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lundi 8 avril 2013

Maria Chapdelaine



Par Louis Hémon, adapté par Jennifer Tremblay, illustré par Francesc Rovira, La Bagnole

«Maria Chapdelaine a grandi dans un pays où le froid est maître de toutes choses. Si l'été passe parfois, c'est seulement pour rappeler à quel point l'hiver est terrible. Dans son coeur de jeune fille, Maria garde le secret d'un amour véritable pour François Paradis, un coureur des bois courageux qui a promis de revenir auprès d'elle au printemps. Mais la rigueur du pays aura raison du courage du jeune homme. La belle Maria, si forte et si exemplaire, devra faire un choix déchirant : partir loin de sa famille et connaître enfin une existence plus facile, ou rester auprès des siens et donner sa vie à cette terre qui l'a vue naître et l'a nourrie?»

Adaptation habile et rafraîchissante de ce mémorable classique du terroir. Travaillant directement à partir du texte original de Louis Hémon, Jennifer Tremblay sait en faire disparaître astucieusement les passages un brin arides, proposant ainsi une narration plus directe, sans toutefois sacrifier la richesse et la complexité de la plume de l'auteur. Quant à l'univers visuel tendrement ébouriffé de Francesc Rovira, il insuffle une délicieuse (et salutaire!) bouffée d'humanité à cette rude et vertueuse réalité d'autrefois, permettant aux lecteurs d'aujourd'hui de se sentir interpellés malgré le contexte historique plutôt austère. Une cure de rajeunissement juste, intelligente et savoureuse qui permettra à toute la famille de découvrir cet incontournable du paysage littéraire québécois.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


Margot


Par Fanny Robin, illustré par Delphine Vaute, L'atelier du poisson soluble

«Un album qui rompt délicatement le silence et laisse libre la parole, contrairement à celle de Margot qui aurait tant dû être entendue.»

Un petit morceau de silence. Un silence bouillonnant d'émotions, et de secrets, et de cris muets appelant à l'aide. Fanny Robin et Delphine Vaute murmurent de concert l'histoire de Margot, et des autres. De ceux qui n'ont pas su, maladroitement, entendre sa détresse entre les lignes, mais aussi, surtout, de ceux qui, en la brisant, lui ont fait rêver du fond de l'eau. Voguant au rythme d'une narration feutrée sachant se faire toute petite pour céder la place au non-dit, et vibrant avec éloquence à travers un univers visuel remuant, à la palette candide et à l'habile pouvoir évocateur, cette histoire singulière chamboule tout sur son passage. Un plongeon fin et sensible, mais aussi terrible et impitoyable, de l'autre côté de l'enfance.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


dimanche 7 avril 2013

Horten's Miraculous Mechanisms: Magic, Mystery, & a Very Strange Adventure


Par Lissa Evans, Sterling Children's Books, Stuart Horten 1

«As if being small and having S. Horten as his name isn't bad enough, now 10-year-old Stuart is forced to move far away from all his friends. But on his very first day in his new home, Stuart's swept up in an extraordinary adventure: the quest to find his great-uncle Tony - a famous magician who literally disappeared off the face of the earth - and Tony's marvelous, long-lost workshop. Along the way, Stuart reluctantly accepts help from the annoying triplets next door... and encounters trouble from another magician who's also desperate to get hold of Tony's treasures.»

Une aventure intrigante et mystérieuse, toute en stratagèmes et en poudre aux yeux. Lissa Evans tricote habilement une intrigue enlevante, multipliant les obstacles avec brio, triturant l'ordre chronologique, farfouillant dans le passé et surprenant le lecteur au détour des chapitres, de sa plume malicieuse et cocasse. Si l'inventivité de sa narration et la richesse de son imaginaire sont remarquables, c'est sa galerie de personnages délicieusement déroutants mais indiscutablement attachants qui m'a charmée dès la première ligne. Une épopée sublime, fourmillant d'imprévus, qui ravira à coup sûr!

(Ah, je ne peux pas résister... Voici un petit extrait, le tout début du premier chapitre en fait, pour vous mettre en appétit: "Stuart Horten was small for his age—the smallest boy in his grade at school—and both his parents were very tall, which meant that when he stood next to them he looked about the size of an ant. As well as being tall and quite old (especially his father), his parents were extremely clever people. But clever people aren’t always sensible. A sensible person would never give their child a name that could be written down as S. Horten. A sensible person would realize that anyone called S. Horten would instantly be nicknamed “Shorten,” even by his friends. And Stuart had quite a lot of friends. He also had a bike with eight gears, a yard with a tree house and a large and muddy pond. Life was pretty good.")


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 

vendredi 5 avril 2013

La petite fille en rouge


Par Aaron Frisch, histoire et illustrations par Roberto Innocenti, Gallimard Jeunesse

«Sophia réside près d'une forêt de béton et de briques. Pour aller chez sa grand-mère, elle doit traverser le Bois, un endroit magique qui se trouve être un immense centre commercial. Étourdie par cet univers, elle se perd. Un chasseur se présente à elle sur une moto noire. Une adaptation du "Petit Chaperon rouge" présentée avec deux fins, l'une tragique l'autre heureuse.»

Relecture très urbaine et crue du séculaire conte classique: c'est le Petit Chaperon Rouge des villes (ou des cités plutôt, pour être plus dans le ton). Attention aux âmes impressionnables et aux coeurs sensibles: Aaron Frisch et Roberto Innocenti ne font pas dans la dentelle! La plume de Frisch, déroutante de candeur, retrace le trajet désormais célèbre de la jeune fille au capuchon écarlate, s'éloignant très peu de l'histoire traditionnelle, laissant seulement s'épanouir le conte à travers une langue plus moderne, une structure plus contemporaine. Or, ce qui cause un choc certain, c'est la superposition de cette trame narrative relativement conventionnelle à l'univers visuel de Roberto Innocenti, touffu, hyperréaliste et d'une éloquence sans pitié. Innocenti dépeint le monde de la «petite fille en rouge» sans mettre de gants blancs. Il court-circuite l'apparente innocence de la plume de Frisch en imposant au lecteur l'envers des contes de fées: il éradique le bucolique et transfert l'action dans un monde sombre, dur, qui ne pardonne pas, un monde dont l'inexorable réalité ne permet pas de rêver. Et bien sûr, tout finit dans les larmes. Comme dans la version originale du conte de Perrault et de Grimm. Il y a bien cette fin alternative, hollywoodienne, qui tente de réparer les pots cassés, mais après une telle descente aux enfers, le lecteur ne peut plus croire au prince charmant. Petit bémol concernant la mise en page: l'idée de mettre le texte sur fond coloré et rectangulaire, tout en réduisant la dimension des illustrations de Roberto Innocenti (qui pourtant gagneraient à être mises en valeur étant donné leur foisonnement de détails) n'est pas très judicieuse. Toutefois, mis à part cette petite réserve de conception graphique, cet album chamboulant mérite définitivement qu'on s'y attarde. Public averti cependant.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆



La Fugue


Par Pascal Blanchet, La Pastèque

«En hommage à ses grands-parents zazous et jazzophiles, Pascal Blanchet a mis leur vie en images avec un sens inégalé du rythme. À travers les souvenirs d’un pianiste de jazz, c’est l’histoire d’une génération qui est finalement racontée. La génération sacrifiée par la Seconde Guerre mondiale, récompensée par les trente glorieuses et qui, aujourd’hui, s’éteint sans bruit.»

Petit opus singulier, doux et bouleversant, sur le Temps qui passe, le Temps qui fuit, le Temps qui donne sans se priver et qui reprend sans crier gare. Pascal Blanchet entraîne le lecteur dans une ballade silencieuse où l'univers visuel mène le bal, éloquent, fascinant, maniant avec virtuosité l'ombre et la lumière, narrant les années qui s'égrainent, inexorablement, avec une sensibilité infinie et une éloquence émouvante. Un voyage au coeur de la musique et du silence, où s'épanouit l'humain, dans toute sa fougue et sa fragilité. Un délice troublant...

Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

They Came to Baghdad



Par Agatha Christie, Harper Collins

«Baghdad is holding a secret superpower summit, but the word is out, and an underground organization in the Middle East is plotting to sabotage the talks. Into this explosive situation appears Victoria Jones, a young woman with a yearning for adventure who gets more than she bargains for when a wounded spy dies in her hotel room. The only man who can save the summit is dead. Can Victoria make sense of his dying words: Lucifer, Basrah, Lefarge...»

Un haletant petit voyage au Moyen-Orient du milieu du XXe siècle. Agatha Christie plonge le lecteur en plein tumulte politique, lui faisant emprunter les voies riches en rebondissements et vibrantes de danger des services secrets. On s'attache rapidement à la désinvolte Victoria Jones, agente amateure et impromptue, à son aplomb candide et sa vivacité d'esprit salutaire sans lesquels la vie de l'humanité ne tiendrait qu'à un fil (incluant la sienne, de vie!). Un bon petit roman d'espionnage bien ficelé, à dévorer sans tarder!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


Pour le lire en version française

mardi 2 avril 2013

L'abominable


Par Danielle Chaperon, illustré par Iris, La Courte Échelle

«Anabelle Jolicoeur et moi étions inséparables. Mais depuis l’arrivée de l’ABOMINABLE, on doit tout faire à trois, et c’est comme si je n’existais plus… À deux, c’était bien mieux… Pauvre Clara! Mais l’ABOMINABLE est-elle si… abominable?»

L'histoire toute simple, universelle presque, de l'amitié et de son tourbillon d'émotions. Danielle Chaperon a su trouver les mots, laisser parler l'enfance dans toute son intensité, son authenticité et sa joyeuse résilience. Porté par l'univers visuel bien articulé (et très rigolo!) d'Iris, le lecteur suit avec plaisir l'éclosion, l'évolution et la résolution de cette «crise classique» des tout-petits (et des plus grands, aussi, parfois!). On s'attache aux personnages, on prend parti, on complote, on espère, bref, on s'y croirait! Un album indispensable pour apaiser les bleus et les bosses de l'âme, avec une touche d'humour...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

The Monster's Monster

Écrit et illustré par Patrick McDonnell, Little, Brown Books for Young Readers

«Once upon a time, there were three little rascals who thought they were the BIGGEST, BADDEST monsters around. But when they decide to build a huge monster of their own, he isn't exactly what the creatures were expecting. He's happy. He giggles. He's just grateful to be alive. And he has a lesson for his grouchy creators that only takes two little words.»

Un opuscule exquis pour tous les «vrais» petits monstres de ce monde! Patrick McDonnell bricole une aventure mémorable, menée de main de monstre (!) par un quatuor de personnages au charme indéniable malgré leur apparence dégoûtante, euh, déroutante! Cette historiette simple comme tout comporte, il faut bien l'admettre, une morale peu subtile à la toute fin, maaaaaais la narration est si cocasse et sympathique, et l'univers visuel absolument délectable qu'on en oublie presque les miettes de pédagogie maladroite...! Promis! Un album hilarant qui vous fera frissonner... de rire!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

The Sandman


Écrit et illustré par William Joyce, Atheneum Books for Young Readers, The Guardians of Childhood 2

«One foggy night, the Man in the Moon has a startling thought: when the moon is less than full and bright, who will keep children safe at night? He needs a backup plan! Or a backup Guardian, as it were. His keen eye falls upon a sleepy little fellow living on a sleepy little island who is a sweet-dreamer extraordinaire. Since good dreams always trump bad ones, this means Pitch, the Nightmare King, will be further thwarted in his nefarious quest to terrorize children. Indeed, Sanderson Mansnoozie seems the perfect choice. But there are two problems. Firstly, given that Sandy has never had a bad dream, how can MiM convince him how important this new role is to the happy-being of children everywhere? And secondly, how can MiM keep this snoozy ally awake long enough to help?»

Deuxième partie d'une chronique onirique envoûtante, celle des Guardians of Childhood, cet album vogue dans les mêmes eaux que sa genèse: un tendre voyage dans un univers pas si lointain, au coeur d'un imaginaire riche, guidé par une narration habilement évocatrice. William Joyce réussit donc à faire rêver, encore et toujours, par le biais de cette relecture vibrante des mythes de l'enfance. Son univers visuel tout doux, à la palette planante, caresse l'imagination avec finesse. Un album dans lequel on aimerait se lover, aux côtés du Sandman, par une journée grisonnante et pluvieuse, une journée aux mille rêveries...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

Zzzut!


Par Alain M. Bergeron, illustré par Samuel Parent, Soulières, Ma petite vache a mal aux pattes, Dominic

«Dominic doit faire une présentation orale devant la classe. Il connaît son texte par coeur, il l’a répété à voix haute avec des intonations et des gestes. Mais pourquoi ne veut-il plus sortir des toilettes? Nervosité, blanc de mémoire, trouille? Non. C’est tout simplement à cause de… Zzzut de Zzzut! Quand c’est coincé, c’est coincé…»

Un petit bonheur littéraire découvert il y a des années, et dont je ne me lasse pas; désopilant à souhait, c'est un indiscutable classique. Alain M. Bergeron tricote de sa plume agile et cocasse une savoureuse (més)aventure pour l'inénarrable Dominic. Comme à son habitude, il sait faire parler l'enfance, ses montagnes russes d'émotions en vrac, ce regard candide et vrai sur la vie, et ces petits bijoux de situations singulières où l'imprévu, l'improbable et l'inopiné pimentent joyeusement le quotidien avec un humour et aplomb. Un pur moment de délice à déguster en famille...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★