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mardi 20 mars 2012

Un Lun Dun


Par China Miéville, Macmillan

«What is Un Lun Dun? It is London through the looking glass, an urban Wonderland of strange delights where all the lost and broken things of London end up . . . and some of its lost and broken people, too–including Brokkenbroll, boss of the broken umbrellas; Obaday Fing, a tailor whose head is an enormous pin-cushion, and an empty milk carton called Curdle. Un Lun Dun is a place where words are alive, a jungle lurks behind the door of an ordinary house, carnivorous giraffes stalk the streets, and a dark cloud dreams of burning the world. It is a city awaiting its hero, whose coming was prophesied long ago, set down for all time in the pages of a talking book. When twelve-year-old Zanna and her friend Deeba find a secret entrance leading out of London and into this strange city, it seems that the ancient prophecy is coming true at last. But then things begin to go shockingly wrong.»


Un chef d'oeuvre saugrenu et déroutant qui fait exploser les limites de l'imaginaire. China Miéville tricote de sa plume aux mille possibles une narration fine et agile, au rythme enlevant, qui fait basculer sournoisement le lecteur dans l'envers d'un monde qu'il croyait connaître. Nourrissant cet univers insolite par le biais d'un riche lexique propre à Un Lun Dun, lexique fourmillant de délicieux jeux de mots dérivant de la vie à Londres, Miéville déploie sous les yeux ébahis du lecteur une gargantuesque fresque urbaine où des personnages étranges et savoureux émeuvent et chamboulent joyeusement les repères.  Une sublime épopée, sombre, vibrante, à mi-chemin entre le fantastique et le roman d'anticipation, qui sème le doute sur notre façon de gérer la pollution...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★  




Pour le lire en version française

lundi 19 mars 2012

Le roi Jules et les dragons

Par Peter Bently, illustré par Helen Oxenbury, École des Loisirs, Pastel

«Jules, Léo et Gaspard construisent un campement, un super repaire pour le roi Jules et ses hommes. "Préparez-vous à vous battre, braves chevaliers! crie le roi Jules. Protégez le château de l'attaque des dragons!"»

Un combat épique mémorable, à hauteur d'enfants. Peter Bently entraîne le lecteur, dès la première phrase, dans le royaume infesté de dragons du roi Jules et de ses sujets. De sa plume candide et juste, il narre cette épopée à travers la perception délicieusement farfelue, et pourtant si sérieuse et grave, de l'enfance. S'épanouissant au coeur de l'univers visuel tendre et sensible d'Helen Oxenbury, cette histoire fait rire et s'émouvoir à la fois. Un album dans lequel les tout-petits se reconnaîtront, et qui soufflera une douce bouffée de fantaisie dans votre quotidien...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 



Pour le lire en version originale

jeudi 8 mars 2012

La souris de Paris


Par Anne Lemonnier, illustré par Claire de Gastold, Sarbacane

«Museau pointu et manteau gris, voici la sou- ris de Paris ! Une fillette guillerette qui joue du piano à cloche-pied sur les passages cloutés, se faufile entre les fées en talons aiguilles et joue à faire tomber les masques des passants. Mais voilà le temps venu de déménager... Le premier blues passé, la souris des villes se fait vite belette des champs, dans un monde tout aussi chantant et onirique.»

Épopée poétique faisant un doux clin d'oeil au très connu Rat des villes, rat des champs. Anne Lemonnier jongle avec les rimes pour faire découvrir Paris (puis, la campagne) au lecteur, à travers la candeur de l'enfance. Si sa plume est agile, le carcan des vers est malheureusement parfois un poil maladroit. Par contre, l'univers visuel singulier de Claire de Gastold fait littéralement s'envoler l'imaginaire dans tous les sens, donne le goût d'explorer des contrées lointaines, bref, fait voir la réalité sous un angle délicieusement surprenant et d'une juste éloquence. À travers ses étonnantes illustrations, elle invite le lecteur à développer un regard aux perspectives multiples en variant les points de vue, souligant un détail saugrenu ici, proposant de vastes étendues ensuite, faisant vibrer la fébrilité de la ville, puis chuchoter la riche tranquilité de la campagne. Un album à déguster avec les yeux... 


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


La Danseuse papillon

Par Audrey Alwett, illustré par Luky, Soleil Production, Blackberry

«Emma n'était qu'un sinistre papillon de nuit qui rêvait de lumière et d'amour. Par le chemin de la métamorphose, la voilà devenue danseuse. Quoi de mieux pour paraître enfant sous les feux des projecteurs? Mais à trop briller on finit par se brûler les ailes... Il était une fois dans un opéra du XIXe siècle, un ballet maudit, rayé des répertoires à jamais. Il était une fois un conte, inspiré d'une histoire vraie...»

Un conte sombre et doux, en hommage à une jeune danseuse qui n'est jamais tombée dans l'oubli. La plume fine et juste d'Audrey Alwett tricote avec agilité la trame narrative, entremêlant savamment la réalité et le songe. Elle nous offre un tourbillon langoureux de mots, faisant vibrer d'émotions cette fragile danseuse-papillon. Au coeur de l'univers visuel feutré et sensible de Luky (un travail fascinant d'ombres et de lumière), l'histoire d'Emma Livry prend corps. Un album bouleversant, incontournable, à feuilleter tout doucement...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 

vendredi 2 mars 2012

Ma maman ballon

Par Marie-Isabelle Callier, Les 400 coups, Carré Blanc

«"Un jour, Papa et moi on a quitté la maison sans faire de bruit : Maman était restée au lit. Un petit tour dans le quartier, on est passés chez le boulanger pour acheter des croissants et des petits pains au chocolat, on allait avoir un petit-déjeuner de rois." Ainsi commence cette histoire d'une grossesse compliquée, racontée par celle qui deviendra une grande soeur et qui ne comprend pas que sa maman doit passer ses journées au lit. Un livre sur les difficultés de certaines grossesses, sur les attentes, sur la patience. Sur la récompense.»

Une histoire toute douce sur les grossesses-voleuses-de-maman. Marie-Isabelle Callier souffle au lecteur les hauts et les bas d'une grossesse plus compliquée, à travers les yeux d'enfants de la future grande soeur. Sa plume sensible souligne avec justesse toute la gamme d'émotions vécues par la famille, et ouvre grande la porte à la bouffée de joie d'une naissance, même prématurée. Son univers visuel, aux tendres teintes délavées, ne peut qu'émouvoir... Cela dit, il y a malheureusement un léger manque d'éloquence des personnages qui semble causé par le choix de travailler l'aquarelle sur papier très texturé: les visages perdent un brin de précision et le lecteur ne perçoit alors que très peu l'âme des personnages. Malgré ce tout petit bémol, c'est un album habile, qui respecte l'intelligence de l'enfant en lui laissant narrer avec candeur et authenticité cette cahoteuse aventure de grand.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

samedi 25 février 2012

Le vampire de la tour Eiffel

Par Amélie Sarn, illustré par Laurent Audouin, Lézard Noir, Petit Lézard, Sacré Coeur 2

«Tout le monde a bien remarqué que Mademoiselle Mulot ne chantonnait plus dans l'escalier. Mais surtout, pourquoi porte-elle toujours un foulard? Et d'où vient cette tache de sang?»

Retour tant attendu de Sacré-Coeur et de sa singulière bande d'amis. La plume d'Amélie Sarn jongle habilement avec les péripéties pour  nous concocter une intrigue mystérieuse à souhait (quoi qu'un poil plus prévisible que celle de Sacré-Coeur et les fantômes du Père-Lachaise...). Quant à l'univers visuel hybride de Laurent Audouin, mi-BD, mi-album jeunesse, il est toujours aussi enlevant, multipliant les délicieux détails, entraînant le lecteur dans le monde riche des inventions cocasses (mais efficaces!) de Sacré-Coeur et faisant une fois de plus découvrir des pans de Paris au passage. Un deuxième tome réjouissant, qui donne envie de lire la suite!... Suite qui devrait mettre en scène le Louvres, des sarcophages et des momies... prometteur, non?


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mardi 21 février 2012

Believing the Lie

Par Elizabeth George, Dutton, Inspecteur Linley et Sergent Havers 17

«Inspector Thomas Lynley is mystified when he's sent undercover to investigate the death of Ian Cresswell at the request of the man's uncle, the wealthy and influential Bernard Fairclough. The death has been ruled an accidental drowning, and nothing on the surface indicates otherwise. But when Lynley enlists the help of his friends Simon and Deborah St. James, the trio's digging soon reveals that the Fairclough clan is awash in secrets, lies, and motives. Deborah's investigation of the prime suspect—Bernard's prodigal son Nicholas, a recovering drug addict—leads her to Nicholas's wife, a woman with whom she feels a kinship, a woman as fiercely protective as she is beautiful. Lynley and Simon delve for information from the rest of the family, including the victim's bitter ex-wife and the man he left her for, and Bernard himself. As the investigation escalates, the Fairclough family's veneer cracks, with deception and self-delusion threatening to destroy everyone from the Fairclough patriarch to Tim, the troubled son Ian left behind.»

Une sublime incursion au coeur d'une enquête policière tordue et tristement humaine. La plume d'Elizabeth George, sensible et juste, propose une fois de plus un plongeon dans l'âme de l'Homme, sa grisaille, ses ornières, sa logique singulière, ses pulsions étranges et ses raccourcis funestes. On retrouve avec délice sa riche gallerie de personnages, Thomas Linley, Barbara Havers, Simon, Deborah, et les autres, les tout neufs, tous si vrais qu'on les quitte à regret une fois la dernière page tournée. Un autre délectable pan de cette bouleversante littérature policière comme peu d'autres l'ont osé... 


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 

lundi 13 février 2012

L'empire des crabes

Par Arthur de Pins, Soleil, Noctambule, Marche du crabe 2

«Depuis 400 millions d’années, toutes les espèces évoluent dans la joie et l’allégresse. Toutes sauf une : le Cancer Simplicimus Vulgaris, ou crabe carré. Cette sous-espèce de crustacés peuplant les rivages de l’Estuaire de la Gironde est frappée, depuis des millénaires, d’une étrange tare : ses membres ne peuvent changer de direction et sont condamnés à marcher selon une même ligne droite! Durant un été comme les autres, pendant que les vacanciers profitent du soleil et des congés payés, trois petits crabes carrés vont se rebeller contre leur condition, et bouleverser ainsi l’écosystème tout entier...»

Je l'attendais avec impatience, ce deuxième tome de la série La marche du crabe... et je n'ai pas été déçue! J'ai retrouvé avec bonheur la scénarisation aux multiples points de vue d'Arthur de Pins, délicieusement singulière comme d'habitude, ainsi que ses inoubliables personnages principaux: Soleil, Bateau et Guitare (et les nouveaux venus, Lune, Plage, Sac Plastique, etc.). Sans oublier bien sûr les dialogues d'une cocasse éloquence! Et cette fois, Arthur de Pins joue à fond la corde de l'évolution de l'espèce, avec tout ce que ça implique, sélection naturelle et génocide volontaire compris. On ne peut s'empêcher de sourire (bon, parfois, en grinçant des dents...) devant cette habile analogie de l'idéalisme de l'Homme et de son sombre pendant, la bêtise humaine. Un deuxième tome juste et délectable donc, dont on veut connaître la suite sans attendre... mais pour laquelle il faudra malheureusement s'armer de patience!...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 

vendredi 10 février 2012

Ma tête à moi


Par Xavier-Laurent Petit, École des Loisirs, Mouche

«Tout a commencé le jour où Janin est allé faire des courses avec l'oncle Jean, et où l'épicier les a pris pour père et fils. Comment Janin ne s'est-il pas aperçu plus tôt qu'il est le seul à la maison à avoir le teint pâle et les cheveux blonds? Il commence à faire de terribles cauchemars. Le lendemain, il est au lit avec de la fièvre. Mais il a aussi une bonne idée pour se mettre à ressembler à ses parents et à son petit frère.»

Un opuscule rigolo abordant une angoisse toute enfantine: suis-je vraiment l'enfant de mes parents? La plume de Xavier-Laurent Petit, juste et cocasse, parvient à transmettre au lecteur, avec éloquence, la détresse sincère de Janin et sa drôle de façon d'y remédier. Un roman tendre, qui fait sourire...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

Un crime est-il facile?


Par Michel Amelin, Mic_Mac, Poche Frissons

«Un crime est-il facile? Ma soeur jumelle a de sacrées idées! Sa dernière trouvaille, par exemple, m'a beaucoup plu : 
- Hercule! Nous allons ouvrir une Agence de détectives privés! Comme bureau, on utilisera la cabane de jardin de papa. Ensuite, on ressortira la machine à écrire que j'ai eu pour mes quatre ans à Noël, et on tapera des cartes de police pour faire les perquisitions chez les suspects des crimes.
J'étais vraiment stupéfait :
- Des crimes! Quels crimes? 
- Mais les crimes pour lesquels on va enquêter!
- Il n'y a jamais eu de crimes dans le lotissement! 
Ma soeur ne s'avouait jamais battue. 
- Eh bien, il y en aura! Quand une agence de détectives privés s'ouvre dans un endroit, il survient aussitôt des milliers de crimes!»

Sympathique petit polar jeunesse, rendant hommage à Agatha Christie. Michel Amelin s'est amusé à faire plusieurs allusions à la Reine du Crime, à commencer par le nom de ses deux personnages principaux (Hercule et Jane Marrot, fusion du Hercule Poirot et de la Jane Marple de Christie) et par leur lieu de résidence, l'arrondissement de Sainte-Marie-Mad (référence au petit village tranquille de Saint-Mary-Mead où réside l'authentique Jane Marple). L'intrigue est assez simple, et le «meurtrier» relativement évident, mais la narration est bien roulée et le mystère intriguera le public cible (8-9 ans). Petit bémol par contre: la révision linguistique laisse à désirer, puisqu'on retrouve dans le texte des coquilles parfois dérangeantes. Cela dit, c'est un roman policier fort agréable, qui introduit un prometteur duo d'enquêteurs.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆