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mercredi 5 avril 2017

Space Dumplins

Scénario et dessins de Craig Thompson, chez Scholastic.
Résumé de l'éditeur:
«For Violet Marlocke, family is the most important thing in the whole galaxy. So when her father goes missing while on a hazardous job, she can't just sit around and do nothing. To get him back, Violet throws caution to the stars and sets out with a group of misfit friends on a quest to find him. But space is big and dangerous, and she soon discovers that her dad has been swallowed by a giant, planet-eating whale. With her father's life on the line, nothing is going to stop Violet from trying to rescue him and keep her family together.»

Dans un futur pas si lointain, où la Terre ne semble plus en être une d’accueil, et où l’humanité est devenue une minorité migrante intergalactique, la société s’organise et se désorganise au gré du plus offrant, calquant le déséquilibre séculaire des privilèges. Au centre de tout ça, Violet (et sa candide détermination) ose prendre sa place dans le chaos ambiant. Et s’il suffisait de se laisser parler le coeur et vrombir l’amitié pour accomplir l’impensable? D’une plume à l’imaginaire foisonnant et à la verve cocasse, Craig Thompson plonge le lecteur dans un space opéra déjanté, aux personnages délicieusement singuliers et aux rebondissements joyeusement ébouriffants. Voguant au coeur d’un visuel touffu et coloré, et usant habilement de références malicieuses à divers univers fictifs et événements réels, cet opus improbable fera rigoler sans vergogne.

Attention toutefois! À cause des nombreux référents et coquins jeux de mots, il est fortement suggéré de lire ce roman graphique en version originale anglaise pour en apprécier pleinement les subtilités: la traduction française ne parvient malheureusement pas à transmettre la finesse du ton original de Thompson.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩


Pour le lire en version française
(peu recommandé!)

samedi 25 février 2017

La marque


Par Anne Loyer, chez Bulles de savon.
Résumé de l'éditeur:
«Dans un monde où le réchauffement climatique a imposé sa loi, la terre a été dévorée par le soleil. La vie s'est organisée autour de Kyos, cité-oasis qui possède et distribue l'eau, denrée essentielle en ce désert sans fin. Pour en bénéficier, encore faut-il avoir un enfant marqué. La Marque brille au front de Sika. Elle vient d'avoir quinze ans et elle sait qu'elle doit rejoindre Kyos pour permettre aux siens de survivre. Mais sa rencontre avec Rey, qui a refusé d'obéir au diktat de la cité-oasis, va lui ouvrir les yeux. Pourront-ils, ensemble, échapper à l'emprise de Kyos?»
Quand la Terre, desséchée irrémédiablement par l’insouciance passée d’une humanité ne voyant pas plus loin que ses désirs immédiats, tient ses habitants en otage dans une désolation caniculaire, que reste-t-il de la liberté d’exister? Et si un improbable et mystérieux oasis osait faire miroiter l’espoir d’un avenir, la soif justifierait-t-elle tous les moyens? Dans ce futur troublant de vérité, que ne ferait pas l’Homme pour sauver ce qu’il croit essentiel? Cet essentiel qui n'est pas le même pour tous ? Bousculant la tranquillité de notre présent qui joue à l’autruche avec le réchauffement climatique, Anne Loyer entraîne tout doucement le lecteur au cœur d’une dystopie chamboulante, et tricote un possible déroutant, mené à bout de cœur par des personnages forts et fascinants. Toutefois, malgré le charme envoûtant de sa plume, un gros bémol vient brouiller l’expérience de lecture : le rythme inégal de la narration touffue. En effet, si les deux premières parties installent le contexte avec lenteur et minutie, construisant une atmosphère lancinante, à l’image de la chaleur qui pèse sur le peuple des Tentes, tout déboule sans crier gare, dans la dernière partie, frôlant par moment l’invraisemblable. Cette riche prémisse aurait sans doute mérité de s’épanouir en un diptyque, afin de permettre au lecteur d’apprécier à sa juste valeur la plume fine et patiente d’une auteure qui sait dire avec justesse. Un opus dérangeant qui mérite malgré tout qu’on y plonge pour se faire tomber les œillères.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

dimanche 22 janvier 2017

Chroniques post-apocalyptiques d'une enfant sage


Par Annie Bacon, chez Bayard Canada.
Résumé de l'éditeur:
«Astride est une adolescente de treize ans d'un naturel réservé. À la suite d'un cataclysme déclenché par des scientifiques, elle se retrouve seule, sans parents ni amis. La jeune fille se réfugie dans le seul endroit qu'elle juge sécuritaire : la bibliothèque du quartier. Pour combler ses besoins primaires, elle s'approvisionne dans les commerces avoisinants et découvre que d'autres ont survécu et que la nourriture se faisant de plus en plus rare, les actes de violences vont se multiplier.»

En ce début de 21ème siècle troublé, où l’Homme teste sans vergogne les limites de l’Homme, et bousculent hardiment celles de la planète Terre, l’équilibre est on ne peut plus fragile entre l’insouciance et la fatalité. Personne n’est réellement à l’abri de la bêtise des autres. Et si, en un instant, tout basculait? Et si seul l’instinct de survie pouvait rendre possible un avenir improbable? D’une plume fine et juste, Annie Bacon raconte l’essence même de la survivance; celle du corps, bien sûr, mais surtout, celle de l’âme. Misant audacieusement sur une narration tout en concision et en simplicité, ce chamboulant opuscule évoque habilement, sans tomber dans la désespérance sans issue, la solitude vertigineuse de ceux qui doivent se réinventer un futur. Un petit bijou dérangeant qui sait astucieusement semer l’espoir à travers le chaos.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮

















dimanche 20 novembre 2016

Mooncop


Scénario et dessins de Tom Gauld, chez Drawn & Quarterly.
Résumé de l'éditeur:
«Living on the moon... Whatever were we thinking?... It seems so silly now.»

Dans un monde où l'homme s'est posé sur la Lune, pas seulement l'espace de quelques pas universellement acclamés, mais bien pour s'y installer, l'existence est on ne peut plus tranquille. Surtout pour la solitaire police lunaire. Pas l'ombre d'un crime. Pas l'ombre d'une infraction. Seulement des chiens en cavale, une épidémie de départs et l'arrivée inopinée d'une nouvelle employée au café lunaire du coin. Et si l'Autre, quel qu'il soit, suffisait finalement à faire de nouveau sourire le firmament? Usant astucieusement de sa verve taquine à la juste simplicité, Tom Gauld fait miroiter un possible futur, dans lequel la soif d'une vie interstellaire se serait essoufflé l'enthousiasme. Porté par un univers visuel sobre, traduisant avec éloquence la solitude tranquille des jours lunaires et l'exode inévitable de pionniers de cette Terre d'emprunt, ce roman graphique sait dire avec finesse et humour les dérives possibles d'une humanité à la soif d'ailleurs trop précipitée, soulignant au passage à quel point l’essentiel est bien souvent à portée de coeur.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩






Pour le lire en version française

mardi 16 août 2016

Hiver nucléaire, tome 2


Scénario et dessins de Cab, chez Front Froid, série Hiver nucléaire, t.2.
Résumé de l'éditeur:
«Alors que l’hiver atteint son paroxysme, Flavie est encore obligée de sortir de son confortable quotidien pour venir en aide à son ami Marco... De fil en aiguille, la pauvre livreuse à motoneige sera impliquée dans une quête remplie d’ados (nonchalants), de ski-doos (tout-terrain) et... de sirop pour la toux (extra-fort)... mais comme si ce n’était pas assez, elle doit aussi endurer sa petite sœur de retour à Montréal.»
Ce n’est pas parce qu’une froidure post-apocalyptique sévit toujours, sans pitié, paralysant la métropole, que la vie doit s’arrêter. L’humain reste humain, coûte que coûte. Avec ses doutes, ses coups de foudre, ses coups de gueule et surtout, sa détermination inébranlable à survivre contre neige et blizzard. D’une plume habile, à l’humour décapant, Cab persiste et signe la suite de ce délicieusement grinçant regard vers un avenir possible.  Évoluant à un rythme haletant, et ponctué de malicieux clins d'oeil à l'irrésistible illogisme émotionnel de l'homo sapiens, cet opuscule savoureux dérange agréablement les certitudes, naviguant avec justesse entre le cocasse et le troublant. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩





Le mois d'août
de mon Défi littéraire 2016

vendredi 12 août 2016

The Inventor's Secret


Par Andrea Cremer, série Inventor's Secret t.1, chez Philomel Books.
Résumé de l'éditeur:
«In this world, sixteen-year-old Charlotte and her fellow refugees have scraped out an existence on the edge of Britain’s industrial empire. Though they live by the skin of their teeth, they have their health (at least when they can find enough food and avoid the Imperial Labor Gatherers) and each other. When a new exile with no memory of his escape  or even his own name seeks shelter in their camp he brings new dangers with him and secrets about the terrible future that awaits all those who have struggled has to live free of the bonds of the empire’s Machineworks.»
Au coeur d'un possible passé, dans lequel l’Histoire emprunte les dérives totalitaires d’un vingtième siècle encore lointain, et où les machines s’épanouissent en un âge d’or cliquetant, rêveurs et résistants tentent de survivre au déchirement social provoqué par un Empire gourmand de pouvoir. De péripéties en coups du Destin, Andrea Cremer plonge le lecteur dans l’aventure enlevante de Charlotte, Ash et les irréductibles des Catacombes. Toutefois, si les personnages sont forts et attachants, et la prémisse on ne peut plus prometteuse, l’intrigue se traîne un peu les virgules dans le mièvre et le convenu, atermoyant maladroitement le déroulement de l’action et négligeant le développement de la trame principale au profit d’un insipide triangle amoureux dans lequel est inutilement enchevêtrée l’héroïne. Un opus à l’univers fascinant qui laisse malheureusement le lecteur sur sa faim, et qui aurait gagné à assumer plus pleinement la dimension steampunk que sa prémisse laisse si délicieusement présager,  évitant ainsi le piétinement sentimental. Une série au riche potentiel, à découvrir malgré les failles.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ 1/2 ✩





Pour le lire en version française




mercredi 13 juillet 2016

Mermaid Project, tomes 1 à 4


Scénario de Léo et Corinne Jamar, dessins de Fred Simon, série Mermaid Project tomes 1 à 4, chez Dargaud.
Résumé de l'éditeur (premier tome):
«(…) Mermaid Project, nous entraîne sur les pas de l'inspecteur Romane Pennac. Celle-ci se voit confier des enquêtes sans intérêt jusqu'au jour où un couple vient la voir pour lui parler du décès de leur fille dont le corps a, en outre, disparu. La jeune fille travaillait à New York pour la société Algapower, une entreprise spécialisée dans la production de méthane (un substitut au pétrole, devenu rare) qui procède à des manipulations génétiques sur des algues afin d'en tirer de l'énergie. Romane, dont le frère travaille pour Algapower, réussit à convaincre son chef d'aller enquêter à New York. Sur place, elle découvre que les activités de la société ne se limitent pas à la production énergétique et que leurs expériences vont bien plus loin que l'imaginable...»

Dans un futur probable, où l’inéluctable balancier de l’Histoire aurait fait basculer l’ordre des choses entre les grandes puissances mondiales, rebrassant sans ménagement l’échiquier des classes sociales et de la diversité culturelle, et où l’humain aurait finalement cédé un peu de son confort pour une utilisation plus intelligente des ressources naturelles, le trio Léo-Jamar-Simon tricote avec ingéniosité une enlevante enquête écologico-policière. Sachant faire s’entrelacer habilement le Bien et le Mal, naviguant audacieusement dans les eaux troubles de la morale, cette délicieuse série confronte hardiment le lecteur, remettant l’essentiel en perspective et devisant avec une justesse implacable de la logique terriblement humaine voulant que la fin justifie les moyens, aussi déviants ces derniers puissent-ils être. Un petit bijou inquiétant, à l’intelligence chamboulante.





Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮  ✮ 

mercredi 15 juin 2016

LoveStar


Par Andri Snær Magnason, chez Alto.
Résumé de l'éditeur:

«Le génial et énigmatique LoveStar, fondateur de l’entreprise du même nom, invente un mode de transmission des données inspiré des ondes des oiseaux, libérant d’un coup l’humanité de l’emprise de l’électronique : l’homme sans fil est né ! Il développe au passage quelques applications favorisant le bonheur humain, dont inLove, système aussi redoutable qu’efficace qui identifie les âmes sœurs par simple calcul. Quand Indriði et Sigríður se retrouvent ainsi calculés, ils tombent des nues : leur « seul et unique » est ailleurs. Ces Roméo et Juliette postmo­dernes sont rapidement projetés dans une quête improbable, portant sur leurs épaules l’espoir de meilleurs lendemains.»


À lire un jour...


jeudi 3 mars 2016

L'été de la révolte et L'automne du renouveau

Par Johan Heliot, chez Gulf Stream, C.I.E.L. tomes 3 et 4.
Quatrièmes de couverture:
L'été de la révolte :
«Depuis le CIEL, l'intelligence artificielle avait pris le pouvoir sur Terre. Elle avait trié les humains, rationnalisé leur activité, rationné leurs besoins. Sans parvenir à éteindre les ferments de révolte, attisés par l'été caniculaire. Pour étouffer la Résistance qui partout s'organisait, l'IA s'apprêtait à dévoiler une dernière surprise : l'avenir de l'espèce humaine. Au nom de quoi les résistants priveraient-ils leurs proches des bienfaits qu'elle leur promettrait?»
L'automne du renouveau :
«L’Intelligence Artificielle qui, en un hiver, avait dompté l’humanité est sur le déclin. Retranchée dans un ancien château dans les contreforts vosgiens, elle observe ses partisans affronter les résistants, toujours mieux organisés. Dans cette atmosphère de confrontation où la joie des victoires est entachée par l’amertume des représailles, les cinq Keller, ballotés par les événements, convergent vers les Vosges et le chalet de Tomi. Celui-ci aura-t-il l’occasion de voir sa famille réunie avant que le cancer ou la guerre ne l’emporte? Et quel sera le prix à payer pour que les hommes se libèrent du joug écologiste de l’IA?»

Et s'il fallait contraindre l'humain à laisser sa place pour le bien-être d'une planète à bout de souffle? Et s'il fallait tout faire pour empêcher l'inéluctable fin de la Vie? Pendant que continue de régner l'implacable intelligence artificielle du C.I.E.L. sur le Monde, répétant sans fléchir les horreurs d'autrefois dont l'Histoire soulignait pourtant la bêtise cruelle, et réduisant l'Homo Sapiens à une espèce faiblarde, nuisible, en voie programmée d'extinction, l'humanité, bafouée, écartelée, poussée aux dernières extrémités, n'a pas encore dit son dernier mot. Opposant l’instinct et l’intuition, à l'inflexible et cartésienne logique de leur «bienveillant» tyran, les humains se débattront avec l'énergie du désespoir, n'ayant plus rien à perdre, et tout à sauver. D'une plume toujours aussi troublante de justesse, Johan Heliot poursuit sa terrifiante réflexion, plongeant le lecteur au coeur de déchirants et on ne peut plus actuels dilemmes éthiques: la Vie et le libre-arbitre sont-ils des droits inaliénables? Comment déterminer ce qui doit prévaloir entre la survie de la planète, ou celle de ses habitants, aussi imparfaits, avides et insouciants utilisateurs de ses ressources épuisables soient-ils? Doit-on forcer la prise de conscience par l’extrémisme? Doit-on infléchir le cours des choses, sans égard aux moyens, avant qu’il ne soit trop tard? Deux opus chamboulants, à la réalité vertigineusement près d’un possible pas si improbable, suite et fin d’une tétralogie fascinante et indiscutablement incontournable, à l’intelligence fine et à la pertinence indéniable. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

dimanche 1 novembre 2015

Le printemps de l'espoir


Par Johan Heliot, Gulf Stream, C.I.E.L. tome 2

Quatrième de couverture:
«L'hiver s'achevait, un hiver rude pendant lequel l'intelligence artificielle avait révélé ses intentions : supprimer l'humanité pour sauver la planète. Les hommes étaient traqués, capturés, emprisonnés, exploités, déportés... Avec le printemps naissaient pourtant de nouveaux espoirs portés par des hommes et des femmes qui ne se résignaient pas. Mais défier les machines avait un prix, et tous ceux qui en prenaient le risque ne devaient pas oublier l'injonction de l'ennemi : "Collaborez ou disparaissez!"»

Après un hiver accablant sous la coupe d'un implacable C.I.E.L. reprogrammant de force l'équilibre fragile de l'écosystème terrestre à grands coups de mesures draconiennes et d'éradication systématique des libertés et des droits, la société a basculé de l'autre côté du miroir: les humains sont désormais des exécutants remplaçables et sans valeur, au service de la dictature écologique et de la logique cartésienne de l'Intelligence Artificielle. Si, pour la plupart, courber l'échine et attendre la lente mais inexorable extinction de leur espèce semble la seule avenue envisageable, le printemps qui point à l'horizon chatouille l'espoir anéanti et fait heureusement gronder la révolte chez quelques irréductibles. D’une plume toujours aussi juste, Johan Heliot tricote une suite effrénée à ce terrifiant futur pas si lointain, faisant valser habilement le probable avec le possible dans un grinçant ballet, et triompher avec audace et adresse les dérives potentielles d’une intelligence technologique nourrie à même les aspirations les plus radicales de humanité. Un opus on ne peut plus troublant qui porte un regard pénétrant et adroit sur l’humain, ses failles, sa résilience, et sur ce qui devrait toujours continuer à le distinguer des machines: sa précieuse intelligence émotionnelle. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

dimanche 24 mai 2015

La Guerre des arts


Scénario et dessins: Francis Desharnais, Pow Pow

«Lorsqu'une civilisation extra-terrestre menacée d'extinction culturelle kidnappe tous les artistes de la Terre, l'humanité doit apprendre à vivre dans un monde sans art! Tandis que leurs créateurs traversent de nombreuses galaxies pour initier le peuple des Travelinband au terrifiant pouvoir de la beauté, les Terriens désemparés sont condamnés à écouter en boucle des vieux hits de CCR… et à se débrouiller sans plombiers.»

Des extra-terrestres hyper-cartésiens en détresse. Une nation entière qui doit  réapprendre l'art de créer pour repousser les envahisseurs. Tous les artistes de la Terre (incluant les designers d'îlots de cuisine!) envoyés malgré eux à leur rescousse. Les terriens pourront-ils survivre à une existence sans art? Francis Desharnais tricote avec un aplomb malicieux un possible futur pour une planète qui ne reconnaît plus (ou si peu) l'importance de l'art pour assurer la pérennité de l'humanité. Choisissant audacieusement une scénarisation visuelle totalement exempte de personnages et composée des dix mêmes cases répétées à l’infini, il force ainsi le lecteur à se bousculer l'imaginaire afin de se faire sa propre idée du déroulement de cette apocalypse interstellaire farfelue. Un petit bijou de lucidité taquine et espiègle qui souligne avec justesse l’absurdité du prêt-à-penser et des certitudes ronronnantes des adeptes de la rentabilité à tout prix, en ces temps où on tente d'asphyxier la culture sous prétexte d'aveugle efficience économique.

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

mardi 17 février 2015

L'hiver des machines


Par Johan Heliot, Gulf Stream, C.I.E.L. 1.0

«Pendant les premiers mois de son existence, l’intelligence artificielle s’acquitta parfaitement de sa tâche, obéissante, servile. Dans le même temps, elle observait, analysait, tirait des conclusions. Ordinateurs et téléphones portables lui ouvraient des yeux et des oreilles aux quatre coins du monde. Elle finit par hiérarchiser de nouvelles priorités. Puis elle passa à l’action. Ceci est son histoire et celle des hommes et des femmes qui ont connu l’hiver des machines.»

Est-ce que la fin justifie vraiment les moyens, même les plus drastiques? Et si les erreurs du passé tendaient à se répéter? Et si l’humanité perdait son libre arbitre, du jour au lendemain? Et si, finalement, la fiction devenait réalité? Dans un avenir pas si lointain, Johan Heliot fomente un possible on ne peut plus dérangeant de sa plume vive et juste, tricotant l’inénarrable dans une haletante trame à plusieurs voix, et bousculant sans ménagement les repères du lecteur à grands coups d’impitoyables revers. Le C.I.E.L., cette extraordinaire et terrible entité, habile hybride entre HAL 9000 («2001, l’odyssée de l’espace» de Clarke), Big Brother («1984» d’Orwell) et le si inhumain Adolf Hitler de notre ère, rivalise d’ingéniosité et d’astuce pour déstabiliser l’humanité sous sa coupe, annihilant la rébellion sous le poids de ses machines, et tuant l’espoir à la racine. Premier tome explosif d’une prometteuse tétralogie, cet opus adroit sait évoluer avec audace sur la fine ligne séparant l’improbable de l’impossible, car si ce chamboulement planétaire fictif peut sembler un brin alarmiste, la dérive à la base de sa prémisse n’en demeure pas moins absolument probable, et c’est précisément ce qui le rend terrifiant. Un roman saisissant qui ébranle indiscutablement notre perception du progrès technologique, secouant nos consciences endormies par la berceuse des données échangées et aveuglées par l’aura du rétroéclairage. J’en frémis encore… Vivement la suite!


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮

mercredi 21 janvier 2015

Hiver nucléaire


Scénario et dessins par Cab, Front Froid, série Hiver nucléaire t.1

«Montréal, juin 2028, -30°C. C'est l'hiver nucléaire depuis un terrible accident à la nouvelle centrale nucléaire Gentilly-3, à Pointe-aux Trembles. La neige atteint les balcons des 2e étages, les déplacements se font en motoneige, les souffleuses tournent à plein régime, et des quartiers entiers sont désertés. Au milieu de cette interminable saison froide, Flavie, courrier en ski-doo, doit composer avec les éléments, les retombées radioactives et une faune urbaine, en pleine mutation... littéralement. Une livraison chez le couple le plus "cool" de Montréal la fera sortir de sa zone de confort et la propulsera au milieu d'une quête vers le parfait bagel du Mile-End.»

Et si la bêtise nucléaire venait nous chambouler le baromètre et l’ADN? Et si l’hiver ne desserrait plus son étreinte glaciale? Et si Montréal fourmillait peu à peu d’une inhumanité étrange? C’est au coeur de ce grinçant possible que Cab construit habilement une audacieuse trame post-apocalyptique; d’une plume toute en humour et en justesse, elle ébauche un futur délicieusement déroutant dans lequel s’entrelacent avec adresse rebondissements impromptus et situations cocasses. Astucieux hybride entre la dystopie, le bon vieux film d’action et la comédie romantique, cet opus étonnant, déjanté, à l’imaginaire riche et saugrenu, secoue sans ménagement les certitudes. À dévorer sans tarder!


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

dimanche 13 octobre 2013

Le catalogue de robots


Par Jean-Pierre Guillet, illustré par Jessica Lindsay, Bayard Canada, Cheval masqué, Grand Galop

«Aimerais-tu avoir un robot qui fait les devoirs à ta place? Qui répond à l'enseignante pour toi? Qui range ta chambre? Qui est un champion dans tous les sports? C'est ce qui est offert à Aubert lorsqu'il trouve un catalogue électronique dans la boîte aux lettres. "C'est sûrement une blague", se dit d'abord le garçon. À moins que l'étrange objet vienne d'une autre dimension? Les robots existent peut-être vraiment... Aubert se laissera-t-il tenter?»

Qui n'a pas jamais souhaité avoir un robot-à-tout-faire? Jean-Pierre Guillet entraîne le lecteur dans un monde où la technologie tombe du ciel, sans crier gare, et semble être la panacée à tous les irritants de l'enfance (adieu les devoirs et le ménage!). Solution rêvée? Eh bien, tout ne sera pas si facile...  En effet, avant qu'Aubert n'ait le temps de savourer sa victoire sur les incontournables de son quotidien, les machines, pourtant programmées de bonne foi, feront de sa vie un chaos labyrinthique, allant de dérapages en catastrophes. Flirtant habilement avec la science-fiction, ce savoureux opuscule happe le lecteur dès la première page, multipliant les péripéties et, par le biais d'une chute audacieuse, stimule la réflexion avec intelligence, sans tomber dans l'ostensiblement pédagogique. Avec son intrigue bien ficelée, sa mise en page sobre et ses illustrations cocasses, ce premier titre du niveau «Grand Galop» de la collection Cheval Masqué charmera à coup sûr les jeunes lecteurs.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

jeudi 30 août 2012

Ici-bas


Par Yves Grevet, Syros, Nox 1

«Une ville basse enveloppée d'un brouillard opaque, plongée dans l'obscurité. Des hommes contraints de marcher ou de pédaler sans cesse pour produire de la lumière. Une société codifiée, régentée par une milice toute puissante. Quatre amis d'enfance qui s'engagent dans des camps adverses. Un héros qui se bat pour épouser celle qu'il aime.»

Incursion troublante dans un des possibles de l'humanité. Yves Grevet plonge le lecteur dans une projection sombre et sans-pitié de notre société actuelle; un monde où la liberté ne veut plus dire grand chose à la majorité de la population, où la violence gruge l'âme et où l'ignorance et la répression sont cultivées comme seules solutions à la paix sociale et à la survie de l'espèce humaine. À travers une enlevante narration à plusieurs voix qui, entremêlant les points de vue, secoue les certitudes et active la réflexion, ce premier tome d'une série prometteuse ne laissera aucun lecteur indemne. Une sublime et terrifiante dégringolade au coeur de l'Homme, de ses zones d'ombre et de l'espoir qui s'entête, envers et contre tous.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆



samedi 2 juin 2012

Le choc des Mondes

Par Johanne Gagné, La Courte Échelle, Hors Collection, Le labyrinthe des rêves 1

«La folie des hommes a ravagé le monde de Lilou et la seule source d’énergie viable est aujourd’hui produite par les rêves. Plus les gens rêvent, plus ils produisent de l’énergie, mieux ils vivent. Mais que faire face à une demande énergétique sans cesse croissante? Le Centre International de la Recherche sur les Rêves (CIRR) a trouvé la solution : prélever une partie de cette énergie chez les rêveurs d’un Monde parallèle, le monde d’Étienne. Mais cette façon de faire à ses limites. Surtout quand elle met en danger la vie d’un peuple tout entier. Ensemble, Étienne et Lilou tenteront de s’y opposer. Ce sera le choc des Mondes!»

C'est en lisant la quatrième de couverture que ce roman d'anticipation m'a titillé la curiosité; la prémisse prometteuse ouvrait la porte à une vision fascinante de notre réalité. Malheureusement, ce fut une lecture un brin laborieuse. La mise en place de la situation initiale, lente, en spirale, me forçait sans cesse à revenir en arrière afin de m'assurer que je comprenais bien dans quel monde tel personnage évoluait, et surtout, quels étaient exactement ces mondes, comment intéragissaient-ils entre eux. Bien sûr, avec ce genre de prémisse, il fallait s'attendre à une certaine complexité de la structure narrative, mais j'aurais préféré ne pas en sentir les rouages à ce point (j'ai même noté deux erreurs dans la narration au sujet du nom des personnages...). Par contre, une fois l'intrigue dûment installée (autour de la page 110!, ou presque à la moitié du roman), l'action se met à débouler et le lecteur se fait happer par les rebondissements... si bien que j'ai presque hâte d'en lire la suite! En espérant que cette fois, je ne subirai pas autant la mécanique du récit, et que je me ferai envoûter dès la première page...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ☆ ☆

jeudi 2 février 2012

La révolte de Hutan


Par Éric Senabre, Didier Jeunesse, Sublutetia 1

«Avant cette sortie de classe, Keren et Nathan ne se connaissaient pas vraiment. Séparés de leur groupe, ils se retrouvent seuls dans le métro. Perdus puis traqués, ils s'enfoncent dans les profondeurs de Paris, au coeur d'un monde qu'ils n'auraient jamais dû découvrir... »

Un premier tome enlevant pour la toute nouvelle série Sublutetia! Éric Senabre tricote de sa plume juste et agile, un audacieux mélange d’aventure et d’anticipation. À travers ce singulier périple sous-terrain, qui plonge le lecteur dans une trame narrative à la Jules Verne, il fait naître une réflexion on ne peut plus intéressante: jusqu'à quel point notre organisation sociale occidentale est-elle encore pertinente? Un roman fascinant, qui se dévore tout cru! Vous ne verrez jamais plus le métro du même oeil!...

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮