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jeudi 31 décembre 2015

Le dernier arbre

Par Ingrid Chabbert, illustré par Guridi, chez Frimousse, collection Maxi Boum.
Quatrième de couverture:
«Lorsque je découvre le tout dernier arbre, si petit et si fragile, je sais tout de suite que je dois le protéger...»

Quand la grisaille du béton fait taire la verdure, l’enfance n’a plus beaucoup de place pour rêver. Et si on pouvait reconstruire les possibles un arbre à la fois? D’une plume tout en justesse et en sobriété, Ingrid Chabbert sait dire la suprématie du bitume et la fragilité de la flore, en laissant la jeunesse toute neuve exprimer sagement, du haut de son implacable logique de l’essentiel, l’urgence d’agir. S’épanouissant tout en demi-teintes, à travers l’éloquence feutrée de l’audacieuse palette de Guridi, cet album souligne avec finesse et simplicité l’inertie d’une humanité qui joue à l’autruche, faisant mine de ne pas voir le coût réel de son développement industriel intempestif. Une sublime et touchante bouffée de lucidité à mijoter en famille pour secouer les consciences endormies.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

jeudi 17 décembre 2015

La femme qui fuit

Par Anaïs Barbeau-Lavalette, chez Marchand de feuilles
Quatrième de couverture:
«Anaïs Barbeau-Lavalette n'a pas connu la mère de sa mère. De sa vie, elle ne savait que très peu de choses. Cette femme s'appelait Suzanne. En 1948, elle est aux côtés de Borduas, Gauvreau et Riopelle quand ils signent le Refus Global. Avec Barbeau, elle fonde une famille. Mais très tôt, elle abandonne ses deux enfants. Pour toujours. Afin de remonter le cours de la vie de cette femme à la fois révoltée et révoltante, l'auteur a engagé une détective privée. Les petites et grandes découvertes n'allaient pas tarder. Enfance les pieds dans la boue, bataille contre les petits Anglais, éprise d'un directeur de conscience, fugue vers Montréal, frénésie artistique des Automatistes, romances folles en Europe, combats au sein des mouvements noirs de l'Amérique en colère; elle fut arracheuse de pissenlits en Ontario, postière en Gaspésie, peintre, poète, amoureuse, amante, dévorante... et fantôme. La femme qui fuit est l'aventure d'une femme explosive, une femme volcan, une femme funambule, restée en marge de l'histoire, qui traversa librement le siècle et ses tempêtes. Pour l'auteur, c'est aussi une adresse, directe et sans fard, à celle qui blessa sa mère à jamais.»

«Être, ou ne pas être?»: question essentielle, fondamentale, humaine. Être soi, exister, ou se fondre, céder sa place. Être, haut et fort, envers et contre tout, envers et contre tous, ou s’éteindre sagement dans le ronronnement aliénant de l’attendu. Mourir comme on prend racine, ou poursuivre, sans regarder en arrière, une liberté insaisissable. C'est l'histoire de Suzanne, et de sa fuite généalogique et artistique: son histoire avec un petit et un grand «H». D’une plume fine et juste, directe, impitoyable, Anaïs Barbeau-Lavalette retricote la vie de cette grand-mère qui a refusé d’en être une, révélant par petites touches, tout en simplicité et en authenticité, un tourbillon d’existence, un chaos de chaque instant. Travestissant habilement le réel en lui faisant donner la parole aux errances d’une âme terrée dans le mouvement perpétuel, narrant sans juger, mais sans pitié, du regard curieux de celle qui cherche à comprendre, elle sait faire parler le mutisme déterminé, révéler l’ineffable. Opus touffu qui chamboule les perceptions, piétine les oeillères, et témoin astucieux d’une époque où bouillonnaient, indomptables, la création à l’état brut, l’art rugueux de la spontanéité, et les semis d’une révolution en devenir, c'est un plongeon de l’autre côté du miroir dont on ne ressort pas indemne, et qui dévoile l’humain comme jamais, dans le vertige terrifiant et l'étrange fascination de ses failles et de ses élans.

«Parce que je suis en partie constituée de ton départ. Ton absence fait partie de moi, elle m’a aussi fabriquée. Tu es celle à qui je dois cette eau trouble qui abreuve mes racines, multiples et profondes. Ainsi, tu dois continuer d’exister. Dans ma soif inaltérable d’aimer. Et dans ce besoin d’être libre, comme une nécessité extrême. Mais libre avec eux. Je suis libre ensemble, moi.» (Extrait de «La femme qui fuit»)



Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

lundi 14 décembre 2015

Les carnets de Cerise 3 - Le dernier des cinq trésors

Scénario de Joris Chamblain, et dessins d'Aurélie Neyret, Éditions Soleil, Métamorphose, Carnets de Cerise t.3

Quatrième de couverture:
«Cerise est une petite fille âgée de onze ans, qui vit seule avec sa mère. Elle rêve de devenir romancière, et a même déjà commencé à écrire ses carnets! Son sujet favori : les gens, et plus particulièrement, les adultes. Elle adore les observer pour tenter de deviner quels secrets ils dissimulent au fond d'eux.
Cette fois, elle s'intéresse à Sandra. Son atelier de reliure regorge d'ouvrages anciens. Mais il en est un qu'elle n'a jamais réparé. Pourquoi? Savait-elle seulement qu'il était là? Et quels sont ces cinq trésors liés à la vie de la jeune femme? Cerise, Line et Erica vont suivre ensemble ce jeu de piste, cette enquête à tiroirs, pour tenter de rendre à Sandra ce qu'elle a perdu, il y a tant d'années...»

La mémoire est une drôle de bête: elle engrange les souvenirs, les trie, les classe, les enfouit aux confins de la conscience et les fait ressurgir sans crier gare. Mais parfois, lorsque le réel chamboule tout, elle préfère se taire, laissant de grands blancs dans la ligne du Temps. C’est à ce moment que la vraie quête commence… et qui de mieux pour chasser les trésors ensevelis que la curieuse et sensible Cerise, sa plume bien pendue, et son inimitable bande d’amies! À travers une toujours aussi astucieuse alliance entre l’épistolaire et le roman graphique, le duo Chamblain/Neyret récidive, tout en finesse et en émotions, semant les indices avec agilité et faisant tomber peu à peu les masques, tenant le lecteur en haleine, coeur et âme, jusqu’à la toute dernière page. Un petit délice d’authenticité, dont l’émouvante justesse ne peut laisser indifférent. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

dimanche 13 décembre 2015

Loula et Monsieur le monstre


Écrit et illustré par Anne Villeneuve, chez Bayard Canada, Série Loula, t.3.

Quatrième de couverture:
«- J’en ai assez! Je ne peux plus vivre avec ce… ce MONSTRE! hurle sa mère.
Loula est terrifiée. Elle se doute bien qu’il est question de son chien préféré, qui est souvent un peu trop malpropre, gaffeur et gourmand… Et si sa mère décidait de jeter Monsieur, le meilleur de tous les chiens? Que ferait-elle sans lui? Loula doit absolument donner à Monsieur quelques leçons de bonnes manières avant qu’il ait de gros, GROS problèmes…»

Quand on a, comme Loula, les oreilles qui traînent, on s’expose inévitablement à des révélations-chocs. Or, cette fois, malgré toute la bonne volonté du monde, il semblerait que le sort du chien Monsieur ne tienne plus qu’à un fil… D’une plume à la candeur délicieuse et à l’humour taquin, Anne Villeneuve manigance une fois de plus une épopée mémorable, faisant pulluler les situations cocasses et les délectables coups du sort, tout en concoctant, l’air de ne pas y toucher, un adorable petit guide des bonnes manières. Un opuscule irrésistible qui fera rigoler plus d’un parent sous cape, et qui saura nous rappeler avec une taquine éloquence qu’il faut vaut mieux se méfier de l’information de seconde main!…


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩





Pour le lire en version originale

mercredi 2 décembre 2015

Les maisons

Par Fanny Britt, Le cheval d'août

Quatrième de couverture:
«Tessa, chanteuse classique convertie en courtière immobilière, vend des maisons et ne va pas bien. Elle élève trois fils qu’elle adore avec un homme qui la chérit. Dans trois jours, elle a rendez-vous avec Francis, un ancien amour qui n’a jamais guéri. Entre-temps, il y aura des visites de propriétés, des cabines d’essayage, des cours de natation, des ponts en bâtons de popsicle à livrer à l’expo-sciences de l’école, des étreintes dans la nuit, des deuils, des rappels de l’enfance, des fantômes, et la peur de vieillir dans l’amertume. Cesse-t-on un jour de désirer ce qu’on a désiré à vingt ans?»

Quand la vie ronronne, on oublie parfois la part d'ombre qui dort en chacun de nous; cette frénésie rayonnante du quotidien comme rempart contre le spleen. Or, quand le passé ressurgit sans crier gare, ça chamboule le château de cartes, ça secoue l'immuable. D'une plume simple et juste, Fanny Britt raconte, tout en douceur et en authenticité, ce vertige de l'adulte quand la jeunesse d'hier vient titiller la sage trentaine d'aujourd'hui de ses détresses d'autrefois.  Un opus audacieux qui sait dire la valse-hésitation de l'âme fragile sans tomber dans le drame, qui sait faire grincer le sourire et s'émouvoir le regard, qui sait faire à la fois espérer l'inéluctable et triompher le réel. Bref, une sublime incursion dans la logique bigarrée d'une vie qui est tout sauf prévisible.

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

lundi 23 novembre 2015

Le grand méchant renard


Scénario et dessins de Benjamin Renner, Delcourt, Shampooing

Quatrième de couverture:
« Face à un lapin idiot, un cochon jardinier, un chien paresseux et une poule caractérielle, un renard chétif tente de trouver sa place en tant que grand prédateur. Devant l'absence d'efficacité de ses méthodes, il développe une nouvelle stratégie. Sa solution : voler des oeufs, élever les poussins, les effrayer et les croquer. Mais le plan tourne au vinaigre lorsque le renard se découvre un instinct maternel. »

Il était une fois un renard un brin maladroit qui rêvait de devenir le Roi de la forêt: ce toujours craint, cet incontournable, ce terrifiant Grand Méchant Renard. Mais ne devient pas méchant et fin stratège qui veut, surtout quand l'amour vient tout chambouler les plans. Benjamin Renner tricote d'une plume à l'humour irrésistible, un scénario tout en finesse, à l'ironie coquine et aux rebondissements malicieux. On rigole tout haut, on retient son souffle, on s’inquiète, puis on sourit béatement. Une ode astucieuse et drolatique à l’inattendu et au contre-emploi, comme quoi, il faut savoir parfois se laisser bercer par l’improbable si on veut pouvoir savourer l’authenticité.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

vendredi 13 novembre 2015

Missed Connections: Love, Lost & Found


Illustré par Sophie Blackall, inspiré de textes anonymes publiés en ligne, Workman Publishing

Quatrième de couverture:
«Like a message in a bottle, a “missed connection" classified (usually posted on a website) is an attempt however far-fetched, by one stranger to reach another on the strength of a remembered glance, smile, or blue hat. The anonymous messages are hopeful and hopeless, funny and sad. […] Missed Connections is a collection of illustrated love stories. […] Each is told in the shorthand of a “missed connection,” and then illustrated in Chinese ink and watercolor. […] Each brings the voyeuristic pleasure of watching love at first sight, and the pleasure of watching an artist discover a fresh new way to tell a story. And not all the connections are missed. Hidden in the book are three pieces that conjure up the magic of love found.»

La vie foisonne d'opportunités. Celles qu'on attendait, celles qu'on n'espérait plus, mais surtout, les impromptues, les surprenantes, celles portées par un momentum vertigineux, à saisir au vol. Or, plus souvent qu'autrement, on laisse filer les heureux hasards. Par timidité, par sagesse, par peur de plonger dans l'inconnu. S'ensuit parfois le regret de n'avoir pas chatouillé le Destin; regrets qui, résignés ou encore bien remplis d'espoir, viennent peupler les Missed Connections, Spotted et autres babillards de la dernière chance. Né d'une curiosité créative, ce recueil singulier s’épanouit audacieusement à travers le regard tendre de Sophie Blackall, porté par ses traits au romantisme échevelé, à la sensibilité coquine, et voguant sur les mots de ces fascinants rendez-vous manqués. Avec finesse et justesse, Sophie Blackall rebondit de prémisses en péripéties, racontant avec éloquence, en quelques magiques coups de crayon, ces histoires sans fin, et évoquant habilement leurs possibles. Un opus sublime qui titille malicieusement la soif inextinguible du lecteur pour cette suite des choses qui, parfois, comme le prince charmant, tarde à venir.

« You had a guitar. I had a blue hat.
We exchanged glances and smiles on the subway platform. I pretended to read my New Yorker but I couldn't concentrate. You got on the Q and I stayed on to wait for the B. You were lovely. »


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

lundi 9 novembre 2015

Le jour où ma mère a flashé sur le plombier/ Le jour où un tétard a failli mettre le bazar (Un toit pour 13)


Par Ingrid Chabbert, illustré par Carine Hinder, Frimousse, Un toit pour 13, tomes 1 et 2

Quatrième de couverture:
« Je suis Romuald mais on me surnomme Romu. J'ai 8 ans et je vis avec ma mère et mes quatre frères et soeurs. Tout allait bien. Jusqu'au jour où il y a eu cette fuite. "Il faut appeler un plombier" a crié ma mère. Et c'est là que ça s'est gâté! Moins d'une heure plus tard, il est arrivé, le plombier. Il a souri à maman, il a réparé la fuite, il a encore souri à maman... »

Être le presque aîné d’une joyeuse fratrie de cinq génère son lot de grincements de dents et de petits bonheurs, mais quand la famille menace de passer de nombreuse à gargantuesque, Romuald en a assez: il lui faut impérativement tout faire pour éviter le surpeuplement. Avec l’improbable mais précieuse complicité de Joséphine, sa «nouvelle soeur» et acolyte de complot-contre-une-alliance-des-deux-tribus, rien ne semble impossible, mais à quel prix…? Tricotant malicieusement une cocasse saga familiale, Ingrid Chabbert sait dire le sympathique chaos des familles populeuses, ce mélange singulier de connivence filiale, de bataille pour conserver son unicité dans le brouhaha bruyant du clan, et d’amour inconditionnel pouvant braver les pires tempêtes. Portée par une irrésistible brochette de personnages, et relancée astucieusement par l’univers visuel à la palette franche et expressive de Carine Hinder, cette série hors normes s’annonce délicieusement rocambolesque et fera rigoler à coup sûr toute la famille, nombreuse ou non.

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

dimanche 1 novembre 2015

Le printemps de l'espoir


Par Johan Heliot, Gulf Stream, C.I.E.L. tome 2

Quatrième de couverture:
«L'hiver s'achevait, un hiver rude pendant lequel l'intelligence artificielle avait révélé ses intentions : supprimer l'humanité pour sauver la planète. Les hommes étaient traqués, capturés, emprisonnés, exploités, déportés... Avec le printemps naissaient pourtant de nouveaux espoirs portés par des hommes et des femmes qui ne se résignaient pas. Mais défier les machines avait un prix, et tous ceux qui en prenaient le risque ne devaient pas oublier l'injonction de l'ennemi : "Collaborez ou disparaissez!"»

Après un hiver accablant sous la coupe d'un implacable C.I.E.L. reprogrammant de force l'équilibre fragile de l'écosystème terrestre à grands coups de mesures draconiennes et d'éradication systématique des libertés et des droits, la société a basculé de l'autre côté du miroir: les humains sont désormais des exécutants remplaçables et sans valeur, au service de la dictature écologique et de la logique cartésienne de l'Intelligence Artificielle. Si, pour la plupart, courber l'échine et attendre la lente mais inexorable extinction de leur espèce semble la seule avenue envisageable, le printemps qui point à l'horizon chatouille l'espoir anéanti et fait heureusement gronder la révolte chez quelques irréductibles. D’une plume toujours aussi juste, Johan Heliot tricote une suite effrénée à ce terrifiant futur pas si lointain, faisant valser habilement le probable avec le possible dans un grinçant ballet, et triompher avec audace et adresse les dérives potentielles d’une intelligence technologique nourrie à même les aspirations les plus radicales de humanité. Un opus on ne peut plus troublant qui porte un regard pénétrant et adroit sur l’humain, ses failles, sa résilience, et sur ce qui devrait toujours continuer à le distinguer des machines: sa précieuse intelligence émotionnelle. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

mardi 20 octobre 2015

Mon amoureux de la lune


Par Agnès de Lestrade, illustré par Amandine Laprun, Oskar, Collection Ottokar

Quatrième de couverture:
«Dans la maison de vacances d'à côté, Paola aperçoit une silhouette habillée en cosmonaute. Derrière cette drôle de tenue se cache Léandro. Si le petit garçon est obligé de porter cette combinaison, c'est parce que sa peau ne supporte pas la lumière du jour et encore moins le soleil. La fillette, un brin curieuse, ne se doute pas encore que cette rencontre va bouleverser sa vie...»

On dit que l’amour fait rayonner de bonheur, et que la lune est la complice parfaite des coups de foudre inattendus. Et si, par amour, il fallait embrasser la nuit et faire taire le soleil? C’est ce que Paola découvrira sans crier gare, au gré d’une rencontre délicieusement improbable, qui chamboulera tout sur son passage. D’une plume toute en douceur et en authenticité, Agnès de Lestrade tricote un de ces inoubliables clins d’oeil du Destin qui marquent l’enfance d’un frisson d’éternité. Un opuscule simple et juste qui sait dire l’essentiel et faire sourire l’âme.

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩