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dimanche 15 septembre 2013

Nous


Par Nicolas Gilbert, Leméac

«Après une présentation informatique ratée devant des clients potentiels, une tenace crise de conscience s'empare d'un jeune Montréalais, qui remet dès lors tout en question. Son père, un homme d'âge mûr, tranquille et serein travailleur d'usine à la veille de la retraite, accompagne quant à lui une collègue immigrée chez les fonctionnaires et y pète inexplicablement les plombs, tandis qu'un étudiant chinois fréquente avec terreur restaurants et cafés de la ville en cherchant à déchiffrer les codes de cette étrange culture. Avec une retenue qui tient de la pudeur, Nicolas Gilbert pose la question de ce qui nous unit - et de ce qui nous détruit. Car tout est lié : sans "nous", qu'est-ce que le "je"?»

Un plongeon au coeur de l'âme humaine, de cette conscience - bénédiction ou fatalité? - qui fait de l'Homme un animal qui réfléchit. Nicolas Gilbert explore avec justesse et lucidité cette fragilité, ce point de faille qui sommeille en chacun de nous. Entrelaçant les destins avec adresse, il entraîne le lecteur dans le tourbillon impromptu d'un quotidien à l'allure pourtant ronronnante, émiettant les certitudes sans crier gare et révélant cette part de chaos de l'humanité, implacable et essentielle, vecteur d'une évolution salutaire. Un opus troublant et fin qui, en cette époque des mille possibles, de l'éparpillement exponentiel, nous pointe habilement notre dénominateur commun...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


vendredi 13 septembre 2013

Il m'énerve, ce William Parker!


Par Alain M. Bergeron, illustré par Sampar, Soulières, Ma petite vache a mal aux pattes, Dominic 10

«Résumons: depuis ce matin, William Parker à la radio pour me réveiller, à la télé, dans le journal et sur ma boîte de céréales. Et maintenant, il me relance jusque dans la cour de MON école! C’est abominableuuuh! Je me sens en compétition avec lui pour le coeur de ma petite amie. J’aimerais que Pascale-Amélie soupire de cette façon lorsqu’elle pense à moi, comme elle le fait pour son idole. Existe-t-il un vaccin contre ça, madame Piqûre?»

Alain M. Bergeron persiste et signe cette mésaventure toute neuve d'un Dominic qui attire les coups du sort comme pas un. Jouant habilement de sa plume désopilante à souhait, il s'immisce cette fois dans le monde passionné de l'idolâtrie et de la culture pop. S'inspirant gentiment, avec humour et finesse, de l'engouement planétaire pour l'incontournable Justin Bieber alias William Parker, Alain M. Bergeron plonge le lecteur au coeur des angoisses teintées de jalousie d'un Dominic qui voit sa douce petite amie lui échapper au profit d'un culte frénétique voué à la vedette internationale. Mais Dominic a plus d'un tour dans son sac: pour sa chère Pascale-Amélie, il est prêt à tout, même à se ridiculiser en public... Un opuscule savoureux et hilarant qui, par sa candeur, jette un regard rafraîchissant sur la célébrité et ses faces cachées.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

mardi 10 septembre 2013

La Contrebasse


Par Stéphane Henrich, Kaleidoscope

«Le papa de Charlotte n’a qu’un gros regret dans sa vie: il aurait aimé être contrebassiste. Alors, quoi de plus naturel pour lui que de vouloir partager - mieux - transmettre son ambition à sa fille? Mais de la transmission à la projection, il n’y a qu’un pas. Et si Charlotte avait d’autres envies, elle?»

Papa a-t-il toujours raison? Stéphane Henrich tricote un cocasse échange à sens unique entre un père volubile et sa fille, à qui il ne permet pas de souffler mot. Si la fin bouclée un peu maladroitement laisse le lecteur légèrement perplexe (l'histoire se conclut en effet plutôt in extremis grâce à l'épilogue camouflée à l'endos de la quatrième de couverture!), l'univers visuel tout ébouriffé, fourmillant de détails et de coquins clins d'oeil à la musique relance heureusement la narration, suggérant les répliques silencieuses de Charlotte et utilisant avec éloquence l'expression des personnages. Un album qui souligne avec ironie qu'être adulte, c'est aussi savoir laisser les enfants choisir leur rêves plutôt que de leur en imposer.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

Papa, Maman, nos livres et moi


Par Danielle Marcotte, illustré par Josée Bisaillon, Les 400 coups

«J’aime quand on est tous ensemble, papa, maman, nos livres et moi.
Papa lit. Maman lit.
Et moi, je lis aussi!
Autour de moi, tout le monde lit.
Cinq ou six pages, et mamie flotte sur un nuage.
À l’abri sous l’auvent, Papi plonge dans un roman…»

L'amour de la lecture n'a pas d'âge. Danielle Marcotte entraîne le lecteur dans un périple à travers les mille et une façons de déguster la lecture. Si la prémisse de base est charmante, la narration est par contre un brin inégale, s'étirant dans tous les sens, et dégringolant maladroitement vers une conclusion en queue de poisson. Toutefois, l'univers visuel de Josée Bisaillon, bigarré, tendre et rêveur rattrape presque à lui seul ce léger cafouillage narratif. Éloquentes et riches, les illustrations racontent avec candeur les livres et leurs adeptes, la magie des mots et le pouvoir de l'imaginaire. À découvrir...

Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆ 


dimanche 8 septembre 2013

La malédiction d'Old Haven


Par Fabrice Colin, Albin Michel, Wiz

«1723. Gotham. Orphelinat de la Sainte-Charité. Mary Wickford, jeune orpheline à la beauté flamboyante, quitte le couvent et les soeurs qui l'ont recueillie dix-sept ans plus tôt. En route vers l'est, la jeune fille s'arrête dans le vieux village d'Old Haven où règne une atmosphère lourde de secrets. Sans jamais être venue, elle connaît ces paysages de brumes et de ténèbres... C'est ici, à Old Haven, que fut brûlée vive, quarante-deux ans auparavant, une sorcière du nom de Lisbeth Wickford... Descendante de cette longue lignée, Mary est-elle née maudite ou est-elle destinée à sauver un monde en péril?»

Hybride troublant et sublime, oscillant entre réalité, songe et cauchemar. Fabrice Colin brode de sa plume fine et agile une saga enlevante; une sombre uchronie fantastique revisitant l'Histoire avec audace et inventivité. Foisonnant de personnages complexes aux destins inextricables, cette épopée envoûte dès la première page, relançant le lecteur à tout moment, le plongeant au coeur d'une époque agitée où le dogme religieux s'inquiète de la magie qui bouscule un ordre établi de force, une «normalité» factice prônée envers et contre tous. Un roman touffu s'aventurant habilement hors des sentiers battus et ébranlant astucieusement les certitudes. À dévorer tout cru.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

lundi 2 septembre 2013

La «BabyLit»...

Par Jennifer Adams, Gibbs Smith, Série BabyLit

«A whole new way for you to share your favorite classic novels with your babies: it’s called BabyLit.»

Vous en avez assez des imagiers conventionnels pour les tout-petits? Vous aimeriez partager avec eux les frissons de plaisir de vos lectures classiques? Eh bien, c'est le pari que prend Jennifer Adams en proposant cette série d'incontournables de la littérature, réduits à l'essentiel de leur propos, et transformés afin d'introduire des notions de base comme les couleurs, les nombres, les saisons, la météo, la mode, etc. Audacieux, voire un brin dérangeant, même? Détrompez-vous, ça fonctionne très bien. Certes, la collection est inégale: il y a quelques adaptations moins habiles que d'autres. Toutefois, certains titres sont très réussis, comme Alice in Wonderland en imagier des couleurs, Pride and Prejudice en initiation aux nombres ou encore Moby Dick enseignant le champ lexical de la mer et des marins.














Jennifer Adams, agile dans la synthèse, parvient vraiment à pointer les éléments-clés du roman choisi, et à les utiliser de telle sorte que l'ambiance du texte original demeure. Naviguant dans les eaux de la pédagogie avec humour et inventivité, cette «narration» singulière étonne joyeusement et fait naître les sourires à coup sûr. Une collection surprenante et coquine à découvrir absolument (disponible en langue originale seulement, pour le moment)...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


dimanche 1 septembre 2013

Le Journal de Peter


Par Sébastien Perez, illustré par Martin Maniez, Milan

«Je ne sais pas pourquoi je suis ici. Ça ressemble à une de ces maisons où les enfants attendent leurs parents... La surveillante m'a simplement amené dans cette grande chambre. Elle m'a laissé une couverture, un oreiller et un cahier. Elle m'a conseillé d'y écrire toutes mes pensées, pour aider ma mémoire à revenir. Elle m'a appelé Peter... mais je pense que, ce prénom, elle l'a inventé...»

Un petit bijou sombre et troublant. Sébastien Pérez tricote et détricote l'histoire de Peter Pan, révélant avec intelligence et finesse la pierre angulaire de ce personnage mythique: la quête identitaire déçue de son enfance abandonnée. Faisant s'enchevêtrer astucieusement réalité et fiction, la narration de Pérez sème indices et clins d'oeil au mémorable pays de Nulle Part, se faufilant habilement au coeur de la trame originale des romans de J. M. Barrie, nichant sa bouleversante hypothèse à mi-chemin entre l'ère du jeune Peter de Peter Pan in Kensington Garden et celle de l'insaisissable Peter du célèbre Peter and Wendy (mieux connu sous le titre de Peter Pan). Porté par une conception visuelle audacieuse, où les artefacts stimulent l'imaginaire du lecteur, l'impliquent avec adresse dans cette quête de la dernière chance, cet opus hors norme ébranle indiscutablement les certitudes. Le pays de Nulle Part n'existe-t-il finalement que dans la tête d'un orphelin à la mémoire en miettes?... Et si, contre toutes attentes, il existait réellement, ce pays de l'enfance?... Un roman enlevant qui tisse divinement le mystère, qui brode agilement une vérité.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★


mardi 27 août 2013

Dis tu dors?


Par Sophie Blackall, Didier jeunesse

«Un petit garçon qui n'arrive pas à trouver le sommeil va réveiller sa maman en pleine nuit et lui pose mille et une questions. Avec patience et encore un peu endormie, la mère répond à son fils qui devient de plus en plus agité. Un inventaire à la Prévert va finir par calmer l'enfant.»

Un petit délice craquant à souhait, en l'honneur de ces nuits en miettes que les enfants sèment à tout vent. Sophie Blackall tricote une histoire qui tourne joyeusement en rond, emberlificotant les «Pourquoi?», exigeant des «Parce que...», réinventant le monde sans fléchir, à l'aube, lorsque tous les yeux sont fermés sauf ceux de l'enfance. Nichée au coeur d'un univers visuel tendre, qui s'éclaire tout doucement, au rythme du jour qui se pointe, cette parenthèse cocasse d'un quotidien à mille à l'heure fait dans l'universel. Cet album, c'est l'histoire de mon enfance et de la vôtre. Cette histoire, c'est la curiosité qui s'éveille en froissant les paupières des grands, c'est la vie qui ne comprends pas pourquoi, parfois, il fait bon dormir.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


Pour le lire en version originale

vendredi 23 août 2013

Les Fantaisies de l'oncle Henri


Par Bénédicte Froissart, illustré par Pierre Pratt, Annick Press

«Ce soir, l'oncle Henri vient souper. Et quand oncle Henri vient souper, tout peut arriver...»

Un des classiques de mon enfance. Incontournable. Désopilant. Savoureux. Bénédicte Froissart narre l'improbable avec aplomb, candeur et authenticité. Les adultes et leurs oeillères en prennent pour leur rhume, insensibles à l'aventure qui se déroule pourtant sous leurs yeux. Nichée au coeur de l'univers visuel chaleureux de Pierre Pratt, de ses textures éloquentes et de sa délicieuse démesure,  cette ode à l'imaginaire, à ses périples déjantés et à ses rebondissements astucieux vous fera sourire l'âme à coup sûr...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

jeudi 22 août 2013

Bob le Loup


Par Jean-Luc Le Pogam, illustré par Ronan Badel, P'tit Glénat, Vitamine

«Faut-il vraiment avoir peur du loup? Tiloup attrape une grosse frayeur en apercevant par la fenêtre une forme qui ressemble à Bob le loup, le mangeur d'enfants. Il s'évanouie. Mais le seul qui va proposer son aide à la maman de Tiloup pour l'emmener à l'hôpital, c'est Bob...»

Bob le Loup est méchant. Il est impitoyable. Sa réputation le précède et fait fuir tout ce qui bouge. Mais au fond, qui est Bob le Loup? Une ombre s'approchant? Un manteau rapiécé sur une fourrure en bataille? Un regard acéré qui obnubile et hypnotise? Jean-Luc Le Pogam navigue dans les eaux périlleuses de la perception en brodant avec finesse cette histoire émouvante où les repères sont secoués sans ménagement. Si cet anti-conte de fées charme et fait réfléchir, le superbe univers visuel de Ronan Badel y est pour beaucoup, envoûtant le lecteur par l'efficacité de sa sobre palette, l'éloquence des expressions et des ambiances créées, et la foule de menus détails évoquant le pouvoir des préjugés. Un album bouleversant et juste qui fait tomber les oeillères...



Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


Pour en lire un extrait en ligne, c'est ici.