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lundi 29 mai 2017

Le Port des marins perdus

Scénario de Teresa Radice, dessins de Stefano Turconi, collection Treize étrange, chez Glénat.
Résumé de l'éditeur:
«Automne 1807. Un navire de Sa Majesté récupère au large du Siam un jeune naufragé qui ne se rappelle que de son prénom : Abel. Le garçon se lie rapidement d’amitié avec le premier officier, capitaine du navire depuis que le commandant s’est enfui avec le trésor du bord. Abel retourne ensuite en Angleterre où il loge dans l’auberge tenue par les trois filles déchues du fuyard. Alors que la mémoire lui revient peu à peu, il découvre quelque chose de profondément troublant sur lui-même, et la véritable nature des personnes qui l’ont aidé...»

L’appel de la mer est fort et inexplicable. Il est vif, et insaisissable. Il chamboule tout: la raison et les élans du coeur. Et les marins, ballottés entre deux mondes, naviguent vaillamment, au mieux, entre le large et la terre ferme, entre le Bien et le Mal. Et s’il existait un Ailleurs qui retricote les Destins? Et si les secondes chances existaient vraiment? Misant sur une narration bercée par les mots, (les littéraires, les spontanés, les irrépressibles, et ceux qu’on ne dit pas) et soufflée avec une finesse inouïe par un univers visuel tout en tendresse ébouriffée et évocatrice, le duo Radice-Turconi raconte une épopée douce et triste, tissée de rencontres délicieusement improbables, et qui fleure bon l’air du large. On en ressort bouleversé, l’âme tout ébaubie, le coeur à l’étroit, l’esprit frémissant d’un bonheur doux-amer et le regard voguant entre le réel et le possible. Un voyage étrange et lancinant, sublime et terrible, qu’on lit jusqu'à la dernière goutte d'eau de mer, pour ne rien oublier de ces mots qui envoûtent, et qui secouent sans vergogne les horizons.

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

mercredi 5 avril 2017

Space Dumplins

Scénario et dessins de Craig Thompson, chez Scholastic.
Résumé de l'éditeur:
«For Violet Marlocke, family is the most important thing in the whole galaxy. So when her father goes missing while on a hazardous job, she can't just sit around and do nothing. To get him back, Violet throws caution to the stars and sets out with a group of misfit friends on a quest to find him. But space is big and dangerous, and she soon discovers that her dad has been swallowed by a giant, planet-eating whale. With her father's life on the line, nothing is going to stop Violet from trying to rescue him and keep her family together.»

Dans un futur pas si lointain, où la Terre ne semble plus en être une d’accueil, et où l’humanité est devenue une minorité migrante intergalactique, la société s’organise et se désorganise au gré du plus offrant, calquant le déséquilibre séculaire des privilèges. Au centre de tout ça, Violet (et sa candide détermination) ose prendre sa place dans le chaos ambiant. Et s’il suffisait de se laisser parler le coeur et vrombir l’amitié pour accomplir l’impensable? D’une plume à l’imaginaire foisonnant et à la verve cocasse, Craig Thompson plonge le lecteur dans un space opéra déjanté, aux personnages délicieusement singuliers et aux rebondissements joyeusement ébouriffants. Voguant au coeur d’un visuel touffu et coloré, et usant habilement de références malicieuses à divers univers fictifs et événements réels, cet opus improbable fera rigoler sans vergogne.

Attention toutefois! À cause des nombreux référents et coquins jeux de mots, il est fortement suggéré de lire ce roman graphique en version originale anglaise pour en apprécier pleinement les subtilités: la traduction française ne parvient malheureusement pas à transmettre la finesse du ton original de Thompson.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩


Pour le lire en version française
(peu recommandé!)

mardi 14 mars 2017

Écumes


Scénario d'Ingrid Chabbert, dessins de Carole Maurel, chez Steinkis.
Quatrième de couverture:
«Elles s'aiment et après des années d'attente, d'espoir et de désespoir, un bébé est annoncé. Mais la grossesse est compliquée et le pire arrive. Elles vont devoir se reconstruire et lutter contre la douleur. L'amour, l'évasion sur les terres de leur enfant disparu et les carnets qui se remplissent vont les aider à sortir la tête hors de l'eau, loin des Ecumes.»

Quand une vie toute neuve se fait attendre, insaisissable, incertaine, usant l’impatience et fragilisant les rêves, le bonheur est souvent bigarré lorsqu’elle s’annonce enfin le bout des chromosomes: il est à la fois sublime et terrifiant, plus grand que tout et hésitant. Or, lorsque ce doux possible retourne vers ses étoiles, avant même d’avoir pu débuter son existence, c’est un océan de tristesse qui fait basculer le fragile équilibre des choses. Et si, malgré la houle, le retour à bon port était imaginable, un mot à la fois? Tout en délicatesse et en simplicité, Ingrid Chabbert ose souffler au lecteur ce qui se hurle en silence lorsque le Destin balaie de son inexplicable revers la vie tant désirée d’un enfant à naître. Porté par les dessins de Carole Maurel, à la palette feutrée et au découpage éloquent, cet opus chamboulant sait raconter avec justesse, évoquant l’indicible avec sobriété, et laissant poindre au large, tel une bouée salutaire, l’espoir d’un peu de soleil pour apprivoiser la grisaille. Un petit bijou tendre et émouvant à découvrir sans tarder.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

lundi 13 mars 2017

Carnet du Pérou : sur la route de Guzco

Scénario et dessins de FabCaro, chez 6 pieds sous terre.
Résumé de l'éditeur:
En décembre 2011, lors d'un atelier en pays Cathare, il croise la route d'une jeune plasticienne en résidence, originaire de Cuzco, qui, selon lui, « dégageait une énergie qu'on sentait jaillie de cette terre lointaine dont je ne savais rien ». Entre eux va naître une forte complicité artistique et humaine. Dès lors, il n'a qu'une obsession : se rendre dans ce pays. Ce qu'il finira par faire en juillet 2012, s'engageant dans un périple qu'il souhaite le moins préparé possible afin d'en conserver toute l'authenticité, la virginité du voyageur qui a tout à découvrir, refusant d'être parasité par les clichés et les préjugés. Il va alors s'immerger dans un univers fascinant dont il découvre jour après jour la richesse et la diversité des mythes, rites et croyances. Il va croiser des destins, s'émouvoir, tisser des liens forts mais aussi approfondir une culture indigène dont les détails pittoresques le feront plonger dans une altérité salvatrice. Il en reviendra profondément transformé. Néanmoins, s'agissant de Fabcaro, il faut quand même s'attendre à tout.

Quand la créativité ronronne au quotidien, rassurante, s’épanouissant sans faire de vagues, et que le temps file trop vite dans le sablier de l’existence, une soif d’aventures vertigineuses peut s’installer insidieusement. Sournoise. Arrogante. Quoi de mieux, alors, qu’un classique dépaysement culturel, un voyage au bout de soi pour se secouer les certitudes, pour se recartographier les repères? Et pourquoi ne pas saisir au vol l’occasion de se recenser les impressions de globe-trotter du réel? Mais, finalement, l'ailleurs existe-t-il vraiment?… Osant réinventer le carnet de voyage, en froissant les conventions au passage, FabCaro se lance dans un périple déjanté et cocasse comme lui seul sait les provoquer. Porté par un imaginaire ébouriffé, à l’ironie toujours aussi acérée, et à l’autodérision délicieusement hilarante, cet opus saugrenu refuse de s'enfermer dans les ornières du convenu, et fera, malicieusement, sourire la routine.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

vendredi 24 février 2017

Zaï Zaï Zaï Zaï : un road movie de Fabcaro

Scénario et dessins de Fabcaro, collection Monotrème, chez 6 pieds sous terre.
Résumé de l'éditeur:
«Un auteur de bande dessinée, alors qu’il fait ses courses, réalise qu’il n’a pas sa carte de fidélité sur lui. La caissière appelle le vigile, mais quand celui-ci arrive, l’auteur le menace et parvient à s’enfuir. La police est alertée, s’engage alors une traque sans merci, le fugitif traversant la région, en stop, battant la campagne, partagé entre remord et questions existentielles. Assez vite les médias s’emparent de l’affaire et le pays est en émoi. L’histoire du fugitif est sur toutes les lèvres et divise la société, entre psychose et volonté d'engagement, entre compassion et idées fascisantes. Car finalement on connaît mal l’auteur de BD, il pourrait très bien constituer une menace pour l’ensemble de la société.»

Et si l’équilibre d’une société ne tenait qu’à l’assurance de l’utilisation systématique de sa carte fidélité? Et s’il suffisait d’une roulade arrière pour faire trembler le plus dur à cuire des bandits? Et si les faits alternatifs faisaient la nouvelle? Fabcaro tisse habilement l’histoire improbable (mais pas tant!) de la dérive troublante de la société de consommation. Un délice d’absurdité lucide, à l’irrésistible ironie, qui souligne audacieusement la superficialité d’une conscience sociale aveugle et individualiste.  On rit. On grince des dents. On se regarde la bêtise humaine. Et on en redemande. À lire sans tarder!

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮

samedi 28 janvier 2017

La page blanche


Scénario de Boulet, dessins de Pénélope Bagieu, collection Mirages, chez Delcourt.
Quatrième de couverture
«"Je pleurais… Je venais chercher quelque chose?… Rencontrer quelqu’un?… Pourquoi hier?… Je suis QUI moi?…" Sur un banc, dans Paris, une jeune femme reprend ses esprits. Elle ne se souvient ni de son nom, ni de ce qui l'a amenée là. Son passé a disparu...»

Épopée déroutante au coeur de la mémoire: celle qui peut s'envoler sans crier gare, celle qui garde jalousement notre identité. Dans un scénario troublant, Boulet entraîne le lecteur dans un monde qui paraît sans repères, un monde pourtant familier mais qui force l'anonymat. Puis, habilement, avec une sensibilité et une finesse soutenues par la mise en images éloquente de Pénélope Bagieu, Boulet fait basculer cette «Alice» des temps modernes de l'autre côté d'un miroir qui lui semblait sans reflets, lui ouvrant la porte de tous les possibles. Un opus bouleversant, et rempli d'humour, qui mérite d'être découvert.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

dimanche 20 novembre 2016

Mooncop


Scénario et dessins de Tom Gauld, chez Drawn & Quarterly.
Résumé de l'éditeur:
«Living on the moon... Whatever were we thinking?... It seems so silly now.»

Dans un monde où l'homme s'est posé sur la Lune, pas seulement l'espace de quelques pas universellement acclamés, mais bien pour s'y installer, l'existence est on ne peut plus tranquille. Surtout pour la solitaire police lunaire. Pas l'ombre d'un crime. Pas l'ombre d'une infraction. Seulement des chiens en cavale, une épidémie de départs et l'arrivée inopinée d'une nouvelle employée au café lunaire du coin. Et si l'Autre, quel qu'il soit, suffisait finalement à faire de nouveau sourire le firmament? Usant astucieusement de sa verve taquine à la juste simplicité, Tom Gauld fait miroiter un possible futur, dans lequel la soif d'une vie interstellaire se serait essoufflé l'enthousiasme. Porté par un univers visuel sobre, traduisant avec éloquence la solitude tranquille des jours lunaires et l'exode inévitable de pionniers de cette Terre d'emprunt, ce roman graphique sait dire avec finesse et humour les dérives possibles d'une humanité à la soif d'ailleurs trop précipitée, soulignant au passage à quel point l’essentiel est bien souvent à portée de coeur.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩






Pour le lire en version française

vendredi 21 octobre 2016

Ramures


Par Bellebrute, chez Bayard Canada.
Quatrième de couverture:
«C’est comme si on m’avait arraché à ma vie, à mes repères. Du jour au lendemain, je me suis retrouvé transplanté en ce sol inconnu, avec mes racines endolories. J’aurais peut-être dû rester en dormance, mais la chaleur de ses rayons m’a saisi par surprise. Comment peut-on être envahi à la fois par la peur etle bonheur?»
Il y a de ces bagages que l’on traîne à bout d'âme. Comme une chape de grisaille sur un soleil qui oserait poindre. Et de ces trésors qui papillonnent sans crier gare dans la clairière du quotidien. À qui sait les apprivoiser et ne pas les laisser partir. D'une plume fine et mélancolique, Bellebrute raconte l'humain dans toute sa vulnérabilité face à la vie et son imprévisible cours des choses. Porté audacieusement par un univers visuel à la fois tendre et troublant, cet opus singulier sait dire la solitude et ses racines, tout en soufflant, timidement, une brise d’espoir et de foi en l’autre. Un petit morceau de remuante authenticité...


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

mardi 16 août 2016

Hiver nucléaire, tome 2


Scénario et dessins de Cab, chez Front Froid, série Hiver nucléaire, t.2.
Résumé de l'éditeur:
«Alors que l’hiver atteint son paroxysme, Flavie est encore obligée de sortir de son confortable quotidien pour venir en aide à son ami Marco... De fil en aiguille, la pauvre livreuse à motoneige sera impliquée dans une quête remplie d’ados (nonchalants), de ski-doos (tout-terrain) et... de sirop pour la toux (extra-fort)... mais comme si ce n’était pas assez, elle doit aussi endurer sa petite sœur de retour à Montréal.»
Ce n’est pas parce qu’une froidure post-apocalyptique sévit toujours, sans pitié, paralysant la métropole, que la vie doit s’arrêter. L’humain reste humain, coûte que coûte. Avec ses doutes, ses coups de foudre, ses coups de gueule et surtout, sa détermination inébranlable à survivre contre neige et blizzard. D’une plume habile, à l’humour décapant, Cab persiste et signe la suite de ce délicieusement grinçant regard vers un avenir possible.  Évoluant à un rythme haletant, et ponctué de malicieux clins d'oeil à l'irrésistible illogisme émotionnel de l'homo sapiens, cet opuscule savoureux dérange agréablement les certitudes, naviguant avec justesse entre le cocasse et le troublant. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩





Le mois d'août
de mon Défi littéraire 2016

mardi 2 août 2016

Entre ici et ailleurs


Scénario et dessins de Vanyda, chez Dargaud.
Quatrième de couverture:
«Coralie a 28 ans, un père laotien et une mère française. Elle vient de se séparer de son copain et habite seule pour la première fois de sa vie. Elle a du mal à sortir de chez elle, à part pour le boulot. Heureusement, son frère qui habite Paris passe la voir régulièrement. Quand elle décide de s'inscrire à la capoeira, à la fois par défi et pour se forcer à sortir, elle n'imagine pas que, grâce à ce sport brésilien, elle va en apprendre beaucoup sur ses origines asiatiques...»

Être d’ici, et d’ailleurs, à la fois, ça enrichit l’existence, mais ça complexifie aussi, parfois, la quête de soi. Ça emberlificote le désir de s’enraciner quelque part. Doit-on se fondre dans l’Ici en faisant taire l’Ailleurs en soi? Ou plonger tête première dans l’Ailleurs, en niant les petites pousses plantées Ici? Il n’existe aucune réponse universelle, bien sûr, sauf peut-être celle de se faire confiance. De se permettre de naviguer à l’instinct, dans un océan de possibles…  D’une plume bavarde et ébouriffée, Vanyda met en scène l’épique question de la quête d’idendité: celle qui surgit lorsque la jeunesse tend vers l’âge adulte, mais aussi, bouillonnant toujours au premier plan, celle de l’héritage culturel et de son rôle déterminant (ou non) dans la suite des choses. À travers un visuel tendre, malheureusement un brin alourdi par un tumulte de dialogues en vrac, s’entremêlant pour dire l’essentiel et semant parfois la confusion dans la ligne narrative, cet opus singulier ose aborder avec sensibilité et justesse la bouleversante valse-hésitation de ceux qui ont les racines multiples et sans frontières.  



Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

vendredi 27 mai 2016

La femme aux cartes postales


Scénario de Claude Paiement, dessins de Jean-Paul Eid, chez La Pastèque.
Résumé de l'éditeur:
«1957. Rose quitte sa Gaspésie natale en laissant, derrière elle, une lettre sur son oreiller. Elle n’a qu’un rêve en tête: briller sur les scènes des prestigieux cabarets de la métropole. À cette époque, Montréal est un haut lieu de la vie nocturne et l’une des escales obligées des plus grands jazzmen. Les nightclubs brillent de tous leurs feux et la mafia fait des affaires d’or. Mais l’arrivée du rock’n’roll, l’engouement pour la télévision et l’élection du jeune et incorruptible maire Jean Drapeau va sonner le glas de cet âge d’or.
2002. En Gaspésie, un étranger vient d’acquérir une maison abandonnée mise aux enchères; photos aux murs, vieux piano désaccordé et au fond d’un garde robe, un terrible secret de famille...»

Dans l'obscurantisme d'une société où la conformité est de mise, où il est préférable de taire son unicité pour mieux se fondre dans la masse docile d'un Québec sous la poigne implacable de Duplessis, une femme ose l'inconcevable: suivre son instinct et sa passion. Portée par la musique et le jazz enfumé des cabarets de Montréal, elle chante son émancipation, réécrivant sa vie au fur et à mesure des opportunités. Mais le Destin, cet empêcheur de tourner en rond, vient soudainement brouiller ses cartes postales, muselant son envol, la laissant sans mots. Misant sur une remarquable narration à quatre mains, Claude Paiement et Jean-Paul Eid racontent avec dextérité et finesse l’histoire à rebrousse-temps de la musique qui envoûte et de la Vie qui parfois, bipolaire, sème le rêve et récolte la torpeur. Orchestrée avec brio à travers un scénario jonglant délicieusement avec la musique et l’Histoire, et portée par un univers visuel tout en demi-teintes et en éloquence, cette chronique singulière sait dire avec justesse et sensibilité les remuantes montagnes russes de la passion avec un grand «P». Un sublime voyage aux confins de l’âme humaine, dans tout ce qu’elle a d’authentique et d'indomptable. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮




Mon mois de mai
du Défi littéraire 2016


vendredi 20 mai 2016

La Petite Patrie


Scénario de Normand Grégoire, dessins de Julie Rocheleau, d'après Claude Jasmin, chez La Pastèque.
Résumé de l'éditeur:
«Publié en 1972, La Petite Patrie de Claude Jasmin est un roman autobiographique qui a connu un vif succès. Chronique d’un quartier populaire de Montréal, il nous offre le regard d’un enfant de huit ans sur le monde qui l’entoure à l’aube des années 40 : la guerre, la religion, les jeux de ruelles, l’amour et la mort… Julie Rocheleau et Normand Grégoire nous offre une adaptation du populaire roman de Claude Jasmin, un livre qui nous rappelle notre enfance et l’insouciance qui s’y rattache.»
C'est un Montréal aux ruelles bruyantes, lieux de tous les possibles. Un Montréal grouillant d'une enfance assoiffée de liberté et d'aventures, mais surveillée de près par un clergé qui coupe les ailes à l'imaginaire. Un Montréal qui a le quotidien humble et ouvrier, refusant l'appel de la Deuxième Guerre avec l'énergie du désespoir. Le Montréal de Claude, sa bande et leur Petite Patrie. Revisitant l'oeuvre de Claude Jasmin, Normand Grégoire et Julie Rocheleau laissent habilement parler l'époque, mettant en valeur sa langue colorée, et ne tentant pas de cacher les œillères qui en limitaient alors l'horizon social. S'épanouissant délicieusement par le biais du découpage et de la composition visuelle audacieuse de Julie Rocheleau, univers visuel sachant valser avec éloquence entre l'action et l'introspection, ce roman graphique est une bouffée d'authenticité qui sait raconter tout en simplicité et en fraîcheur ce passé qui a, entre autres, contribué à bâtir notre aujourd'hui.



Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩




Le mois de mai
de mon Défi littéraire 2016


mercredi 18 mai 2016

Cadavre exquis


Scénario et dessins de Pénélope Bagieu, chez Gallimard, collection Bayou.
Résumé de l'éditeur:
«Zoé a un boulot pas drôle: elle est hôtesse d'accueil dans les salons - de l'automobile ou du fromage - et doit faire bonne figure, debout toute la journée avec des chaussures qui font mal aux pieds. Le jour où elle rencontre Thomas Rocher, écrivain à succès, la vie semble enfin lui sourire. Mais pourquoi Thomas ne sort-il jamais de son grand appartement parisien? L'amour peut-il vivre en huis clos? Et quel est dans cette histoire le rôle d'Agathe, la belle, froide et machiavélique éditrice de l'écrivain?»

Et si tout commençait par un ras-le-bol de l’inertie au quotidien? La soif de se lancer vers le changement sans regarder en arrière? Et si l’amour venait s’immiscer sans crier gare, dans un voile de mystère, et que la vie devenait une énigme inextricable? D’une plume habile, Pénélope Bagieu échafaude un savoureux et étrange imbroglio, déroutant joyeusement le lecteur en multipliant les pistes, et faisant tendre astucieusement l’intrigue vers un fracassant revirement final. Un opus singulier et déconcertant, qui sort malicieusement des sentiers habituellement fréquentés par Bagieu, et qui mérite d'être dévoré sans tarder!


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

jeudi 12 mai 2016

Carnets de thèse


Scénario et dessins de Tiphaine Rivière, chez Seuil.
Quatrième de couverture:
«Jeanne Dargan, jeune professeur de collège, vient d'être acceptée en thèse! Euphorique à l'idée de rejoindre le petit monde des universitaires, elle ne soupçonne pas l'épaisseur de la jungle dans laquelle elle pénètre... Entre son charismatique directeur de recherche, expert dans l'art d'esquiver les doctorants qui attendent fébrilement la lecture de leurs pavés, la secrétaire usant de toute l'étendue de son pouvoir d'inertie dans le traitement des dossiers, les colloques soporifiques où les thésards s'évertuent à attirer l'attention des grands pontes et les amphis bondés d'étudiants à qui elle donne des cours payés au lance-pierre, Jeanne tente de trouver sa place. Mais, au désespoir de sa famille et de son compagnon qui n'y comprennent rien, cette thèse n'en finit pas et vire à l'obsession...»

Le doctorat, ce coquin de diplôme, rayonnant avec insolence d’une aura de respectabilité et de prestige, et narguant au passage les jeunes universitaires aspirant timidement à atteindre cette (quasi) inaccessible étoile du savoir. Le doctorat et sa thèse. Cet Everest de la détermination estudiantine. Cette période d’hibernation sociale et de surchauffe intellectuelle toute en tours et en détours. Une ère de réclusion tendant vers l’ultime dépôt du résultat de durs labeurs. Mais la longue et solitaire quête vaut-elle qu’on y laisse sa santé mentale et son entourage? Tout en humour et en authenticité, Tiphaine Rivière entraîne le lecteur vers la réalité en dents de scie des aspirants au doctorat, racontant avec une douce malice leur vie où le chaos côtoie l’espoir, où les repères se font secouer les certitudes et où le temps s’étire sans fin jusqu’à ne plus voir passer les années. À l’aide d’une scénarisation efficace et d’une mise en images astucieuse, Tiphaine Rivière fait sourire, sans toutefois réussir à s’extirper des clichés habituellement associés aux cycles supérieurs universitaires (des clichés qui semblent, malgré tout, relativement représentatifs d’un parcours universitaire typique). Un sympathique opus qui fera le bonheur des étudiants au long cours, leur offrant une savoureuse excuse pour remettre la rédaction des travaux à plus tard.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

lundi 21 mars 2016

Ici

Scénario et dessins par Richard McGuire, chez Gallimard.
Quatrième de couverture:
«Ici raconte l'histoire d'un lieu, vu d'un même angle, et celle des êtres qui l'ont habité à travers les siècles. Dans cet espace délimité, les existences se croisent, s'entrechoquent et se font étrangement écho, avant d'être précipitées dans l'oubli.»

Il y a la mémoire d’une maison et de son petit monde. Puis la mémoire de ses habitants; la mémoire collective, et l’autre, celle de l’âme. Il y a aussi la Mémoire avec un grand «M», celle de l’Histoire avec un grand «H». Et la mémoire de l’humain, de l’espèce parmi les espèces. Et enfin, il y a la mémoire de la Terre. Longue celle-là. D’une tranquille, bien que fragile, pérennité. Or, la mémoire est une coquine inconstante: elle est à la fois omniprésente, et fuyante, influente et vite oubliée. Elle est tout et elle n’est rien. Elle est pluriel et erratique. Elle est impunément chaotique. Elle a la ligne du temps malicieuse. Elle est une magicienne capricieuse. Dans un vertigineux kaléidoscope de souvenirs en friche, Richard McGuire jongle audacieusement avec les vies et les moments, faisant s’entrechoquer les époques, se relancer les questionnements, jusqu’à détricoter l’importance de la question «Quand?». Histoire chorale, à la palette en éloquentes demi-teintes et à la narration ébouriffée, cet opus touffu raconte l’inénarrable. Le temps qui file ou qui piétine. Le temps qui fuit ou qui se fige. Le temps qui manque ou qui trépigne. Le temps qui fut. Et celui qui reste à s’inventer. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩




Pour le lire en version originale

mardi 16 février 2016

Grand-père et la Lune

Par Stéphanie Lapointe, illustré par Rogé, chez XYZ, collection Quai no 5.
Quatrième de couverture:
«Je pensais que ça le rendrait fier quand je lui ai dit que j’avais été choisie au concours-de-qui-ira-sur-la-lune: "Je vais aller sur la lune comme Neil, Grand-Père."»

Quand la solitude laisse toute la place au silence, le silence n’est pas toujours muet. Et voilà que nous prend des envies de Voie Lactée. D’une plume éthérée, tout en finesse et en simplicité, Stéphanie Lapointe brode l’histoire émouvante d’un grand-père qui se languit de son étoile à jamais perdue, et de sa petite-fille qui se cherche entre les constellations. S’épanouissant à travers la palette sobre et sensible de Rogé dans un éloquent dialogue mots/illustrations, cet opus singulier, à l’imaginaire mélancolique et à la douceur candide, berce et chamboule dans un mémorable ballet hors du temps. Un petit bijou des jours sans lune pour apprendre à saisir les étoiles filantes au vol avant qu’elles ne s’éteignent.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

jeudi 30 juillet 2015

La petite révolution


Scénario et dessins de Boum, Front Froid, Anticyclone

«Florence est une orpheline qui se bat pour survivre depuis qu’elle est toute petite. Mais viendra un jour où son combat deviendra aussi une lutte pour protéger ses amis, sa famille, un antiquaire qui lui permet d’écouter Boris Vian... et peut-être même son peuple.»

C’est un monde rude et intemporel, évoquant les grandes injustices et les mémorables soulèvements de jadis, mais laissant présager qu'il pourrait bel et bien s'agir d'un sombre et possible futur. Un futur où les abus du passé écraseraient de nouveau le peuple, où l’Homme serait comme toujours le pire ennemi de l’Homme, où l’Histoire se répèterait, inexorable. C’est le monde de Florence. D’Auguste. De Dominique. De ceux qui luttent pour survivre. De ceux qui ne baissent pas les bras, même quand l’espoir ne semble tenir qu’à un fil, qu’à une intrépide désobéissance de plus. De l'enfance qui devient adulte sans avoir eu droit à l'insouciance. D’une plume sobre, juste et efficace, portée par un univers visuel d’une éloquente simplicité, Samantha Leriche-Gionet alias Boum tricote avec habileté et finesse cette touchante chronique révolutionnaire. Un opus bouleversant qui sait secouer les certitudes et semer le doute pour mieux faire pousser la vigilance. À lire sans tarder!


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

jeudi 16 avril 2015

Un océan d'amour


Scénario de Lupano, dessins de Panaccione, Delcourt, Mirages

«Chaque matin, Monsieur part pêcher au large des côtes bretonnes. Mais ce jour-là, c'est lui qui est pêché par un effrayant bateau-usine. Pendant ce temps, Madame attend. Sourde aux complaintes des bigoudènes, convaincue que son homme est en vie, elle part à sa recherche. C'est le début d'un périlleux chassé-croisé, sur un océan dans tous ses états. Une histoire muette avec moult mouettes.»

La mer. Celle qui donne sans compter. Celle qui prend sans crier gare. Cette mer, Monsieur la connaît bien. Ce Monsieur, Madame le connaît par coeur. Or cette fois, la mer impétueuse prendra Monsieur. Et Madame prendra la mer, prête à braver vents et marées pour le retrouver. Par le biais d’une audacieuse narration sans paroles, à la scénarisation habile et éloquente, et aux silences évocateurs, Lupano entraîne le lecteur dans une aventure rocambolesque, aux revirements bigarrés, à la fois cocasses et émouvants. Portée par l'univers visuel aux traits expressifs et aux délavés tendres de Panaccione, cette épopée tumultueuse n'est pas sans rappeler la fameuse Odyssée d'Homère, faisant un clin d'oeil au passage à l'amour inconditionnel et au Destin sournois de Roméo et Juliette. Un petit bijou intemporel, à l'allure vieillotte et au coeur pur, fleurant bon le village de bord de mer, là où le temps semble presque suspendu entre les vagues et l'horizon. Sublime.

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 


jeudi 9 avril 2015

Marie-Antoinette - Carnet secret d'une reine


Écrit et illustré par Benjamin Lacombe, avec l'aide Cécile Berly, Soleil Production, Métamorphose

«Qui n’a jamais rêvé de s’immerger dans l’intimité de Marie-Antoinette, archiduchesse d’Autriche, dernière reine de France et de Navarre, femme célèbre et controversée devenue un véritable mythe? Sous la forme d’une belle édition à la fabrication soignée, Benjamin Lacombe a imaginé son journal intime, accompagné par le regard de Cécile Berly, historienne, spécialiste de Marie-Antoinette. Ce carnet d’une richesse graphique inouïe (peintures, aquarelles, crayonnés) mêlera certaines des lettres authentiques de Marie-Antoinette, à celles, fictives, du Comte Fersen avec lequel elle entretenait une relation privilégiée.»

Candide, audacieuse, intense, charmante et intimidante, l’insaisissable Marie-Antoinette fascine depuis toujours. Est-ce par la splendeur de ses extravagances? Ou à cause de la vie secrète et pas toujours rose, du destin inéluctable de cette femme parachutée si jeune dans le rôle contraignant de reine? On l’aime, on la déteste, on l’idolâtre, on la méprise, mais elle ne laisse personne indifférent. Jonglant audacieusement avec la réalité et les possibles, Benjamin Lacombe propose une incursion sur la pointe des pieds dans la vie de la souveraine; sa vie feutrée, dans ses jardins, derrière les rideaux, à l’abri des regards. Si le plongeon historico-fictif est réussi, il laisse toutefois un peu sur sa faim; tenter de saisir l’essence de la vie de Marie-Antoinette, de ses débuts à Versailles jusqu’à sa descente aux enfers, en 96 pages, et espérer pouvoir tout embrasser, demande une certaine hardiesse, et ne se fait pas sans bousculer un brin les attentes du lecteur. Par contre, l’univers visuel de Lacombe, toujours aussi délicat, évocateur, avec cette petite pointe de tragique dans le crayon, est tout simplement sublime; on s’y perd avec délice, on y lit entre les lignes, on y vit l’inénarrable. Un livre à déguster tout doucement...


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

lundi 19 janvier 2015

Histoire d’un couple


Scénario et dessins: Yeon-sik Hong, Ego comme X

«Yeon-Sik Hong, auteur de manhwas éducatifs, et son enthousiaste compagne So-Mi quittent Séoul et tentent d’effectuer un surprenant « retour à la terre » dans ce pays en ultra-développement qu’est la Corée du Sud. Bientôt locataires d’une maison isolée dans la montagne, avec trois chats, un chien et des poules, ils ont fort à faire pour subvenir à leurs besoins. De plus, Yeon-Sik aura bien du mal à assurer ses accaparants travaux de commandes, et parvenir à conduire le travail d’auteur, dont il rêve depuis des années. Rudes sont les hivers et terribles certaines angoisses, mais l’équilibre reviendra bientôt par l’observation de la nature, la cueillette et le travail du potager. Fort d’une grande variété de détails et d’un beau classicisme formel, cet attachant récit donne une certaine vision de l’auto-subsistance, de la jouissance que procure la vue de beaux paysages, et du réconfort qu’apportent les nuits au coin du poêle.»

S’isoler pour mieux se retrouver, pour voir clair dans ses rêves, pour réapprendre l’essentiel: un pari risqué pour un couple tout neuf habitué à la frénésie de Séoul. Yeon-sik Hong plonge le lecteur dans une audacieuse migration vers la campagne, où le rude sevrage de l’hyperstimulation et de la relative accessibilité urbaine se transforme bien vite en périlleuse mission de survie. D’une plume toute en délicatesse, portée par une narration visuelle au trait fin et éloquent, cette épopée singulière au souffle authentique dépeint avec justesse le combat de tous les instants de ceux qui choisissent de vivre de leur art; combat contre l’austérité, la faim, le jugement des autres, et surtout, contre la peur de faire fausse route, de n’être pas, au fond, un «vrai» artiste. Un opus touffu, déroutante quête initiatique, qui donne définitivement le goût de tenter l’improbable, de cultiver l’impromptu, de préférer les sentes cachées et les parcours sinueux, de braver les tempêtes, pour enfin oser faire résonner sa «voix» au grand jour.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩