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mercredi 2 avril 2014

La déesse des mouches à feu


Par Geneviève Pettersen, Le Quartanier, Polygraphe

«La déesse des mouches à feu, c’est Catherine, quatorze ans, l’adolescence allée chez le diable. C’est l’année noire de toutes les premières fois. C’est 1996 à Chicoutimi-Nord, le punk rock, le fantôme de Kurt Cobain et les cheveux de Mia Wallace. Des petites crisses qui trippent sur Christiane F. et des gars beaux comme dans les films en noir et blanc. Le flânage au terminus et les batailles de skateux contre pouilleux en arrière du centre d’achats. L’hiver au campe dans le fin fond du bois, les plombs aux couteaux, le PCP vert et les baises floues au milieu des sacs de couchage. C’est aussi les parents à bout de souffle et les amants qui se font la guerre. Un jeep qui s’écrase dans un chêne centenaire, les eaux du déluge qui emportent la moitié d’une ville et des oiseaux perdus qu’on essaie de tuer en criant.»

Un opus troublant, plongeon vertigineux vers la grisaille houleuse de l'adolescence. Geneviève Pettersen brode finement, avec une candeur et une authenticité délicieusement rugueuse le tourbillon de Catherine, la fougueuse déesse des mouches à feu. Cherchant maladroitement l'amour, l'approbation, se cherchant tout court dans les brumes floues des substances chimiques, s'étourdissant à qui mieux-mieux, s'engourdissant la détresse et l'âme écorchée, cette jeune femme embrasse le chaos, saisissant au vol, malgré les écueils, des miettes d'un bonheur fuyant. Un petit morceau d'humanité, à la sensibilité grinçante, qu'on lit sans filet, en chute libre, comme une Alice qui aurait perdu son pays des merveilles.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆