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vendredi 23 juin 2017

Les luttes fécondes : libérer le désir en amour et en politique

Par Catherine Dorion, collection Documents, chez Atelier 10.
Quatrième de couverture (extrait):
«En politique comme en amour, nos énergies sont, la plupart du temps, soigneusement contenues à l’intérieur de cadres qui «organisent» les liens qui nous unissent, et qui empêchent les révolutions de prendre pied. Le couple. Nos institutions politiques. Les élections. Ce livre parle du désir qui cherche à s’exprimer entre deux (ou cent-mille) personnes, et de ce qui a été mis en place pour le garder emprisonné. Ce livre est un plan d’évasion.»

Dans nos sociétés bien organisées, l’humain tend à vouloir encadrer tout ce qui veut sortir des ornières : les idées, les pulsions, les initiatives, le démesuré, le spontané, l’irrésistible. L’humain veut encadrer le sublime pour l’empêcher de chambouler les certitudes sans vergogne, pour éviter qu’il fasse tomber les œillères du quotidien sans crier gare. Il s’empresse donc, trop souvent, de lui construire une cage dorée, tout de rationnel et d’obligations vêtue. L’humain a soif de liberté et d’authenticité, et les enferme pourtant à doubles tours derrière des normes asphyxiantes. L’humain est un inénarrable paradoxe sur deux pattes. De sa plume échevelée, à la verve décidée et à l’esprit délicieusement indomptable, Catherine Dorion souffle avec audace une ode au désir dans tout ce qu’il a de plus fructueux, dérangeant, et inspirant. Un opuscule ébouriffant et nécessaire, qui sait ébranler le pouvoir hypnotisant de la peur de l’éphémère, réveillant le peuple engourdi par trop d’années à sommeiller au bois dormant et lui insufflant une salutaire bouffée de rébellion contre ce plomb qu’il se met lui-même dans l’aile du rêve.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

mercredi 7 juin 2017

Furiously Happy

Par Jenny Lawson, chez Flatiron Books.
Résumé de l'éditeur (extrait):
In Furiously Happy, #1 New York Times bestselling author Jenny Lawson explores her lifelong battle with mental illness. A hysterical, ridiculous book about crippling depression and anxiety? That sounds like a terrible idea. But terrible ideas are what Jenny does best. 
As Jenny says: "Some people might think that being 'furiously happy' is just an excuse to be stupid and irresponsible and invite a herd of kangaroos over to your house without telling your husband first because you suspect he would say no since he's never particularly liked kangaroos. And that would be ridiculous because no one would invite a herd of kangaroos into their house. Two is the limit. I speak from personal experience. My husband says that none is the new limit. I say he should have been clearer about that before I rented all those kangaroos."
"Most of my favorite people are dangerously fucked-up but you'd never guess because we've learned to bare it so honestly that it becomes the new normal. Like John Hughes wrote in The Breakfast Club, 'We're all pretty bizarre. Some of us are just better at hiding it.' Except go back and cross out the word 'hiding.'"
Furiously Happy is about "taking those moments when things are fine and making them amazing, because those moments are what make us who we are, and they're the same moments we take into battle with us when our brains declare war on our very existence. It's the difference between "surviving life" and "living life". It's the difference between "taking a shower" and "teaching your monkey butler how to shampoo your hair." It's the difference between being "sane" and being "furiously happy."

Il y a de ces maux qui font basculer le quotidien. Qui forcent à plonger de l’autre côté du miroir. Qui brouillent les antennes et effacent les pistes. Et pourtant, ce sont les maux que personnes n’osent mettre en mots. Les maux qu’on subit tout bas, en se condamnant d’avance de ne pas savoir comment les affronter. Ce sont les maux qui prolifèrent, sournois et malins, dans l’antichambre silencieux de la honte. Dans les limbes vertigineuses de la dégringolade des repères. Ce sont les maux qui grugent le quotidien et assombrissent les arcs-en-ciels. Et si on prenait le temps de les mettre en mots? Et si, même, on se donnait le droit de sourire un brin devant leur irréductible et malicieuse créativité? D’une plume tout en humour et en authenticité, Jenny Lawson raconte avec un irrésistible aplomb la maladie mentale et ses tentaculaires implications. Sans tomber dans l’apitoiement, ou la leçon pontifiante, elle secoue joyeusement les préjugés, bouleverse les certitudes et sème un rafraîchissant espoir dans ces eaux habituellement si troubles. Un opus déjanté, hilarant et indispensable, à semer à tout vent, pour faire tomber les oeillères de l'ignorance, et celles de la solitude.

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮

lundi 29 mai 2017

Le Port des marins perdus

Scénario de Teresa Radice, dessins de Stefano Turconi, collection Treize étrange, chez Glénat.
Résumé de l'éditeur:
«Automne 1807. Un navire de Sa Majesté récupère au large du Siam un jeune naufragé qui ne se rappelle que de son prénom : Abel. Le garçon se lie rapidement d’amitié avec le premier officier, capitaine du navire depuis que le commandant s’est enfui avec le trésor du bord. Abel retourne ensuite en Angleterre où il loge dans l’auberge tenue par les trois filles déchues du fuyard. Alors que la mémoire lui revient peu à peu, il découvre quelque chose de profondément troublant sur lui-même, et la véritable nature des personnes qui l’ont aidé...»

L’appel de la mer est fort et inexplicable. Il est vif, et insaisissable. Il chamboule tout: la raison et les élans du coeur. Et les marins, ballottés entre deux mondes, naviguent vaillamment, au mieux, entre le large et la terre ferme, entre le Bien et le Mal. Et s’il existait un Ailleurs qui retricote les Destins? Et si les secondes chances existaient vraiment? Misant sur une narration bercée par les mots, (les littéraires, les spontanés, les irrépressibles, et ceux qu’on ne dit pas) et soufflée avec une finesse inouïe par un univers visuel tout en tendresse ébouriffée et évocatrice, le duo Radice-Turconi raconte une épopée douce et triste, tissée de rencontres délicieusement improbables, et qui fleure bon l’air du large. On en ressort bouleversé, l’âme tout ébaubie, le coeur à l’étroit, l’esprit frémissant d’un bonheur doux-amer et le regard voguant entre le réel et le possible. Un voyage étrange et lancinant, sublime et terrible, qu’on lit jusqu'à la dernière goutte d'eau de mer, pour ne rien oublier de ces mots qui envoûtent, et qui secouent sans vergogne les horizons.

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

vendredi 5 mai 2017

Souffler dans la cassette

Par Jonathan Bécotte, chez Leméac.
Quatrième de couverture (extrait):
«Souffler dans la cassette est un roman poétique qui dépeint l’amitié entre deux garçons du primaire. Leurs jeux, leurs aventures formeront les racines des hommes qu’ils deviendront.»

L’amitié. La vraie. La grande. Celle qui illumine le regard et fait sourire l’âme en secret. Celle qui fait poindre le soleil entre les averses du quotidien. Celle qui tisse, finement, la trame d’un avenir à l’unisson. Celle qui vibre d’intensité. Celle qui aussi, parfois, s’avère être un amour qui n’ose pas prendre sa place. Celle-là. Celle-là même. Qui crée le vide en s’évaporant sans crier gare. D’une plume à la poésie quotidienne, tendre et évocatrice, Jonathan Bécotte chuchote au lecteur l’amour dans toute sa vertigineuse simplicité et sa fracassante vulnérabilité. Un opuscule, comme une ode au sacré, qui sait dire avec la juste lucidité de l’enfance, ce lien, si fort, qui souffre en silence de n’être pas nommé.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮

mercredi 26 avril 2017

Le plus petit baiser jamais recensé

Par Mathias Malzieu, chez Flammarion.
Quatrième de couverture:
«Un inventeur - dépressif rencontre une fille qui disparaît quand on l'embrasse. Alors qu'ils échangent le plus petit baiser jamais recensé, elle se volatilise d'un coup. Aidé par un détective à la retraite et un perroquet hors du commun, l'inventeur se lance alors à la recherche de celle qui "fait pousser des roses dans le trou d'obus qui lui sert de coeur". Ces deux grands brûlés de l'amour sauront-ils affronter leurs peurs pour vivre leur histoire?»

L’amour, cet insaisissable, ce coquin de charmeur à la fougue imprévisible. Cet empêcheur de vivre en rond. Ce bourlingueur sournois des coeurs en déroute. Ce cavaleur impénitent des Destins tranquilles. Oui, cet amour en majuscules, qui chamboule tout, sans crier gare. Cet amour qui euphémise le réel, ou le lance en hyperbole. Cet amour responsable de bien des grands maux, et de tant d’autres mots. Cet amour… D’une plume tout en douce finesse et en malicieuse lucidité, Mathias Malzieu raconte la plus grande aventure qui soit: l’universel combat de l'humain contre lui-même, son incurable peur de ces failles dans la carapace, qui, pourtant, font partie du charme d'exister. Faisant valser avec justesse le possible avec le délicieusement improbable, cet opuscule sait nourrir le rêve et virevolter l’imaginaire, déjouant habilement le prévisible, et jonglant avec les mots avec une irrésistible virtuosité. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮  

jeudi 13 avril 2017

Comme un roman

Par Daniel Pennac, illustré par Quentin Blake, édition anniversaire, chez D'Eux.
Résumé de l'éditeur:
«Enseignant, auteur, père et lecteur, Daniel Pennac livre ici ses réflexions et ses observations sur la lecture et sur la place des livres dans notre vie.»

Les mots peuvent distiller les possibles, évoquer l’inénarrable, faire sourire le prévisible, mais ils peuvent aussi, si on n’y prend pas garde, devenir des épées de Damoclès dogmatiques menaçant sournoisement le plaisir de lire. À nous de nous assurer qu’ils demeurent, aux yeux de tous, des complices de tous les instants, et non pas des ennemis de l’ombre. Dans cet essai incontournable sur le lecteur et la lecture, Daniel Pennac raconte les mots comme on souffle une histoire aux oreilles ébahies de l’enfance. Secouant avec justesse et humour les certitudes (ô ces certitudes du bien-pensant!) d’une société qui semble édifier la lecture au rang de devoir oubliant au passage son essence même,  Daniel Pennac ose clamer, d’une plume à la verve délicieuse, que si l’amour des mots est l’affaire de tous, il importe de le faire naître à l’image de chacun. Un opuscule indispensable dont le Temps n’use pas la pertinence, réédité dans de sublimes atours, et qui, surtout, fait pétiller le regard et rêver entre les lignes. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮

samedi 18 mars 2017

A Room of One's Own

Par Virginia Woolf, chez Mariner Books.
Quatrième de couverture:
«In A Room of One's Own, Virginia Woolf imagines that Shakespeare had a sister—a sister equal to Shakespeare in talent, and equal in genius, but whose legacy is radically different. This imaginary woman never writes a word and dies by her own hand, her genius unexpressed. If only she had found the means to create, argues Woolf, she would have reached the same heights as her immortal sibling. In this classic essay, she takes on the establishment, using her gift of language to dissect the world around her and give voice to those who are without. Her message is a simple one: women must have a fixed income and a room of their own in order to have the freedom to create.»

Qu’y a-t-il à dire au sujet des femmes et de la fiction? Occupent-elles une place dans l’espace littéraire? Si oui, laquelle? Y sont-elles des sujets muets, englués dans des stéréotypes de genre, ou y ont-elles aussi une voix? Est-ce de même dans la société en général? Ont-elles toujours l’opportunité et les moyens de faire résonner leur voix haut et fort? La créativité au féminin est-elle un mythe? Et si, au fond, le genre du créateur importait peu? Et s’il était surtout indispensable de déterminer ce qui favorise l’épanouissement créatif, et ce qui lui fait battre de l’aile? Virginia Woolf ose prendre position à ce sujet en proposant une réflexion audacieuse et fondamentale interrogeant la place historique des femmes dans l’espace créatif littéraire, et soulignant le lien existant entre cette place encore à construire, et les conditions de vie des femmes à travers les siècles. Abordant ce vaste champ de recherche avec simplicité et détermination, Virginia Woolf plonge le lecteur dans le tourbillon de ses questionnements, l’interpellant malicieusement, le faisant progresser à ses côtés, au fil des interrogations et des indignations qui jonchent son exploration. Un opuscule puissant, indispensable, pertinent même près d’un siècle après sa publication, et qu’il fait bon lire et relire pour se secouer la résignation, pour se titiller l’audace, et pour ne jamais oublier que malgré les inégalités de genre et de conditions socioéconomiques qui perdurent, il n’en tient finalement qu’au créateur, femme ou homme, de se trouver une «chambre à soi» pour laisser s’exprimer sa voix.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 



Pour le lire en version française


mardi 14 mars 2017

Écumes


Scénario d'Ingrid Chabbert, dessins de Carole Maurel, chez Steinkis.
Quatrième de couverture:
«Elles s'aiment et après des années d'attente, d'espoir et de désespoir, un bébé est annoncé. Mais la grossesse est compliquée et le pire arrive. Elles vont devoir se reconstruire et lutter contre la douleur. L'amour, l'évasion sur les terres de leur enfant disparu et les carnets qui se remplissent vont les aider à sortir la tête hors de l'eau, loin des Ecumes.»

Quand une vie toute neuve se fait attendre, insaisissable, incertaine, usant l’impatience et fragilisant les rêves, le bonheur est souvent bigarré lorsqu’elle s’annonce enfin le bout des chromosomes: il est à la fois sublime et terrifiant, plus grand que tout et hésitant. Or, lorsque ce doux possible retourne vers ses étoiles, avant même d’avoir pu débuter son existence, c’est un océan de tristesse qui fait basculer le fragile équilibre des choses. Et si, malgré la houle, le retour à bon port était imaginable, un mot à la fois? Tout en délicatesse et en simplicité, Ingrid Chabbert ose souffler au lecteur ce qui se hurle en silence lorsque le Destin balaie de son inexplicable revers la vie tant désirée d’un enfant à naître. Porté par les dessins de Carole Maurel, à la palette feutrée et au découpage éloquent, cet opus chamboulant sait raconter avec justesse, évoquant l’indicible avec sobriété, et laissant poindre au large, tel une bouée salutaire, l’espoir d’un peu de soleil pour apprivoiser la grisaille. Un petit bijou tendre et émouvant à découvrir sans tarder.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

vendredi 24 février 2017

Zaï Zaï Zaï Zaï : un road movie de Fabcaro

Scénario et dessins de Fabcaro, collection Monotrème, chez 6 pieds sous terre.
Résumé de l'éditeur:
«Un auteur de bande dessinée, alors qu’il fait ses courses, réalise qu’il n’a pas sa carte de fidélité sur lui. La caissière appelle le vigile, mais quand celui-ci arrive, l’auteur le menace et parvient à s’enfuir. La police est alertée, s’engage alors une traque sans merci, le fugitif traversant la région, en stop, battant la campagne, partagé entre remord et questions existentielles. Assez vite les médias s’emparent de l’affaire et le pays est en émoi. L’histoire du fugitif est sur toutes les lèvres et divise la société, entre psychose et volonté d'engagement, entre compassion et idées fascisantes. Car finalement on connaît mal l’auteur de BD, il pourrait très bien constituer une menace pour l’ensemble de la société.»

Et si l’équilibre d’une société ne tenait qu’à l’assurance de l’utilisation systématique de sa carte fidélité? Et s’il suffisait d’une roulade arrière pour faire trembler le plus dur à cuire des bandits? Et si les faits alternatifs faisaient la nouvelle? Fabcaro tisse habilement l’histoire improbable (mais pas tant!) de la dérive troublante de la société de consommation. Un délice d’absurdité lucide, à l’irrésistible ironie, qui souligne audacieusement la superficialité d’une conscience sociale aveugle et individualiste.  On rit. On grince des dents. On se regarde la bêtise humaine. Et on en redemande. À lire sans tarder!

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮

vendredi 3 février 2017

Le cas Malaussène, t.1 - Ils m'ont menti


Par Daniel Pennac, collection Blanche, chez Gallimard.
Résumé de l'éditeur:
«"Ma plus jeune sœur Verdun est née toute hurlante dans La Fée Carabine, mon neveu C’Est Un Ange est né orphelin dans La petite marchande de prose, mon fils Monsieur Malaussène est né de deux mères dans le roman qui porte son nom, ma nièce Maracuja est née de deux pères dans Aux fruits de la passion. Les voici adultes dans un monde on ne peut plus explosif, où ça mitraille à tout va, où l’on kidnappe l’affairiste Georges Lapietà, où Police et Justice marchent la main dans la main sans perdre une occasion de se faire des croche-pieds, où la Reine Zabo, éditrice avisée, règne sur un cheptel d’écrivains addicts à la vérité vraie quand tout le monde ment à tout le monde. Tout le monde sauf moi, bien sûr. Moi, pour ne pas changer, je morfle." 
Benjamin Malaussène.»

Dans le monde selon les Malaussène, les esprits sont vifs et ouverts, la créativité bouillonne, et les coeurs sont plus grands que la prudence. Et toujours, centrale, narguant le prévisible, cette malicieuse pierre angulaire de leur (tout sauf ennuyante) existence: la candeur sensible de Benjamin Malaussène et sa légendaire propension à se retrouver emmêlé bien malgré lui dans d’inextricables manigances bien intentionnées. Bouc-émissaire un jour, bouc-émissaire toujours, donc, malgré les années qui filent et les nouvelles générations qui se lancent toute jeunesse dehors dans le grand merdier de la vie en société. Dans cette suite («La suite, bon Dieu, la suite!…») tant attendue et réclamée par les lecteurs avides et fidèles de la saga Malaussène première génération, Daniel Pennac raconte avec cette finesse coquine qui lui est propre la vie qui s’émiette l’avenir sans crier gare, ce passage du temps, obligé, et pourtant déroutant comme au premier jour, et l’inévitable prise de conscience qu’on récolte ce que l’on sème, socialement, au sein même du calme parfois trompeur de la jeunesse qui s’éveille. Replongeant habilement dans l’univers irrésistible de Benjamin et de sa délectable smala, après des années de dormance, cet habile opus, cocasse et chamboulant comme on les aime, sait chuchoter l’essentiel avec justesse à travers le tonitruant tourbillon d’un quotidien délicieusement rocambolesque.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

samedi 28 janvier 2017

La page blanche


Scénario de Boulet, dessins de Pénélope Bagieu, collection Mirages, chez Delcourt.
Quatrième de couverture
«"Je pleurais… Je venais chercher quelque chose?… Rencontrer quelqu’un?… Pourquoi hier?… Je suis QUI moi?…" Sur un banc, dans Paris, une jeune femme reprend ses esprits. Elle ne se souvient ni de son nom, ni de ce qui l'a amenée là. Son passé a disparu...»

Épopée déroutante au coeur de la mémoire: celle qui peut s'envoler sans crier gare, celle qui garde jalousement notre identité. Dans un scénario troublant, Boulet entraîne le lecteur dans un monde qui paraît sans repères, un monde pourtant familier mais qui force l'anonymat. Puis, habilement, avec une sensibilité et une finesse soutenues par la mise en images éloquente de Pénélope Bagieu, Boulet fait basculer cette «Alice» des temps modernes de l'autre côté d'un miroir qui lui semblait sans reflets, lui ouvrant la porte de tous les possibles. Un opus bouleversant, et rempli d'humour, qui mérite d'être découvert.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

samedi 14 janvier 2017

A Banquet of Consequences


Par Elizabeth George, série Inspecteur Linley et Sergent Havers, tome 19, chez Penguin Books.
Quatrième de couverture
«The unspoken secrets and buried lies of one family rise to the surface in Elizabeth George’s newest novel of crime, passion, and tragic history. As Inspector Thomas Lynley investigates the London angle of an ever more darkly disturbing case, his partner, Barbara Havers, is looking behind the peaceful façade of country life to discover a twisted world of desire and deceit. The suicide of William Goldacre is devastating to those left behind who will have to deal with its unintended consequences—could there be a link between the young man’s leap from a Dorset cliff and a horrific poisoning in Cambridge? After various issues with her department, Barbara Havers is desperate to redeem herself. So when a past encounter gives her a connection to the unsolved Cambridge murder, Barbara begs Thomas Lynley to let her pursue the crime, knowing one mistake could mean the end of her career.»
L’âme humaine a de ces détours inexplicables, de ces incohérences déconcertantes, de ces brouillards permanents qui dissimulent des failles abyssales. Et pourtant, la vie se tricote et se détricote malgré les errances. Des cœurs s’enflamment, des amitiés se forment, des complicités se tissent, défiant l’insondable. Et si, au fond, l’essentiel ne se trouvait pas tant dans un passé qui semble déterminer l’identité, mais plutôt dans ce qu’on parvient à en faire pour se construire un présent? Elizabeth George ourdit une fois de plus une intrigue touffue, plongeant sans vergogne dans les méandres troublants de la souffrance humaine. D’une plume juste et impitoyable, elle secoue les repères, brouille les pistes, taquine le Destin, faisant s’entrelacer le Bien et le Mal, le vrai et le faux, le futile et le crucial dans un remuant ballet de la grisaille ordinaire. Un opus saisissant, qui ose bousculer l’ordre convenu et questionner l’inébranlable, tout en faisant poindre, au cœur de la tempête, la salutaire perspective d’une éclaircie.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮




Pour le lire en version française

jeudi 15 décembre 2016

Un présent infini - Notes sur la mémoire et l'oubli


Par Rafaële Germain, collection Documents no 10, chez Atelier 10.
Quatrième de couverture (extrait):
«Et si nous avions oublié les vertus de l'oubli? L'histoire de l'humanité, jusqu'à très récemment, a été une vaste entreprise d'archivage - une lutte contre la faillibilité de la mémoire humaine et les mâchoires oblitératrices de l'Histoire. Or, depuis quelques décennies, nous nous sommes dotés de technologies nous permettant de ne plus jamais oublier, voire de ne plus pouvoir oublier. Il y a de quoi se réjouir et c'est bien ce que nous faisons, en nous rendant plus inoubliables que jamais sur les réseaux sociaux et dans nos vies quotidiennes de plus en plus numérisées. Pourtant notre mémoire collective semble de plus en plus dispersée, de moins en moins enracinée. Et si nous avions perdu quelque chose en route?

En ces temps où l’information fourmille, sauvage, sans répit, étourdissante, nourrie de toute part par le frénétique désir généralisé de faire entendre sa voix et de ne rien manquer, l’humain peine à prendre son souffle, à prendre le temps d’exister. Sitôt vécu (ou avant même de le vivre), le présent est immortalisé et catapulté dans le virtuel, où il feint de disparaître dans le déroulement d’un fil d’actualités. Bien vite, les jours, les semaines, les mois se fondent dans un passé déjà désuet. Peut-on, en tant que société, se construire sans plus jamais regarder en arrière? Avec une coquine lucidité, Rafaële Germain s’interroge sur l’insouciance candide de notre ère numérique. Tout en simplicité et en finesse, sans tomber dans le pontifiant ou le passéisme buté, elle ose secouer les nouvelles certitudes et questionner l’aura scintillant d’une technologie qui évolue bien rapidement pour ses créateurs. Un petit bijou d’humour et de justesse à découvrir (et à faire découvrir!) sans tarder… avant que les oeillères ne soient trop confortablement ajustées à notre vision du futur.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

samedi 12 novembre 2016

Louis parmi les spectres


Par Fanny Britt, illustré par Isabelle Arsenault, chez La Pastèque.
Résumé de l'éditeur:
«Louis a onze ans, une mère qui a peur de tout, un père qui pleure quand il boit et un petit frère obsédé par la soul américaine. Louis rêve de déclarer son amour à Billie, une compagne de classe indépendante et solitaire. Mais dans la réalité, rien à faire : dès qu’il s’approche d’elle, Louis se tétanise comme un clou rouillé. Accompagné de sa famille, de son fidèle ami Boris, et de ses spectres (ceux du passé comme ceux de son monde intérieur), Louis apprendra la vraie définition du courage.»
Pour Louis, l'amour est une mer indomptable. Une mer à la houle perpétuelle. Une mer dans laquelle se déversent les larmes éthyliques de son père qui n'a pas le pied marin, et les larmes muettes de sa mère tentant de résister aux courants l'entraînant vers le large. Pour Louis, l'amour n'est que le grondant silence d'un tumulte à venir. L'amour n'a pas de mots, que des embruns. Mais, par chance, il y a la fascinante Billy. Et s'il suffisait de s'accrocher vaillamment à la barre pour apprendre à apprivoiser les flots? Et si, pour Louis, Billy était l'Étoile du Nord, un lumineux point de repère pour le coeur quand la timidité fait frémir la raison? Tout en douce authenticité, Fanny Britt sait dire le vertige des sentiments plus grands que tout, d’un amour (le premier, le tout plein d’espoir!) qu’on voudrait éternel, et de cette valse-hésitation des premiers pas dont il faut inventer jusqu’à l’impulsion première. S'épanouissant tout en fine éloquence à travers la palette feutrée et sensible d'Isabelle Arsenault, ce remuant opus ose aborder avec justesse la grisaille de l’âme qui vacille et célébrer la candeur courageuse qui sème l’espoir.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮

mercredi 2 novembre 2016

Les tranchées : maternité, ambigüité et féminisme, en fragments


Par Fanny Britt, collection Documents, chez Atelier 10.
Quatrième de couverture:
«Les images de la maternité naissent dans les clichés (Communion! Souffrance! Délivrance!), vivent de clichés (Main sur un front fiévreux! Claque en arrière de la tête!) et meurent sur un cliché (Elle ne m’a jamais dit qu’elle m’aimait!). Pour les contourner, il faut avancer prudemment, faire confiance aux histoires qui émergent et espérer qu’elles forment, au bout du compte, un tout cohérent. Fanny Britt se risque ici à une sorte de plaidoyer pour une maternité ambigüe, à coups de souvenirs, de récits, de conversations avec des mères et des non-mères, d’impressions de lecture et de sagesse trouvée dans les paroles de chansons.»

La maternité, cette genèse de l'humanité, ce cycle perpétuel assurant la prolifération de la vie. Ayant fait son indispensable entrée en scène suivant la fameuse pomme d'Ève, elle roule rondement sa bosse depuis. Universelle, elle se rit des frontières géographiques, des fossés socio-économiques et parfois, implacable mécanique biologique qu'elle est, de la volonté même de celle qui la vit. La maternité donc. Vieille comme le monde. À la glorification omniprésente en ces temps de partage en temps réel, mais à l'essentiel pourtant si souvent tu. Quelle est-elle, cette maternité moderne? Une joie? Un frein? Un acte de foi en l'avenir? Un renoncement à sa liberté individuelle? Et comment la vit-on? Doit-on la vivre? D'une voix toute en finesse, en simplicité et en authenticité, Fanny Britt s'interroge sur le sens de la maternité. Sans tomber dans le piège de la définition unilatérale, elle butine humblement dans l'enchevêtrement inextricable des idées reçues, se posant au hasard des rencontres, s'abreuvant des perceptions multiples et tricotant ainsi un honnête tour d'horizon. Cet opus en est un indispensable. À la fois tendre, drôle, juste et lucide, il sait dire l'ineffable et secouer le confort aveugle des certitudes. 




Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮






Le mois de novembre
de mon Défi littéraire 2016


mardi 30 août 2016

Franz, Dora, la petite fille et sa poupée


Par Didier Lévy, illustré par Tiziana Romanin, chez Sarbacane.
Résumé de l'éditeur:
«Franz – Kafka – se promène au parc avec sa belle fiancée solaire, Dora. L’écrivain est fatigué, désenchanté. Quand il croise Ingrid, une petite fille en pleurs qui a perdu sa poupée. Aussitôt, Franz imagine pour elle une histoire : sa poupée est partie en voyage! D’ailleurs, elle va bientôt lui écrire. Et le soir même, Franz reprend sa plume pour composer, jour après jour, les lettres que la poupée "envoie" à Ingrid. Peu à peu, la fillette retrouve le sourire… et l’écrivain, le goût d’écrire.»
Quand, malgré la douceur ronronnante d’un amour enveloppant, les mots perdent leur magie, les muses s’essoufflent et la grisaille s’immisçant partout annonce la tombée du rideau, le bonheur se fait rare. Et si la candeur attristée de l’enfance pouvait faire renaître, sans crier gare, cette étincelle qui rend la vie pétillante? D’une plume tendre et sensible, Didier Lévy raconte l’histoire des mots qui consolent, des mots qui sauvent, des mots qui font rêver. Porté par la palette rêveuse et le délicat coup de crayon de Tiziana Romanin, cet opuscule tout en finesse sait dire l’essentiel avec justesse et simplicité. Un sublime petit bijou pour faire sourire l'âme qui se cherche.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

mercredi 13 juillet 2016

Mermaid Project, tomes 1 à 4


Scénario de Léo et Corinne Jamar, dessins de Fred Simon, série Mermaid Project tomes 1 à 4, chez Dargaud.
Résumé de l'éditeur (premier tome):
«(…) Mermaid Project, nous entraîne sur les pas de l'inspecteur Romane Pennac. Celle-ci se voit confier des enquêtes sans intérêt jusqu'au jour où un couple vient la voir pour lui parler du décès de leur fille dont le corps a, en outre, disparu. La jeune fille travaillait à New York pour la société Algapower, une entreprise spécialisée dans la production de méthane (un substitut au pétrole, devenu rare) qui procède à des manipulations génétiques sur des algues afin d'en tirer de l'énergie. Romane, dont le frère travaille pour Algapower, réussit à convaincre son chef d'aller enquêter à New York. Sur place, elle découvre que les activités de la société ne se limitent pas à la production énergétique et que leurs expériences vont bien plus loin que l'imaginable...»

Dans un futur probable, où l’inéluctable balancier de l’Histoire aurait fait basculer l’ordre des choses entre les grandes puissances mondiales, rebrassant sans ménagement l’échiquier des classes sociales et de la diversité culturelle, et où l’humain aurait finalement cédé un peu de son confort pour une utilisation plus intelligente des ressources naturelles, le trio Léo-Jamar-Simon tricote avec ingéniosité une enlevante enquête écologico-policière. Sachant faire s’entrelacer habilement le Bien et le Mal, naviguant audacieusement dans les eaux troubles de la morale, cette délicieuse série confronte hardiment le lecteur, remettant l’essentiel en perspective et devisant avec une justesse implacable de la logique terriblement humaine voulant que la fin justifie les moyens, aussi déviants ces derniers puissent-ils être. Un petit bijou inquiétant, à l’intelligence chamboulante.





Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮  ✮ 

vendredi 27 mai 2016

La femme aux cartes postales


Scénario de Claude Paiement, dessins de Jean-Paul Eid, chez La Pastèque.
Résumé de l'éditeur:
«1957. Rose quitte sa Gaspésie natale en laissant, derrière elle, une lettre sur son oreiller. Elle n’a qu’un rêve en tête: briller sur les scènes des prestigieux cabarets de la métropole. À cette époque, Montréal est un haut lieu de la vie nocturne et l’une des escales obligées des plus grands jazzmen. Les nightclubs brillent de tous leurs feux et la mafia fait des affaires d’or. Mais l’arrivée du rock’n’roll, l’engouement pour la télévision et l’élection du jeune et incorruptible maire Jean Drapeau va sonner le glas de cet âge d’or.
2002. En Gaspésie, un étranger vient d’acquérir une maison abandonnée mise aux enchères; photos aux murs, vieux piano désaccordé et au fond d’un garde robe, un terrible secret de famille...»

Dans l'obscurantisme d'une société où la conformité est de mise, où il est préférable de taire son unicité pour mieux se fondre dans la masse docile d'un Québec sous la poigne implacable de Duplessis, une femme ose l'inconcevable: suivre son instinct et sa passion. Portée par la musique et le jazz enfumé des cabarets de Montréal, elle chante son émancipation, réécrivant sa vie au fur et à mesure des opportunités. Mais le Destin, cet empêcheur de tourner en rond, vient soudainement brouiller ses cartes postales, muselant son envol, la laissant sans mots. Misant sur une remarquable narration à quatre mains, Claude Paiement et Jean-Paul Eid racontent avec dextérité et finesse l’histoire à rebrousse-temps de la musique qui envoûte et de la Vie qui parfois, bipolaire, sème le rêve et récolte la torpeur. Orchestrée avec brio à travers un scénario jonglant délicieusement avec la musique et l’Histoire, et portée par un univers visuel tout en demi-teintes et en éloquence, cette chronique singulière sait dire avec justesse et sensibilité les remuantes montagnes russes de la passion avec un grand «P». Un sublime voyage aux confins de l’âme humaine, dans tout ce qu’elle a d’authentique et d'indomptable. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮




Mon mois de mai
du Défi littéraire 2016


jeudi 31 mars 2016

Hiroshimoi

Par Véronique Grenier, chez Ta Mère.
Quatrième de couverture:
Il y a parfois des ruptures qui ne peuvent pas arriver, mais qui le devraient. Parce que les cœurs se crient après sans arrêt, enterrent tout le reste, s’enterrent eux-mêmes. Ils s’emportent et se débattent et débordent, avec cette certitude qu’ils s’arrêteront le jour final, le jour ultime où, à se heurter sans arrêt, à s’exister de trop près, à s’attendre, un coup de trop les éclatera.»
L'amour. Celui qui fait rêver de douces chevauchées princières et de souliers de verre retrouvés. Celui qui fait sourire la grisaille. Celui qui fait s'épanouir les rêves. Cet amour-là. Le rarissime. Le mythique. L'insaisissable. Et s'il n'était pas aussi lisse que ses princesses de porcelaine? Et s'il confondait, parfois, souvent, le rire et les larmes? Et s'il s'émiettait l'essentiel à tout vent, et se retrouvait, hagard, perdu, désabusé, dans l'ordinaire grinçant de nos quotidiens aux mille visages? D'une plume vibrante, faisant valser avec aplomb la poésie d'un réel à l'aile brisée, Véronique Grenier crachote l'amour-poignard et son inéluctable. De petites phrases abyssales en envolées ébouriffées, elle sait dire l'âme, ses folies jubilatoires, ses errances vicieuses, et surtout, son espoir indestructible. Celui qui persiste et signe. Malgré la houle. Malgré le silence. Malgré l’éphémère. Un opuscule qui grignote la tranquillité avec une authenticité toute simple, et qu'on lit, d'une traite, en se protégeant tant bien que mal le coeur de l’irrémédiable.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮




Le mois de mars
de mon Défi littéraire 2016

lundi 21 mars 2016

Ici

Scénario et dessins par Richard McGuire, chez Gallimard.
Quatrième de couverture:
«Ici raconte l'histoire d'un lieu, vu d'un même angle, et celle des êtres qui l'ont habité à travers les siècles. Dans cet espace délimité, les existences se croisent, s'entrechoquent et se font étrangement écho, avant d'être précipitées dans l'oubli.»

Il y a la mémoire d’une maison et de son petit monde. Puis la mémoire de ses habitants; la mémoire collective, et l’autre, celle de l’âme. Il y a aussi la Mémoire avec un grand «M», celle de l’Histoire avec un grand «H». Et la mémoire de l’humain, de l’espèce parmi les espèces. Et enfin, il y a la mémoire de la Terre. Longue celle-là. D’une tranquille, bien que fragile, pérennité. Or, la mémoire est une coquine inconstante: elle est à la fois omniprésente, et fuyante, influente et vite oubliée. Elle est tout et elle n’est rien. Elle est pluriel et erratique. Elle est impunément chaotique. Elle a la ligne du temps malicieuse. Elle est une magicienne capricieuse. Dans un vertigineux kaléidoscope de souvenirs en friche, Richard McGuire jongle audacieusement avec les vies et les moments, faisant s’entrechoquer les époques, se relancer les questionnements, jusqu’à détricoter l’importance de la question «Quand?». Histoire chorale, à la palette en éloquentes demi-teintes et à la narration ébouriffée, cet opus touffu raconte l’inénarrable. Le temps qui file ou qui piétine. Le temps qui fuit ou qui se fige. Le temps qui manque ou qui trépigne. Le temps qui fut. Et celui qui reste à s’inventer. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩




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