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jeudi 13 mars 2014

La fille qui n'aimait pas les fins

Par Yaël Hassan et Matthieu Radenac, Syros, Tempo

«Maya aime beaucoup les livres. Sa mère l'inscrit à la bibliothèque. Dans ce lieu paisible et studieux, Maya va faire la rencontre d'un vieux monsieur plein de fantaisie. Il l'intrigue beaucoup mais elle se sent très proche de lui. Qui est réellement le mystérieux Manuelo? La plus belle des surprises attend la jeune Maya...»

Ouvrir un livre pour en lire le début seulement avant de se lancer dans les tâches de la journée,... et le dévorer d'une traite, tant pis pour le lavage à faire! Yaël Hassan et Matthieu Radenac m'ont bien eue: en quelques pages seulement, développant une prémisse prometteuse et faisant entrer en scène cet attachant-et-mystérieux-vieux-monsieur-de-la-bibliothèque, leur histoire m'a happée immédiatement, muselant joyeusement les obligations terre-à-terre de mon quotidien. Si leur plume à deux voix est par moment maladroite, faisant dégouliner la narration d'un brin trop de bons sentiments et laissant entrevoir le dénouement très tôt dans la trame, les personnages, leurs vies entremêlées, leurs drames et leurs secrets ne manquent pas de fasciner. Un roman qu'on lit l'âme vibrante et le coeur à l'étroit.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

lundi 10 mars 2014

Polaroïd


Scénarisé par Séverine Vidal, illustré par Julien Castanié, Frimousse

«Anna reçoit tous les matins un polaroïd. Elle ne sait pas qui lui envoie. Des photos d'elle petite puis des images plus récentes. Elle a peur. Elle raconte tout ça dans son journal intime: carnet qui passera ensuite entre les mains de ses amis Manel, Clo et Mollusque jusqu'à la révélation.»

Pétillant petit mystère entre amis. Séverine Vidal tricote une trame astucieuse, entremêlant les points de vue dans une habile narration à quatre voix; les péripéties déboulent et les révélations se multiplient à un rythme effréné, en oubliant toutefois, par moment, de donner le temps à l'intrigue de prendre racine dans l'imaginaire du lecteur (un tout léger bémol). Nourri par l'univers visuel aux traits simples mais éloquents de Julien Castanié, cet opus hybride, à mi-chemin entre le roman graphique et la fiction illustrée, étonne par le dynamisme audacieux de sa forme narrative. C'est un plongeon haletant et singulier dans la fin de l'adolescence, ses tumultes et ses changements de cap; un bouquin à dévorer sans tarder.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

dimanche 9 mars 2014

Histoire de la maison qui voulait déménager


Par Hervé Walbecq, École des loisirs, Neuf

«Il y a les fenêtres qui s’envolent, comme des papillons multicolores.
Il y a la voiture garée dans la salle de bains, le salon transformé en piscine, et le placard à chaussures déguisé en salle à manger. 
Le papier peint dont on fait une robe, et les tuiles qui composent un manteau.
Il y a le paillasson qui voudrait devenir une couverture pour enfin dormir sur un lit. 
L’arbre du jardin qui part retrouver ses amis la nuit dans la forêt. 
Et la maison qui s’en va jusqu’à la mer pour faire une croisière, en oubliant la boîte aux lettres.
Si tout restait toujours à sa place, le monde serait terriblement ennuyeux. Par chance, les maisons aussi ont le goût de l’ailleurs.»

J'ai tergiversé longuement avant de choisir pour vous un extrait de cet opus joyeusement déroutant: toutes les pages m'interpellaient, les phrases me faisaient de l'oeil, les illustrations me titillaient l'imaginaire, j'aurais voulu tout partager, tout souligner, tout vous faire découvrir. C'est qu'Hervé Walbecq s'est définitivement surpassé en concoctant le troisième volet de sa singulière série d'histoires insolites; de sa plume fine et coquine, il a su allier audace, sensibilité et humour, plongeant le lecteur dans les délices d'un monde rocambolesque, où tout est possible... surtout ce qui ne l'est pas! Au-delà du plaisir à bousculer les conventions, à désarçonner habilement, Hervé Walbecq raconte avec justesse la vie et ses élans, aussi saugrenus soient-ils; une bouffée de candeur excentrique et d'authenticité déjantée à laquelle vous ne pourrez que succomber. Sublime.

(... et, tel que promis, pour vous mettre l'eau à la bouche, voici une miette de ce bonheur d'ovni littéraire, tirée de l'histoire Je déteste qu'on me prenne pour une petite cuillère: 
 «Je déteste qu'on me prenne pour une petite cuillère. Toujours la tête à l'envers, les lunettes au fond de la tasse, du sucre plein les yeux, c'est très désagréable. Pourtant, mon papa n'a vraiment pas l'air de comprendre. Le matin, dans la cuisine, il est tellement fatigué qu'il fait n'importe quoi. Il prend le visage de mon frère pour une tartine et lui étale du beurre sur le nez, il sucre les cheveux de ma maman puis il les mange comme une barbe-à-papa, il trempe le chat dans son chocolat, met les journaux dans le grille-pain, les céréales dans la gamelle du chien... et moi, il me prend toujours pour une petite cuillère. C'est vraiment fatigant. [...]»)


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★





mardi 4 mars 2014

C'est pas grave


Par Jo Hoestlandt, Milan, Macadam

«Portrait en neuf courts chapitres de Chloé, une adolescente de 14 ans, à la fois et selon les heures attachante, insupportable, heureuse et malheureuse, jalouse et généreuse, fière et humiliée.»

Une percutante tirade, impétueuse et vraie. Jo Hoestlandt donne la parole à l'adolescence, à cette voix vive, écorchée qui hurle sans compromis son désir de se faire entendre, qui se rebelle contre les oeillères désillusionnées de l'âge adulte. Tout en authenticité et en lucidité, il laisse Chloé dire la grisaille et les montagnes russes, la houle et les écueils d'un parcours cahoteux, mais aussi les éclaircies, les miettes d'un bonheur inattendu, les rencontres sans crier gare et les complicités étonnantes. Parce que tout n'est pas noir ou blanc, quand on est ado. Parce que la grisaille peut aussi, quand le brouillard se tasse, cacher l'entrée d'une clairière inespérée. Un opuscule poignant à l'intelligence fine, celle de donner la parole à l'intensité échevelée et à la sincérité bouillonnante de l'adolescence sans tenter d'en dompter les ruades, en résistant à l'envie de la faire rentrer dans le moule. Bouleversant.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★




mardi 25 février 2014

Once Upon a Northern Night


http://www.lililesmerveilles.com/2014/02/once-upon-northern-night.html
Par Jean E. Pendziwol, illustré par Isabelle Arsenault, Groundwood Books

«"Once upon a northern night while you lay sleeping, wrapped in a downy blanket, I painted you a picture."»

Tendre murmure à l'oreille du dormeur. Jean E. Pendziwol tricote une nuit d'hiver, toute de Nord vêtue, à la neige floconneuse, et à la faune gambadante. Portée par l'univers visuel feutré et évocateur d'Isabelle Arsenault, cette douce brise d'imaginaire fait rêver l'enfance, dans les bras de Morphée, lui ouvrant les yeux sur la vie aux mille possibles qui grouille sous le regard bienveillant d'un ciel piqué d'étoiles. Un album brodé finement, à feuilleter quand l'hiver fait rage, blotti dans la chaleur moelleuse de la couette.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


Pour le lire en version française
http://www.leslibraires.ca/livres/par-une-belle-nuit-hiver-jean-pendziwol-9781443132831.html

dimanche 23 février 2014

Lulu n'a peur de rien


Par Judith Viorst, illustré par Lane Smith, Milan, Lulu 2

«Lulu est têtue, c'est bien connu. Depuis toujours, elle rêve d'une chose (et d'une seule), que ses parents ne peuvent pas lui offrir. Alors Lulu, qui n'a peur de rien (vous le savez bien), décide de gagner de l'argent. Assez pour s'offrir son rêve. À savoir... beaucoup, Beaucoup d'argent. Heureusement (vraiment?), Fleichmann, le trop gentil, le trop poli, l'insupportable Fleichmann, est là pour aider...»

Un hilarant retour en piste de la délicieusement irrévérencieuse Lulu (voir Lulu and the Brontosaurus). Judith Viorst récidive habilement de sa plume cocasse et rafraîchissante, tricotant une histoire joyeusement rocambolesque et interpellant le lecteur à qui mieux-mieux. Secouant sans vergogne les préjugés poussiéreux, elle réinvente une enfance sans édulcorant, avec ses coups bas, ses entourloupes, et ces petits bonheurs impromptus. S'épanouissant par le biais de l'univers visuel de Lane Smith, à la monochromie éloquente et ébouriffée, cet opuscule hors norme, à l'humour grinçant, fera fuser les rires à coup sûr. Exquis.

Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★



Pour le lire en version originale


vendredi 21 février 2014

La Mémoire dans les poches


Scénario par Luc Brunschwig, dessins d'Étienne Le Roux, Futuropolis, La Mémoire dans les poches (parties 1 et 2)

«Sidoine et Rosalie Letignal et leur fils Laurent forment ce trio "ordinaire". Des gens comme tant d'autres, se débattant au quotidien dans une société à laquelle ils essayent d'apporter un peu d'humanité, un peu de leur chaleur, modestement. Or, c'est précisément aux limites et aux contradictions de leur humanité qu'ils vont tous les trois se retrouver confrontés. Absolument rien ni personne ne pourra empêcher l'implosion totale de leur cellule familiale que tout le monde s'imaginait pourtant "indestructible".»

Une incursion enlevante au coeur de l'âme humaine, ses détours, ses non-dits et ses lignes de faille. Luc Brunschwig brode finement la trame tarabiscotée de cette dégringolade des repères, de ce branle-bas des certitudes, de ce pied-de-nez au convenu, porté par l'univers visuel feutré et mélancolique d'Étienne Le Roux. On s'attache tout de suite à ce discret Sidoine et à ses poches pleines de pense-bêtes, à son silence, à son passé qui revient le hanter, et à Laurent, l'enfant chéri, l'idéaliste candide plongé bien malgré lui dans la tourmente, forcé de voir la vie de l'autre côté du miroir. Une épopée remuante et envoûtante qui n'a pour seul défaut que de laisser le lecteur en attente d'une suite qui n'est jamais venue...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mercredi 12 février 2014

C'est le coeur qui meurt en dernier


Par Robert Lalonde, Boréal
Résumé de l'éditeur
«"J’émerge, essoufflé, d’un rêve où tu t’adressais à moi dans une langue inconnue. Inquiète, énervée, volubile au-delà de ton accoutumée, tu cherchais à me confier le fin mot de ton histoire, la réponse enfin à ta question lancinante – 'J’ai été qui, j’ai été quoi, peux-tu me le dire?' – mais arrangée dans un charabia inintelligible, où revenaient sans finir, comme le refrain traînant d’une complainte, mes trois prénoms, chantonnés tristement, à la manière des prières que je marmonnais autrefois sans comprendre ce qu’elles voulaient dire. C’est moi, bien sûr, qui me pose à moi-même, en plein cœur de la nuit, la question suppliciante. C’est ma voix dans la tienne qui psalmodie Joseph, Serge, Robert, espérant que ces trois-là répondront à l’appel et articuleront à ma place une réponse claire, nette, définitive à ta grande question "à cent piastres". Quelque chose comme : "J’ai été celui qui a eu raison de t’aimer, puis raison de te haïr et de m’enfuir, raison de faire ma vie loin de toi, et finalement raison de rentrer, même s’il se fait tard."»

Toute ébaubie. Ballotée entre le rire et les larmes, ma gorge se serre pour endiguer le trop-plein. Je viens à peine d'émerger de cet opus échevelé, envoûtée par cette chamboulante plume à deux souffles, par les mots de Robert Lalonde, si justes, à l'éloquence tranquille et aux silences touffus; sa plume fournie, riche, que bouscule gaillardement la voix de sa mère, de ses mots tout simples qui fusent sans crier gare, qui dévoilent son âme en kaléidoscope avec l'aplomb de la rivière indomptable sous la glace de janvier. C'est la vie dans tout ce qu'elle a d'inextricable et de contradictoire, la vie qui s'écrit entre les lignes et qui se rêve à tout vent pour en accepter la tourmente. C'est l'humain, avec ses failles, s'enfargeant dans les ornières et relevant la tête pour apercevoir l'éclat d'un bonheur qu'il n'attendait plus. C'est sublime et terrifiant. Ça bouleverse. Ça attendrit. Ça fait sourire. C'est d'une désarmante authenticité. On le lit sur la pointe des pieds, en retenant son souffle comme pour ne pas troubler cette émouvante réunion de la dernière heure. Et on n'en ressort pas indemne. Un petit bijou de sensibilité dans lequel il faut se plonger absolument.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

mardi 11 février 2014

Le calepin picoté avec un canard dessus


Par Pierre Chartray et Sylvie Rancourt, illustré par Marion Arbona, Phoenix, Trouvailles

«Pour son anniversaire, une petite-fille reçoit de son arrière-grand-père un vieux calepin jauni et complètement vide. Elle se demande pourquoi le vieil homme lui fait un cadeau aussi étrange et inutile. Graduellement, au contact de son Vieux-Grand-Papa, elle en comprend la signification et son calepin devient un merveilleux coffre aux trésors.»

Une bouffée de candeur et de sensibilité. Pierre Chartray et Sylvie Rancourt brode avec finesse la découverte des mots et de leur importance au coeur d'une douce chasse aux souvenirs. Si leur plume à deux voix charme et fait sourire, l'univers visuel tendrement déjanté de Marion Arbona envoûte le lecteur pour de bon, par la richesse et la justesse de sa composition, et par l'astucieuse éloquence des mille et uns détails relançant la narration. Maniant avec adresse une chaude palette de couleurs et osant introduire le noir et blanc pour évoquer la vieillesse, cette habile conception visuelle de Marion Arbona est définitivement la plus exquise de son portfolio jusqu'à maintenant (et de loin!). Un opuscule sublime et touchant à savourer en famille.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

dimanche 9 février 2014

Le sourire de Marie-Adélaïde


Par Annie Pietri, Bayard jeunesse, Millézime

«1703. Marie-Adélaïde de Savoie, mariée depuis cinq ans au duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, illumine la cour de Versailles. Pétillante jeune femme de 17 ans, elle aime rire, s'amuser et s'étourdir de distractions. Mais, au fond, Marie-Adélaïde est beaucoup moins frivole qu'elle n'y paraît. Car elle porte en elle le poids d'une vengeance, celle de son père et du peuple savoyard qui fut massacré sur ordre du roi. Or, un jour, elle croise à Versailles le beau marquis de Nangis, brillant militaire couvert de gloire, et elle en tombe éperdument amoureuse...»

Impétueuse et indomptable, certes, mais aussi sensible et lucide, telle est la Marie-Adélaïde de Savoie qu'Annie Pietri fait découvrir au lecteur, retricotant habilement l'Histoire, ajoutant ceci, modifiant cela, dans le portrait à couper le souffle d'une jeune femme que la vie ne parvint pas à mettre au pas. Plongeon fascinant dans l'univers aux mille contraintes de la Cour de Louis XIV, véritable cage dorée pour ses sujets (marionnettes, plutôt!), cet opus fait tomber les masques, fait voir au-delà du faste, révélant avec finesse ce qui se cache derrière le fameux sourire de Marie-Adélaïde.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆