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mercredi 21 décembre 2016

vi


Par Kim Thuy, lu par Kim Thuy, chez Alexandre Stanké.
Résumé de l'éditeur:
«Mon prénom, Bào Vi, illustrait l'intention de mes parents de "protéger la plus petite". Si l'on traduit littéralement, je suis "Précieuse minuscule microscopique". Comme dans la plupart des cas au Vietnam, je n'ai pas su être à l'image de mon nom. Souvent, les filles qui s'appellent "Blanche" ou "Neige" ont le teint très foncé, et les garçons nommés "Puissance" ou "Fort" craignent les grandes épreuves. Quant à moi, je grandissais sans cesse, dépassant de loin la moyenne et, du même élan, me projetant en dehors des normes.»

Il y a toutes sortes de fuites. La fuite sur un coup de tête. La fuite au long cours, de ceux qui y prennent goût. La fuite qu’on ne choisit pas, dictée par l’innommable de la guerre. La fuite qui déchire. La fuite parce qu’on a peur. La fuite parce qu’on aime trop, parce qu’on aime mal. La fuite impardonnable. La fuite de soi. La fuite qu’on voudrait fuir. Or, au-delà de la fuite, il y a, parfois, si on sait le saisir au vol, un petit bonheur qu’on n’attendait plus. De son verbe délicat et juste, tout en finesse et en sensibilité, Kim Thuy raconte comme on chuchote un secret, brodant avec agilité le fil fragile et étonnant de ces vies qui ont tout laissé derrière pour tenter de se reconstruire des racines ailleurs. Faisant se côtoyer avec aisance l’horreur indicible et l’amour, l’espoir déçu et le bonheur pur, la complicité toute simple et le silence qui divise, elle évoque habilement entre les lignes une histoire muette, celle qu’on devine à tâtons, celle qui fait naviguer en eaux troubles. Un opuscule inoubliable qui fait voyager dans le monde aux mille possibles des âmes égarées.

P.-S. Ces mots, mes yeux ne les ont pas lus. Ce sont mes oreilles qui les ont entendus. Racontés tout doucement par la voix chantante et irrésistible de leur auteure, Kim Thuy. Comme si ces mots, elle me les soufflait à l’orée de l’âme. C’était une première pour moi. Un premier pas dans l’audio-livre. Et je ne fus pas déçue…



Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩



Le mois de décembre
de mon Défi littéraire 2016

jeudi 15 décembre 2016

Un présent infini - Notes sur la mémoire et l'oubli


Par Rafaële Germain, collection Documents no 10, chez Atelier 10.
Quatrième de couverture (extrait):
«Et si nous avions oublié les vertus de l'oubli? L'histoire de l'humanité, jusqu'à très récemment, a été une vaste entreprise d'archivage - une lutte contre la faillibilité de la mémoire humaine et les mâchoires oblitératrices de l'Histoire. Or, depuis quelques décennies, nous nous sommes dotés de technologies nous permettant de ne plus jamais oublier, voire de ne plus pouvoir oublier. Il y a de quoi se réjouir et c'est bien ce que nous faisons, en nous rendant plus inoubliables que jamais sur les réseaux sociaux et dans nos vies quotidiennes de plus en plus numérisées. Pourtant notre mémoire collective semble de plus en plus dispersée, de moins en moins enracinée. Et si nous avions perdu quelque chose en route?

En ces temps où l’information fourmille, sauvage, sans répit, étourdissante, nourrie de toute part par le frénétique désir généralisé de faire entendre sa voix et de ne rien manquer, l’humain peine à prendre son souffle, à prendre le temps d’exister. Sitôt vécu (ou avant même de le vivre), le présent est immortalisé et catapulté dans le virtuel, où il feint de disparaître dans le déroulement d’un fil d’actualités. Bien vite, les jours, les semaines, les mois se fondent dans un passé déjà désuet. Peut-on, en tant que société, se construire sans plus jamais regarder en arrière? Avec une coquine lucidité, Rafaële Germain s’interroge sur l’insouciance candide de notre ère numérique. Tout en simplicité et en finesse, sans tomber dans le pontifiant ou le passéisme buté, elle ose secouer les nouvelles certitudes et questionner l’aura scintillant d’une technologie qui évolue bien rapidement pour ses créateurs. Un petit bijou d’humour et de justesse à découvrir (et à faire découvrir!) sans tarder… avant que les oeillères ne soient trop confortablement ajustées à notre vision du futur.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

samedi 10 décembre 2016

La Grande Cavalcade


Par Maud Michel, illustré par Olivier Rublon, chez Frimousse.
Quatrième de couverture:
«Ce matin, dans la forêt, c'est la cavalcade. Souris, écureuil et même sanglier sont en train de courir. Mais pourquoi?»

C'est la débandade dans la forêt. Les animaux se pressent, caracolant les uns à la suite des autres, dans un chaos ébouriffé. À la recherche d'un délice perdu, d'un malfaisant bousilleur de tranquillité ou d'une belle opportunité à saisir au vol, leurs mouvements s'entrelacent et se provoquent dans un chassé-croisé déjanté. D'une plume à la narration coquine et virevoltante, Maud Michel raconte dans un souffle une épopée malicieuse, tenant le lecteur en haleine jusqu'à la toute dernière page. Porté avec une éloquence taquine par l'univers visuel d'Olivier Rublon, à la palette colorée et rigolote, cet opus sait surprendre joyeusement et fera s'esclaffer sans vergogne tout lecteur qui se risquera à en oser la première page...


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮



vendredi 9 décembre 2016

La cabane


Scénario et dessins par Julien Neel, collection Tchô, Série Lou tome 7, chez Glénat.
Résumé de l'éditeur:
«Pour les vacances, Lou a décidé d’emmener ses copines sur la terre de ses ancêtres : à Mortebouse, où la 4G est inexistante! Le lieu idéal pour s’affranchir des choses superficielles du monde moderne et entrer en communion avec la nature, il paraît que c’est super tendance. L’occasion de revoir Paul, aussi... Point d’orgue de ce programme « retour aux sources » : la construction d’une cabane, sur le terrain de la grand-mère de Lou. Cette année, retrouvez Lou en compagnie de sa maman, de Mina, Paul, Tristan, Mister Juice, mais aussi d’une myriade d’autres personnages! Un tout nouvel album dans lequel Mortebouse forme aussi l’épicentre d’une mystérieuse singularité...»

Après une petite entorse malicieuse à l’espace temps, afin de plonger dans le troublant futur du tome 6, Lou fait un bon dans le passé, le temps d’un été mémorable. De retour à Mortebouse et à son bienheureux isolement technologique, Lou en embrasse l’apaisante tranquillité, entraînant toute sa bande dans son improbable quête d’une essentielle simplicité. Tricotant habilement une salutaire explication au futur déroutant du tome précédent (qui avait laissé l’ensemble des adeptes de Lou - dont bibi - tétanisés par un virage à 180° dans le ton et le genre), Julien Neel renoue avec l’inimitable humour déjanté et rafraîchissant de cette Lou qu’on aime tant, au plus grand bonheur des lecteurs (j’en suis!). Un opus astucieux qui, en plus de chuchoter l’impérative genèse au déconcertant univers du tome 6, sait faire joyeusement renaître le charme irrésistible et la verve incomparable de cette série qui a fait sa marque dans notre imaginaire.


*Je ne saurais trop vous suggérer une relecture du tome 6, à la lumière de ce tome 7 de la réconciliation. Impressionnant de réaliser l'impact majeur de cet opus tout neuf sur la perception du chaos du tome 6.  Je serais presque tentée de mettre à jour mon perplexe billet, tiens. :-)


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

lundi 5 décembre 2016

Sweet Caress


Par William Boyd, chez Harper Collins.
Résumé de l'éditeur:
«Amory Clay's first memory is of her father doing a handstand – but it is his absences that she chiefly remembers. Her Uncle Greville, a photographer, gives her both the affection she needs and a camera, which unleashes a passion that irrevocably shapes her future. She begins an apprenticeship with him in London, photographing socialites for magazines. But Amory is hungry for more and her search for life, love and artistic expression will take her to the demi-monde of 1920s Berlin, New York in the 1930s, the Blackshirt riots in London, and France during the Second World War, where she becomes one of the first women war photographers. In this enthralling story of a life fully lived, William Boyd has created a sweeping panorama of the twentieth century, told through the camera lens of one unforgettable woman.»

L'Histoire. Avec un grand H. Celle qui ne fait pas dans les contes de fées. Celle qui tricote le Destin des uns, et détricote celui des autres, sautant parfois des mailles, omettant volontairement (ou non) de nouer les extrémités d'une écharpe sans fin. Cette Histoire qui bouscule, qui se répète, en boucle, oscillant sans cesse du prévisible à l'inconcevable. L'Histoire d'un siècle. L'Histoire d'une vie. Qui file malicieusement entre les mailles du socialement acceptable. De sa plume toute en tranquille finesse, William Boyd plonge une fois de plus le lecteur au coeur d'un vingtième siècle croulant sous les grands dérangements, à travers la voix singulière et le parcours ébouriffé d'un baroudeuse inarrêtable. Mené avec détermination par la soif de liberté et l'urgence de s'affirmer de la bouleversante Amory Clay, cet opus dérangeant sait dire avec une juste lucidité l'humain et ses secrètes failles.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩


Pour le lire en version française

samedi 26 novembre 2016

Nouvelle binette

Bonjour à vous, chers visiteurs(ses) de la bibliothèque de Lili les merveilles !

Comme vous avez pu le constater, Lili s'est lancée dans un petit changement de look, en cette fin de semaine de grisaille.

Quelques autres petits ajustements mineurs risquent de s'ajouter au grand branle-bas, dans les prochains jours, mais Lili s'est assurée que vous retrouverez les mêmes grandes rubriques d'avant son petit goût de renouveau.

En espérant que la nouvelle binette de Lili vous plaira!


mercredi 23 novembre 2016

Conversations avec un enfant curieux


Par Michel Tremblay, chez Leméac/Actes Sud.
Extrait de la quatrième de couverture:

«Momaaan…
- Toi, quand tu me parles comme ça, c’est parce que tu veux avoir quequ’chose…
- C’est juste une question que je veux te poser…
- La réponse a besoin d’être courte, parce qu’y faut que je prépare la pâte pour les pâtés à’ viande.
- C’est au sujet de la crèche.
- Qu’est-ce qu’elle a, la crèche, tu la trouves pas belle, ma crèche?»

L’enfance a souvent la langue bien pendue et le raisonnement en ébullition. La soif de comprendre insatiable. La candeur attachante. La curiosité infatigable. De sa plume au long cours, Michel Tremblay brode une sympathique courte-pointe de souvenirs, farfouillant joyeusement dans le passé afin de souffler une bouffée de fraîcheur coquine dans notre présent à vive allure. Sans réinventer le genre, cet opuscule sait dire avec aplomb et humour, faisant sourire sans crier gare, et soulignant avec justesse les manigances un brin arrogantes d’une époque révolue (quoi que…) où le mensonge de masse abreuvait l’ignorance d’un peuple qui n’avait d’autres choix que de se soumettre aveuglément au dogme.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

mardi 22 novembre 2016

Squishy McFluff, the Invisible Cat


Par Pip Jones, illustré par Ella Okstad, tomes 1 et 2 de la série, chez Faber & Faber.
Quatrième de couverture du tome 1:
«An imaginary friend is a wonderful thing. What giggles! What games! What adventures they bring! Well, Ava’s a girl who knows all about that… Meet Squishy McFluff, her invisible cat!»

En mode d’exploration des possibles, qu’ils soient astucieux ou malicieux, quoi de mieux, pour l’enfance, que d’avoir un complice pour partager les victoires (et, si le vent tourne, un coupable tout prêt à blâmer pour les dérapages!). Si, en plus, cet acolyte en est un tout ronronnant, agile, taquin, et ingénieusement invisible, le bonheur ne peut être plus complet. Sauf, peut-être, pour les victimes de ce délicieusement terrible duo!… Tout en joyeuse candeur et en coquine inventivité, Pip Jones sait raconter avec justesse et humour ce moment précieux où l’imaginaire se tricote un présent avec le réel. S’épanouissant à travers l’univers visuel ébouriffé d’Ella Okstad, cette adorable série n’est pas sans rappeler l’irréductible et attachante irrévérence de l’Eloise de Kay Thompson et Hilary Knight. De rigolos opuscules à découvrir sans tarder!



Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩



Pour les lire en version française

dimanche 20 novembre 2016

Mooncop


Scénario et dessins de Tom Gauld, chez Drawn & Quarterly.
Résumé de l'éditeur:
«Living on the moon... Whatever were we thinking?... It seems so silly now.»

Dans un monde où l'homme s'est posé sur la Lune, pas seulement l'espace de quelques pas universellement acclamés, mais bien pour s'y installer, l'existence est on ne peut plus tranquille. Surtout pour la solitaire police lunaire. Pas l'ombre d'un crime. Pas l'ombre d'une infraction. Seulement des chiens en cavale, une épidémie de départs et l'arrivée inopinée d'une nouvelle employée au café lunaire du coin. Et si l'Autre, quel qu'il soit, suffisait finalement à faire de nouveau sourire le firmament? Usant astucieusement de sa verve taquine à la juste simplicité, Tom Gauld fait miroiter un possible futur, dans lequel la soif d'une vie interstellaire se serait essoufflé l'enthousiasme. Porté par un univers visuel sobre, traduisant avec éloquence la solitude tranquille des jours lunaires et l'exode inévitable de pionniers de cette Terre d'emprunt, ce roman graphique sait dire avec finesse et humour les dérives possibles d'une humanité à la soif d'ailleurs trop précipitée, soulignant au passage à quel point l’essentiel est bien souvent à portée de coeur.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩






Pour le lire en version française

Si j'étais ministre de la culture


Par Carole Fréchette, illustré par Thierry Dedieu, chez d'Eux.
Résumé de l'éditeur:
«Et si j’étais ministre de la Culture? Que ferais-je pour que tous réalisent l’importance de la culture dans nos vies?»

En ces temps de grand dérèglement généralisé, de grand déséquilibre des priorités universelles. Ces temps où l'humanité ne sait plus comment vivre avec l'autre. Où la Terre traverse le point de non-retour à vitesse grand V. Où la misère des uns s'arrête où commencent les oeillères des autres. Où l'indispensable se fait de plus en plus facultatif pour les grands décideurs. Il semble primordial de se revoir l'essentiel, en tant que société. Et cette essence même de l'humain passe aussi par la nourriture de l'âme. D'une voix déterminée et lucide, Carole Fréchette secoue les consciences endormies, fait tomber l'aveuglement de masse et ouvre toute grande la porte à la réflexion. Porté par  l'univers visuel feutré et juste de Thierry Dedieu, ce manifeste dérange habilement, tel une salutaire bouteille dans la mer trop tranquille de l’indifférence collective.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩