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jeudi 14 juillet 2016

Dépourvu


Par Victoria Grondin, chez Hurtubise.
Quatrième de couverture:
«Imaginez un instant un univers où les rôles sont inversés. L'intégralité de la population est née avec un trouble du spectre de l'autisme. La société est parfaitement organisée, conçue en fonction des besoins de ses individus. Ensuite, il y a vous, tout petit vous, qui venez au monde. Vous êtes, dans notre monde à nous, parfaitement normal. Par contre, dans cette histoire, vous êtes handicapé. Un cas lourd, difficile à encadrer. C'est le monde à l'envers. C'est la réalité compliquée de Guillaume, jusqu'à ce qu'il fasse la rencontre de Grace, la seule personne en mesure de le comprendre.»
Dans un monde tout près du nôtre, où la norme est d’être prévisible, constant et efficient, où l’avenir se construit sur l’acquisition et l’assimilation de notions quantifiables, et où la clarté et l’univocité sont célébrées unilatéralement, l’unicité est la pire tare qui soit. Et si, pourtant, cette spontanéité distinctive, cette part d’inexplicable, était en fait ce qui rendait l’humain si fascinant? D’une plume audacieuse et sensible, Victoria Grondin ose raconter l’envers de notre société discriminante actuelle, faisant de l’exception la règle, et de la norme une différence incurable. Dérangeant astucieusement les idées préconçues, et plongeant le lecteur de l’autre côté du miroir déformant des préjugés, elle sait dire l’essentiel: l’attirance d’une âme vers une autre est tout sauf rationnelle. Effleurant peut-être un peu trop vite la prémisse prometteuse d’une réalité où la différence est reine, cet opuscule chamboulant fait malgré tout tomber les oeillères avec fracas, évitant avec adresse la tentation d’une chute édulcorée.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

La poudre d'escampette


Scénario et dessins de Chloé Cruchaudet, collection Les enfants gâtés, chez Delcourt.
Quatrième de couverture:
«Paul vient de déménager, il ne connaît encore personne. Ce matin-là, alors qu'il promène sa chienne Paulette, il fait une drôle de rencontre. Boulon et sa bande de bricoleurs géniaux sont prêts à embarquer sur leur "palace flottant", un radeau aménagé qu'ils ont entièrement construit eux-mêmes. Paul va-t-il prendre la poudre d'escampette et partir avec eux?»
Quand on vient de l’Ailleurs, c’est toujours un peu difficile de se dénicher une petite place dans l’Ici: l’Enfance a souvent sa propre façon de protéger son «territoire» de l’Inconnu et de ses mystères. Et si, cette fois, Paul, venu d’Ailleurs avec ses désirs d’un nouveau Ici, était en fait exactement ce qu’il manquait à l’Enfance pour partir enfin à l’aventure? D’une voix toute simple, à la verve rigolote, et à la palette tendrement ébouriffée, Chloé Cruchaudet raconte l’histoire farfelue d’une odyssée joyeusement déjantée. Avec sa bande de personnages tous plus attachants et loufoques les uns que les autres, cette BD fleure bon l’essentiel et l’imaginaire. Un petit bijou à mettre entre les mains de tous les futurs navigateurs au long cours…


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

mercredi 13 juillet 2016

Mermaid Project, tomes 1 à 4


Scénario de Léo et Corinne Jamar, dessins de Fred Simon, série Mermaid Project tomes 1 à 4, chez Dargaud.
Résumé de l'éditeur (premier tome):
«(…) Mermaid Project, nous entraîne sur les pas de l'inspecteur Romane Pennac. Celle-ci se voit confier des enquêtes sans intérêt jusqu'au jour où un couple vient la voir pour lui parler du décès de leur fille dont le corps a, en outre, disparu. La jeune fille travaillait à New York pour la société Algapower, une entreprise spécialisée dans la production de méthane (un substitut au pétrole, devenu rare) qui procède à des manipulations génétiques sur des algues afin d'en tirer de l'énergie. Romane, dont le frère travaille pour Algapower, réussit à convaincre son chef d'aller enquêter à New York. Sur place, elle découvre que les activités de la société ne se limitent pas à la production énergétique et que leurs expériences vont bien plus loin que l'imaginable...»

Dans un futur probable, où l’inéluctable balancier de l’Histoire aurait fait basculer l’ordre des choses entre les grandes puissances mondiales, rebrassant sans ménagement l’échiquier des classes sociales et de la diversité culturelle, et où l’humain aurait finalement cédé un peu de son confort pour une utilisation plus intelligente des ressources naturelles, le trio Léo-Jamar-Simon tricote avec ingéniosité une enlevante enquête écologico-policière. Sachant faire s’entrelacer habilement le Bien et le Mal, naviguant audacieusement dans les eaux troubles de la morale, cette délicieuse série confronte hardiment le lecteur, remettant l’essentiel en perspective et devisant avec une justesse implacable de la logique terriblement humaine voulant que la fin justifie les moyens, aussi déviants ces derniers puissent-ils être. Un petit bijou inquiétant, à l’intelligence chamboulante.





Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮  ✮ 

lundi 11 juillet 2016

Jane and the Waterloo Map


Par Stephanie Barron, série Jane Austen t.13, chez Soho Press.
Résumé de l'éditeur:
«November, 1815. The Battle of Waterloo has come and gone, leaving the British economy in shreds; Henry Austen, high-flying banker, is about to declare bankruptcy—dragging several of his brothers down with him. The crisis destroys Henry’s health, and Jane flies to his London bedside, believing him to be dying. While she’s there, the chaplain to His Royal Highness the Prince Regent invites Jane to tour Carlton House, the Prince’s fabulous London home. The chaplain is a fan of Jane’s books, and during the tour he suggests she dedicate her next novel—Emma—to HRH, whom she despises. However, before she can speak to HRH, Jane stumbles upon a body—sprawled on the carpet in the Regent’s library. The dying man, Colonel MacFarland, was a cavalry hero and a friend of Wellington’s. He utters a single failing phrase: "Waterloo map"… and Jane is on the hunt for a treasure of incalculable value and a killer of considerable cunning.»

Et si Jane Austen n’était pas seulement une auteure à la prose incontournable? Et si, à l’époque, sa verve malicieuse et son esprit vif l’avait plongée, souvent malgré elle, au coeur de véritables et inextricables intrigues? Et si tout ce silence biographique était présent à dessein, gardant volontairement dans l’ombre son rôle d’enquêteuse ponctuelle? D’une plume toujours aussi fine et juste, Stephanie Barron sort de ses «archives» un autre troublant mystère n’attendant que l’intelligence de Jane Austen pour être résolu, réécrivant ainsi entre les lignes, avec aplomb et rigueur, l’histoire de ce monument de la littérature. Un opus enlevant, faisant habilement s'entrelacer fiction et réalité, valser l'authentique avec le plausible, remettant ainsi en perspective l’apparente tranquillité d’un passé qu’on croyait sans aspérités. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮




mercredi 6 juillet 2016

Rose à petits pois


Par Amélie Callot, illustré par Geneviève Godbout, chez La Pastèque.

Quatrième de couverture:
«Quand il fait beau, Adèle sourit, elle sifflote, elle chante à tue-tête, elle ouvre les fenêtres et laisse la porte ouverte.  Mais dès qu'il pleut, Adèle reste enfermée. Elle n'y peut rien, elle perd son entrain. La pluie, c'est gris, froid et sombre. Vous aurez alors beau dire tout ce que vous voulez, argumenter tant que vous pourrez, ça n'est pas la peine de discuter, Adèle ne mettra pas une mèche de cheveux dehors...»

Dans leur petit coin du bout du monde, deux âmes se cherchent. Rayonnant toutes les deux d’un bonheur simple qui fait pétiller le regard et sourire la solitude, elles embellissent à leur manière les jours qui se suivent et se ressemblent. Et s’il leur était possible, d’une même voix, de faire briller le soleil, même sous la pluie? D’une plume virevoltante, Amélie Callot raconte l’histoire adorable d’une rencontre tant espérée et pourtant délicieusement inattendue. Porté par l’univers visuel de Geneviève Godbout, dont la palette ébouriffée et tendre sait dire avec éloquence, évoquant l’inénarrable avec finesse, cet opus émouvant et ensoleillé fera sourire les plus jeunes… et rêver les plus grands.


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

mercredi 29 juin 2016

Le mystère Henri Pick


Par David Foenkinos, chez Gallimard, collection Blanche.
Quatrième de couverture:
«En Bretagne, un bibliothécaire décide de recueillir tous les livres refusés par les éditeurs. Ainsi, il reçoit toutes sortes de manuscrits. Parmi ceux-ci, une jeune éditrice découvre ce qu’elle estime être un chef-d’œuvre, écrit par un certain Henri Pick. Elle part à la recherche de l’écrivain et apprend qu’il est mort deux ans auparavant. Selon sa veuve, il n’a jamais lu un livre ni écrit autre chose que des listes de courses... Aurait-il eu une vie secrète? Auréolé de ce mystère, le livre de Pick va devenir un grand succès et aura des conséquences étonnantes sur le monde littéraire. Il va également changer le destin de nombreuses personnes, notamment celui de Jean-Michel Rouche, un journaliste obstiné qui doute de la version officielle. Et si toute cette publication n’était qu’une machination? (Résumé éditeur)»

Les jongleurs de mots, amoureux de la plume et autres satellites essentiels du luxuriant monde du livre se côtoient souvent sans toujours réaliser à quel point leurs destins sont tissés de concert. Et si l’étincelle créatrice de l’auteur, l’intuition éclairée du chasseur de tête éditorial ou l’initiative audacieuse du bibliothécaire étaient autant de rouages d’une même trame? Et s’il suffisait d’une anodine erreur de bonne foi pour faire dérailler la narration jusque-là ronronnante de ces vies entrelacées? D’une voix malicieuse, au verbe toujours aussi juste, David Foenkinos entraîne le lecteur à la poursuite d’une vérité insaisissable. Évoluant avec aisance et humour sur la fine ligne séparant l’improbable du possible, Foenkinos tient habilement en haleine, multipliant joyeusement les pistes jusqu’au dénouement final. Un opus qui prend le temps d’enraciner tout doucement sa prémisse dans l’esprit du lecteur, pour ensuite y faire débouler délicieusement toutes les certitudes semées au passage. 


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

jeudi 23 juin 2016

Imaginary Fred


Par Eoin Colfer, illustré par Oliver Jeffers, Harper Collins
Quatrième de couverture:
«Did you know that if the conditions are just right, and if you add a little electricity, or magic, or luck, that an imaginary friend might appear just when you need one? An imaginary friend like . . . Fred. Fred is the best imaginary friend you could ever hope for, but no matter how hard he tries, the same thing always happens: his friend finds a real friend in the real world, and Fred fades away, bit by bit, waiting to be wished for again… Then one day, a boy called Sam wishes for a friend, and Fred appears! For a while, everything is perfect. But what about the day when Sam finds a real friend? Could it be that this time, something magical might happen…?»
Avoir un ami avec qui tout partager, c’est ce qui fait sourire l’enfance. Or, parfois, les amis se font rares. Trop rares. Si rares en fait qu’il devient alors indispensable de troquer le réel pour l’imaginaire. Et si, pour une fois, l’imagination créait de toutes pièces une surprenante réalité? Dans un envoûtant ballet entre le possible et l’improbable, Eoin Colfer souffle au lecteur l’histoire on ne peut plus vraie d’une amitié indéfectible qui se rit des conventions. Relancé avec finesse et sensibilité par l’univers visuel évocateur d’Oliver Jeffers, cet opuscule délicieusement farfelu sait dire avec justesse et humour que même intangible, c'est l'authenticité d'une complicité qui en décide la pérennité.

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮

mercredi 22 juin 2016

Grododo


Par Michaël Escoffier, illustré par Kris Di Giacomo, chez Frimousse, collection Maxi Boum.
Quatrième de couverture:
«Après une journée bien remplie César s'apprête à faire un Gros Dodo...»
La routine du dodo, c’est sacré. Tous les soirs, les mêmes gestes se répètent pour se préparer au sommeil, réconfortants et soporifiques. Et si, cette fois, la nuit des autres venait s’immiscer sournoisement dans la ronronnante chorégraphie nocturne? Avec sa rigolote verve habituelle, Michaël Escoffier raconte la nuit mouvementée d’un lapin qui n’aime pas se faire bousculer les rêves. Alliant une narration à la structure répétitive déraillant joyeusement au fur et à mesure des péripéties, à l’éloquent et malicieux univers visuel de Kris Di Giacomo, cet album insuffle une bouffée de fraîcheur ricaneuse au rituel du coucher. À savourer en famille: fous rires garantis!


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✮ 

lundi 20 juin 2016

La bulle


Par Timothée de Fombelle, illustré par Eloïse Scherrer, chez Gallimard Jeunesse.
Quatrième de couverture:
«Misha ne savait pas quand c'était apparu. Depuis qu'elle était toute petite, ça ne l'avait jamais quittée. C'était là. Et personne ne s'en rendait compte...»
Parfois, la grisaille se cache dans le regard ensoleillé de l’enfance. Elle s’y terre. Sournoise. Insaisissable. Pesant de toute sa noirceur sur la légèreté candide du quotidien. Comment dénouer l’inextricable? Comment défaire ce muet et invincible ennemi? De sa plume tout en finesse et en fantaisie, Timothée de Fombelle raconte l’odyssée mémorable de Misha et de sa part d’ombre. Entraînant le lecteur de l’autre côté du réel, au coeur d’un imaginaire touffu, grinçant et merveilleux, il sait dire la terrible et inévitable bataille contre soi-même quand le marasme s’enracine envers et contre tout. Porté par l’univers visuel inventif et troublant d’Eloïse Scherrer, cet album bouleverse et envoûte, soulignant avec justesse que l’espoir peut être semé à tout vent, même en terres arides, si on a le courage d’y croire.

Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩

mercredi 15 juin 2016

Suçons et réglisse rouge


Par Marie Dupuis, chez Tire-Veille, collection Haïkusie.
Quatrième de couverture:
«Invitation, évocation, souvenir...? Tout cela à la fois. L'énigme de l'écriture redonne au haïku une ouverture insoupçonnée. Aux lecteurs et lectrices de s'approprier les images, les mots, les couleurs et de les laisser résonner en eux. - Micheline Beaudry»

La poésie est partout. Surtout là on ne la soupçonnait pas. Dans les bribes d’un quotidien bigarré. Dans les mouvances d’une âme à la dérive. Dans la coquine gymnastique des mots complices. Suffit d’ouvrir l’oeil, et le bon. D’une plume tout en simplicité, Marie Dupuis jongle avec l’ordinaire pour en faire jaillir des petites merveilles impromptues. Maniant habilement le verbe, elle entraîne avec un aisance délicieuse le lecteur vers mille possibles. Ses haïkus à l’allure sage racontent in petto ce que l’oeil n’a pas saisi à première vue. Ils ont la narration concise et la chute éloquente. Ils savent dire l’essentiel, trois vers à la fois. Un opuscule étonnant et savoureux pour ceux qui aiment se laisser surprendre entre les lignes.


Et un petit extrait pour apprendre à voguer (p.28):
« relire sa lettre
sous mes larmes
une aquarelle »


Lili lui donne: ✮ ✮ ✮ ✮ ✩




Mon mois de juin
du Défi littéraire 2016