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vendredi 23 juin 2017

Les luttes fécondes : libérer le désir en amour et en politique

Par Catherine Dorion, collection Documents, chez Atelier 10.
Quatrième de couverture (extrait):
«En politique comme en amour, nos énergies sont, la plupart du temps, soigneusement contenues à l’intérieur de cadres qui «organisent» les liens qui nous unissent, et qui empêchent les révolutions de prendre pied. Le couple. Nos institutions politiques. Les élections. Ce livre parle du désir qui cherche à s’exprimer entre deux (ou cent-mille) personnes, et de ce qui a été mis en place pour le garder emprisonné. Ce livre est un plan d’évasion.»

Dans nos sociétés bien organisées, l’humain tend à vouloir encadrer tout ce qui veut sortir des ornières : les idées, les pulsions, les initiatives, le démesuré, le spontané, l’irrésistible. L’humain veut encadrer le sublime pour l’empêcher de chambouler les certitudes sans vergogne, pour éviter qu’il fasse tomber les œillères du quotidien sans crier gare. Il s’empresse donc, trop souvent, de lui construire une cage dorée, tout de rationnel et d’obligations vêtue. L’humain a soif de liberté et d’authenticité, et les enferme pourtant à doubles tours derrière des normes asphyxiantes. L’humain est un inénarrable paradoxe sur deux pattes. De sa plume échevelée, à la verve décidée et à l’esprit délicieusement indomptable, Catherine Dorion souffle avec audace une ode au désir dans tout ce qu’il a de plus fructueux, dérangeant, et inspirant. Un opuscule ébouriffant et nécessaire, qui sait ébranler le pouvoir hypnotisant de la peur de l’éphémère, réveillant le peuple engourdi par trop d’années à sommeiller au bois dormant et lui insufflant une salutaire bouffée de rébellion contre ce plomb qu’il se met lui-même dans l’aile du rêve.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

mercredi 7 juin 2017

Furiously Happy

Par Jenny Lawson, chez Flatiron Books.
Résumé de l'éditeur (extrait):
In Furiously Happy, #1 New York Times bestselling author Jenny Lawson explores her lifelong battle with mental illness. A hysterical, ridiculous book about crippling depression and anxiety? That sounds like a terrible idea. But terrible ideas are what Jenny does best. 
As Jenny says: "Some people might think that being 'furiously happy' is just an excuse to be stupid and irresponsible and invite a herd of kangaroos over to your house without telling your husband first because you suspect he would say no since he's never particularly liked kangaroos. And that would be ridiculous because no one would invite a herd of kangaroos into their house. Two is the limit. I speak from personal experience. My husband says that none is the new limit. I say he should have been clearer about that before I rented all those kangaroos."
"Most of my favorite people are dangerously fucked-up but you'd never guess because we've learned to bare it so honestly that it becomes the new normal. Like John Hughes wrote in The Breakfast Club, 'We're all pretty bizarre. Some of us are just better at hiding it.' Except go back and cross out the word 'hiding.'"
Furiously Happy is about "taking those moments when things are fine and making them amazing, because those moments are what make us who we are, and they're the same moments we take into battle with us when our brains declare war on our very existence. It's the difference between "surviving life" and "living life". It's the difference between "taking a shower" and "teaching your monkey butler how to shampoo your hair." It's the difference between being "sane" and being "furiously happy."

Il y a de ces maux qui font basculer le quotidien. Qui forcent à plonger de l’autre côté du miroir. Qui brouillent les antennes et effacent les pistes. Et pourtant, ce sont les maux que personnes n’osent mettre en mots. Les maux qu’on subit tout bas, en se condamnant d’avance de ne pas savoir comment les affronter. Ce sont les maux qui prolifèrent, sournois et malins, dans l’antichambre silencieux de la honte. Dans les limbes vertigineuses de la dégringolade des repères. Ce sont les maux qui grugent le quotidien et assombrissent les arcs-en-ciels. Et si on prenait le temps de les mettre en mots? Et si, même, on se donnait le droit de sourire un brin devant leur irréductible et malicieuse créativité? D’une plume tout en humour et en authenticité, Jenny Lawson raconte avec un irrésistible aplomb la maladie mentale et ses tentaculaires implications. Sans tomber dans l’apitoiement, ou la leçon pontifiante, elle secoue joyeusement les préjugés, bouleverse les certitudes et sème un rafraîchissant espoir dans ces eaux habituellement si troubles. Un opus déjanté, hilarant et indispensable, à semer à tout vent, pour faire tomber les oeillères de l'ignorance, et celles de la solitude.

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮

jeudi 13 avril 2017

Comme un roman

Par Daniel Pennac, illustré par Quentin Blake, édition anniversaire, chez D'Eux.
Résumé de l'éditeur:
«Enseignant, auteur, père et lecteur, Daniel Pennac livre ici ses réflexions et ses observations sur la lecture et sur la place des livres dans notre vie.»

Les mots peuvent distiller les possibles, évoquer l’inénarrable, faire sourire le prévisible, mais ils peuvent aussi, si on n’y prend pas garde, devenir des épées de Damoclès dogmatiques menaçant sournoisement le plaisir de lire. À nous de nous assurer qu’ils demeurent, aux yeux de tous, des complices de tous les instants, et non pas des ennemis de l’ombre. Dans cet essai incontournable sur le lecteur et la lecture, Daniel Pennac raconte les mots comme on souffle une histoire aux oreilles ébahies de l’enfance. Secouant avec justesse et humour les certitudes (ô ces certitudes du bien-pensant!) d’une société qui semble édifier la lecture au rang de devoir oubliant au passage son essence même,  Daniel Pennac ose clamer, d’une plume à la verve délicieuse, que si l’amour des mots est l’affaire de tous, il importe de le faire naître à l’image de chacun. Un opuscule indispensable dont le Temps n’use pas la pertinence, réédité dans de sublimes atours, et qui, surtout, fait pétiller le regard et rêver entre les lignes. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮

samedi 18 mars 2017

A Room of One's Own

Par Virginia Woolf, chez Mariner Books.
Quatrième de couverture:
«In A Room of One's Own, Virginia Woolf imagines that Shakespeare had a sister—a sister equal to Shakespeare in talent, and equal in genius, but whose legacy is radically different. This imaginary woman never writes a word and dies by her own hand, her genius unexpressed. If only she had found the means to create, argues Woolf, she would have reached the same heights as her immortal sibling. In this classic essay, she takes on the establishment, using her gift of language to dissect the world around her and give voice to those who are without. Her message is a simple one: women must have a fixed income and a room of their own in order to have the freedom to create.»

Qu’y a-t-il à dire au sujet des femmes et de la fiction? Occupent-elles une place dans l’espace littéraire? Si oui, laquelle? Y sont-elles des sujets muets, englués dans des stéréotypes de genre, ou y ont-elles aussi une voix? Est-ce de même dans la société en général? Ont-elles toujours l’opportunité et les moyens de faire résonner leur voix haut et fort? La créativité au féminin est-elle un mythe? Et si, au fond, le genre du créateur importait peu? Et s’il était surtout indispensable de déterminer ce qui favorise l’épanouissement créatif, et ce qui lui fait battre de l’aile? Virginia Woolf ose prendre position à ce sujet en proposant une réflexion audacieuse et fondamentale interrogeant la place historique des femmes dans l’espace créatif littéraire, et soulignant le lien existant entre cette place encore à construire, et les conditions de vie des femmes à travers les siècles. Abordant ce vaste champ de recherche avec simplicité et détermination, Virginia Woolf plonge le lecteur dans le tourbillon de ses questionnements, l’interpellant malicieusement, le faisant progresser à ses côtés, au fil des interrogations et des indignations qui jonchent son exploration. Un opuscule puissant, indispensable, pertinent même près d’un siècle après sa publication, et qu’il fait bon lire et relire pour se secouer la résignation, pour se titiller l’audace, et pour ne jamais oublier que malgré les inégalités de genre et de conditions socioéconomiques qui perdurent, il n’en tient finalement qu’au créateur, femme ou homme, de se trouver une «chambre à soi» pour laisser s’exprimer sa voix.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 



Pour le lire en version française


jeudi 15 décembre 2016

Un présent infini - Notes sur la mémoire et l'oubli


Par Rafaële Germain, collection Documents no 10, chez Atelier 10.
Quatrième de couverture (extrait):
«Et si nous avions oublié les vertus de l'oubli? L'histoire de l'humanité, jusqu'à très récemment, a été une vaste entreprise d'archivage - une lutte contre la faillibilité de la mémoire humaine et les mâchoires oblitératrices de l'Histoire. Or, depuis quelques décennies, nous nous sommes dotés de technologies nous permettant de ne plus jamais oublier, voire de ne plus pouvoir oublier. Il y a de quoi se réjouir et c'est bien ce que nous faisons, en nous rendant plus inoubliables que jamais sur les réseaux sociaux et dans nos vies quotidiennes de plus en plus numérisées. Pourtant notre mémoire collective semble de plus en plus dispersée, de moins en moins enracinée. Et si nous avions perdu quelque chose en route?

En ces temps où l’information fourmille, sauvage, sans répit, étourdissante, nourrie de toute part par le frénétique désir généralisé de faire entendre sa voix et de ne rien manquer, l’humain peine à prendre son souffle, à prendre le temps d’exister. Sitôt vécu (ou avant même de le vivre), le présent est immortalisé et catapulté dans le virtuel, où il feint de disparaître dans le déroulement d’un fil d’actualités. Bien vite, les jours, les semaines, les mois se fondent dans un passé déjà désuet. Peut-on, en tant que société, se construire sans plus jamais regarder en arrière? Avec une coquine lucidité, Rafaële Germain s’interroge sur l’insouciance candide de notre ère numérique. Tout en simplicité et en finesse, sans tomber dans le pontifiant ou le passéisme buté, elle ose secouer les nouvelles certitudes et questionner l’aura scintillant d’une technologie qui évolue bien rapidement pour ses créateurs. Un petit bijou d’humour et de justesse à découvrir (et à faire découvrir!) sans tarder… avant que les oeillères ne soient trop confortablement ajustées à notre vision du futur.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

mercredi 2 novembre 2016

Les tranchées : maternité, ambigüité et féminisme, en fragments


Par Fanny Britt, collection Documents, chez Atelier 10.
Quatrième de couverture:
«Les images de la maternité naissent dans les clichés (Communion! Souffrance! Délivrance!), vivent de clichés (Main sur un front fiévreux! Claque en arrière de la tête!) et meurent sur un cliché (Elle ne m’a jamais dit qu’elle m’aimait!). Pour les contourner, il faut avancer prudemment, faire confiance aux histoires qui émergent et espérer qu’elles forment, au bout du compte, un tout cohérent. Fanny Britt se risque ici à une sorte de plaidoyer pour une maternité ambigüe, à coups de souvenirs, de récits, de conversations avec des mères et des non-mères, d’impressions de lecture et de sagesse trouvée dans les paroles de chansons.»

La maternité, cette genèse de l'humanité, ce cycle perpétuel assurant la prolifération de la vie. Ayant fait son indispensable entrée en scène suivant la fameuse pomme d'Ève, elle roule rondement sa bosse depuis. Universelle, elle se rit des frontières géographiques, des fossés socio-économiques et parfois, implacable mécanique biologique qu'elle est, de la volonté même de celle qui la vit. La maternité donc. Vieille comme le monde. À la glorification omniprésente en ces temps de partage en temps réel, mais à l'essentiel pourtant si souvent tu. Quelle est-elle, cette maternité moderne? Une joie? Un frein? Un acte de foi en l'avenir? Un renoncement à sa liberté individuelle? Et comment la vit-on? Doit-on la vivre? D'une voix toute en finesse, en simplicité et en authenticité, Fanny Britt s'interroge sur le sens de la maternité. Sans tomber dans le piège de la définition unilatérale, elle butine humblement dans l'enchevêtrement inextricable des idées reçues, se posant au hasard des rencontres, s'abreuvant des perceptions multiples et tricotant ainsi un honnête tour d'horizon. Cet opus en est un indispensable. À la fois tendre, drôle, juste et lucide, il sait dire l'ineffable et secouer le confort aveugle des certitudes. 




Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮






Le mois de novembre
de mon Défi littéraire 2016


mardi 30 avril 2013

Conversations avec Romy


Par Mathieu LeBlanc, illustré par Philippe Lagarde, La Bagnole

«Romy a 4 ans et demi. Souvent impitoyable, douée d'un extraordinaire franc-parler, Romy ne ménage personne sur son passage... Son papa, Mathieu LeBlanc, note ses déclarations et commentaires sur son iPhone. Il insiste sur l'importance de l'immédiateté : c'est pourquoi le matin, en route vers la garderie, il n'hésite pas à s'arrêter sur l'accotement pour écrire sur-le-champ, en en respectant fidèlement la structure, la dernière réplique poétique ou sarcastique de sa fille!»

Petits moments tendres, parfois graves, et fous rires assurés, voilà ce que réserve ce délectable recueil des mots de Romy. Truculente, vive et extraordinairement lucide, Romy en est définitivement la star, et c'est amplement mérité! Ses répliques sont inimitables, candides et joyeusement décapantes... et c'est toute une chance que Papa-Mathieu les ait notées assidûment, sans altérer la fraîcheur de l'enfance. Un livre à dévorer en riant, à citer à tous vents, ou à grappiller tout doucement... Exquis.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

lundi 22 avril 2013

Old Possum's Book of Practical Cats


Par T. S. Eliot, illustré par Edward Gorey, Houghton Mifflin Harcourt

Résumé de l'éditeur:
«Eliot’s famous collection of nonsense verse about cats-the inspiration for the Andrew Lloyd Webber musical Cats. This edition features pen-and-ink drolleries by Edward Gorey throughout.»

La bible suprême pour les amoureux des chats et des mots. J'ai découvert avec plaisir ce petit bonheur d'opus, singulier recueil de "poèmes félins", mais aussi véritable étude de caractères à l'usage des humains avec qui daignent cohabiter (parfois) les chats. La plume de T.S. Eliot, fine, taquine et délicieusement lucide donne le ton, esquissant en quelques vers bien sonnants la personnalité de fameux spécimens de la gent féline. Relançant habilement cette inimitable galerie de portraits littéraires, l'univers visuel d'Edward Gorey, aux traits nets, à la monochromie audacieuse et à l'irrésistible style vieillot, charme indiscutablement le lecteur. Une petite curiosité de bibliothèque, inclassable, délirante et indispensable.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

jeudi 1 septembre 2011

The Guns of August

Par Barbara W. Tuchman, Ballantine Books

«Historian and Pulitzer Prize-winning author Barbara Tuchman has brought to life again the people and events that led up to Worl War I. With attention to fascinating detail, and an intense knowledge of her subject and its characters, Ms. Tuchman reveals, for the first time, just how the war started, why, and why it could have been stopped but wasn't. A classic historical survey of a time and a people we all need to know more about, The Guns of August will not be forgotten.»

Jamais au grand jamais je n'aurais pensé tomber en amour avec un essai sur la Première Guerre mondiale! Et pourtant, ce fut le cas; un coup de foudre dès la première ligne. La plume habile et accessible de Barbara Tuchman est parvenue à faire l'impossible: saisir la dimension humaine et faillible de la guerre, à travers des portraits de personnages publics savoureux et une narration haletante. Un travail colossal qui fut pourtant reçu avec septicisme par les historiens de l'époque. Or, la recherche rigoureuse et systématique de l'auteure est tout simplement ahurissante! Si cet essai semble d'abord naître du besoin de mettre en lumière la théorie selon laquelle l'issue de la Première Guerre, ainsi que le cycle de guerres qui a marqué le 20e siècle, s'est décidé par les actions de l'Allemagne et des Alliés durant le mois d'août 1914, la valeur exceptionnelle de cette vulgarisation époustouflante et juste en fait incontestablement un incontournable.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 



dimanche 27 février 2011

La fabrique des filles - L'éducation des filles de Jules Ferry à la pilule

Par Rebecca Rogers et Françoise Thébaud, Textuel

«"On ne naît pas femme, on le devient". Des leçons de broderie aux cours d'éducation sexuelle, le XXe siècle est porteur d'une évolution, à la fois spectaculaire et paradoxale, de l'éducation des filles, naviguant entre l'enseignement d'un éternel féminin et une émancipation durement conquise. Cet ouvrage richement illustré met en scène ce cheminement à travers 200 documents souvent inédits : journaux intimes, cahiers d'élèves, courrier du coeur... Les lectures destinées à apprendre aux petites filles leur place en société au début du siècle sont aussi édifiantes que l'enseignement du dévouement familial dans les années 1960. Fort heureusement l'engagement d'institutrices pionnières, les revendications de la jeunesse et la révolte de féministes enrayeront le dispositif éducatif, à l'école comme à la maison, pour fabriquer des épouses et des mères modèles.»

Un essai dynamique et fort intéressant que proposent Rebecca Rogers et Françoise Thébaud. Le contenu s'adresse à un public large (un sujet aux deux pages en moyenne), le ton utilisé est accessible et invitant, et la conception graphique tout à fait idéale pour les lecteurs habituellement allergiques à la sécheresse des essais (et j'en suis!). Si l'auteur survole l'évolution de l'éducation des filles en France, usant de référents parfois un peu hermétiques pour les lecteurs non-européens, l'intérêt de cet essai est relativement universel, réveillant la féministe en chacun de nous, attisant le désir de la poursuite de l'épanouissement féminin, peu importe son origine. Loin d'être militant à outrance, il s'agit d'un opus agréable à lire, à feuilleter (grâce à ses artéfacts nombreux et judicieusement choisis)... et peut-être même à léguer à la génération de femmes qui suivra! Chapeau!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

lundi 21 février 2011

Des livres d'enfants à la littérature de jeunesse

Par Christian Poslaniec, Gallimard, Découvertes Gallimard

«Talentueuse et imaginative, portée par des médiateurs enthousiastes, reconnue par l'école et l'université, séduisant des publics toujours plus larges, la littérature de jeunesse est aujourd'hui une littérature majeure. Son histoire remonte au milieu du XIXe siècle, lorsque l'alphabétisation massive et le développement des techniques d'impression permirent son émergence. Deux libraires-éditeurs, Louis Hachette et Pierre-Jules Hetzel, réinventent un genre, encore très dépendant de l'école et de la religion, et publient des romans pour les enfants signés par la comtesse de Ségur ou Jules Verne. La littérature de jeunesse était née et avec elle l'enfant-lecteur. Christian Poslaniec nous guide dans cette histoire touffue qu'il parsème de petits cailloux blancs : Babar, les Albums du Père Castor, Le club des 5, Les Contes du chat perché, Harry Potter...»

Essai intéressant et présentation graphique accrocheuse, un Découvertes Gallimard classique, quoi! Christian Poslaniec offre au lecteur un fascinant plongeon dans le passé, la découverte d'une ère où l'enfance n'existait pas, où l'enfant n'était qu'un moule vide qu'il fallait s'efforcer de remplir de valeurs vertueuses et morales, sans oublier (heureusement!) de décrire la merveilleuse évolution du marché de la littérature jeunesse, qui a ouvert, entre autre, les portes de l'imaginaire et de la lecture ludique aux enfants trop longtemps privés de cet exutoire délicieux qu'est la littérature sans agenda caché! Un beau petit morceau d'histoire à découvrir, même si, dans cet essai, les référents de l'évolution de la littérature jeunesse sont principalement européens. 


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

vendredi 11 février 2011

Pourquoi lire?

Par Charles Dantzig, Grasset

«"La lecture n'est pas contre la vie. Elle est la vie, une vie plus sérieuse, moins violente, moins frivole, plus durable, plus orgeuilleuse, moins vaniteuse, avec souvent toutes les faiblesses de l'orgueil, la timidité, le silence, la reculade. Elle maintient, dans l'utilitarisme du monde, du détachement en faveur de la pensée. Lire ne sert à rien. C'est pour cela que c'est une grande chose. Nous lisons parce que ça ne sert à rien." Des conseils, des douceurs, des rosseries, et une conception de la lecture comme "sœur de la littérature", toutes deux marchant ensemble dans un combat contre le temps. Une philosophie de la lecture qui fait s'exclamer, s'enthousiasmer, applaudir, et qui ne donne qu'une envie : (la) relire.»

Pourquoi, moi, la dévoreuse de fiction, me suis-je plongée dans cet essai sur la littérature, essai à l'air aride et sec d'une lecture universitaire obligatoire? Eh bien, tout simplement parce qu'il a piqué ma curiosité: cette interrogation en forme de titre et cet extrait si éloquent en quatrième de couverture... et puis, oui, peut-être bien que la lectrice peinte sur le bandeau a aussi interpellé le rat de bibliothèque en moi! Je suis comme ça, intuitive, subjective, humaine, quoi... Et puis maintenant qu'il est lu, cet essai, que puis-je bien en dire? Que la plume de Dantzig, malgré un niveau de langage très soutenu, parfois un brin hermétique, est parvenue à me captiver, à m'ouvrir grand la porte de son contenu, par sa forme accessible, ses chapitres courts et anecdotiques? Que la question de la lecture semble, pour l'auteur, un prétexte pour discuter de sa vision exclusive (et disons-le, élitiste) de la littérature avec un grand "L"?  Que sa notion de «vrai» lecteur (c'est-à-dire celui qui ne lit que pour savourer la Littérature - avec un grand "L" -  et pour s'approprier cette Littérature en griffonnant dans les marges) est légèrement réductrice et snob? Que pour moi, lectrice depuis toujours, l'important n'est pas pourquoi l'on lit, ni ce que l'on lit, mais bien de lire, point? Ou alors que malgré ces divergences majeures d'opinion, et cette brise de mépris, ressentie à quelques reprises durant ma lecture, s'adressant à la «non-initiée» que je semble être selon les propos de l'auteur, j'ai découvert une vision des mots fort stimulante? Tout ça à la fois, j'imagine...
J'ai longuement hésité à me commettre au sujet de ce livre, surtout après avoir reçu comme une flèche la perception de l'auteur concernant ceux qui, selon lui, «attaquent» les créateurs de la Grande Littérature: "Les gens qui nous attaquent n'ont pas toujours du talent. C'est pour cela qu'il ne leur reste souvent que la vulgarité". Qu'à cela ne tienne, M. Dantzig. Je suis une lectrice. Indubitablement. Et je ne lis pas pour recevoir l'approbation des autres, ni pour prouver quoi que ce soit, mais bien parce que ça me plaît. Et ce «Pourquoi lire?», malgré, ou peut-être à cause des bouillonnements de mon esprit, de ces échauffements des susceptibilités, il m'a plu! Un des meilleurs essais pour comprendre que parfois, il faut savoir en prendre et en laisser!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

samedi 8 janvier 2011

Et moi alors? - Grandir avec un frère ou une soeur aux besoins particuliers

Par Édith Blais, CHU Sainte-Justine

«Ce livre met en vedette des jeunes qui partagent leur vie avec un frère ou une soeur aux besoins particuliers. Les Jeanne, Léa, Gabriel et Maxime, principaux personnages des quatre nouvelles qui composent l'ouvrage, sont riches d'une expérience fraternelle particulière. Ils prennent la parole, eux qui ont l'habitude de se taire, et il faut les écouter car ils ont beaucoup à partager et à enseigner. À qui s'adressent-ils? À leur semblables, aux frères et soeurs qui grandissent avec un enfant différent, mais aussi aux parents de ces fratries "pas comme les autres" et aux autres adultes qui ont à coeur le bien-être des familles. Ce livre, qui se lit avec le coeur, présente aussi aux jeunes et aux parents des exercices et des stratégies de communication.»

Pourquoi lire sur les frères et soeurs d'enfants «aux besoins particuliers», vous me direz? Une rencontre inopinée avec l'auteure et surtout la curiosité d'en savoir plus au sujet de cette dynamique si singulière entre les membres d'une même famille. Il y a également le fait que dans mon cercle familial élargi, une jeune femme extraordinaire vit un parcours cahoteux depuis quelques années et est la petite soeur d'une autre jeune femme aux limitations physiques et mentales importantes, alors, afin de peut-être mieux les comprendre toutes les deux, je me suis dit, pourquoi pas! N'étant pas une grande fervente d'essais, j'avoue avoir un brin appréhendé la lecture de ce petit opus sympathique. Cela dit, j'ai été agréablement surprise par la plume d'Édith Blais. Une plume simple, franche et attachante, qui présente cette relation fraternelle toute spéciale à travers quatre nouvelles. Ce que j'ai lu m'a émue et m'a fait découvrir une vision des choses très peu explorée dans la littérature; le point de vue humain et parfois souffrant de ces «forces tranquilles» que sont les fameux frères et soeurs de personnes vivant avec un handicap ou une limitation. Sans mélodrame, ni pathétisme, ni appel à la rébellion unilatérale, Édith Blais amène le lecteur à ouvrir ses horizons. Tout d'abord conçu en tant que ressource pour la fratrie ou les parents impliqués dans une telle situation familiale, ce petit livre s'adresse également à ceux qui veulent mieux comprendre l'univers de frères et soeurs qui n'aspirent souvent qu'à prendre leur place comme tout le monde.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆



mercredi 12 mai 2010

Sacré dépanneur!

Par Judith Lussier, photographies de Dominique Lafond, Héliotrope

«On en compte 5 897 au Québec. Du colosse des autoroutes au petit indépendant, en passant par le spécialiste du ver à pêche. En ville, on en trouve à chaque coin de rue. Et dans cette multitude, il y en a toujours un qu'on finit par adopter. Son inventaire hétéroclite dépanne nos matins à la course et comble nos soirées paresseuses. Pour décrire ce petit commerce exceptionnel, il a fallu détourner unmot de son sens habituel. C'était la moindre des choses : le dépanneur allait devenir une véritable icône du Québec, à laquelle il était temps de rendre hommage.»

Petit essai intéressant sur le phénomène du dépanneur au Québec. La plume informative de Judith Lussier est relativement accessible et dynamique. De plus, il y a certes eu un effort considérable concernant la conception graphique, question de rendre ce court documentaire attrayant visuellement. En ce sens, la contribution photographique de Dominique Lafond est savoureuse et salutaire puisque sans le regard perçant de son obturateur, le livre aurait manqué de cette humanité qui rend les p’tits dépanneurs du coin si singuliers!

* * *

lundi 18 janvier 2010

1940-1948 - Les éditeurs québécois et l'effort de guerre

Par Jacques Michon, Presses de l'Université Laval (PUL)

«L'effort de guerre des éditeurs québécois est un phénomène méconnu du public. Malgré la publication de travaux étalés sur plus d'une trentaine d'années, le rôle des éditeurs de guerre dans la diffusion des idées et la promotion de la littérature québécoise n'est encore apprécié que de quelques spécialistes.»

Livre-témoin de l'exposition en cours à la BANQ (Bibliothèque et Archives nationales du Québec). J'avoue avoir été très déçue par le résultat final. Les reproductions des artéfacts sont de qualité (quoique le choix de ceux-ci soit d'un intérêt discutable) mais le corps du texte (copié-collé maladroit des planches explicatives de l'exposition, sans doute) est très aride et manque de dynamisme (une mise en page moins ennuyante et conventionnelle aurait été plus que souhaitable!). Un livre à feuilleter, soit, mais ça ne vaut vraiment pas la peine de l'acquérir!... Mieux vaut visiter l'exposition en direct que de lire cet assomant compte-rendu! Dommage... le sujet avait pourtant beaucoup de potentiel!!!...


Lili lui donne: ★ ★ ☆ ☆ ☆

mercredi 23 décembre 2009

Les femmes qui lisent sont dangereuses

Par Laure Adler et Stefan Bollmann, Flammarion, Les femmes qui... 1

«Les livres ne sont pas des objets comme les autres pour les femmes; depuis l'aube du christianisme jusqu'à aujourd'hui, entre nous et eux, circule un courant chaud, une affinité secrète, une relation étrange et singulière tissée d'interdits, d'appropriations, de réincorporations.» - Laure Adler

Documentaire savoureux, à lire au petit bonheur, en se perdant dans les nombreuses oeuvres présentées et commentées. Comporte un essai au niveau plutôt soutenu (un brin ardu pour le grand public!) expliquant le lien fort et singulier qui unit la femme et les livres depuis la nuit des temps... Un livre à feuilleter encore et encore!...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mardi 11 mars 2008

Chagrin d'école

Par Daniel Pennac, collection Blanche, chez Gallimard.
Résumé de l'éditeur:
«Chagrin d’école, dans la lignée de Comme un roman, aborde la question de l’école du point de vue de l’élève, et en l’occurrence du mauvais élève. Daniel Pennac, ancien cancre lui-même, étudie cette figure du folklore populaire en lui donnant ses lettres de noblesse, en lui restituant aussi son poids d’angoisse et de douleur.»

Un délicieux hommage aux cancres et aux professeurs qui changent la donne. Plume toujours aussi savoureuse. Se dévore presque comme un roman!

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

samedi 16 février 2008

Satané Dieu!

Par Jean-Louis Fournier, LGF, Le Livre de Poche
Résumé de l'éditeur:
«Quand Dieu eut fini le monde, il se recula pour l'observer. Et il dit : "Cela est bon. Peut-être trop bon pour eux... " Dieu loge maintenant avec saint Pierre au dernier étage d'une grande tour. Dieu s'ennuie. Les hommes s'amusent. Dieu est jaloux. " Vous avez réussi le paradis, il n'y a pas de raison que vous loupiez l'enfer", lui dit saint Pierre. Encouragé, Dieu invente dans la foulée : la famine qui décime, la culpabilité pour tout gâter, la rentabilité pour tout gâcher, TF1, la surpopulation jusqu'à saturation, les guerres de religion comme punition, après Mozart, Jean-Michel Jarre, et, pour se marrer pendant les fêtes de fin d'année, un bon raz de marée... Un essai de théologie légère, qui ose enfin regarder Dieu dans les yeux.»
Regard ironique sur le Vieux Barbu d'en haut. Réflexions bien tournées. Bouleversement des repères, et sourire en coin garantis!

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩