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mercredi 21 décembre 2016

vi


Par Kim Thuy, lu par Kim Thuy, chez Alexandre Stanké.
Résumé de l'éditeur:
«Mon prénom, Bào Vi, illustrait l'intention de mes parents de "protéger la plus petite". Si l'on traduit littéralement, je suis "Précieuse minuscule microscopique". Comme dans la plupart des cas au Vietnam, je n'ai pas su être à l'image de mon nom. Souvent, les filles qui s'appellent "Blanche" ou "Neige" ont le teint très foncé, et les garçons nommés "Puissance" ou "Fort" craignent les grandes épreuves. Quant à moi, je grandissais sans cesse, dépassant de loin la moyenne et, du même élan, me projetant en dehors des normes.»

Il y a toutes sortes de fuites. La fuite sur un coup de tête. La fuite au long cours, de ceux qui y prennent goût. La fuite qu’on ne choisit pas, dictée par l’innommable de la guerre. La fuite qui déchire. La fuite parce qu’on a peur. La fuite parce qu’on aime trop, parce qu’on aime mal. La fuite impardonnable. La fuite de soi. La fuite qu’on voudrait fuir. Or, au-delà de la fuite, il y a, parfois, si on sait le saisir au vol, un petit bonheur qu’on n’attendait plus. De son verbe délicat et juste, tout en finesse et en sensibilité, Kim Thuy raconte comme on chuchote un secret, brodant avec agilité le fil fragile et étonnant de ces vies qui ont tout laissé derrière pour tenter de se reconstruire des racines ailleurs. Faisant se côtoyer avec aisance l’horreur indicible et l’amour, l’espoir déçu et le bonheur pur, la complicité toute simple et le silence qui divise, elle évoque habilement entre les lignes une histoire muette, celle qu’on devine à tâtons, celle qui fait naviguer en eaux troubles. Un opuscule inoubliable qui fait voyager dans le monde aux mille possibles des âmes égarées.

P.-S. Ces mots, mes yeux ne les ont pas lus. Ce sont mes oreilles qui les ont entendus. Racontés tout doucement par la voix chantante et irrésistible de leur auteure, Kim Thuy. Comme si ces mots, elle me les soufflait à l’orée de l’âme. C’était une première pour moi. Un premier pas dans l’audio-livre. Et je ne fus pas déçue…



Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩



Le mois de décembre
de mon Défi littéraire 2016

mercredi 2 novembre 2016

Les tranchées : maternité, ambigüité et féminisme, en fragments


Par Fanny Britt, collection Documents, chez Atelier 10.
Quatrième de couverture:
«Les images de la maternité naissent dans les clichés (Communion! Souffrance! Délivrance!), vivent de clichés (Main sur un front fiévreux! Claque en arrière de la tête!) et meurent sur un cliché (Elle ne m’a jamais dit qu’elle m’aimait!). Pour les contourner, il faut avancer prudemment, faire confiance aux histoires qui émergent et espérer qu’elles forment, au bout du compte, un tout cohérent. Fanny Britt se risque ici à une sorte de plaidoyer pour une maternité ambigüe, à coups de souvenirs, de récits, de conversations avec des mères et des non-mères, d’impressions de lecture et de sagesse trouvée dans les paroles de chansons.»

La maternité, cette genèse de l'humanité, ce cycle perpétuel assurant la prolifération de la vie. Ayant fait son indispensable entrée en scène suivant la fameuse pomme d'Ève, elle roule rondement sa bosse depuis. Universelle, elle se rit des frontières géographiques, des fossés socio-économiques et parfois, implacable mécanique biologique qu'elle est, de la volonté même de celle qui la vit. La maternité donc. Vieille comme le monde. À la glorification omniprésente en ces temps de partage en temps réel, mais à l'essentiel pourtant si souvent tu. Quelle est-elle, cette maternité moderne? Une joie? Un frein? Un acte de foi en l'avenir? Un renoncement à sa liberté individuelle? Et comment la vit-on? Doit-on la vivre? D'une voix toute en finesse, en simplicité et en authenticité, Fanny Britt s'interroge sur le sens de la maternité. Sans tomber dans le piège de la définition unilatérale, elle butine humblement dans l'enchevêtrement inextricable des idées reçues, se posant au hasard des rencontres, s'abreuvant des perceptions multiples et tricotant ainsi un honnête tour d'horizon. Cet opus en est un indispensable. À la fois tendre, drôle, juste et lucide, il sait dire l'ineffable et secouer le confort aveugle des certitudes. 




Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮






Le mois de novembre
de mon Défi littéraire 2016


samedi 29 octobre 2016

Volkswagen Blues


Par Jacques Poulin, chez Leméac/Actes Sud, collection Babel.

Quatrième de couverture:
«En compagnie d’une jeune métisse surnommée la Grande Sauterelle, un écrivain part à la recherche de son frère Théo dont il est sans nouvelles depuis plusieurs années. Amorcé à Gaspé, au Québec, son voyage le conduira jusqu’à San Francisco, non sans un détour du côté de l’Amérique profonde, par la route des pionniers.»

Partir. À la recherche d'un temps révolu. D'un visage enfoui dans les replis de la mémoire. Partir sans rime ni raison. Partir parce que. Et croiser, par hasard (mais le hasard existe-t-il vraiment?), l'Inconnu. Une inconnue. À l'errance complice. À la présence indispensable. Pour rallumer la détermination vacillante. Pour faire un pied-de-nez à l'insurmontable. Pour partager une odyssée en quête de sens. D'une plume feutrée, Jacques Poulin raconte, sans se presser, les vagabondages de l'âme, les grincements du coeur et les impardonnables bêtises de l'Histoire. D’un bout à l’autre de l’Amérique du Nord, cahotant vaillamment, toujours un peu plus à l’ouest, sur la route poussiéreuse de ceux qui ont jadis tous laissé derrière pour la promesse d’une richesse à saisir, cet opus fait revivre un passé qui s’était tu, et dont le silence grondait pourtant d’éloquence sous la surface d’un présent sans histoire. Une épopée tendre, et douce, et triste, qui souligne avec justesse que, comme souvent, la destination n'est qu'un point de départ, et que c’est du voyage en lui-même qu’on revient métamorphosé.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩








Le mois d'octobre
de mon Défi littéraire 2016

vendredi 30 septembre 2016

J't'aime encore - monologue amoureux


Par Roxanne Bouchard, chez VLB Éditeur.
Quatrième de couverture:
«À vingt ans, on rêvait de liberté. Alors pourquoi est-ce qu'on s'est attaché? Pourquoi est-ce qu'on a voulu être la moitié d'un autre, puis choisi de fonder une famille? Et pourquoi reste-t-on, alors que les différends se sont accumulés au fil des années, que les enfants nous épuisent et que le quotidien nous lasse? Pourquoi s'entêter à aimer encore quand il serait si facile de partir?»
L’amour débarque souvent sans crier gare, se riant des convenances et de la voie toute tracée d’un Destin en cours. Oser le saisir au vol, c’est fleurir le quotidien d’une verdure luxuriante. Mais encore faut-il avoir le pouce vert. L’envie de s’investir dans la culture durable. Et celle d’accepter de voir changer son paysage en une flore étonnante qui peut aussi, parfois, entraver la liberté des possibles… D’une plume à la douce authenticité, Roxanne Bouchard laisse fuser les mots, racontant tout simplement, avec un aplomb tout en justesse et en simplicité, les méandres des relations humaines et les petites houles d’une existence qui n’est jamais aussi paisible et univoque que l’on pourrait le croire. Déjouant astucieusement les réserves que pourrait avoir le lecteur à lire de la dramaturgie, cet opuscule à la forme singulière et aux disdascalies inclusives, accueille à lignes ouvertes le néophyte du genre. Une ode tendre et pertinente à l’amour au long cours.



Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩







Le mois de septembre
de mon Défi littéraire 2016

mardi 16 août 2016

Hiver nucléaire, tome 2


Scénario et dessins de Cab, chez Front Froid, série Hiver nucléaire, t.2.
Résumé de l'éditeur:
«Alors que l’hiver atteint son paroxysme, Flavie est encore obligée de sortir de son confortable quotidien pour venir en aide à son ami Marco... De fil en aiguille, la pauvre livreuse à motoneige sera impliquée dans une quête remplie d’ados (nonchalants), de ski-doos (tout-terrain) et... de sirop pour la toux (extra-fort)... mais comme si ce n’était pas assez, elle doit aussi endurer sa petite sœur de retour à Montréal.»
Ce n’est pas parce qu’une froidure post-apocalyptique sévit toujours, sans pitié, paralysant la métropole, que la vie doit s’arrêter. L’humain reste humain, coûte que coûte. Avec ses doutes, ses coups de foudre, ses coups de gueule et surtout, sa détermination inébranlable à survivre contre neige et blizzard. D’une plume habile, à l’humour décapant, Cab persiste et signe la suite de ce délicieusement grinçant regard vers un avenir possible.  Évoluant à un rythme haletant, et ponctué de malicieux clins d'oeil à l'irrésistible illogisme émotionnel de l'homo sapiens, cet opuscule savoureux dérange agréablement les certitudes, naviguant avec justesse entre le cocasse et le troublant. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩





Le mois d'août
de mon Défi littéraire 2016

lundi 25 juillet 2016

Deux garçons et un secret


Par Andrée Poulin, illustré par Marie Lafrance, chez La Bagnole.
Quatrième de couverture:
«Émile et Mathis sont les meilleurs amis du monde. Ils partagent leurs jeux. Leurs collations. Et leurs secrets. Un beau matin, Émile fait une découverte dans le bac à sable. Ça lui donne une idée. La plus meilleure idée de toute sa vie. Sauf que certains trouvent que c'est plutôt la plus mauvaise idée de toute sa vie. Que fera Émile?»
La complicité et l’amour, ça déferle sans crier gare. Ça enveloppe le coeur dans une douce étreinte. Ça ne se force pas: ni à s’installer, ni à disparaître. L’amour et la complicité sont un petit bijou pour l’âme. Un petit bijou unisexe. D’une voix tout en finesse et en authenticité, Andrée Poulin raconte ce lien précieux qui unit contre les vents et les marées de l’ignorance et de l’étroitesse d’esprit. Porté avec délicatesse par l’univers visuel sensible de Marie Lafrance, cet opuscule laisse l’enfance secouer les certitudes avec justesse, soulignant que tout est possible si on sait voir l’essentiel.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 



Le mois de juillet de mon
Défi littéraire 2016

mercredi 15 juin 2016

Suçons et réglisse rouge


Par Marie Dupuis, chez Tire-Veille, collection Haïkusie.
Quatrième de couverture:
«Invitation, évocation, souvenir...? Tout cela à la fois. L'énigme de l'écriture redonne au haïku une ouverture insoupçonnée. Aux lecteurs et lectrices de s'approprier les images, les mots, les couleurs et de les laisser résonner en eux. - Micheline Beaudry»

La poésie est partout. Surtout là on ne la soupçonnait pas. Dans les bribes d’un quotidien bigarré. Dans les mouvances d’une âme à la dérive. Dans la coquine gymnastique des mots complices. Suffit d’ouvrir l’oeil, et le bon. D’une plume tout en simplicité, Marie Dupuis jongle avec l’ordinaire pour en faire jaillir des petites merveilles impromptues. Maniant habilement le verbe, elle entraîne avec un aisance délicieuse le lecteur vers mille possibles. Ses haïkus à l’allure sage racontent in petto ce que l’oeil n’a pas saisi à première vue. Ils ont la narration concise et la chute éloquente. Ils savent dire l’essentiel, trois vers à la fois. Un opuscule étonnant et savoureux pour ceux qui aiment se laisser surprendre entre les lignes.


Et un petit extrait pour apprendre à voguer (p.28):
« relire sa lettre
sous mes larmes
une aquarelle »


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩




Mon mois de juin
du Défi littéraire 2016

vendredi 27 mai 2016

La femme aux cartes postales


Scénario de Claude Paiement, dessins de Jean-Paul Eid, chez La Pastèque.
Résumé de l'éditeur:
«1957. Rose quitte sa Gaspésie natale en laissant, derrière elle, une lettre sur son oreiller. Elle n’a qu’un rêve en tête: briller sur les scènes des prestigieux cabarets de la métropole. À cette époque, Montréal est un haut lieu de la vie nocturne et l’une des escales obligées des plus grands jazzmen. Les nightclubs brillent de tous leurs feux et la mafia fait des affaires d’or. Mais l’arrivée du rock’n’roll, l’engouement pour la télévision et l’élection du jeune et incorruptible maire Jean Drapeau va sonner le glas de cet âge d’or.
2002. En Gaspésie, un étranger vient d’acquérir une maison abandonnée mise aux enchères; photos aux murs, vieux piano désaccordé et au fond d’un garde robe, un terrible secret de famille...»

Dans l'obscurantisme d'une société où la conformité est de mise, où il est préférable de taire son unicité pour mieux se fondre dans la masse docile d'un Québec sous la poigne implacable de Duplessis, une femme ose l'inconcevable: suivre son instinct et sa passion. Portée par la musique et le jazz enfumé des cabarets de Montréal, elle chante son émancipation, réécrivant sa vie au fur et à mesure des opportunités. Mais le Destin, cet empêcheur de tourner en rond, vient soudainement brouiller ses cartes postales, muselant son envol, la laissant sans mots. Misant sur une remarquable narration à quatre mains, Claude Paiement et Jean-Paul Eid racontent avec dextérité et finesse l’histoire à rebrousse-temps de la musique qui envoûte et de la Vie qui parfois, bipolaire, sème le rêve et récolte la torpeur. Orchestrée avec brio à travers un scénario jonglant délicieusement avec la musique et l’Histoire, et portée par un univers visuel tout en demi-teintes et en éloquence, cette chronique singulière sait dire avec justesse et sensibilité les remuantes montagnes russes de la passion avec un grand «P». Un sublime voyage aux confins de l’âme humaine, dans tout ce qu’elle a d’authentique et d'indomptable. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮




Mon mois de mai
du Défi littéraire 2016


vendredi 20 mai 2016

La Petite Patrie


Scénario de Normand Grégoire, dessins de Julie Rocheleau, d'après Claude Jasmin, chez La Pastèque.
Résumé de l'éditeur:
«Publié en 1972, La Petite Patrie de Claude Jasmin est un roman autobiographique qui a connu un vif succès. Chronique d’un quartier populaire de Montréal, il nous offre le regard d’un enfant de huit ans sur le monde qui l’entoure à l’aube des années 40 : la guerre, la religion, les jeux de ruelles, l’amour et la mort… Julie Rocheleau et Normand Grégoire nous offre une adaptation du populaire roman de Claude Jasmin, un livre qui nous rappelle notre enfance et l’insouciance qui s’y rattache.»
C'est un Montréal aux ruelles bruyantes, lieux de tous les possibles. Un Montréal grouillant d'une enfance assoiffée de liberté et d'aventures, mais surveillée de près par un clergé qui coupe les ailes à l'imaginaire. Un Montréal qui a le quotidien humble et ouvrier, refusant l'appel de la Deuxième Guerre avec l'énergie du désespoir. Le Montréal de Claude, sa bande et leur Petite Patrie. Revisitant l'oeuvre de Claude Jasmin, Normand Grégoire et Julie Rocheleau laissent habilement parler l'époque, mettant en valeur sa langue colorée, et ne tentant pas de cacher les œillères qui en limitaient alors l'horizon social. S'épanouissant délicieusement par le biais du découpage et de la composition visuelle audacieuse de Julie Rocheleau, univers visuel sachant valser avec éloquence entre l'action et l'introspection, ce roman graphique est une bouffée d'authenticité qui sait raconter tout en simplicité et en fraîcheur ce passé qui a, entre autres, contribué à bâtir notre aujourd'hui.



Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩




Le mois de mai
de mon Défi littéraire 2016


samedi 30 avril 2016

Le deuxième étage de l'océan


Par Carle Coppens, illustré par Julie Rocheleau, chez Le Quartanier, collection Porc-épic.

Quatrième de couverture:
«Personne n’était au courant
Mais il y avait un deuxième étage à l’océan
On y accédait par un escalier en fer
Grimpant le long de la façade arrière
D’un duplex où vivait un petit garçon
Qui avait tout juste l’âge de raison»

Dans une famille où les mots fusent de partout, s’entrechoquent, s’épivardent, se coupent la virgule au pied de la lettre, oser faire entendre sa voix n’est pas une mince affaire. Il faut d’abord dénicher ce qui nous démange le bagou, puis, mission quasi-impossible, trouver une façon de museler les autres moulins à paroles assez longtemps pour s’exprimer, en monopolisant stratégiquement leur attention. Pas simple, tout ça, quand on est un timide néophyte du bavardage. Si seulement on pouvait avoir une bonne histoire, bien extravagante, sur le bout de la langue!… D’une plume singulière, une plume qui se raconte haut et fort, Carle Coppens entraîne joyeusement le lecteur à la limite du réel et de l’imaginaire, faisant s’entrelacer les possibles et l’improbable, bravant les interdits, dans un cocasse périple entre ciel et terre. Misant audacieusement sur un verbe tout en poésie et en rimes, et porté par l’univers visuel évocateur de Julie Rocheleau, cet opus qui n’a pas froid aux yeux ébranle les repères juste assez pour semer un délicieux doute et faire se multiplier les questions. À lire en choeur ou en canon: jeunes et moins jeunes s’y retrouveront.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩






Le mois d'avril 
de mon Défi littéraire 2016

jeudi 31 mars 2016

Hiroshimoi

Par Véronique Grenier, chez Ta Mère.
Quatrième de couverture:
Il y a parfois des ruptures qui ne peuvent pas arriver, mais qui le devraient. Parce que les cœurs se crient après sans arrêt, enterrent tout le reste, s’enterrent eux-mêmes. Ils s’emportent et se débattent et débordent, avec cette certitude qu’ils s’arrêteront le jour final, le jour ultime où, à se heurter sans arrêt, à s’exister de trop près, à s’attendre, un coup de trop les éclatera.»
L'amour. Celui qui fait rêver de douces chevauchées princières et de souliers de verre retrouvés. Celui qui fait sourire la grisaille. Celui qui fait s'épanouir les rêves. Cet amour-là. Le rarissime. Le mythique. L'insaisissable. Et s'il n'était pas aussi lisse que ses princesses de porcelaine? Et s'il confondait, parfois, souvent, le rire et les larmes? Et s'il s'émiettait l'essentiel à tout vent, et se retrouvait, hagard, perdu, désabusé, dans l'ordinaire grinçant de nos quotidiens aux mille visages? D'une plume vibrante, faisant valser avec aplomb la poésie d'un réel à l'aile brisée, Véronique Grenier crachote l'amour-poignard et son inéluctable. De petites phrases abyssales en envolées ébouriffées, elle sait dire l'âme, ses folies jubilatoires, ses errances vicieuses, et surtout, son espoir indestructible. Celui qui persiste et signe. Malgré la houle. Malgré le silence. Malgré l’éphémère. Un opuscule qui grignote la tranquillité avec une authenticité toute simple, et qu'on lit, d'une traite, en se protégeant tant bien que mal le coeur de l’irrémédiable.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮




Le mois de mars
de mon Défi littéraire 2016

mardi 23 février 2016

Une simple histoire d'amour


Par Angèle Delaunois, chez Soulières Éditeur, collection Graffiti +.

Quatrième de couverture:

«À partir de ce moment-là, je n’ai plus eu qu’une seule idée en tête : m’approcher de toi, t’obliger à reconnaître celle que tu avais oubliée, ressusciter notre histoire lointaine et la faire grandir, afin de retrouver cette bulle d’amour qui nous enveloppait et nous protégeait contre le reste du monde quand on était enfants. Jolie utopie!»

Tout d'abord, il y a l'amour, le vrai, celui qui fait vibrer l'âme et disparaître les ornières. Celui qui s'abreuve dans l'essentiel et n'entend plus que les battements d'un coeur à l'unisson. Celui, sans compromis, sans conditions, qui écrit l'Histoire à chaque instant. Puis, il y a le silence. Et les mailles de la mémoire qui s'étirent et se détricotent. Les petits trébuchements et les fossés insurmontables. Or, quand, sans crier gare, l'ineffable devient innommable, tout bascule; c’est la traversée d’un point de non-retour lacérant les espoirs et laissant l'insouciance pour morte. Dans une remuante correspondance de la dernière chance, Angèle Delaunois entrelace le sublime et l'impardonnable, faisant valser audacieusement ses mots avec ceux de Stefan Zweig et sa Lettre d'une inconnue, et entraînant le lecteur dans une chute de l’autre côté du miroir avec une finesse implacable et un aplomb troublant. Un opus bouleversant qui écorche les certitudes et dépucelle les contes de fée; l’intensité de l’amour y valse avec la violence tout court, la pureté des sentiments y côtoie le pire de l’humain. Les mots nous taraudent, les émotions bigarrées nous écartèlent la conscience, on est envoûté, on est déchiré: on ne peut en ressortir indemne. Âmes sensibles, jeunes et candides, s’abstenir, toutefois: ce n’est définitivement pas un opus à aborder sans y être prêt.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩




Le mois de février
de mon Défi littéraire 2016


mercredi 20 janvier 2016

Fé M Fé


Par Amélie Dumoulin, chez Québec Amérique, coll. Titan +.

Quatrième de couverture:
«Félixe remet le bébé pigeon qu’elle vient de trouver dans sa sacoche. Elle m’embrasse d’un côté, s’arrête, me fixe – ses joues sont toutes rouges d’excitation –, elle m’embrasse tout doucement de l’autre côté, puis repart sur son vélo à toute vitesse. 
— Je vais le sauver, Fé, tu vas voir, il va devenir grand, il va aller à l’université! 
Je la regarde partir. Je pose la plume sur mon nez. En temps normal, je crois pas que je pourrais tomber en amour avec une fille. Mais une fille qui sauve un pigeon et qui l’appelle Clint, je pense que je vais faire une exception.»


Quand l'amour se pointe, tout bascule. L'envers devient endroit, le noir devient blanc, on passe de l'autre côté du miroir. Si l'amour fait respirer l’âme à grandes lampées, encore faut-il savoir de quel côté son coeur balance. À ce qu'il paraît, l'amour n'a pas de sexe. Or, c'est bien ce qui complique un brin l'aventure... D'une plume fine et juste, Amélie Dumoulin laisse dire le tumulte de Fé, son bouillonnement amoureux, les questions qui se bousculent, les réponses qui tardent à venir, les errances, les grands plongeons, les petites victoires, les peines abyssales, et ce vertigineux séisme de la Grande Détresse ébranlant sans crier gare son petit monde ronronnant, son petit cocon familial un poil excentrique. De sa verve échevelée, tout en simplicité et en authenticité, Fé raconte l’essentiel. Son essentiel. Avec ses méandres inexplicables. Sa valse-hésitation de l’âme. Un opus sublime, brodé avec délicatesse et sensibilité, qui ose regarder l’amour en face.

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮



Quelques extraits de sa lumineuse prose (je ne peux vraiment pas m'en empêcher!)...

«Quand on s'ennuie, le temps dégouline de partout. Février.»

«Mais au fil du temps, le petit robinet mal fermé dans ma poitrine devient un fleuve.»








... et une autre belle découverte,
à bien y penser,
 pour mon mois de janvier
du Défi littéraire 2016!

lundi 18 janvier 2016

Le jardin d'Amsterdam

Par Linda Amyot, chez Leméac.
Quatrième de couverture:
«Il existe des endroits où la vérité se dévoile plus facilement qu'ailleurs. Le jardin d'Amsterdam est manifestement un de ces lieux propices aux confidences, un jardin où les révélations s'égrènent au rythme d'une tendre amitié. Amyot entrecroise le récit d'Adèle, une vieille femme hantée par un amour d'enfance, et celui de la jeune Élaine, la même héroïne que dans La fille d'en face. Transporté de l'époque de la Deuxième Guerre mondiale à aujourd'hui, de l'Europe à l'Amérique, d'une génération qui s'éteint tranquillement à une autre qui s'engage vers le monde des adultes, le lecteur se trouve confronté à l'écho de son premier amour.»

Il y a de ces rencontres éphémères qui font frémir l’âme, qui aiguillent vers l’essentiel. D’une plume simple et juste, Linda Amyot brode une rafraîchissante amitié, aussi improbable qu’indispensable, entrelaçant avec finesse et agilité le silence d’autrefois et celui d’aujourd’hui. Un opuscule sublime, émouvant, tout en douceur et en authenticité, qui sait dire l’ineffable et faire éclore l’amour qui a lentement pris racine.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩






Le mois de janvier