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vendredi 5 avril 2013

La petite fille en rouge


Par Aaron Frisch, histoire et illustrations par Roberto Innocenti, Gallimard Jeunesse

«Sophia réside près d'une forêt de béton et de briques. Pour aller chez sa grand-mère, elle doit traverser le Bois, un endroit magique qui se trouve être un immense centre commercial. Étourdie par cet univers, elle se perd. Un chasseur se présente à elle sur une moto noire. Une adaptation du "Petit Chaperon rouge" présentée avec deux fins, l'une tragique l'autre heureuse.»

Relecture très urbaine et crue du séculaire conte classique: c'est le Petit Chaperon Rouge des villes (ou des cités plutôt, pour être plus dans le ton). Attention aux âmes impressionnables et aux coeurs sensibles: Aaron Frisch et Roberto Innocenti ne font pas dans la dentelle! La plume de Frisch, déroutante de candeur, retrace le trajet désormais célèbre de la jeune fille au capuchon écarlate, s'éloignant très peu de l'histoire traditionnelle, laissant seulement s'épanouir le conte à travers une langue plus moderne, une structure plus contemporaine. Or, ce qui cause un choc certain, c'est la superposition de cette trame narrative relativement conventionnelle à l'univers visuel de Roberto Innocenti, touffu, hyperréaliste et d'une éloquence sans pitié. Innocenti dépeint le monde de la «petite fille en rouge» sans mettre de gants blancs. Il court-circuite l'apparente innocence de la plume de Frisch en imposant au lecteur l'envers des contes de fées: il éradique le bucolique et transfert l'action dans un monde sombre, dur, qui ne pardonne pas, un monde dont l'inexorable réalité ne permet pas de rêver. Et bien sûr, tout finit dans les larmes. Comme dans la version originale du conte de Perrault et de Grimm. Il y a bien cette fin alternative, hollywoodienne, qui tente de réparer les pots cassés, mais après une telle descente aux enfers, le lecteur ne peut plus croire au prince charmant. Petit bémol concernant la mise en page: l'idée de mettre le texte sur fond coloré et rectangulaire, tout en réduisant la dimension des illustrations de Roberto Innocenti (qui pourtant gagneraient à être mises en valeur étant donné leur foisonnement de détails) n'est pas très judicieuse. Toutefois, mis à part cette petite réserve de conception graphique, cet album chamboulant mérite définitivement qu'on s'y attarde. Public averti cependant.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆



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