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mardi 2 mai 2017

Les premiers aviateurs

Scénario d'Alexandre Fontaine Rousseau, dessins de Francis Desharnais, chez Pow Pow.
Résumé de l'éditeur:
«On oublie souvent que l’échec occupe une place de choix dans l’histoire de la réussite, et l’épopée des premiers aviateurs ne fait certainement pas exception à cette règle ancestrale. Le présent ouvrage retrace les grandes lignes de l’histoire de l’aviation en s’intéressant plus particulièrement à ses innombrables chutes ainsi qu’à la petite poulie qui fait que le rêve tombe toujours en morceaux.»

Voler. Entre ciel et terre. Sans se soucier de la gravité. Embrasser cette liberté toute neuve. Cette indépendance de la surface terrestre. Une soif irrésistible qui a sans doute motivé les inventeurs à l’ingéniosité créative, et maintenu cette vaillance dans le regard, à travers les aléas des échecs et des recommencements chroniques. Mais, au fond, connaît-on l’Histoire aussi bien qu’on le croit? Et si on ne nous avait pas tout dit? Et si on la réécrivait un brin, entre ses lignes si solennelles? D’une plume à la répartie taquine et à l’humour joyeusement anachronique, Alexandre Fontaine Rousseau bouscule les conventions de la sacro-sainte ligne du temps, commentant l’Histoire sans vergogne, dans un hilarant plaidoyer pour le gros bon sens. Porté par une audacieuse redondance visuelle, introduite avec brio dans La guerre des arts de Francis Desharnais, ce cocasse opuscule ébouriffe les bien-pensants, et souffle une bouffée d’absurde fraîcheur dans l’Histoire avec un grand H. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

lundi 5 décembre 2016

Sweet Caress


Par William Boyd, chez Harper Collins.
Résumé de l'éditeur:
«Amory Clay's first memory is of her father doing a handstand – but it is his absences that she chiefly remembers. Her Uncle Greville, a photographer, gives her both the affection she needs and a camera, which unleashes a passion that irrevocably shapes her future. She begins an apprenticeship with him in London, photographing socialites for magazines. But Amory is hungry for more and her search for life, love and artistic expression will take her to the demi-monde of 1920s Berlin, New York in the 1930s, the Blackshirt riots in London, and France during the Second World War, where she becomes one of the first women war photographers. In this enthralling story of a life fully lived, William Boyd has created a sweeping panorama of the twentieth century, told through the camera lens of one unforgettable woman.»

L'Histoire. Avec un grand H. Celle qui ne fait pas dans les contes de fées. Celle qui tricote le Destin des uns, et détricote celui des autres, sautant parfois des mailles, omettant volontairement (ou non) de nouer les extrémités d'une écharpe sans fin. Cette Histoire qui bouscule, qui se répète, en boucle, oscillant sans cesse du prévisible à l'inconcevable. L'Histoire d'un siècle. L'Histoire d'une vie. Qui file malicieusement entre les mailles du socialement acceptable. De sa plume toute en tranquille finesse, William Boyd plonge une fois de plus le lecteur au coeur d'un vingtième siècle croulant sous les grands dérangements, à travers la voix singulière et le parcours ébouriffé d'un baroudeuse inarrêtable. Mené avec détermination par la soif de liberté et l'urgence de s'affirmer de la bouleversante Amory Clay, cet opus dérangeant sait dire avec une juste lucidité l'humain et ses secrètes failles.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩


Pour le lire en version française

lundi 29 août 2016

Rivals in the City


Par Y. S. Lee, série The Agency tome 4, chez Candlewick Press.
Résumé de l'éditeur:
«Mary Quinn has a lot on her mind. James Easton, her longtime love interest, wants to marry her; but despite her feelings, independent-minded Mary hesitates. Meanwhile, the Agency has asked Mary to take on a dangerous case: convicted fraudster Henry Thorold is dying in prison, and Mary must watch for the return of his estranged wife, an accomplished criminal herself who has a potentially deadly grudge against James. Finally, a Chinese prizefighter has arrived in town, and Mary can’t shake a feeling that he is somehow familiar. With the stakes higher than ever, can Mary balance family secrets, conflicting loyalties, and professional expertise to bring a criminal to justice and find her own happiness?»
Quand l’amour doit se faire discret pour ne pas froisser l’époque, que la soif d’indépendance est inextinguible malgré le ronronnant bonheur et que le danger s’invite dans l’équation, titillant la témérité et le désir de prouver sa compétence, c’est que Mary Quinn, l’indomptable, est de nouveau en service. Ajoutant in extremis - ô divine surprise! - un quatrième tome aux savoureuses aventures de la série The Agency, Y. S. Lee parvient une fois de plus à tricoter l’inextricable, concoctant habilement une ultime mission pour le désormais inséparable et singulier duo de détectives. Un opus enlevant et touchant, mené de main de maîtresse par une irrésistible héroïne qui ose braver l’Inconnu en faisant un pied-de-nez aux conventions. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

lundi 11 juillet 2016

Jane and the Waterloo Map


Par Stephanie Barron, série Jane Austen t.13, chez Soho Press.
Résumé de l'éditeur:
«November, 1815. The Battle of Waterloo has come and gone, leaving the British economy in shreds; Henry Austen, high-flying banker, is about to declare bankruptcy—dragging several of his brothers down with him. The crisis destroys Henry’s health, and Jane flies to his London bedside, believing him to be dying. While she’s there, the chaplain to His Royal Highness the Prince Regent invites Jane to tour Carlton House, the Prince’s fabulous London home. The chaplain is a fan of Jane’s books, and during the tour he suggests she dedicate her next novel—Emma—to HRH, whom she despises. However, before she can speak to HRH, Jane stumbles upon a body—sprawled on the carpet in the Regent’s library. The dying man, Colonel MacFarland, was a cavalry hero and a friend of Wellington’s. He utters a single failing phrase: "Waterloo map"… and Jane is on the hunt for a treasure of incalculable value and a killer of considerable cunning.»

Et si Jane Austen n’était pas seulement une auteure à la prose incontournable? Et si, à l’époque, sa verve malicieuse et son esprit vif l’avait plongée, souvent malgré elle, au coeur de véritables et inextricables intrigues? Et si tout ce silence biographique était présent à dessein, gardant volontairement dans l’ombre son rôle d’enquêteuse ponctuelle? D’une plume toujours aussi fine et juste, Stephanie Barron sort de ses «archives» un autre troublant mystère n’attendant que l’intelligence de Jane Austen pour être résolu, réécrivant ainsi entre les lignes, avec aplomb et rigueur, l’histoire de ce monument de la littérature. Un opus enlevant, faisant habilement s'entrelacer fiction et réalité, valser l'authentique avec le plausible, remettant ainsi en perspective l’apparente tranquillité d’un passé qu’on croyait sans aspérités. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮




mardi 1 septembre 2015

De cape et de mots


Par Flore Vesco, Didier Jeunesse


Quatrième de couverture:
«Au palais, les demoiselles de compagnie se succèdent. Aucune d'elles n'est capable de satisfaire les caprices d'une reine tyrannique. Serine décide de tenter sa chance. Avec son franc-parler et sa joie de vivre, la jeune fille va semer la zizanie au sein de la cour... Sans se douter qu'elle est en train de risquer sa vie!»





À lire un jour...


jeudi 9 avril 2015

Marie-Antoinette - Carnet secret d'une reine


Écrit et illustré par Benjamin Lacombe, avec l'aide Cécile Berly, Soleil Production, Métamorphose

«Qui n’a jamais rêvé de s’immerger dans l’intimité de Marie-Antoinette, archiduchesse d’Autriche, dernière reine de France et de Navarre, femme célèbre et controversée devenue un véritable mythe? Sous la forme d’une belle édition à la fabrication soignée, Benjamin Lacombe a imaginé son journal intime, accompagné par le regard de Cécile Berly, historienne, spécialiste de Marie-Antoinette. Ce carnet d’une richesse graphique inouïe (peintures, aquarelles, crayonnés) mêlera certaines des lettres authentiques de Marie-Antoinette, à celles, fictives, du Comte Fersen avec lequel elle entretenait une relation privilégiée.»

Candide, audacieuse, intense, charmante et intimidante, l’insaisissable Marie-Antoinette fascine depuis toujours. Est-ce par la splendeur de ses extravagances? Ou à cause de la vie secrète et pas toujours rose, du destin inéluctable de cette femme parachutée si jeune dans le rôle contraignant de reine? On l’aime, on la déteste, on l’idolâtre, on la méprise, mais elle ne laisse personne indifférent. Jonglant audacieusement avec la réalité et les possibles, Benjamin Lacombe propose une incursion sur la pointe des pieds dans la vie de la souveraine; sa vie feutrée, dans ses jardins, derrière les rideaux, à l’abri des regards. Si le plongeon historico-fictif est réussi, il laisse toutefois un peu sur sa faim; tenter de saisir l’essence de la vie de Marie-Antoinette, de ses débuts à Versailles jusqu’à sa descente aux enfers, en 96 pages, et espérer pouvoir tout embrasser, demande une certaine hardiesse, et ne se fait pas sans bousculer un brin les attentes du lecteur. Par contre, l’univers visuel de Lacombe, toujours aussi délicat, évocateur, avec cette petite pointe de tragique dans le crayon, est tout simplement sublime; on s’y perd avec délice, on y lit entre les lignes, on y vit l’inénarrable. Un livre à déguster tout doucement...


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

mardi 13 janvier 2015

Magasin général







Par Loisel et Tripp, Casterman, Magasin général


«L’histoire de Magasin général se déroule dans un village du Québec rural à partir du début des années 20. Elle gravite autour d’un personnage féminin, Marie, veuve avant l’heure et héritière du principal commerce local (le « Magasin général » qui donne son titre au récit), que l’irruption d’un étranger dans la petite communauté va progressivement réconcilier avec le bonheur; bonheur d’aimer, bonheur d’être aimé(e), mais pas exactement de la manière que l’on pourrait imaginer…»

Ode à la vie de village, la vie tricotée serré (trop serré parfois); ces chers petits cocons ruraux où la différence déstabilise l’ordre établi, où la marginalité porteuse de changement fait souvent s’enflammer les grands craintifs et s’organiser les montées aux barricades des nostalgiques de l’immobilisme ronronnant. Loisel et Tripp signent ici une mémorable fresque historique et humaine, faisant résonner habilement l’éveil des consciences des Années folles au coeur de la campagne en dormance du début du XXe siècle. Portée par la sombre justesse et la tendre mélancolie des traits de Loisel et Tripp, cette saga émouvante bouleverse les repères et fait tomber les oeillères, laissant la place à tous les possibles. Une série qu’il fait bon lire en rafale, sans prendre le temps de souffler, pour avoir la douce impression de réellement faire partie, l’espace de neuf tomes, de cette singulière et attachante communauté.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩  

lundi 12 janvier 2015

Le crime de l'Encelade


Par Annie Pietri, Bayard jeunesse, Les bosquets de Versailles 1

«Juillet 1687. Au lendemain d'une fête de nuit au château de Versailles, on découvre un cadavre dans le bosquet d'Encelade. À côte du corps, gît un couteau de cuisine aux armes d'Athénaïs de Montespan, l'ancienne favorite de Louis XIV. Par peur du scandale, le roi refuse une enquête officielle dirigée par le chef de sa police. Il choisit de faire appel à son filleul : Louis Alexandre Bontemps. Au cours du premier interrogatoire, le jeune homme rencontre Adélie, une artiste peintre, aussi douée que ravissante. Entre Versailles et Paris, conjuguant leurs talents, tous deux vont traquer le meurtrier...»

Ne jamais se fier aux apparences. Chercher la vérité avec détermination. Avoir le regard acéré. Savoir débusquer les incohérences. Puis, raisonner, faire des liens… et enfin, voir clair dans les sombres desseins. Rude première mission pour les enquêteurs en herbe de Louis XIV, Louis Alexandre Bontemps, dit Mourlhame Kapell, filleul du Roi et enquêteur officieux, ainsi qu’Adélie, suivante et artiste. Et pourtant, grâce à leur vigilance, leur intuition et leurs nombreux talents cachés, ils parviendront rapidement à déjouer les intrigues sordides des vilains de la Cour. Racontant de sa plume fine le Versailles d’autrefois, et lui retricotant habilement des possibles, Annie Pietri navigue astucieusement dans le dédale des convenances de l’époque, secouant un brin les idées reçues au passage et multipliant les rebondissements, au grand bonheur des lecteurs. Un duo d’enquêteurs singulier et sympathique qu’il fait bon voir se démener contre les injustices. À découvrir.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

mercredi 26 novembre 2014

Te quiero, España!


Par Anne-Sophie Silvestre, illustré par Amélie Dufour, Les Extravagantes Aventures d'Eulalie de Potimaron 1 (sixième tome de la série Eulalie!)

«Une nouvelle série d'aventures commence pour Eulalie de Potimaron. Nous retrouvons notre héroïne à la poursuite d'un mystérieux vampire, le Vampire de Castille. "Or donc, ce jour-là, sur la route de Madrid, j'étais à mille lieues de toute pensée lugubre. Mes deux pages derrière moi et mon faucon dans le ciel, j'entrai dans la ville en conquérante..."»

Et c’est le retour d’Eulalie la fougueuse, qui n’a rien perdu de sa verve et de son audace, et qui poursuit son chemin avec la même candeur irrésistible, chevauchant sans peur au coeur d’une Espagne bouillonnante d’intrigues et de mystères. Tricotant moins de l’épée, certes, mais désamorçant tout aussi habilement les sombres desseins qui germaient dans les coulisses de la pieuse Cour du Roi, Eulalie prouve une fois de plus, par son esprit vif et sa loyauté sans faille, qu’elle mérite amplement sa place au sein de la garde rapprochée du Dauphin. Une aventure haletante où s’entrelacent joyeusement, pour le plus grand plaisir du lecteur, viles machinations, soif de pouvoir, légende sanguinaire, amours interdites, sauvetages in extremis et revirements surprenants. Bref, un délice de lecture qui se dévore d’un trait, ... et qui fait espérer la suite bientôt, bientôt, en trépignant d'impatience!

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮


mercredi 8 octobre 2014

Maus


Scénario et dessins par Art Spiegelman, Flammarion

«Récompensé par le prix Pulitzer, Maus nous conte l'histoire de Vladek Spiegelman, rescapé de l'Europe d'Hitler, et de son fils, un dessinateur de bandes dessinées confronté au récit de son père.»

C'est d'abord l'injustice qui s'immisce sournoisement, puis la persécution qui s'installe, et finalement l'horreur qui envahit tout, dogme funeste et sans pitié. Or, au bout d'un long (si long) moment de cette hécatombe inexorable se dessinera enfin, timidement, l'espoir lointain d'un salut; déjouant les plans tordus d'un Destin s'acharnant sur eux, certains finiront par éviter l'inéluctable in extremis. Mais une fois sauvés, sauront-ils seulement réapprendre à vivre?
Entrelaçant habilement le récit hantant d'un survivant d'Auschwitz et la complexe relation de ce dernier avec son fils, Art Spiegelman sait raconter avec justesse les indicibles ravages de la Seconde Guerre mondiale, leurs inévitables impacts sur ceux qui en sont revenus, et sur les générations suivantes. Par le biais de la quête de vérité du fils, biographe familial en herbe, de sa soif inextinguible de comprendre, cette bouleversante histoire aborde l'humanité dans ce qu'elle a de plus cruellement implacable; une bêtise humaine qu'évoque avec une candeur étonnamment éloquente la métaphore animalière toute simple (les Juifs sont des souris, les Allemands, des chats, les Polonais, des Cochons, etc.) audacieusement choisie par Spiegelman pour rendre compte visuellement de l'inénarrable.
Véritable monument du roman graphique, Maus est un troublant tour de force littéraire qui parvient à valser avec intelligence et sobriété, entre l'art, l'histoire et le souci de vérité, sans jamais tomber dans la complaisance et le pathétisme. Un chamboulant incontournable pour savoir se regarder l'humanité en face.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★


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samedi 22 mars 2014

Éclats


http://www.lililesmerveilles.com/2014/03/eclats.html
Scénarisé et illustré par Érik de Graaf, La Pastèque

«Lorsque l'armée allemande envahit les Pays-Bas, le 10 mai 1940, Victor et Esther, deux jeunes amants, sont séparés. Quelques semaines après la capitulation, Victor rentre des combats, il découvre qu’Esther a disparu. Samedi 4 mai 1946 , un an après l’armistice, ils se retrouvent à nouveau, dans un cimetière...»

La guerre bouleverse tout, on le sait: les repères, les amitiés, les valeurs, les idéaux, la vie. Pourtant, elle est souvent dépeinte de façon manichéenne: les Bons soldats contre l'Horrible ennemi. Or, souvent, le Mal se fraie un chemin plus sournoisement, endormant adroitement les vigilances pour mieux gagner du terrain; la frappe-surprise ultérieure n'en est que plus dévastatrice. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, les Pays-Bas étaient neutres et entendaient bien le demeurer, surtout que l'Allemagne semblait vouloir respecter leur non-engagement dans le conflit. Or, tout a basculé quand la confiance d'un peuple a été trahie... Dans le premier tome de ce prometteur diptyque, Erik de Graaf raconte les débuts de cette guerre ravageuse à travers la jeunesse néerlandaise des petits villages. Comment ils ont été de jeunes militaires cantonnés chez l'habitant pendant un long moment, humbles îlots de protection, pour ensuite être parachutés dans une guerre qu'ils n'avaient pas vu venir et qui les a rapidement fait capituler. Comment la jeunesse a vécu ce coup d'éclat, le deuil d'êtres chers et l'occupation allemande de plus en plus contraignante par la suite. Tout en nuances et en finesse, Erik de Graaf brode une adroite scénarisation jonglant astucieusement avec trois niveaux de narration: le présent, en 1946, après la guerre, le passé, les premiers éclats de la guerre en 1940-41, et les souvenirs plus anciens d'avant 1940. Or, si la multiplication des retours en arrière entraîne souvent la confusion chez le lecteur, cette fois, grâce à l'utilisation de filtres visuels distincts (couleurs pour le présent, sépia pour le passé et noir et blanc pour l'ancien), la trame narrative demeure limpide et éloquente, attisant la curiosité du lecteur par un récit fragmentaire et des silences nourrissant judicieusement le mystère. Portée par une habile mise en images, à la délicieuse palette vieillotte, et aux traits simples et affirmés, cette fiction fortement inspirée d'une réalité méconnue en Amérique du Nord est indubitablement remuante (une fascinante annexe documentant les sources historiques du récit clos d'ailleurs le roman graphique). Un inoubliable opus, juste et émouvant, dont on espère ardemment la suite!...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

dimanche 9 février 2014

Le sourire de Marie-Adélaïde


Par Annie Pietri, Bayard jeunesse, Millézime

«1703. Marie-Adélaïde de Savoie, mariée depuis cinq ans au duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, illumine la cour de Versailles. Pétillante jeune femme de 17 ans, elle aime rire, s'amuser et s'étourdir de distractions. Mais, au fond, Marie-Adélaïde est beaucoup moins frivole qu'elle n'y paraît. Car elle porte en elle le poids d'une vengeance, celle de son père et du peuple savoyard qui fut massacré sur ordre du roi. Or, un jour, elle croise à Versailles le beau marquis de Nangis, brillant militaire couvert de gloire, et elle en tombe éperdument amoureuse...»

Impétueuse et indomptable, certes, mais aussi sensible et lucide, telle est la Marie-Adélaïde de Savoie qu'Annie Pietri fait découvrir au lecteur, retricotant habilement l'Histoire, ajoutant ceci, modifiant cela, dans le portrait à couper le souffle d'une jeune femme que la vie ne parvint pas à mettre au pas. Plongeon fascinant dans l'univers aux mille contraintes de la Cour de Louis XIV, véritable cage dorée pour ses sujets (marionnettes, plutôt!), cet opus fait tomber les masques, fait voir au-delà du faste, révélant avec finesse ce qui se cache derrière le fameux sourire de Marie-Adélaïde.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mardi 26 novembre 2013

Lady Megan - Le Cercle des Confidentes


Par Jennifer McGowan, Milan, Macadam, Le Cercle des confidentes 1

«Elles sont cinq. Cinq jeunes femmes aux talents extraordinaires. Cinq espionnes de la reine Elisabeth 1re d’Angleterre. Elles sont ses yeux, ses oreilles. Chacune est unique. Voici l’histoire de la première d’entre elles, Lady Megan!»

Un plongeon haletant au coeur des intrigues inquiétantes de la Cour d'Elizabeth I. Jennifer McGowan entraîne le lecteur dans les dédales tordus de la politique religieuse de l'époque, emmêlant joyeusement les pistes, multipliant les rencontres impromptues et ébranlant sans vergogne les certitudes. Si la mise en contexte m'a d'abord semblé un poil laborieuse, j'ai finalement été happée dès la première mission de Megan, dévorant littéralement son évolution fulgurante au sein de ce singulier et tortueux entourage mondain. Un mystère bien étoffé (à la chute un soupçon trop gnan-gnan peut-être), qui m'a laissée pantelante et définitivement impatiente de connaître la suite! 


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


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jeudi 31 octobre 2013

Le vampire de Castille


Par Anne-Sophie Silvestre, Flammarion, Eulalie de Potimaron 5

«Marie-Louise est désormais Reine d'Espagne, et Eulalie son écuyère. Madrid et la Castille se révèlent riches en découvertes, mystères et rencontres. Que Versailles est donc loin!»

Il venait pourtant à peine d'arriver sur les étagères de ma biblio... mais je n'ai pas pu m'empêcher de le dévorer d'une traite! Prenez garde, le tout nouveau tome d'Eulalie ensorcelle dès les premières pages... Anne-Sophie Silvestre entraîne cette fois le lecteur dans des contrées inconnues, à la découverte de la belle et mystérieuse Espagne. Rebondissements, machinations, divination et morts inexpliquées s'y côtoient habilement, enchevêtrés de plume de maître par l'auteure, dans une narration enlevante. On frétille, on s'émeut, on espère, chevauchant Hawk sans répit et visitant d'étranges médecins-faiseurs-de-miracles. On quitte à regret Eulalie, la délicieuse téméraire, et sa bande de complices aux airs faussement sages, au coeur d'un suspense adroitement construit, laissant présager une suite que je meurs déjà d'envie de lire. Portée par une des plus délectables héroïnes que j'ai eu le bonheur de rencontrer au hasard de mes lectures - un dosage parfait de détermination farouche, de sensibilité et de vivacité - cette série est définitivement un incontournable de la littérature jeunesse.



Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

mardi 6 août 2013

Pride and Prejudice


Par Jane Austen, Collector's Library

«Elizabeth Bennett is the headstrong young woman whom no man seems capable of taming; Fitzwilliam Darcy is the arrogant landowner who disdains to think it would be worth his trying to do so. Jane Austen's poised narrative shows how these two apparently incompatible characters learn to overcome thier initial feelings of mutual dislike.»

Un roman mémorable, à mi-chemin entre le sage portrait historique d'une époque georgienne révolue et la comédie de caractères, tricoté avec justesse par la plume délicieusement ironique de l'inénarrable Jane Austen. Construite habilement, la narration évoque bien sûr consciencieusement la vie tranquille et mesurée de l'époque; tranquillité qui, sournoisement, se voit secouée sans ménagement, à grands coups de rencontres joyeusement impromptues, de destins chamboulés et de contraintes sociales piétinées. Cet opus majeur de la littérature britannique, tout en humour fin et en auto-dérision, jette un regard vif, intelligent et sans scrupules sur les rouages parfois discutables de cette société d'antan qui se voulait pourtant sans reproches. Et au-delà de cet incontournable pamphlet sociologique, il y a, il faut bien l'avouer, une histoire d'amour exquise, inextricable à souhait, menée de main de maîtres par les stimulants et ô combien complexes Elizabeth Bennett et Fitzwilliam Darcy. Un petit joyau à déguster tout doucement, en sirotant son Four O'Clock Tea...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★



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mercredi 19 juin 2013

The Evolution of Calpurnia Tate


Par Jacqueline Kelly, Henry Holt and Cie

«Calpurnia Virginia Tate is eleven years old in 1899 when she wonders why the yellow grasshoppers in her Texas backyard are so much bigger than the green ones.With a little help from her notoriously cantankerous grandfather, an avid naturalist, she figures out that the green grasshoppers are easier to see against the yellow grass, so they are eaten before they can get any larger. As Callie explores the natural world around her, she develops a close relationship with her grandfather, navigates the dangers of living with six brothers, and comes up against just what it means to be a girl at the turn of the century.»

Un singulier petit pan d'histoire naturelle, à la veille du vingtième siècle, ce siècle des Grands Bouleversements. Jacqueline Kelly fait naître un nouveau genre, hybride astucieux entre fiction historique, carnet de naturaliste et essai féministe. Si on se perd parfois un peu dans les descriptions rigoureuses de cette nature qui fascine tant Calpurnia et son grand-père (le début du roman est lent, très lent), on finit par s'attacher sincèrement à cette nombreuse famille du sud des États-Unis, à ses membres colorés, et surtout à cette fameuse Callie, la curieuse, l'indomptable, qui s'éveille à l'univers en ce début d'été caniculaire et qui refuse ensuite de revenir à ce monde contraignant, à cette vision restreinte de la vie réservée aux femmes de l'époque. Un plongeon irrésistible dans le monde de l'infiniment grand et de l'infiniment petit, qui souligne au passage l'importance de tous et toutes (oui, oui, les femmes, aussi!) dans l'évolution de l'espèce.

Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


Pour le lire en version française
 

samedi 18 mai 2013

The Great Gatsby


Par Francis Scott Fitzgerald, Pocket

«This exemplary novel of the Jazz Age has been acclaimed by generations of readers. The story of the fabulously wealthy Jay Gatsby and his love for the beautiful Daisy Buchanan, of lavish parties on Long Island at a time when The New York Times noted "gin was the national drink and sex the national obsession," it is an exquisitely crafted tale of America in the 1920s.»

Un portrait remuant des mémorables Années Folles: les extravagances, les excès et cet étrange mélange d'intensité et d'insouciance ayant marqué profondément la société de l'époque. Et on y plonge, dans cet entre-deux guerres américain faste et étourdissant, on y plonge, on y vagabonde, on y erre, on y sombre, sous la plume riche, habile et d'une implacable justesse de Francis Scott Fitzgerald. Sa narration lancinante, tourbillonnant sur elle-même, expose peu à peu l'envers de ce décor baroque de carton-pâte, la mélancolie derrière les cocktails, la tristesse saillant entre les éclats de rire, et cet amour plus vrai que vrai, cet amour trop authentique pour survivre au bling-bling stérile des années 1920. Un joyau littéraire incomparable, une ballade douce-amère sur fond d'âmes troublées.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★



Pour le lire en version française

jeudi 2 mai 2013

L'Amazone de Mademoiselle


Par Anne-Sophie Silvestre, Flammarion, Eulalie de Potimaron 4

«Suite au duel qui les a opposés, le chevalier de Mayenne est devenu l'ennemi d'Eulalie, qui se lie toujours davantage avec le duc de Chartres. Au même moment, le roi refuse le mariage du Dauphin et de Marie-Louise...»

Encore un mémorable tourbillon de rebondissements au beau milieu des froufrous, des pourpoints et des épées de Versailles! Cette fois, Anne-Sophie Silvestre entortille habilement l'intrigue, sans pitié pour les pauvres personnages dans le feu de l'action, consolidant les alliances, les complicités, les amitiés, les amours, mais faisant aussi éclore les trahisons et les noirs desseins. Se frayant vaillamment un chemin à travers cette vie intense, qui envoûte et charme, mais qui ne pardonne aucun faux pas, Eulalie se découvre des élans qu'elle ne savait pas possibles. Qu'à cela ne tienne, en digne fille-sans-peur-et-fille-au-grand-coeur qu'elle est, elle saura finalement conjuguer astucieusement et avec une grande lucidité ses forces et ses failles, se tournant vers un avenir incertain avec une brave, bien qu'un brin chancelante il faut le dire, détermination. Un autre tome qui tient en haleine jusqu'à la toute dernière page, à dévorer joyeusement, sans reprendre son souffle...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

lundi 22 avril 2013

Rapide Blanc


Écrit et illustré par Pascal Blanchet, La Pastèque

«Le village de Rapide-Blanc se trouve aux abords de la rivière Saint-Maurice à côté d'un barrage hydro-électrique. À l'époque, avec sa centaine d'habitants, ce "village de compagnie" avait été érigé par la Shawinigan Water and Power à l’intention des ouvriers de l’entreprise. Isolés en forêt, les gens devaient donc habiter sur place. On avait construit une église, une petite station de ski, un magasin général…, bref, c'était un véritable village en miniature. Dans les années soixante-dix avec l’arrivée de l’automatisation, le village a été démantelé. Aujourd'hui, il n’y reste que sept ou huit maisons en brique. Un village fantôme, comme on en trouve des dizaines sur le bord des rivières du Nord québécois.»

Un touchant saut dans le passé, au coeur de l'histoire du Québec, de ses ouvriers du Nord balayés par l'héritage de la Révolution tranquille. Après La Fugue, histoire muette mais ô combien émouvante, Pascal Blanchet allie cette fois, avec justesse et agilité, fiction littéraire, pans d'informations historiques et narration visuelle. L'éloquence sensible, intelligente et audacieuse de sa «voix» est toujours aussi bouleversante, faisant vibrer cette histoire hybride d'une humanité tendre et fragile. Un regard lucide sur la modernité, ses envolées, son efficacité, mais aussi sur sa part d'ombre qui dévaste, inexorable, à grands coups de rationalisation, sans égards pour ceux et celles qui l'ont pourtant portée à bout de bras.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

lundi 21 janvier 2013

La dactylographe de Mr James


Par Michiel Heyns, Philippe Rey

«En 1907, Henry James engage une nouvelle secrétaire, Theodora Bosanquet, qui demeurera à son service jusqu'à la mort de l'écrivain. Rebaptisée Frieda Wroth, elle est la voix de cet étonnant roman dont on ne sait plus vraiment qui est l'auteur, tant Michiel Heyns est un virtuose du style jamesien. Combinant faits et fiction, il recrée la petite ville de Rye et la société gravitant autour du Maître : la vie à Lamb House - la grande maison de brique où se croisent et se recroisent les domestiques imperturbables -, les invités bavards et indiscrets, la famille James (le docte professeur William, sa femme et leurs deux enfants), la redoutable meneuse des suffragettes, une medium et ses séances de spiritisme, les jeunes disciples mâles de James, sans oublier Max le chien - tous emportés dans une sorte de tourbillon. Appréciée pour sa compétence, frustrée de n'être guère plus que la dactylographe du grand homme, qui la fascine mais qu'elle observe d'un oeil critique, prise au centre d'une tragi-comique histoire de lettres compromettantes dont les principaux acteurs sont la terrifiante Edith Wharton et le beau Morton Fullerton, les deux amis de coeur de Mr James, Frieda, s'efforce, elle, d'obéir au dictum du Maître : "Profitez de la vie autant que vous le pouvez ; c'est une erreur que de ne pas le faire." Mais vivre a aussi un prix... »

Étrange hybride entre biographie romancée et fiction paranormale. Michiel Heyns tricote une vision inusitée du travail de l'artiste à travers le regard du personnage candide, et (paradoxalement) froidement observatrice, de la dactylographe, Frieda Wroth. Si l'intrigue est sympathique, bien qu'un peu cousue de gros fils, et la plume habile délicieusement rétro, le plongeon dans le spiritisme comme moteur de la narration et, plus tard, genre de Deus Ex Machina, m'a complètement fait décrochée du roman. Ce n'est pas tant le spiritisme lui-même qui, je le sais, était presque de bon goût à cette époque de vénération des curiosités, mais plutôt son rôle dans l'applanissement des difficultés, dans la capitulation des embûches, son rôle de «baguette magique narrative» qui m'a définitivement dérangée. Comme si l'auteur avait vu là une facile porte de sortie à son imbroglio, réduisant au passage le lecteur à une crédulité forcée et inconfortable. Dommage.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ☆ ☆