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samedi 5 novembre 2011

Le Mordcul

Par Anne-Isabelle Lacassagne, illustré par Catherine Chardonnay, Rouergue

«Sam est le petit dernier de la famille et ses frères aiment bien le taquiner. Un jour, ils lui lancent un défi : passer la nuit dans le hamac au fond du jardin. "Fastoche! Même pas peur." Sauf qu'au dernier moment, un des frères lui lance : "fais gaffe au Mordcul." Pour Sam, la nuit s'annonce définitivement noire, longue et angoissante...»

Histoire initiatique toute simple, qui sent l'enfance et ses rites de passage. Titillée d'abord par la prémisse (Quel potentiel évocateur indiscutable ce Mordcul a-t-il!), j'ai ouvert malgré tout cet album avec une certaine appréhension; l'univers visuel naïf et dépouillé semblait un brin trop austère à mon goût. Par contre, une fois plongée dans l'histoire, la plume habile d'Anne-Isabelle Lacassagne m'a fait revivre un pan d'enfance, avec des frissons de bonheur. Et que dire de la poésie des illustrations de Catherine Chardonnay! Elle a su prendre juste ce qu'il faut de risques, contournant joyeusement le cadre habituel du concept graphique de l'album jeunesse, et tricotant ainsi un inoubliable petit poème visuel. Un album qui mérite qu'on l'apprivoise...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

vendredi 4 novembre 2011

L'étrange aventure du courageux chevalier très peureux

Par Arnaud Alméras, illustré par Jacques Azam, Sarbacane

«Fils minuscule d’un bûcheron brutal et d’une mère méchante, Petit Paul s’enfuit sur l’île impossible, où tout est inversé : les sorcières sont adorables, les princesses affreuses, les nains géants, les magiciens sans pouvoirs et les courageux chevaliers (comme lui)… très peureux. Heureusement que l’on s’y tue sans gravité. Car c’est bien au pays, finalement très rassurant, de chaque chose et son contraire que Petit Paul a débarqué!»

Une aventure qui est délicieusement sans queue ni tête! La plume d'Arnaud Alméras, as de l'oxymore, fait voyager le lecteur à travers un monde biscornu, cousin de celui des contes de fées, où tout est possible... ou pas. Construite (ou déconstruite) également par le biais de l'univers visuel échevelé et rigolo de Jacques Azam, cette histoire joyeusement déroutante fera le bonheur de tous ceux qui laissent voguer leur imaginaire dans tous les sens. Un album idéal pour secouer les certitudes!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

jeudi 3 novembre 2011

Quand j'étais chien

Par Louise Bombardier, illustré par Katty Maurey, La Courte Échelle

«Je m’appelle Toto. Mon autre nom, c’est Antoine. Mais personne dit Antoine. J’ai vingt-cinq ans d’âge. En chiffres de grandes personnes. Dans ma tête de corniaud, j’ai cinq ans. Tout le monde sait ça. (...) Moi, j’ai connu pas mal de choses. Avant d’être chien, je veux dire. Des choses très loin en arrière. Maman Gritte, Jacques... et l’odeur de la soupe aux pois à maman. Elle était gentille, maman, mais toujours à s’inquiéter de tout. Un jour, maman a commencé à disparaître.»

Une incursion bouleversante dans le monde de la misère humaine et de l'abandon. Louise Bombardier brode avec justesse, de sa plume fine, une narration qui se tient en équilibre précaire sur le fil fragile de la foi d'Antoine en cette vie qu'il ne comprend pas tout à fait. Si ces quelques moments dans un monde sombre et désolé auraient facilement pu basculer dans le sordide, l'auteure parvient plutôt à émouvoir grâce à la voix simple, presque enfantine, d'Antoine, qui, à travers ses mots, tait l'horreur qu'il ne voit pas, tout en la suggérant sans le vouloir entre les lignes. Bercé sobrement par l'univers visuel dépouillé et sensible de Katty Maurey, ce singulier opus ébranle doucement nos certitudes, et réussit même à nous offrir une parcelle d'espoir en guise d'épilogue. Superbe.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★  

La Chose

Par Béatrice Fontanel, illustré par Alexandra Huard, Sarbacane

«Scipion et Hannibal, deux chiens carlins très chic et délicieusement "old school", se rappellent avec effroi l’arrivée dans leur vie douillette de la "chose". Un heureux événement pour leur jeune maîtresse, qui eut tout de la catastrophe pour eux… Hypocondriaques et hypersensibles, les voici relégués dans la cuisine – une niche de luxe occupant leur ancienne chambre –, leur délicat odorat agressé par les odeurs de peinture fraîche. Et avec ça, impossible de dormir!»

Histoire amusante et point de vue saugrenu concernant l'arrivée d'un bébé à la maison. Le dialogue canin est savoureux, truffée de ces mille et une inquiétudes qui jalonnent l'attente de la naissance... et des chamboulements certains qui surviennent ensuite! Quant à l'univers visuel coloré d'Alexandra Huard, son style léché, un brin vieillot, est riche et éloquent, plongeant le lecteur avec humour dans le tourbillon échevelé de l'adaptation à un nouveau-né. Un album rigolo à découvrir!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mercredi 2 novembre 2011

Le buveur d'encre

Par Éric Sanvoisin, illustré par Martin Matje, Nathan, Premiers romans, Buveur d'encre 1

«Le fils du libraire déteste les livres. Son passe-temps favori consiste à guetter les pickpockets, qu'il encourage en pensée à le débarrasser de ces objets encombrants et pleins de feuilles. Un jour, il surprend un curieux voleur qui, muni d'une paille, avale les mots d'un livre entier. Il s'agit d'un vampire qui boit l'encre des livres...»

Un premier tome enlevant pour une série qui s'annonce fertile en rebondissements. Éric Sanvoisin mène le bal de sa plume agile, entraînant le lecteur à la trousse de cet insolite buveur d'encre; une intrigue qui laisse pantelant, désireux de connaître la suite, après une chute spectaculaire qui ouvre la porte de tous les possibles. Chapeau!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★  

mardi 1 novembre 2011

Les folles aventures d'Eulalie de Potimaron - À nous deux Versailles!

Par Anne-Sophie Silvestre, illustré par Amélie Dufour, Flammarion, Eulalie de Potimaron 1

«" - Mademoiselle Eulalie, votre père vous attend dans une heure au salon. Quelle drôle d'idée de me fixer ainsi un rendez-vous..., pensai-je aussitôt. Morbleu, que nous arrivait-il ce jour-là?" Gabrielle-Évangéline-Eulalie de Potimaron a grandi à la campagne sous la direction indulgente d'un père peu attaché aux règles. Pourtant, à douze ans, elle doit partir pour Versailles. Elle sera fille d'honneur de "Mademoiselle", la nièce du Roi. Dès la première semaine, Eulalie décide de s'habiller en garçon pour explorer tranquillement Versailles. Duels, rencontres, mystères et escapades : Eulalie de Potimaron apprend les belles manières à sa façon.»

Surprenante intrigue mêlant cap et épée, meurtre et romance, idéale pour les jeunes aventurières de ce monde. La plume d'Anne-Sophie Silvestre, simple et efficace, fait revivre avec justesse et un brin de fantaisie le Versailles d'antan, avec toutes ses rumeurs, ses contraintes et ses recoins cachés. La galerie de personnages est on ne peut plus réjouissante; je m'y suis attaché si rapidement et avec délice, que je ne pourrai résister à dévorer le deuxième tome dès que j'en aurai la chance! Quel bonheur que de suivre cette déroutante Eulalie se démener au coeur d'un monde de conventions strictes, parvenant toujours à dénicher des alliés ouverts d'esprit là où on ne l'aurait jamais cru possible. Comme quoi, les esprits libres et avant-gardistes n'étaient peut-être pas si rares à la Cour...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★  

lundi 31 octobre 2011

L'homme à l'envers

Par Fred Vargas, Viviane Hamy, Inspecteur Adamsberg 2

«Le mardi, il y eut quatre brebis égorgées à Ventebrune, dans les Alpes. Et le jeudi, neuf à Pierrefort. Un loup solitaire ? Roué, cruel, avec son cul bas sur ses pattes grises? La Bête du Mercantour. Mais au village de Saint-Victor-du-Mont, tous n’y croient pas, à la Bête. Ce n’est pas une Bête. C’est un homme. Un loup-garou. À Paris, devant son écran, le commissaire Adamsberg guette les nouvelles du Mercantour. Il ferme les yeux. Son enfance pyrénéenne, la voix des vieux… "Comme des tisons, mon gars, comme des tisons ça fait, les yeux du loup, la nuit."»

Un polar montagneux et frissonnant. La plume de Fred Vargas construit l'intrigue doucement, tout doucement, au rythme des bergers du Mercantour, resserant l'étau de la peur autour du lecteur, de sa poésie policière incomparable. Les personnages sont délectables (surtout cet improbable trio d'enquêteurs amateurs en cavale dans la bétaillère) et la chute, déroutante à souhait. Décidément, ce noir opus ne peut qu'envoûter...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mardi 25 octobre 2011

Le monstre qui faisait tic-tac

Par Jean-Pierre Davidts, illustré par Isabelle Malenfant, Les 400 coups, Grimace

«L'histoire se déroule en Souitche un minuscule pays voisin de la Suisse. Là-bas, tout le monde est horloger, fromager ou chocolatier. Malheureusement, le chocolat souitche n'a pas vraiment le même goût que le chocolat suisse, il y a trop de trous dans le fromage souitche et les montres souitches ne font pas tic tac, mais tac tic! Frank Kaytein, un horloger, mais aussi un grand amateur de choucroute, rêve depuis toujours de remédier à la situation et de fabriquer la première montre souitche qui fait tic tac. À son grand désarroi, cette montre lui apportera plusieurs ennuis... mais il aura aussi trouvé un ami pour la vie!»

Un album bigarré, sombre et drôle, revisitant l'histoire de Frankenstein. On y retrouve la plume de Jean-Pierre Davidts, finement humoristique et jouant habilement avec les mots ainsi que l'univers visuel aux traits léchés et épurés d'Isabelle Malenfant. Malheureusement, aussi talentueux ces deux artistes puissent-ils être, on trébuche sur quelques petites ratés au passage, ce qui a plutôt pour effet de briser la magie; par exemple, la savoureuse plume de Davidts éparpille un brin l'histoire vers la fin, ou alors les illustrations de Malenfant, si épurées, sombrent dans la froideur et l'inertie par moment. Plutôt banal comme album si on le compare à deux de leurs bijoux respectifs, Triste Sort ou l'hurluberlu de Morneville (Texte: Jean-Pierre Davidts; Illustrations: Manon Gauthier) et Confisqué! (Texte: Carole Tremblay; Illustrations: Isabelle Malenfant)... et c'est dommage.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ☆ ☆

ABC de la trouille

Par Albert Lemant, L'Atelier du poisson soluble

«Un abécédaire courageux, humoristique et illustré autour du thème de la peur...»

Un frissonnant abécédaire pour les grands... Albert Lemant, virtuose du rapidographe et bidouilleur amoureux des mots, entraîne le lecteur du côté sombre du dictionnaire, pour une visite du musée des horreurs qui en met plein la vue! S'éloignant de la conception graphique linéaire habituelle pour un abécédaire, les illustrations échevelées de Lemant interagissent entre elles, s'entortillant joyeusement autour des termes qu'elles représentent. Et pour couronner le tout, on a droit à un improbable et délicieux cauchemar, narré à la toute fin, et qui parvient à utiliser, dans un tour de force terrifiant, l'intégralité de cet alphabet de l'ombre. Un déroutant lexique donc, parfait pour les ados et les adultes qui aiment avoir froid dans le dos...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

dimanche 23 octobre 2011

L'enfant

Par Colas Gutman, École des Loisirs, Mouche

«– Pardon, mais t’es quoi, toi? 
– Comment ça, je suis quoi?
– Ben oui, t’es quoi comme animal?
J’ai pensé : « Houlala, je dois être dans la campagne profonde dont m’a parlé maman, pauvre mouton, il n’a jamais vu d’enfant de sa vie ! »
– Je ne suis pas un animal, j’ai dit, je suis Léonard.
– C’est comme un léopard? m’a demandé le mouton.
– Non, c’est mon prénom. Toi, par exemple, tu t’appelles comment?
– Mouton.
– Je vois. 
C’est alors que le mouton m’a reniflé et m’a posé une drôle de question :

– Et tu sers à quoi?»

Une aventure champêtre pas comme les autres... La plume de Colas Gutman donne à ce fameux enfant une pointe de douce ironie et de candeur incertaine; c'est tout simplement savoureux. Une réflexion philosophico-rigolote, pas moralisatrice pour deux sous, qui se lit tout d'un coup, le sourire aux lèvres.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★