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lundi 15 avril 2013

How to Live Forever


Écrit et illustré par Colin Thompson, Knopf

«There is a library with endless shelves, containing every books ever written. At night the selves come to life. Doors and windows appear on the books, lights come on, and the sounds of the people living there drift out between the pages. In the dead of night this library becomes a teeming city in miniature. One night a young boy who resides with his family in a cookbook stumbles upon a long-lost library card for a book titled How to Live Forever. But the book is missing from its place on the shelf. The boy sets off to find it - and the secret of immortality.»

Quête singulière au coeur d'une bibliothèque rarissime, bourdonnante de vie et de sentes cachées. Dès la première page, Colin Thompson plonge le lecteur dans un univers visuel touffu, aux traits agiles, à la composition riche et éloquente, et à l'humour délectable. Çà et là, au fil des illustrations, des possibles à foison, le dévoilement habile, sous les yeux ravis du lecteur, d'un monde secret, partie intégrante et mystérieuse de cette bibliothèque inusitée se révoltant à sa façon contre l'existence sage et linéaire qu'on lui attribue habituellement. Et bien sûr, la délicieuse aventure de Peter et son chat, farfelue mais essentielle, portée par la curiosité séculaire et la soif inextinguible de l'humain pour l'immortalité. Un opus fascinant et saugrenu, réflexion sublime sur la valeur du Temps qui passe.

Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★


Pour le lire en version française

dimanche 14 avril 2013

Ish


Par Peter H. Reynolds, Candlewick Press, Creatrilogy

«Ramon loved to draw. Anytime. Anything. Anywhere. Drawing is what Ramon does. It¹s what makes him happy. But in one split second, all that changes. A single reckless remark by Ramon's older brother, Leon, turns Ramon's carefree sketches into joyless struggles. Luckily for Ramon, though, his little sister, Marisol, sees the world differently. She opens his eyes to something a lot more valuable than getting things just "right." Combining the spareness of fable with the potency of parable, Peter Reynolds shines a bright beam of light on the need to kindle and tend our creative flames with care.»

Une ode tendre et juste à la créativité qui bouillonne en nous. Peter H. Reynolds propose l'histoire simple, mais bouleversante, de l'unicité de chacun, et de son incroyable vulnérabilité. De sa plume fine, habile, jouant amoureusement avec les mots, et à travers un univers visuel joyeusement ébouriffé, il esquisse un portrait de l'artiste, de la naissance de cette petite flamme qui brûle en lui, et de tous ces éteignoirs qui menacent son intégrité. Un album d'une éloquente sensibilité, éloge de la candeur de l'enfance, de l'authenticité de l'âme. Comme quoi, la poésie est partout; il suffit d'enlever ses oeillères...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


Pour le lire en version française
(épuisé en Amérique du Nord... visez les bibliothèques!)

mercredi 10 avril 2013

La corde à linge


Par Max Férandon, La Bagnole

«Dans un petit village français épargné par le progrès, Juliet et Liam vont chambouler les traditions en faisant circuler Internet dans... une corde à linge! L'entreprise est de taille. C'est avec un nouvel ami et un vieux tracteur muni d'une roue de manège qu'ils prendront la route. Ils seront alors entraînés bien plus loin que prévu, dans une dimension qu'on croyait inaccessible : le passé.»

Un roman étrange et doux, sorte de bouquet de mots fleurant bon la campagne et le Temps qui s'attarde. Max Férandon souffle au lecteur une quête délicieusement saugrenue, à mi-chemin entre le vrai et le possible. Sa plume tendre et virevoltante chuchote au lecteur la vie, indomptable, imprévisible, incroyable même parfois. L'intrigue, joyeusement malicieuse, enchante et déroute, entraînant le lecteur dans une aventure singulière, onirique presque; Don Quichotte s'y serait sûrement plu, en compagnie de Liam et M. Michel, disparate duo de «chasseurs de passé», croisant un monastique moulin hors d'usage et chevauchant Zitor, la rutilante «Rossinante» des temps modernes. Un opus inénarrable et sans âge qui donne le goût de filer à travers champs pour tenter de saisir ses rêves au vol...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 

mardi 9 avril 2013

Encore des questions? L'album de l'album


Par Yann Fastier, L'atelier du poisson soluble

«Fruit de quinze années de rencontres avec des classes, ce projet propose une approche inédite de la conception et de la fabrication de l’album, en tant que livre illustré pour enfants.»

Un documentaire délicieusement déjanté qui cerne avec justesse, concision, et beaucoup d'humour, la nature de l'album pour enfants. Yann Fastier mise sur une narration dynamique, à plusieurs voix, où le texte et l'image interagissent de concert; tantôt informative, tantôt totalement hilarante, la narration interpelle le lecteur sans cesse, lui confiant son savoir et en faisant son complice (par l'intermédiaire, entres autres, de l'univers visuel qui parfois raconte sa part de l'histoire, sans dire un mot). J'ai eu un coup de coeur pour les personnages des enfants, authentiques et candides, évoluant dans la «narration visuelle» de l'album: plus particulièrement pour le personnage du petit mon-père-est-meilleur-que-toi, insupportable de suffisance et d'ignorance, mais totalement attachant, tout compte fait. Ces personnages, joyeusement archétypaux, relancent la «discussion» de l'auteur avec le lecteur, exprimant tout haut ce que ce dernier pense peut-être tout bas. Un opus hybride et audacieux, donc, qui secoue les repères empoussiérés des documentaires traditionnels et s'impose comme un incontournable de l'apprentissage.  Vous n'en aurez jamais autant découvert en riant aux éclats!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 


lundi 8 avril 2013

Maria Chapdelaine



Par Louis Hémon, adapté par Jennifer Tremblay, illustré par Francesc Rovira, La Bagnole

«Maria Chapdelaine a grandi dans un pays où le froid est maître de toutes choses. Si l'été passe parfois, c'est seulement pour rappeler à quel point l'hiver est terrible. Dans son coeur de jeune fille, Maria garde le secret d'un amour véritable pour François Paradis, un coureur des bois courageux qui a promis de revenir auprès d'elle au printemps. Mais la rigueur du pays aura raison du courage du jeune homme. La belle Maria, si forte et si exemplaire, devra faire un choix déchirant : partir loin de sa famille et connaître enfin une existence plus facile, ou rester auprès des siens et donner sa vie à cette terre qui l'a vue naître et l'a nourrie?»

Adaptation habile et rafraîchissante de ce mémorable classique du terroir. Travaillant directement à partir du texte original de Louis Hémon, Jennifer Tremblay sait en faire disparaître astucieusement les passages un brin arides, proposant ainsi une narration plus directe, sans toutefois sacrifier la richesse et la complexité de la plume de l'auteur. Quant à l'univers visuel tendrement ébouriffé de Francesc Rovira, il insuffle une délicieuse (et salutaire!) bouffée d'humanité à cette rude et vertueuse réalité d'autrefois, permettant aux lecteurs d'aujourd'hui de se sentir interpellés malgré le contexte historique plutôt austère. Une cure de rajeunissement juste, intelligente et savoureuse qui permettra à toute la famille de découvrir cet incontournable du paysage littéraire québécois.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


Margot


Par Fanny Robin, illustré par Delphine Vaute, L'atelier du poisson soluble

«Un album qui rompt délicatement le silence et laisse libre la parole, contrairement à celle de Margot qui aurait tant dû être entendue.»

Un petit morceau de silence. Un silence bouillonnant d'émotions, et de secrets, et de cris muets appelant à l'aide. Fanny Robin et Delphine Vaute murmurent de concert l'histoire de Margot, et des autres. De ceux qui n'ont pas su, maladroitement, entendre sa détresse entre les lignes, mais aussi, surtout, de ceux qui, en la brisant, lui ont fait rêver du fond de l'eau. Voguant au rythme d'une narration feutrée sachant se faire toute petite pour céder la place au non-dit, et vibrant avec éloquence à travers un univers visuel remuant, à la palette candide et à l'habile pouvoir évocateur, cette histoire singulière chamboule tout sur son passage. Un plongeon fin et sensible, mais aussi terrible et impitoyable, de l'autre côté de l'enfance.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


dimanche 7 avril 2013

Horten's Miraculous Mechanisms: Magic, Mystery, & a Very Strange Adventure


Par Lissa Evans, Sterling Children's Books, Stuart Horten 1

«As if being small and having S. Horten as his name isn't bad enough, now 10-year-old Stuart is forced to move far away from all his friends. But on his very first day in his new home, Stuart's swept up in an extraordinary adventure: the quest to find his great-uncle Tony - a famous magician who literally disappeared off the face of the earth - and Tony's marvelous, long-lost workshop. Along the way, Stuart reluctantly accepts help from the annoying triplets next door... and encounters trouble from another magician who's also desperate to get hold of Tony's treasures.»

Une aventure intrigante et mystérieuse, toute en stratagèmes et en poudre aux yeux. Lissa Evans tricote habilement une intrigue enlevante, multipliant les obstacles avec brio, triturant l'ordre chronologique, farfouillant dans le passé et surprenant le lecteur au détour des chapitres, de sa plume malicieuse et cocasse. Si l'inventivité de sa narration et la richesse de son imaginaire sont remarquables, c'est sa galerie de personnages délicieusement déroutants mais indiscutablement attachants qui m'a charmée dès la première ligne. Une épopée sublime, fourmillant d'imprévus, qui ravira à coup sûr!

(Ah, je ne peux pas résister... Voici un petit extrait, le tout début du premier chapitre en fait, pour vous mettre en appétit: "Stuart Horten was small for his age—the smallest boy in his grade at school—and both his parents were very tall, which meant that when he stood next to them he looked about the size of an ant. As well as being tall and quite old (especially his father), his parents were extremely clever people. But clever people aren’t always sensible. A sensible person would never give their child a name that could be written down as S. Horten. A sensible person would realize that anyone called S. Horten would instantly be nicknamed “Shorten,” even by his friends. And Stuart had quite a lot of friends. He also had a bike with eight gears, a yard with a tree house and a large and muddy pond. Life was pretty good.")


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 

vendredi 5 avril 2013

La petite fille en rouge


Par Aaron Frisch, histoire et illustrations par Roberto Innocenti, Gallimard Jeunesse

«Sophia réside près d'une forêt de béton et de briques. Pour aller chez sa grand-mère, elle doit traverser le Bois, un endroit magique qui se trouve être un immense centre commercial. Étourdie par cet univers, elle se perd. Un chasseur se présente à elle sur une moto noire. Une adaptation du "Petit Chaperon rouge" présentée avec deux fins, l'une tragique l'autre heureuse.»

Relecture très urbaine et crue du séculaire conte classique: c'est le Petit Chaperon Rouge des villes (ou des cités plutôt, pour être plus dans le ton). Attention aux âmes impressionnables et aux coeurs sensibles: Aaron Frisch et Roberto Innocenti ne font pas dans la dentelle! La plume de Frisch, déroutante de candeur, retrace le trajet désormais célèbre de la jeune fille au capuchon écarlate, s'éloignant très peu de l'histoire traditionnelle, laissant seulement s'épanouir le conte à travers une langue plus moderne, une structure plus contemporaine. Or, ce qui cause un choc certain, c'est la superposition de cette trame narrative relativement conventionnelle à l'univers visuel de Roberto Innocenti, touffu, hyperréaliste et d'une éloquence sans pitié. Innocenti dépeint le monde de la «petite fille en rouge» sans mettre de gants blancs. Il court-circuite l'apparente innocence de la plume de Frisch en imposant au lecteur l'envers des contes de fées: il éradique le bucolique et transfert l'action dans un monde sombre, dur, qui ne pardonne pas, un monde dont l'inexorable réalité ne permet pas de rêver. Et bien sûr, tout finit dans les larmes. Comme dans la version originale du conte de Perrault et de Grimm. Il y a bien cette fin alternative, hollywoodienne, qui tente de réparer les pots cassés, mais après une telle descente aux enfers, le lecteur ne peut plus croire au prince charmant. Petit bémol concernant la mise en page: l'idée de mettre le texte sur fond coloré et rectangulaire, tout en réduisant la dimension des illustrations de Roberto Innocenti (qui pourtant gagneraient à être mises en valeur étant donné leur foisonnement de détails) n'est pas très judicieuse. Toutefois, mis à part cette petite réserve de conception graphique, cet album chamboulant mérite définitivement qu'on s'y attarde. Public averti cependant.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆



La Fugue


Par Pascal Blanchet, La Pastèque

«En hommage à ses grands-parents zazous et jazzophiles, Pascal Blanchet a mis leur vie en images avec un sens inégalé du rythme. À travers les souvenirs d’un pianiste de jazz, c’est l’histoire d’une génération qui est finalement racontée. La génération sacrifiée par la Seconde Guerre mondiale, récompensée par les trente glorieuses et qui, aujourd’hui, s’éteint sans bruit.»

Petit opus singulier, doux et bouleversant, sur le Temps qui passe, le Temps qui fuit, le Temps qui donne sans se priver et qui reprend sans crier gare. Pascal Blanchet entraîne le lecteur dans une ballade silencieuse où l'univers visuel mène le bal, éloquent, fascinant, maniant avec virtuosité l'ombre et la lumière, narrant les années qui s'égrainent, inexorablement, avec une sensibilité infinie et une éloquence émouvante. Un voyage au coeur de la musique et du silence, où s'épanouit l'humain, dans toute sa fougue et sa fragilité. Un délice troublant...

Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

They Came to Baghdad



Par Agatha Christie, Harper Collins

«Baghdad is holding a secret superpower summit, but the word is out, and an underground organization in the Middle East is plotting to sabotage the talks. Into this explosive situation appears Victoria Jones, a young woman with a yearning for adventure who gets more than she bargains for when a wounded spy dies in her hotel room. The only man who can save the summit is dead. Can Victoria make sense of his dying words: Lucifer, Basrah, Lefarge...»

Un haletant petit voyage au Moyen-Orient du milieu du XXe siècle. Agatha Christie plonge le lecteur en plein tumulte politique, lui faisant emprunter les voies riches en rebondissements et vibrantes de danger des services secrets. On s'attache rapidement à la désinvolte Victoria Jones, agente amateure et impromptue, à son aplomb candide et sa vivacité d'esprit salutaire sans lesquels la vie de l'humanité ne tiendrait qu'à un fil (incluant la sienne, de vie!). Un bon petit roman d'espionnage bien ficelé, à dévorer sans tarder!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


Pour le lire en version française