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mercredi 8 juillet 2015

Le ciel nous appartient


Par Katherine Rundell, Grandes Personnes

«Tout le monde pense de Sophie qu’elle est une orpheline. Nulle femme n’a en effet survécu au naufrage qui la laissa, à l’âge d’un an, flottant dans un étui à violoncelle au beau milieu de la Manche. La fillette demeure cependant intimement persuadée que sa mère n’a pas sombré avec le navire. Alors, lorsque les services d’aide à l’enfance anglais menacent Charles Maxim, son tuteur, érudit généreux aussi courtois que maladroit, aux méthodes d’éducation fantasques, de lui reprendre la garde de Sophie, celle-ci, suivant l’enseignement de ce doux rêveur, décide de ne négliger aucune possibilité, et part pour Paris en sa compagnie sur les traces de sa mère… Une cavale menée sous le signe de l’espoir, qui conduira la fillette aux cheveux couleur des éclairs sur les toits de la ville-lumière. Elle y fera la connaissance de Matteo et de sa bande de danseurs du ciel.»

Et si la musique savait sauver du naufrage? Et si l'amour inconditionnel se nichait finalement en dehors des ornières? Et s'il suffisait de lever les yeux au ciel pour se sentir chez-soi? D'une plume virevoltante, toute en douceur et en finesse, Katherine Rundell tricote une quête rocambolesque et tendre, celle de Sophie et de sa mère-violoncelle. Porté par une bande de personnages joyeusement ébouriffants et incontestablement fascinants, cet opus singulier vogue habilement entre les possibles, déjouant avec candeur et humour ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leurs oeillères. Un roman à savourer la fenêtre grande ouverte, le regard plongé dans les hauteurs des cheminées et l'âme ballottée par un inoubliable requiem.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩




Pour le lire en version originale


vendredi 26 octobre 2012

Dans la nuit blanche et rouge


Par Jean-Michel Payet, Grandes Personnes

«Pétrograd, février 1917. Dans une Russie tsariste épuisée par des années de guerre, où grondent la famine et le mécontentement, la comtesse Tsvetana Kolipova, 17 ans, rêve d'un monde qu'elle voudrait plus juste. Contribuant à une revue clandestine, la jeune fille découvre bientôt un secret familial qui va balayer ses repères et la propulser dans le tourbillon de la Révolution.»

Plongeon haletant dans le tumulte de la Révolution russe de 1917. Jean-Michel Payet détricote avec habileté l'inextricable contexte socio-politique de l'époque, narrant avec précision le destin mouvementé et déchirant d'une galerie de personnages auxquels on s'attache dès les premières lignes. Si les rebondissements sont malheureusement un poil prévisibles, et qu'un resserrement de l'intrigue aurait été profitable (en diminuant le nombre de points de vue différents d'un même événement par exemple), il s'agit malgré tout d'un tour de force littéraire, un cours d'histoire prenant, transmis au lecteur par le biais de judicieux chapitres courts, articulé dans une langue d'une fine simplicité. Et, phénomène rare, la jeune héroïne de 17 ans, Tsvetana Viktorovna Kolipova, fait face à l'improbable et à l'inattendu non pas avec une maturité adulte factice (comme c'est trop souvent le cas en littérature pour la jeunesse), mais bien avec toute la fougue, les doutes, les hésitations et l'insouciance d'une jeune femme venant tout juste de tourner le dos à l'adolescence. Un opus bien dodu, dur, âpre, inflexible comme ont pu l'être toutes les parties impliquées dans la Révolution (les tsaristes, comme les Bolcheviks), mais aussi rafraîchissant de candeur et de sensibilité; un savoureux paradoxe à découvrir...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

lundi 11 juin 2012

Guerre: et si ça nous arrivait?


Par Janne Teller, Grandes Personnes

«Imagine: c'est la guerre - non pas en Irak ou en Afghanistan, quelque part très loin, mais ici, en Europe, en France, chez nous.»

Opuscule singulier, dérangeant, au sujet de la guerre, et de tout ce qu'elle fait basculer comme repères. Janne Teller plonge le lecteur au coeur d'un conflit hypothétique mais terriblement plausible qui se déroule au coeur de l'Occident, là où plusieurs (à tort ou à raison) se sentent en sécurité. Elle décrit  avec justesse l'impact du conflit sur une famille, ce qui en découle directement, l'exil, l'immigration, la difficulté d'intégration, le fait de se sentir apatride, de se sentir dépossédé de sa propre vie. La narration est fine, juste et interpelle directement le lecteur, lui secoue l'ignorance, lui ouvre les yeux sur l'Homme et sa bêtise. Un récit qui bouscule habilement, à lire et à faire lire.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 

samedi 26 novembre 2011

Monsieur

Par Marie-Ange Guillaume, illustré par Henri Galeron, Les Grandes Personnes

«J’habite chez mon chat. Monsieur me sous-loue un oreiller mais tout le reste lui appartient : les plantes vertes, la poubelle, les piles de pulls dans l’armoire, les radiateurs, le canapé, les parties dodues des copains assis sur le canapé, le frigo, la gamelle du chien, l’ordinateur – et la souris, bien sûr. En échange de quelques menus services (transport de litière, ouverture de boîtes, manucure, pédicure), Monsieur accepte de me tenir chaud l’hiver et aussi l’été…»

Ode malicieuse à ce coquin, cet indomptable: le chat domestique. La plume habile et délicieusement cynique de Marie-Ange Guillaume croque avec justesse le quotidien mouvementé des propriétaires de chats. Comment les chats finassent, comment ils manipulent, comment ils règnent sur l'univers de leur «maître». Les illustrations majestueuses et éloquentes d'Henri Galeron, joyeusement démesurées, pointent bien la place minime qu'occupent les humains et les autres animaux de compagnie dans le royaume de ce félin. Un album totalement hilarant que devraient avoir en main tous ceux qui s'apprêtent à accueillier un «gentil petit minet» à la maison!...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★