menace et parvient à s’enfuir. La police est alertée, s’engage alors une traque sans merci, le fugitif traversant la région, en stop, battant la campagne, partagé entre remord et questions existentielles. Assez vite les médias s’emparent de l’affaire et le pays est en émoi. L’histoire du fugitif est sur toutes les lèvres et divise la société, entre psychose et volonté d'engagement, entre compassion et idées fascisantes. Car finalement on connaît mal l’auteur de BD, il pourrait très bien constituer une menace pour l’ensemble de la société.»

Et si l’équilibre d’une société ne tenait qu’à l’assurance de l’utilisation systématique de sa carte fidélité? Et s’il suffisait d’une roulade arrière pour faire trembler le plus dur à cuire des bandits? Et si les faits alternatifs faisaient la nouvelle? Fabcaro tisse habilement l’histoire improbable (mais pas tant!) de la dérive troublante de la société de consommation. Un délice d’absurdité lucide, à l’irrésistible ironie, qui souligne audacieusement la superficialité d’une conscience sociale aveugle et individualiste.  On rit. On grince des dents. On se regarde la bêtise humaine. Et on en redemande. À lire sans tarder!

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮

mardi 14 février 2017

Louca (la série BD)

Scénario et dessins de Bruno Dequier, série Louca tomes 1, 2, 3 et 4, chez Dupuis.
Résumé de l'éditeur:
«Piètre sportif, mauvais élève, menteur, et maladroit avec les filles, Louca est une catastrophe ambulante. Heureusement, il va recevoir un coup de main de Nathan, beau garçon, super doué au foot, intelligent, drôle... bref, le coach idéal pour permettre à Louca de se reprendre en main et de remporter le match sur le terrain comme dans la vie. À un détail près : Nathan est mort et c'est son fantôme qui va entraîner Louca...»

Dans la vie de Louca, tout va de travers. Ce que lui enseignent les profs refuse obstinément de se fixer dans son cerveau, il trébuche et attire les catastrophes comme on respire, il s’embourbe dans les demi-vérités pour sauver la face, et les filles ne le remarquent que lorsqu’il fait une de ses spectaculaires (et bien involontaires!) chutes au quotidien. Non, vraiment, rien ne va plus. Si au moins, il était populaire et talentueux comme le capitaine de l’équipe de soccer de l’école! Or, voilà qu’inopinément, défiant les possibles, Nathan, le mystérieux, fait irruption dans sa vie, chamboulant toutes ses certitudes au passage… À travers cette série joyeusement improbable, Bruno Dequier raconte avec humour l’adolescence, avec son estime de soi dans le sixième sous-sol et ses montagnes russes d’émotions, mais aussi les modèles impromptus et inspirants, ou alors carrément empoisonnants et vicieux, qui en jonchent le chemin. Bien que s’enfargeant par moment dans des stéréotypes de genre, l’inimitable bande de personnages a tout pour charmer le lecteur, d’autant plus que malgré sa simplicité, la trame de la série plante rapidement les bases d’une intrigue plus inextricable qu’il n’y paraît. Une série qu’il fait bon découvrir, et qui ne manquera pas de faire sourire à tout vent!



Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

samedi 11 février 2017

Les Liszt


Par Kyo Maclear, illustré par Júlia Sardà, chez La Pastèque.
Résumé de l'éditeur:
«Les Liszt font des listes. Ils font des listes en hiver, au printemps, en été et à l’automne. Ils font des listes tous les jours sauf le dimanche. Mama Liszt, Papa Liszt, Winifred, Edward, Frederick et grand-père font des listes toute la journée. Puis un jour, un visiteur arrive. Comment vont-ils gérer quelque chose d’inattendu? Il n’est pas sur la liste de personne…»

Chez les Liszt, tout est prévu à la liste près. On ne laisse rien au hasard. On organise le Destin. Or, voilà qu’un jour, l’Inconnu s’immisce par la porte entrouverte, et c’est le début d’un nouvel ordre des choses. D’une plume singulière, tout en audacieuse simplicité,  Kyo Maclear aborde la joie potentielle de l’imprévu, à travers une bande de personnages tous plus fascinants les uns que les autres. Porté par l’univers visuel grinçant de Julia Sardà, à la palette chaude et la composition touffue, cet album ose bousculer le confort du prévisible, le ronron du convenu, et faire miroiter le bonheur aux mille possibles de se lancer dans l’existence, sans filet. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

vendredi 10 février 2017

Nina


Par Alice Brière-Haquet, illustré par Bruno Liance, collection Hors Série Giboulées, chez Gallimard.
Quatrième de couverture:
«"Dream my baby dream…" Nina Simone, grande dame du jazz, avait l’habitude d’endormir sa fille en lui chantant une berceuse. Mais ce soir-là, Lisa ne trouve pas le sommeil. Alors Nina lui raconte une histoire, son histoire.»

Le monde de Nina est comme le clavier d’un piano : un océan de Blancs, sur les eaux agitées desquelles tentent de naviguer de courageux Noirs, tout en demi-tons, ballottés d’une injustice à l’autre sur leurs fragiles esquifs. L’intolérance martèle l’enfance de Nina de ses notes discordantes, et pourtant, Nina s’accroche à la musique. À sa musique. Comme à une bouée. Cette musique qui, elle, résonne en couleurs, envers et contre tous. D’une plume tout en finesse et en poésie, Alice Brière-Haquet raconte Nina Simone, sa lutte, et à travers elle, les luttes d’un siècle pas si lointain. Bercé par l’univers feutré de Bruno Liance, à la palette audacieusement monochrome et aux textures éloquentes, cet opuscule sait dénoncer l’inconcevable, avec justesse et simplicité, et faire sourire l’espoir d’un avenir où la diversité sera une douce musique aux oreilles de la société.

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮  

mercredi 8 février 2017

Le journal d'Aurélie Laflamme (en BD)

Scénario de Véronique Grisseaux, dessins de Laëtitia Aynié, d'après la série originale Le journal d'Aurélie Laflamme d'India Desjardins, chez Jungle/ Michel Lafon.
Résumés de l'éditeur (3 tomes):
«Tome 1:
Lorsqu’on a quatorze ans, des neurones d’écureuil, une meilleure amie obsédée par les garçons et qu’on enchaîne les gaffes, la vie n’est pas facile. Depuis le décès de son père, Aurélie Laflamme se demande d’où elle vient. Aurait-elle été oubliée sur Terre par des extraterrestres ? Pour couronner le tout, sa mère semble sous le charme du directeur de son collège. Pas question pour Aurélie de se laisser elle aussi ramollir le cerveau ! Mais personne n’est à l’abri du coup de foudre... Au milieu de ce tourbillon, Aurélie ne désire qu’une chose : trouver sa place dans l’univers.
Tome 2:
La vie d’Aurélie est sens dessus-dessous. Pour oublier Nicolas qui vient de rompre avec elle, ses échecs scolaires et le fiancé possiblement diabolique de sa mère, elle trouve le moyen de s’échapper pour les vacances, chez sa grand-mère Laflamme. Au programme, écouter gazouiller les moineaux, compter les fourmis, observer la danse nuptiale des vers de terre... Bref déprimant ! Mais Aurélie est loin d’imaginer ce qui l’attend. L’été sera mémorable!
Tome 3:
Depuis qu’Aurélie sort avec le garçon le plus populaire du lycée, sa vie est complètement chamboulée. Adieu la gaffeuse que tout le monde regardait bizarrement : elle devient soudain la fille la plus cool du bahut. Mais elle passe tellement de temps avec ses nouveaux amis qu’elle en oublie presque Kat, sa meilleure copine. Et celle-ci ne se gêne pas pour lui montrer son mécontentement. Par-dessus le marché, on lui rapporte que Nicolas, son ex (qui trotte encore dans ses pensées) serait toujours amoureux d’elle. Alors qu’elle prépare le plus grand chamboulement de sa vie (emménager dans sa nouvelle maison avec l’amoureux de sa mère), Aurélie n’a pas un moment de répit. Entre la fin du lycée, la recherche d’un petit boulot et les cartons à faire, elle n’est pas près de se reposer.»

En général, l’adolescence est une période ébouriffante où petits et grands bouleversements viennent chambouler sans vergogne le quotidien. Or, lorsqu’on s’appelle Aurélie Laflamme, qu’on a un papa qui a quitté la Terre (pour une autre galaxie?), une maman qui redécouvre tout doucement le goût de s’intéresser aux hommes, une meilleure amie qui plonge tête première dans ses premiers amours, qu’on attire les bourdes comme un aimant et qu’en plus, les garçons commencent à nous faire développer des neurones d’écureuil, l’existence s’annonce plutôt rocambolesque… Dans une adaptation pétillante et astucieuse, Véronique Grisseaux propose une relecture rafraîchissante de la populaire série de romans pour la jeunesse d’India Desjardins. Transposée en contexte européen, l’irrésistible Aurélie ne perd rien de son charmant aplomb et de sa langue colorée aux accents du Québec. Une série de BD à découvrir, tant pour les inconditionnels d’Aurélie, que pour ceux qui la rencontreront ainsi pour la première fois.

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

vendredi 3 février 2017

Le jardinier qui cultivait des livres

http://www.lililesmerveilles.com/2017/02/le-jardinier-qui-cultivait-des-livres.html
Par Nadine Poirier, illustré par Claude K. Dubois, chez D'eux.
Quatrième de couverture:
«Nadine Poirier raconte ici, avec des mots tendres et choisis, une rencontre entre un jardinier et une jeune fille. Lui, seul, à cultiver des livres. Elle, seule, sans parents. Leur rencontre changera leur vie à tout jamais. Et d’une certaine façon, la façon de regarder des lecteurs.»

Il était une fois, dans un village pas si lointain, un vieux jardinier amoureux des mots : il aimait les lire, il aimait les dire, il aimait les faire résonner. Malheureusement, dans ce village, les mots dérangeaient. Ils dérangeaient tant et si bien que le jardinier dut s’en aller au loin, afin de faire pousser les mots à sa guise. Or, voilà qu’un matin, une petite fille dévoreuse de mots vint tout bousculer dans les sillons bien rangés du jardin littéraire de son cœur… Tout en douceur et en sensibilité, Nadine Poirier raconte la naissance, parfois inespérée, souvent inattendue, de l’amitié et de la complicité. Bercé par l’univers visuel feutré de Claude K. Dubois, à la palette délicate et évocatrice, ce désarmant opuscule charme et émeut le lecteur. À mettre sans tarder entre toutes les petites (et grandes) mains…!


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

Le cas Malaussène, t.1 - Ils m'ont menti


Par Daniel Pennac, collection Blanche, chez Gallimard.
Résumé de l'éditeur:
«"Ma plus jeune sœur Verdun est née toute hurlante dans La Fée Carabine, mon neveu C’Est Un Ange est né orphelin dans La petite marchande de prose, mon fils Monsieur Malaussène est né de deux mères dans le roman qui porte son nom, ma nièce Maracuja est née de deux pères dans Aux fruits de la passion. Les voici adultes dans un monde on ne peut plus explosif, où ça mitraille à tout va, où l’on kidnappe l’affairiste Georges Lapietà, où Police et Justice marchent la main dans la main sans perdre une occasion de se faire des croche-pieds, où la Reine Zabo, éditrice avisée, règne sur un cheptel d’écrivains addicts à la vérité vraie quand tout le monde ment à tout le monde. Tout le monde sauf moi, bien sûr. Moi, pour ne pas changer, je morfle." 
Benjamin Malaussène.»

Dans le monde selon les Malaussène, les esprits sont vifs et ouverts, la créativité bouillonne, et les coeurs sont plus grands que la prudence. Et toujours, centrale, narguant le prévisible, cette malicieuse pierre angulaire de leur (tout sauf ennuyante) existence: la candeur sensible de Benjamin Malaussène et sa légendaire propension à se retrouver emmêlé bien malgré lui dans d’inextricables manigances bien intentionnées. Bouc-émissaire un jour, bouc-émissaire toujours, donc, malgré les années qui filent et les nouvelles générations qui se lancent toute jeunesse dehors dans le grand merdier de la vie en société. Dans cette suite («La suite, bon Dieu, la suite!…») tant attendue et réclamée par les lecteurs avides et fidèles de la saga Malaussène première génération, Daniel Pennac raconte avec cette finesse coquine qui lui est propre la vie qui s’émiette l’avenir sans crier gare, ce passage du temps, obligé, et pourtant déroutant comme au premier jour, et l’inévitable prise de conscience qu’on récolte ce que l’on sème, socialement, au sein même du calme parfois trompeur de la jeunesse qui s’éveille. Replongeant habilement dans l’univers irrésistible de Benjamin et de sa délectable smala, après des années de dormance, cet habile opus, cocasse et chamboulant comme on les aime, sait chuchoter l’essentiel avec justesse à travers le tonitruant tourbillon d’un quotidien délicieusement rocambolesque.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩