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vendredi 1 juin 2012

Suzy a disparu!

Par Pascal Hérault, illustré par Geneviève Després, Les 400 coups, Grimace

«Monsieur Lapin est de retour dans une toute nouvelle aventure. Mais après s'être fait voler ses oreilles dans "Les oreilles de monsieur Lapin", c'est maintenant Suzy, sa fiancée, qui a disparu. Elle a été enlevée par trois étranges individus déguisés en loups. Déboussolé, le pauvre lapin va chercher l'aide du commissaire Mastiff et ensemble, ils enquêtent sur cette curieuse affaire qui les mène jusque dans les tunnels souterrains de la ville.»

Une deuxième petite enquête sympathique pour Monsieur Lapin. Pascal Hérault tricote une intrigue cocasse, bien qu'un brin longuette, et un poil trop ronflante de bons sentiments: les méchants sont punis, la belle est sauvée, et hop!, on relègue aux oubliettes cet incident fâcheux. J'aurais pourtant aimé, par exemple, en apprendre un peu plus sur les conditions de vie difficiles des ravisseurs, ce qui les a décidés à commettre cet enlèvement, pourquoi avoir choisi Suzy, la fiancée de Monsieur Lapin... bref, ouvrir la porte à la réflexion au sujet du Bien et du Mal. Malheureusement, le lecteur a plutôt droit à une fin rose bonbon, un peu maladroite et incompréhensible, qui laisse un goût amer de prétexte pédagogique. Par contre, l'univers visuel de Geneviève Després est tout simplement sublime, comme toujours! Ses textures, l'éloquence de l'expression de ses personnages, la composition de ses illustrations, tout est savoureux et touchant. En fait, l'«histoire visuelle» est plus habile et juste, par moments, que la prévisible narration littéraire. Un album à dévorer des yeux donc...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ☆ ☆

jeudi 31 mai 2012

Fipopus/Gropopus

Par Frédéric Laurent, Atelier du Poisson soluble

«Les Fipopus, qui habitent d'un côté de la Terre, sont heureux. Les Gropopus, qui habitent de l'autre côté, passent leur temps à se battre. Dans cette histoire sans dessus dessous, ils vont finir par se rejoindre.»

Un délice d'histoire qui part dans tous les sens. Frédéric Laurent fait découvrir de façon saugrenue et totalement savoureuse l'interdépendance entre habitants de la même planète. L'histoire qui peut être lue de façon linéaire (une fois dans un sens, une fois dans l'autre) devient tout simplement envoûtante au moment où on la redécouvre en tenant compte des deux mondes en parallèle. Cet album en accordéon, à l'univers visuel riche et éloquent, fourmillant de détails, ouvre la porte à la discussion, stimule la réflexion... et fait voir l'Homme et la Vie d'un autre oeil. Un tour de force littéraire et visuel sublime qui ne laissera personne indifférent. À lire!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 

jeudi 24 mai 2012

En toutes lettres

Par Marie Colot, Alice jeunesse

«Voilà Agathe et Arthur contraints, dans le cadre d'un exercice scolaire, de s'écrire. Pas des courriels, non, de belles lettres, comme dans l'ancien temps, qui détaillent les centres d'intérêt de chacun... Ringard, quoi! Si Agathe fait, au départ, quelques efforts pour se plier aux consignes, Arthur, lui, déploie toute la mauvaise volonté possible, et reste très distant. Leurs échanges épistolaires deviennent rapidement une succession de moqueries et de sarcasmes, chacun voulant épater l'autre et prendre l'ascendant. Mais lorsque, un jour, Arthur met au défi Agathe d'élucider le mystère d'une photo qu'il a trouvée, sur laquelle figure une femme qui pourrait être sa mère, leur relation va progressivement changer de nature...»

Sympathique opuscule épistolaire, sur fond d'enquête à la Columbo. Marie Colot propose un échange cocasse et enlevant entre deux solitudes, une collaboration inattendue entre deux êtres que tout semble séparer. Habile petit pied-de-nez à la technologie moderne... et surtout, hisoire touchante de la naissance d'une amitié, même brève, même sans lendemain... Un beau bouquet d'humanité.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mercredi 23 mai 2012

La forêt des idées

Par Anne-Gaëlle Balpe, illustré par Jess Pauwels, Bilboquet, Les Messagers

«Amadeo cueille ses idées dans la forêt des idées. Parfois, il arrive trop tard et se fait voler l'idée qu'il voulait cueillir en premier. D'autres fois, ses idées poussent tordues ou au contraire donnent naissance à des histoires surprenantes.»

Excellente allégorie de la création. Anne-Gaëlle Balpe propose une vision tout à fait sublime de la construction d'une histoire par un créateur. On s'attache, on s'émeut, on est fébrile, on a hâte de voir pousser les idées «cueillies» par l'auteur... Bref, un délice de mots qui plonge le lecteur dans un imaginaire pas si loin de cette réalité insaisissable qu'est la création. Un incontournable pour ceux dont la machine à idées n'est presque jamais en panne!...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mardi 22 mai 2012

L'histoire en vert de mon Grand-père

Par Lane Smith, Gallimard Jeunesse

«Le jardin extravagant dans lequel se promène un jeune garçon réveille la mémoire de son arrière-grand-père qui fut soldat, mari, jardinier et surtout artiste.»

Superbe voyage dans l'imaginaire et la mémoire, témoins de l'amour entre un garçon et son arrière-grand-père. Lane Smith réussit à tricoter un dialogue juste et fascinant entre la narration des souvenirs de l'aïeul et ses illustrations tendres et farfelues. Il fait voguer le regard du lecteur dans l'image, à la recherche du petit détail qui éclaire, du délicieux clin d'oeil qui attendri, de l'inattendu qui bouleverse. Un bijou d'album à relire encore et encore...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 


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jeudi 17 mai 2012

Le fantôme d'Anya

Par Vera Brosgol, La Courte Échelle, Hors Collection, Hors Série

«Jamais Anya n’aurait pu imaginer trouver une nouvelle amie au fond d’un vieux puits. Encore moins une amie décédée depuis un siècle! Tomber dans un puits, c'est un vrai malheur. Mais Anya n’en est pas à un malheur près! Sa vie est un désastre sur toute la ligne! Anya a honte de sa famille, elle est obsédée par son apparence et elle se sent mal à l’école. Alors une nouvelle amie, même morte, est peut-être ce qu’il lui faut. Seulement, la "nouvelle meilleure" amie d’Anya ne blague pas lorsqu'elle dit : "pour toujours"…»

Excellent plongeon à mi-chemin entre réalité et fiction dans le monde parfois rude de l'adolescence. Vera Brosgol propose un scénario joyeusement délirant aux péripéties savoureuses, impliquant l'inimitable Anya à l'humour grinçant si délicieux. Un roman graphique à dévorer sans attendre...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


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dimanche 13 mai 2012

Virginia Wolf

Par Kyo Maclear, illustré par Isabelle Arsenault, La Pastèque, Pamplemousse

«Virginia, la soeur de Vanessa, est d'humeur féroce - elle grogne, elle hurle à la lune et elle fait des choses très étranges. Elle est prise d'un cafard si intense que toute la maison semble sens dessus dessous. Vanessa fait tout ce qu'elle peut pour lui remonter le moral, mais rien n'y fait. Jusqu'à ce que Virginia parle à Vanessa d'un lieu imaginaire, un endroit merveilleux nommé Bloomsberry...»

Petit bijou-hommage à l'inénarrable Virginia Woolf qui a dû faire face plus d'une fois à son loup intérieur. Kyo Maclear tricote tout en nuances et en sensibilité une histoire en clair-obscur, où l'amour triomphe (pour cette fois, du moins) face à la détresse de l'âme. Habile, la plume de l'auteure suggère et insinue le malaise, plutôt que d'imposer la douleur de Virginia aux yeux du lecteur. Et grâce à l'univers visuel tendre et délicat d'Isabelle Arsenault, l'histoire s'épanouit, et virevolte, ouvrant la porte sur tous les possibles de l'imaginaire. Un album fin et remuant à découvrir absolument.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★


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vendredi 11 mai 2012

La chanson de Richard Strauss

Par Marcus Malte, illustré par Alexandra Huard, Sarbacane

«C'est d’abord une histoire d’amitié. Entre deux petits garçons, qui ont les mêmes blouses, les mêmes jeux, les mêmes bleus. L’un joue parfois du violon, l’autre joue souvent avec son chien. Et puis à la radio, une voix se met à cracher la haine, de plus en plus fort, une histoire de race, cette fois. Bientôt, les bruits de bottes remplacent les jeux. Et un matin, à l’aube, Richard est emmené.»

Un autre album au sujet de la guerre, me suis-je dit. Une autre descente aux enfers, au coeur du génocide des juifs. Il y en a eu tant de ces plongeons dans l'Histoire, supposément adaptés à un jeune public et qui rataient leur cible. Peut-être parce que le sujet n'en serait jamais un pour les coeurs purs. Ou parce que les créateurs ne savaient pas comment s'approprier une telle aberration... Eh bien, cette fois, Marcus Malte relève le défi avec finesse et sensibilité. Sa plume agile fredonne au lecteur une histoire en musique, voguant sur de courtes phrases, presque en prose poétique, et tricotant avec intelligence une trame de non-dits éloquente et bouleversante. Et c'est bien la Guerre. Dans toute son intransigeance. Mais la Guerre à hauteur d'enfants. La Guerre réduite à l'essentiel. À un ami, qu'on ne reverra plus. Évoluant au rythme des mots de Marcus Malte, l'univers visuel aux couleurs franches, et au mille et un détails d'Alexandra Huard ouvre la porte sur un monde déchiré certes, mais où la vie et l'enfance s'épanouissent malgré tout. Un album doux, et sombre, et beau.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 

jeudi 10 mai 2012

Je suis un phénomène

Par Elisabeth Atkinson, Alice Jeunesse, Tertio

«Il y a cinq choses dont Faye Noman est certaine :
1) Sa mère n’a pas pris la peine de prononcer son nom à voix haute avant de l’inscrire au registre des naissances.
2) Ce problème serait moins important si elle ne mesurait pas déjà presque 1,80 m à seulement 12 ans.
3) Moins important, aussi, si sa mère ne s’obstinait pas à s’habiller comme une hippie et pouvait lui donner une réponse claire sur l’identité de son père.
4) Moins important, encore, si parler à quelqu’un de son âge ne lui semblait pas une tâche insurmontable.
5) Il existe certainement un endroit sur terre, quelque part, où elle se sent chez elle... non?»

Sympathique quête identitaire d'une jeune fille décidément singulière. Elisabeth Atkinson propose au lecteur un plongeon au coeur de l'adolescence: les doutes, la solitude, l'incompréhension, le sentiment d'impuissance et l'errance émotive, mais aussi, heureusement, l'amitié et l'amour qui déplacent des montagnes. Et on se laisse emporter dans le quotidien chaotique et hors-norme (même parfois, un peu trop invraisemblable) de Faye, dans son parcours saugrenu vers l'acceptation d'elle-même. La trame narrative est certes un poil tirée par les cheveux à certains moments (on devait s'y attendre avec tous ces personnages archétypaux), mais somme toute, on finit par y croire tout de même. Par contre, le fait que le nom de famille de l'héroïne soit central dans l'intrigue et que ce nom ait été maladroitement traduit (en langue originale, il s'agit des mésaventures de Emma Freke, versus Faye Noman en version française) bousille sincèrement le plaisir du lecteur: en effet, tout au long du roman, des explications sont nécessaires pour comprendre les jeux de mots, les confusions, et les moments d'angoisses créés par le nom Faye Noman, et même une fois clarifiés, ces équivalents français demeurent boîteux et lourds. C'est regrettable puisque cette gymnastique de traduction empêche vraiment de savourer les péripéties pourtant joyeusement rocambolesques de cette adolescente typique. À lire en version originale, donc...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


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dimanche 6 mai 2012

Une ombre qui glisse

Par Marco Carrara, illustré par Chiara Carrer, Atelier du poisson soluble

«Sara ne ressemble à personne. Mais existe-t-il deux pierres, deux chiens, deux feuilles, deux personnes identiques? Pourquoi en dire davantage? Sara glisse comme une ombre dans un univers fleuri. Tour à tour immobile, silencieuse, imprévisible, invisible, bruyante, fragile...»

Une bouleversante ode à la différence. Marco Berrettoni Carrara nous ouvre la porte sur un monde déroutant de silence et d'émotions plus grandes que soi. Sa plume virevolte, intense, vibrante, émouvante, aimante, au rythme singulier de l'unique Sara. De concert avec la narration, le superbe univers visuel de Chiara Carrer multiplie les textures, superpose les réalités, fait s'exprimer les sensibilités avec une touchante éloquence. Un album délicieusement remuant, à lire sans attendre.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★