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mardi 16 mai 2017

Pax

Par Sara Pennypacker, illustré par Jon Klassen, chez Harper Collins.
Résumé de l'éditeur:
«Pax and Peter have been inseparable ever since Peter rescued him as a kit. But one day, the unimaginable happens: Peter's dad enlists in the military and makes him return the fox to the wild. At his grandfather's house, three hundred miles away from home, Peter knows he isn't where he should be—with Pax. He strikes out on his own despite the encroaching war, spurred by love, loyalty, and grief, to be reunited with his fox. Meanwhile Pax, steadfastly waiting for his boy, embarks on adventures and discoveries of his own…»

Il existe parfois, entre deux êtres vivants, une complicité à l’état pur, une connivence qui se rit des différences, comme une fusion de deux existences en une seule âme. Cette unité à deux têtes, cette union singulière (ou ce «oneness» comme l’évoque avec plus de justesse la langue anglaise) semble indestructible, imperméable aux coups du sort d’un Destin parfois sans pitié. Or, lorsque la séparation survient, brutale, sans crier gare, commence alors une quête cruciale: retrouver cette autre partie de soi, coûte que coûte. Tout en finesse et en simplicité, Sara Pennypacker raconte une amitié plus grande que tout, de celles qui bousculent les conventions, sortent joyeusement des ornières, et donnent le courage de braver toutes les tempêtes (même celles qui grondent en soi) afin de ne pas laisser filer le bonheur au loin. Audacieusement porté par une narration à deux voix, cet opus chamboulant sait dire l’essentiel, avec une justesse et une sensibilité qui ne laisseront personne indifférent. Un petit bijou sublime qui ose faire voir par-delà les oeillères du convenu.



Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮




Pour le lire en version française

lundi 20 mars 2017

Olga and the Smelly Thing from Nowhere

Écrit et illustré par Elise Gravel, chez Harper Collins.
Quatrième de couverture:
«I love animals. I get along with them JUST FINE. HUMANS? That’s another story. I’ll be an animal scientist soon—you’ll see. All the newspapers will talk about Olga, the amazing child scientist—especially after people meet the weird creature I just discovered.»
Pour Olga, rien n’est plus fascinant que les animaux. Qu’ils soient poilus, ventrus, gluants ou odorants, Olga les observent tous attentivement. Plus ils sont saugrenus, plus le mystère de leur existence est touffu, plus son insatiable curiosité piaffe d’impatience. C’est une pro des espèces singulières, une infatigable limière. Jusqu’au jour où surgit, sans crier gare, une énigmatique créature venue de nulle part, qui, entre deux borborygmes, bouscule tous ses repères. De sa plume à la verve coquine et délicieusement irrévérencieuse, Elise Gravel entraîne le lecteur dans une rocambolesque quête de vérité animalière. Multipliant malicieusement les rebondissements, son univers visuel échevelé relançant habilement la narration de mille et un détails cocasses, cet inimitable opus sait raconter l’enfance dans toute son irrésistible candeur et son inextinguible capacité d’émerveillement. Une épopée joyeusement insolite qui donne le goût d’oser apprivoiser l’étrange et découvrir le déroutant.

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮



Pour le lire en version française

lundi 23 janvier 2017

The Marvels


Écrit et illustré par Brian Selznick, chez Scholastic.
Résumé de l'éditeur (extrait):
«The journey begins on a ship at sea in 1766, with a boy named Billy Marvel. After surviving a shipwreck, he finds work in a London theatre. There, his family flourishes for generations as brilliant actors until 1900, when young Leontes Marvel is banished from the stage. Nearly a century later, Joseph Jervis runs away from school and seeks refuge with an uncle in London. Albert Nightingale’s strange, beautiful house, with its mysterious portraits and ghostly presences, captivates Joseph and leads him on a search for clues about the house, his family, and the past. A gripping adventure and an intriguing invitation to decipher how the two narratives connect, The Marvels is a loving tribute to the power of story from an artist at the vanguard of creative innovation.»

Depuis toujours, l’imaginaire est la nourriture de l’âme, et de l’Art. Bouillonnant de possibles, bousculant le réel, il fait rêver, voyager et s’échapper de l’emprise inexorable du Temps. Tissant finement un invitant univers parallèle dans lequel se plonger ou se perdre, il peut faire s’épanouir un potentiel muet, donner une voix à ceux qui ne se sentent pas entendus, et même, parfois, entraîner définitivement dans un ailleurs dont on ne revient jamais. Peu importe son impact, une chose est sûre: l’imaginaire ne laisse personne indifférent. Brodant habilement entre les limites de la temporalité et le dogme de la réalité, Brian Selznick fait, une fois de plus, astucieusement s’entrelacer l’improbable et le possible, dans une envoûtante aventure aux mises en abîme vertigineuses. Usant avec justesse de la désormais célèbre narration hybride de Selznick, qui sait évoquer avec finesse, tantôt par le verbe, tantôt par le silence loquace de ses illustrations, cet opus bien dodu ose chambouler les conventions littéraires, certes, mais surtout sortir le lecteur des ornières aveuglantes de la sacro-sainte «norme sociale». 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✫ 

mardi 17 janvier 2017

Méfiez-vous de ceux qui n'aiment pas les chats


Par Johanne Mercier, illustré par Denis Goulet, série Gangster, t.1, chez FouLire.
Quatrième de couverture:
«Qui est Gangster? Un héros de l’ombre? Un vieux chat de salon? Un fauve féroce grand justicier de la ruelle ou un gros tit minou poupou? Et si Gangster était un peu tout ça?»

Dans le réel rocambolesque des félins, les stimuli fusent de toutes parts, les péripéties surgissent sans crier gare et les humains demeurent le plus grand des mystères. Heureusement, Gangster-le-brave sait jongler habilement avec tout ce que le Destin lui balance entre les pattes. Tout? C’est sans compter l’ingéniosité malicieuse de la Terrible Comtesse Charlène Descôteaux… D’une plume coquine, à l’imaginaire fertile, Johanne Mercier raconte le monde à hauteur de moustaches. Un opuscule à la verve cocasse, premier tome d’une série délicieusement ronronnante, qui fera sourire toute la famille (et même le chat!).


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

mardi 22 novembre 2016

Squishy McFluff, the Invisible Cat


Par Pip Jones, illustré par Ella Okstad, tomes 1 et 2 de la série, chez Faber & Faber.
Quatrième de couverture du tome 1:
«An imaginary friend is a wonderful thing. What giggles! What games! What adventures they bring! Well, Ava’s a girl who knows all about that… Meet Squishy McFluff, her invisible cat!»

En mode d’exploration des possibles, qu’ils soient astucieux ou malicieux, quoi de mieux, pour l’enfance, que d’avoir un complice pour partager les victoires (et, si le vent tourne, un coupable tout prêt à blâmer pour les dérapages!). Si, en plus, cet acolyte en est un tout ronronnant, agile, taquin, et ingénieusement invisible, le bonheur ne peut être plus complet. Sauf, peut-être, pour les victimes de ce délicieusement terrible duo!… Tout en joyeuse candeur et en coquine inventivité, Pip Jones sait raconter avec justesse et humour ce moment précieux où l’imaginaire se tricote un présent avec le réel. S’épanouissant à travers l’univers visuel ébouriffé d’Ella Okstad, cette adorable série n’est pas sans rappeler l’irréductible et attachante irrévérence de l’Eloise de Kay Thompson et Hilary Knight. De rigolos opuscules à découvrir sans tarder!



Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩



Pour les lire en version française

samedi 30 avril 2016

Le deuxième étage de l'océan


Par Carle Coppens, illustré par Julie Rocheleau, chez Le Quartanier, collection Porc-épic.

Quatrième de couverture:
«Personne n’était au courant
Mais il y avait un deuxième étage à l’océan
On y accédait par un escalier en fer
Grimpant le long de la façade arrière
D’un duplex où vivait un petit garçon
Qui avait tout juste l’âge de raison»

Dans une famille où les mots fusent de partout, s’entrechoquent, s’épivardent, se coupent la virgule au pied de la lettre, oser faire entendre sa voix n’est pas une mince affaire. Il faut d’abord dénicher ce qui nous démange le bagou, puis, mission quasi-impossible, trouver une façon de museler les autres moulins à paroles assez longtemps pour s’exprimer, en monopolisant stratégiquement leur attention. Pas simple, tout ça, quand on est un timide néophyte du bavardage. Si seulement on pouvait avoir une bonne histoire, bien extravagante, sur le bout de la langue!… D’une plume singulière, une plume qui se raconte haut et fort, Carle Coppens entraîne joyeusement le lecteur à la limite du réel et de l’imaginaire, faisant s’entrelacer les possibles et l’improbable, bravant les interdits, dans un cocasse périple entre ciel et terre. Misant audacieusement sur un verbe tout en poésie et en rimes, et porté par l’univers visuel évocateur de Julie Rocheleau, cet opus qui n’a pas froid aux yeux ébranle les repères juste assez pour semer un délicieux doute et faire se multiplier les questions. À lire en choeur ou en canon: jeunes et moins jeunes s’y retrouveront.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩






Le mois d'avril 
de mon Défi littéraire 2016

mardi 30 décembre 2014

Histoire d’un escargot qui découvrit l’importance de la lenteur


Par Luis Sepúlveda, illustré par Joëlle Jolivet, Métailié

«Les escargots qui habitent le Pays de la Dent-de-Lion sous l'acanthe touffue mènent une vie paisible, lente et silencieuse; ils sont à l'abri des animaux et entre eux s'appellent simplement «escargots». L'un d'eux pourtant trouve injuste de n'avoir pas de nom et voudrait surtout connaître les raisons de la lenteur. Contre l'avis de tous il entreprend un voyage qui lui fera rencontrer un hibou mélancolique, une tortue pleine de sagesse, des fourmis très organisées. Dans ce voyage il comprendra la valeur de la mémoire et la vraie nature du courage, il pourra ainsi sauver la vie de ses camarades lors d'une aventure héroïque.»

C’est l’histoire du Temps. Celui qui traîne les pieds, celui qui rêve, celui qui s’étire doucement. Et de l’autre, le fébrile, qui file, à vive allure, sans regarder en arrière, en bousculant tout sur son passage. Mais c’est aussi, et surtout, l’histoire d’un escargot qui voudrait bien apprendre à détricoter la lenteur. Luis Sepúlveda brode une fois de plus un délice sans âge, oscillant finement entre le conte et la fable, entre l’infiniment petit et l’infiniment grand, entre la douce chimère et l’implacable réalité. Un petit joyau littéraire, antidote sublime à notre étourdissant troisième millénaire, qu’il fera bon prendre le temps de déguster en famille.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

jeudi 4 décembre 2014

Le voleur de sandwichs


Par André Marois, illustré par Patrick Doyon, La Pastèque

«Marin adore les sandwichs que lui préparent ses parents. Ils sont chaque jour différents et meilleurs que la veille. Puis, un lundi matin, quelqu'un ose lui voler son sandwich préféré : le jambon-cheddar-laitue. Outré, le garçon décide d'enquêter pour démasquer le voleur. La semaine avance, les suspects se multiplient et les sandwichs de Marin continuent de disparaître. Jusqu'à ce que...»

Un sandwich exquis volé impunément? Un voleur gourmet et récidiviste? Quand la gastronomie est en péril, rien n’arrête Marin, le chef déterminé de la Brigade des Boîtes à Lunch. André Marois tricote habilement une enquête aux mille et une saveurs, d’une plume à la verve coquine, multipliant joyeusement les entourloupes pour le plus grand bonheur du lecteur. Porté par la palette contrastée, les traits simples et expressifs, et la composition éloquente de l’univers visuel de Patrick Doyon, cet opus haletant et cocasse ravira sans conteste. À dévorer goulûment…

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

lundi 10 mars 2014

Polaroïd


Scénarisé par Séverine Vidal, illustré par Julien Castanié, Frimousse

«Anna reçoit tous les matins un polaroïd. Elle ne sait pas qui lui envoie. Des photos d'elle petite puis des images plus récentes. Elle a peur. Elle raconte tout ça dans son journal intime: carnet qui passera ensuite entre les mains de ses amis Manel, Clo et Mollusque jusqu'à la révélation.»

Pétillant petit mystère entre amis. Séverine Vidal tricote une trame astucieuse, entremêlant les points de vue dans une habile narration à quatre voix; les péripéties déboulent et les révélations se multiplient à un rythme effréné, en oubliant toutefois, par moment, de donner le temps à l'intrigue de prendre racine dans l'imaginaire du lecteur (un tout léger bémol). Nourri par l'univers visuel aux traits simples mais éloquents de Julien Castanié, cet opus hybride, à mi-chemin entre le roman graphique et la fiction illustrée, étonne par le dynamisme audacieux de sa forme narrative. C'est un plongeon haletant et singulier dans la fin de l'adolescence, ses tumultes et ses changements de cap; un bouquin à dévorer sans tarder.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mardi 30 avril 2013

Histoire du chat et de la souris qui devinrent amis


Par Luis Sepúlveda, illustré par Joëlle Jolivet, Métailié

«Max est l’humain de Mix et Mix est le chat de Max. Ils grandissent ensemble, ils sont amis pour de vrai. Lorsque Max part faire ses études, il emmène son chat bien-aimé. Max est souvent absent et Mix, devenu vieux et aveugle, passe de longues journées solitaires. Un jour un bruit suspect lui révèle la présence d’une souris mexicaine très sympathique, qu’il baptise Mex. La souris bavarde et trouillarde, raconte le monde à Mix, qui l’emmène en balade et lui donne un coup de main quand il faut atteindre la dernière étagère du placard. Ils sont très différents mais entre le chat rêveur et la souris gourmande et volubile naît une amitié comme sait si bien les raconter Luis Sepúlveda.»

C'est une histoire sans âge, et sans limites. Une histoire où les souris parlent et les chats écoutent. Une histoire en forme de conte. Un conte en forme de fable. Une fable des temps modernes. Il y a en elle toute la vie, ses surprises, ses bonheurs, ses écueils, et surtout ce délicieusement improbable, cet inattendu des temps gris, ce clin d'oeil d'un Destin qui s'amuse. Porté par la plume juste, fine et ronronnante de Luis Sepúlveda, et vibrant à travers les traits sensibles de Joëlle Jolivet, cet opus singulier est un bijou de bibliothèque, un incontournable universel, un livre à lire, à relire, à faire découvrir et à offrir encore et encore. Sublime.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 

lundi 22 avril 2013

Monsieur Stan n'a qu'à bien se tenir


Par Claudine Aubrun, illustré par Delphine Perret, Syros, Monsieur Stan 2

«À son grand désespoir, le jeune Antoine vit avec le chien le plus horripilant du monde. Le dénommé Stan, au culot inouï, donne son avis sur tout et fait ses coups en douce. Cette année-là, Antoine se réjouit de participer au spectacle de l'école. Et voilà justement que Stan obtient le premier rôle dans un film en 3D. Cette fois, c'en est vraiment trop...»

Un autre cocasse moment dans le monde farfelu d'Antoine et de son insupportable "chien" Stan. Claudine Aubrun, de sa plume inventive et rafraîchissante, réussit une fois de plus à plonger le lecteur dans les désopilantes mésaventures du pauvre Antoine, souffre-douleur d'un chien suffisant et égocentrique. Le point de vue narratif singulier, celui d'Antoine et de sa perception joyeusement improbable du quotidien, est délicieusement habile et incontestablement hilarant; cet environnement saugrenu dans lequel évolue Antoine défie en effet toutes les certitudes, la "sagesse" des adultes laissant place à une immaturité aveugle de gamin, comme si les rôles familiaux étaient sans dessus-dessous, et ce, au plus grand bonheur des lecteurs. Un opus fort agréable, à l'univers visuel rigolo et éloquent, et qui fera fuser les rires de bon coeur.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

lundi 8 avril 2013

Maria Chapdelaine



Par Louis Hémon, adapté par Jennifer Tremblay, illustré par Francesc Rovira, La Bagnole

«Maria Chapdelaine a grandi dans un pays où le froid est maître de toutes choses. Si l'été passe parfois, c'est seulement pour rappeler à quel point l'hiver est terrible. Dans son coeur de jeune fille, Maria garde le secret d'un amour véritable pour François Paradis, un coureur des bois courageux qui a promis de revenir auprès d'elle au printemps. Mais la rigueur du pays aura raison du courage du jeune homme. La belle Maria, si forte et si exemplaire, devra faire un choix déchirant : partir loin de sa famille et connaître enfin une existence plus facile, ou rester auprès des siens et donner sa vie à cette terre qui l'a vue naître et l'a nourrie?»

Adaptation habile et rafraîchissante de ce mémorable classique du terroir. Travaillant directement à partir du texte original de Louis Hémon, Jennifer Tremblay sait en faire disparaître astucieusement les passages un brin arides, proposant ainsi une narration plus directe, sans toutefois sacrifier la richesse et la complexité de la plume de l'auteur. Quant à l'univers visuel tendrement ébouriffé de Francesc Rovira, il insuffle une délicieuse (et salutaire!) bouffée d'humanité à cette rude et vertueuse réalité d'autrefois, permettant aux lecteurs d'aujourd'hui de se sentir interpellés malgré le contexte historique plutôt austère. Une cure de rajeunissement juste, intelligente et savoureuse qui permettra à toute la famille de découvrir cet incontournable du paysage littéraire québécois.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


mardi 20 novembre 2012

La fille verte


Par Vincent Cuvellier, illustré par Camilla Engman, Gallimard Jeunesse, Giboulées

­" «Une fleur! J'ai fait une fleur! Ma première! Une petite, toute petite, toute blanche, au creux de ma main. C'était d'abord un bouton, comme un bouton de rose, puis une fleur, une vraie, avec des pétales, un pistil et tout et tout. C'est bizarre... je ne savais pas que je pouvais faire une fleur. Une jeune fille, ça ne fait de fleurs.»"

Étrange soliloque, fleuri de mots d'une douceur infinie. Vincent Cuvellier plonge le lecteur au coeur même de l'âme d'une jeune fille, à mi-chemin entre l'enfance et l'adolescence, brodant l'histoire entre les lignes, finement, faisant parler les silences, basculant audacieusement de l'autre côté du miroir, de sa plume aérienne d'une éloquente sensibilité. Voguant dans l'univers visuel tendre de Camilla Engman, cet opus sublime et troublant est un vrai bonheur littéraire. À découvrir sans tarder...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★  



lundi 15 octobre 2012

La petite fille dans la tête - où l'on comprend qu'on peut avoir cinq ans toute sa vie


Par Marie-Aude Murail, illustré par Rosa Morel-Flouzat et Benoît Morel, Oskar jeunesse, Trimestre


«Il y a une petite fille qui vit dans la tête d’une grande personne. Elle a 5 ans, mais elle est beaucoup plus petite qu’une petite fille de cinq ans puisqu’elle tient dans la tête de la grande personne. On ne sait pas si cette petite fille a des parents. Elle, elle pense qu’elle en a, mais qu’ils ont dû faire un long voyage. Son papa est le roi. Sa maman est la reine. Elle est la princesse. Quand elle attend son papa et sa maman, elle s’assoit sur une chaise en paille, toute petite, qui se trouve dans la tête de la grande personne. Il n’y a pas grand-chose à faire dans la tête de la grande personne. Il n’y a pas un seul jouet. Il n’y a pas d’autres enfants. Il n’y a même pas de maîtresse d’école. Il faut dire que c’est vraiment petit dans la tête de la grande personne. »

Voyage troublant au coeur de la vie et de son cycle perpétuel. Marie-Aude Murail murmure au lecteur une histoire douce et mélancolique, escapade juste et tendre dans les méandres de l'âme humaine. L'univers visuel de Benoît Morel, tout simple, à la candeur ébouriffée, souligne avec finesse le déroutant paradoxe de ce texte singulier: la vulnérabilité et la force vive qui semblent être les pierres angulaires de cette fameuse petite fille. Un opuscule remuant à ne pas manquer.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 


Paru en 1993, chez Milan, illustré par Olivier Poncer,
 sous le titre: «Son papa est le Roi»


samedi 25 février 2012

Le vampire de la tour Eiffel

Par Amélie Sarn, illustré par Laurent Audouin, Lézard Noir, Petit Lézard, Sacré Coeur 2

«Tout le monde a bien remarqué que Mademoiselle Mulot ne chantonnait plus dans l'escalier. Mais surtout, pourquoi porte-elle toujours un foulard? Et d'où vient cette tache de sang?»

Retour tant attendu de Sacré-Coeur et de sa singulière bande d'amis. La plume d'Amélie Sarn jongle habilement avec les péripéties pour  nous concocter une intrigue mystérieuse à souhait (quoi qu'un poil plus prévisible que celle de Sacré-Coeur et les fantômes du Père-Lachaise...). Quant à l'univers visuel hybride de Laurent Audouin, mi-BD, mi-album jeunesse, il est toujours aussi enlevant, multipliant les délicieux détails, entraînant le lecteur dans le monde riche des inventions cocasses (mais efficaces!) de Sacré-Coeur et faisant une fois de plus découvrir des pans de Paris au passage. Un deuxième tome réjouissant, qui donne envie de lire la suite!... Suite qui devrait mettre en scène le Louvres, des sarcophages et des momies... prometteur, non?


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

lundi 5 décembre 2011

Le Yark

Par Bertrand Santini, illustré par Laurent Gapaillard, Grasset Jeunesse

«Il adore les enfants! Parmi tous les types de Monstres qui grouillent sur la terre, l'Homme est l'espèce la plus répandue. Il en est une autre, cependant, plus rare et moins connue. C'est le Yark.»

Délicieux récit politiquement incorrect. Bertrand Santini ose braver les «interdits» de la littérature jeunesse en choisissant un monstre, un vrai de vrai, sans pitié et tout, comme personnage principal (bien sûr, à force de côtoyer les humains, et une certaine Madeleine en particulier, cet irrévérencieux Yark s'attendrira un brin, à sa plus grande surprise). À mi-chemin entre la prose, la poésie, la critique sociale et le conte cruel, cette aventure débridée arrache au lecteur rires grinçants et frissons de peur... sans oublier d'émouvoir. Ajoutez à cela l'univers monochrome échevelé de Laurent Gapaillard (impressionant de finesse!), et vous aurez en main un opus dérangeant à souhait à découvrir absolument.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

jeudi 3 novembre 2011

Quand j'étais chien

Par Louise Bombardier, illustré par Katty Maurey, La Courte Échelle

«Je m’appelle Toto. Mon autre nom, c’est Antoine. Mais personne dit Antoine. J’ai vingt-cinq ans d’âge. En chiffres de grandes personnes. Dans ma tête de corniaud, j’ai cinq ans. Tout le monde sait ça. (...) Moi, j’ai connu pas mal de choses. Avant d’être chien, je veux dire. Des choses très loin en arrière. Maman Gritte, Jacques... et l’odeur de la soupe aux pois à maman. Elle était gentille, maman, mais toujours à s’inquiéter de tout. Un jour, maman a commencé à disparaître.»

Une incursion bouleversante dans le monde de la misère humaine et de l'abandon. Louise Bombardier brode avec justesse, de sa plume fine, une narration qui se tient en équilibre précaire sur le fil fragile de la foi d'Antoine en cette vie qu'il ne comprend pas tout à fait. Si ces quelques moments dans un monde sombre et désolé auraient facilement pu basculer dans le sordide, l'auteure parvient plutôt à émouvoir grâce à la voix simple, presque enfantine, d'Antoine, qui, à travers ses mots, tait l'horreur qu'il ne voit pas, tout en la suggérant sans le vouloir entre les lignes. Bercé sobrement par l'univers visuel dépouillé et sensible de Katty Maurey, ce singulier opus ébranle doucement nos certitudes, et réussit même à nous offrir une parcelle d'espoir en guise d'épilogue. Superbe.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★  

mercredi 19 octobre 2011

Sam

Par Jérôme Noirez, illustré par Aurélien Police, Gulf Stream

«Sam a (deux cent) douze ans et a le pouvoir de donner vie à des créatures qu'elle découpe dans de la peau de nuit. Accablée par la solitude, elle décide un jour de se façonner une petie soeur mais elle rate son coup de ciseaux et donne naissance à Ca, une ombre malveillante et envahissante.»

Récit d'épouvante, frisonnant à souhait! La plume habilement sombre de Jérôme Noirez plante un décor inquiétant dans lequel s'épanouit une intrigue bien ficelée. Soutenu par l'univers visuel étrange et éloquent d'Aurélien Police, cet opus singulier est parfait pour les soirées venteuses d'octobre, tout en grincements et en lamentations. Froussards et âmes sensibles s'abstenir!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

Requin-Baleine ou comment naissent les petits frères, les petites soeurs et les étoiles filantes

Par Alex Cousseau, illustré par Aurélia Grandin, Oskar jeunesse, Trimestre

«Un soir d'été, sous un ciel étoilé, un petit frère ou une petite soeur tente de faire son entrée dans la vie d'une petite fille qui ne le sait pas encore, tout absorbée qu'elle est dans sa discussion avec sa grand-mère autour d'un feu.»

C'est l'histoire de Maud qui attend la venue de son petit frère ou de sa petite soeur, en voguant sur les eaux mystérieuses de l'infiniment grand. La plume songeuse et poétique d'Alex Cousseau guide tout doucement le lecteur dans une réflexion sur nos origines et notre place dans l'univers, à hauteur d'enfant, à travers des inquiétudes parfois paradoxales mais incontestablement humaines. Évoluant au coeur du concept visuel d'Aurélia Grandin, collage texturé à gros traits (peut-être un brin froid et hermétique pour un jeune public), ce roman hors normes secoue habilement les conventions de la fiction pour la jeunesse, mais s'adresse définitivement à de jeunes lecteurs ferrés.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mardi 26 juillet 2011

Miss Charity

Par Marie-Aude Murail, illustré par Philippe Dumas, L'École des Loisirs, Médium

«Charity est une fille. Une petite fille. Elle est comme tous les enfants : débordante de curiosité, assoiffée de contacts humains, de paroles et d'échanges, impatiente de créer et de participer à la vie du monde. Mais voilà, une petite fille de la bonne société anglaise des années 1880, ça doit se taire et ne pas trop se montrer, sauf à l'église, à la rigueur. Les adultes qui l'entourent ne font pas attention à elle, ses petites sœurs sont mortes. Alors Charity se réfugie au troisième étage de sa maison en compagnie de Tabitha, sa bonne. Pour ne pas devenir folle d'ennui, ou folle tout court, elle élève des souris dans la nursery, dresse un lapin, étudie des champignons au microscope, apprend Shakespeare par cœur et dessine inlassablement des corbeaux par temps de neige, avec l'espoir qu'un jour quelque chose va lui arriver...»

Portrait touffu de la naissance et du tortueux épanouissement d'une écrivaine pour enfant ressemblant étrangement à Béatrix Potter (une sorte de fiction biographique qui ne crie pas son sujet sur les toits, en d'autres mots!). L'auteure plonge le lecteur dans un savoureux, quoi que contraignant et pudibond, univers victorien à la Jane Austen. Si Miss Charity partage avec ses homologues "austeniens" une tendance à l'émancipation et une farouche liberté de penser, elle s'en différencie par sa décision de devenir réellement indépendante en gagnant sa vie par sa plume et ses pinceaux. De plus, Marie-Aude Murail fait découvrir l'envers du faste apparent de la vie des femmes de l'époque en ne cachant pas la détresse morale que causait sûrement très souvent leur apathie forcée, toutes ses journées laissées à elles-mêmes à ruminer leur sort et leur impuissance. Bien sûr, tout n'est pas noir dans ce roman. On y découvre au contraire des personnages très humains dans leur inconstance, leurs quelques accès de méchanceté et leurs élans de gentillesse si spontanés. Un pan d'histoire attachant et rafraîchissant, illuminé par la sensibilité et la délicatesse de l'univers visuel de Philippe Dumas, que j'ai pris plaisir à dévorer sans reprendre mon souffle!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★