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dimanche 15 juillet 2012

The Age of Miracles


Par Karen Thompson Walker, Doubleday

«"It still amazes me how little we really knew. . . . Maybe everything that happened to me and my family had nothing at all to do with the slowing. It’s possible, I guess. But I doubt it. I doubt it very much."
On a seemingly ordinary Saturday in a California suburb, Julia and her family awake to discover, along with the rest of the world, that the rotation of the earth has suddenly begun to slow. The days and nights grow longer and longer, gravity is affected, the environment is thrown into disarray. Yet as she struggles to navigate an ever-shifting landscape, Julia is also coping with the normal disasters of everyday life—the fissures in her parents’ marriage, the loss of old friends, the hopeful anguish of first love, the bizarre behavior of her grandfather who, convinced of a government conspiracy, spends his days obsessively cataloging his possessions. As Julia adjusts to the new normal, the slowing inexorably continues.»

Petit morceau d'anticipation plausible et inquiétant en ces temps où la Terre se dérègle de plus en plus. La narration fine et juste ouvre l'horizon du lecteur vers un possible dérangeant, à travers les petits et les grands soucis du quotidien d'une adolescente: l'amitié, l'amour, l'école, mais aussi la maladie, la trahison et la mort. Bouleversant les repères sociaux et les «acquis» scientifiques, l'intrigue installe doucement, mais sournoisement, le doute, poursuivant une lente et inexorable descente vers l'inévitable. Un roman vertigineux qui ne laisse pas l'esprit tranquille...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


Pour le lire en version française

lundi 9 juillet 2012

Mystère et boules de loto


Par Andreas Steinhöfel, illustré par Steve Wells, Gallimard jeunesse, Rico & Oscar 2

«Oscar s'est invité chez moi au milieu des vacances. J'étais fou de joie ! On allait faire plein de choses ensemble. Le mercredi, évidemment, on l'a embarqué à la soirée loto. Maman a encore gagné et Oscar a trouvé ça louche. Pourquoi faisait-il des secrets ? S'il était vraiment mon ami, il devait tout me dire ! Maman était peut-être en danger...»

Un petit bout d'humanité, fragile et dérangeant.  Je me suis tout simplement délectée de ce deuxième tome de la série Rico et Oscar. Retrouver tous ces personnages colorés, singuliers, et délicieusement imparfaits fut un pur bonheur. Et cette narration toute simple, et pourtant si éloquente, menée par un Rico aux idées éparpillées, mais à la soif de comprendre inextinguible, et au coeur grand comme la Terre, est un petit bijou de finesse littéraire (et que dire de ce savoureux et improbable petit lexique que Rico sème ça et là dans le corps de son «journal intime»!). Une note parfaite pour cet opus joyeusement grinçant, qui fait voir la vie et ses mystères enfouis, ses secrets trop bien gardés,  sous un tout autre angle. Sublime!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 

dimanche 8 juillet 2012

The New York Trilogy

Par Paul Auster, Penguin Classics

«Paul Auster's signature work, The New York Trilogy, consists of three interlocking novels: City of Glass, Ghosts, and The Locked Room—haunting and mysterious tales that move at the breathless pace of a thriller.

City of Glass
As a result of a strange phone call in the middle of the night, Quinn, a writer of detective stories, becomes enmeshed in a case more puzzling than any he might hace written

Ghosts
Blue, a student of Brown, has been hired to spy on Black. From a window of a rented house on Orange street, Blue stalks his subject, who is staring out of his window

The Locked Room
Fanshawe has disappeared, leaving behind his wife and baby and a cache of novels, plays, and poems. What happened?»

Un plongeon mémorable dans l'univers déroutant et labyrinthique de l'esprit d'un écrivain. À travers ces trois récits enchevêtrés, pourtant si différents, mais voguant dans les mêmes eaux, le lecteur est entraîné au fond, tout au fond de l'âme humaine, de ses peurs, de ses réflexes de survie, de ses surprenantes ressources. Ne laissant jamais le lecteur s'installer dans une zone de confort, la narration de Paul Auster chevauche le possible et l'improbable, fouettant les certitudes et secouant les repères. Un troublant tryptique, oscillant avec finesse entre roman policier, quête initiatique et réflexion sur la création, qui laisse le lecteur pantois, le cerveau en ébullition et la conscience troublée. 


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆



Pour le lire en version française

samedi 30 juin 2012

The Willoughbys


Écrit et illustré par Lois Lowry, Houghton Mifflin Harcourt

«"- Shouldn't we be orphans? Barnaby B asked.
The Willoughbys children were seated on the front steps playing a complicated game which only Tim knew the rules.
- Why? asked Barnaby A, moving down a step because the rules said he must if he asked a question, and of course «Why?» was a question.
- Because, Barnaby B explained, we are like children in an old-fashioned book. And -
- Mostly they are orphans, Jane said. She moved down two steps because she had interrupted, which was against the rules, and now she was the lowest of the four.
- Worthy and deserving orphans, Barnaby B added.
- Winsome too, added Jane...
- A sea voyage sometimes produces orphans, Barnaby A pointed out. There are often pirates. Or icebergs. 
- And sea serpents, his twin added, event though I don't entirely believe in sea serpents.
- I believe in giant squids, Jane said with a shudder.
- Good point, Tim acknowledged. And piranhas. Are our parents planning a vacation, by any chance? On a ship?"»

Un hommage cocasse et délicieusement irrévérencieux aux classiques de la jeunesse. Lois Lowry plonge le lecteur dans un monde où les clichés littéraires d'antan foisonnent, où les personnages complotent ouvertement les uns contre les autres, sans censure, et sans s'encombrer du politiquement correct: bref, une histoire à la Dickens, sans les bons sentiments... nourrie par une plume désopilante! C'est un bijou stylistique que j'ai dévoré goulûment, jusqu'à la fin de la bibliographie (oui, oui, le glossaire et la bibliographie vous feront autant glousser de bonheur que l'intrigue principale!). Un hybride parfait entre la structure classique et la plume caustique, entre la poignante saga familale et la dérision... un paradoxe de finesse et d'impertinence! Sublime!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★


Pour le lire en version française

jeudi 28 juin 2012

Les bras de papa: rien que pour moi


Par Jo Witek, illustré par Christine Roussey, La Martinière jeunesse

«J'aime quand les bras de mon papa ne s'ouvrent rien que pour moi.»

Tendre ode aux papas, à hauteur d'enfant. Jo Witek tricote une ballade poétique et rigolote au coeur des bras aux mille visages d'un père. Protecteurs, encourageants, taquins, apaisants et câlins, ces bras immenses font voyager le lecteur dans une délicieuse bulle d'amour filial. Complice habile de cette histoire charmante, Christine Roussey nous ouvre avec éloquence la porte d'un imaginaire joyeusement farfelu, alliant naïveté du trait et textures à découvrir du bout des doigts. Après Le ventre de ma maman: toi dedans, moi dehors, le touchant duo Witek/Roussey se commet donc de nouveau, avec justesse et brio, dans ce deuxième opus à découvrir...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

jeudi 21 juin 2012

Mon coeur en miettes ou les plus beaux jours de ma vie


Par Charlotte Moundlic, illustré par Olivier Tallec, Flammarion, Père Castor

«Les filles, elles sont bizarres. Parfois elles sont gentilles et puis d'un coup, elles se mettent à ricaner et à se moquer. Je préfère garder une distance de sécurité. Avec Carmen, c'est différent. Depuis qu'elle est arrivée, c'est comme si elle m'avait ensorcelé...»

Après La Croûte et Le slip de bain, Charlotte Moundlic et Olivier Tallec récidivent avec ce petit bijou d'histoire romantico-cocasse. On s'attache à Michel dès les premiers mots, délicieusement touchant de vérité avec son jardin secret et sa charmante timidité. Et quelle complicité auteure-illustrateur! J'ai été envoûtée par leur ballet agile et éloquent, où narration et illustrations travaillent de concert, se relançant à qui mieux mieux pour le plus grand plaisir du lecteur. Un opus inoubliable à déguster, donc, pour tous les jeunes Roméo découvrant leur Juliette...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 

Quand l'amour court


Par Thierry Lenain, illustré par Barroux, Les 400 coups

«C'est l'histoire de Paola. C'est aussi l'histoire de ses parents qui se séparent après s'être longuement disputés. C'est l'histoire d'un amour court et intense. C'est l'histoire de ciseaux. Et c'est l'histoire de trois roses... C'est aussi un conte pour petits et grands, sur l'amour qui passe et l'acceptation de cette rencontre passagère. C'est surtout la séparation vue par un enfant, et qui nous sert de baume sur la tristesse qui l'accompagne.»

L'amour, ses méandres et ses déchirures, à hauteur d'enfant. Thierry Lenain plonge le lecteur dans un journal intime singulier et sensible: celui de Paola et de l'amour de ses parents qui s'est enfui. S'épanouissant au coeur de l'univers visuel riche et éloquent de Barroux, cette histoire (qui pourrait être celle de beaucoup d'autres petites «Paola») sait trouver les mots, échevelés, tantôt graves, tantôt débordants de poésie, pour raconter l'indicible.



Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mercredi 20 juin 2012

L'éléphant qui fumait de la trompe


Par Alix Leroux, Atelier du Poisson soluble

«"Le docteur Larence finissait son petit déjeuner quand Martin, un éléphant fort inquiet, frappa à sa porte. Il le fit entrer (non sans mal) et remarqua rapidement ce qui n’allait pas: 
– Je crois que tu fumes de la trompe Martin!"»

Savoureuse histoire en poupées russes qui s'entortille et se détortille joyeusement. Alix Leroux tricote un conte agile, farfelu qui fait rigoler l'imaginaire et fonctionner les «petites cellules grises» à plein régime. Un délice d'album à déguster encore et encore, à l'endroit, à l'envers, dans un exquis chaos animalier!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 

Chroniques de Jérusalem


Par Guy Delisle, Delcourt, Shampoing

«Guy Delisle et sa famille s'installent pour une année à Jérusalem. Pas évident de se repérer dans cette ville aux multiples visages, animée par les passions et les conflits depuis près de 4.000 ans. Au détour d'une ruelle, à la sortie d'un lieu saint, à la terrasse d'un café, il laisse éclater des questions fondamentales.»

Fascinante incursion dans le monde bigarré et troublé de Jérusalem. Guy Delisle entraîne le lecteur dans son quotidien déroutant d'exilé occidental en Israël, avec tout ce que ça comporte de découvertes surprenantes, de grands fossés d'incompréhension, de bouleversements des repères et de petites joies impromptues croisées au détour d'un Check Point. Un opus rondelet qui fait visiter Jérusalem par la porte de derrière... et qui permet de se coltiner un sympathique cours de politique et d'histoire en passant!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

lundi 18 juin 2012

Le coup de la girafe


Par Camille Bouchard, Soulières, Grafitti

«"– Maman, il est où le bonheur? 
– Écoute... tu entends? 
– Quoi? 
– Est-ce que tu entends un bruit? Mais un très très grand bruit? 
– Non. 
– Alors, c’est que le bonheur est ici. 
Je ne comprends rien à ce que ma mère raconte. J’accepte son bisou sur ma joue. Je note qu’elle se lève sur le bout des pieds. Je suis plus grand qu’elle. Normal. Je suis un homme. J’ai quinze ans. Le docteur dit que, dans ma tête, j’ai six ans. En ce cas, comment se fait-il que je sois en première secondaire, hein?"»

Un plongeon déroutant dans le cruel monde de l'intimidation. Camille Bouchard laisse la parole à Jacob, pour qui rien n'est simple, tout est rêche, inatteignable, et qui ne connaît de la vie que le côté sombre. Or, malgré une narration habile et sensible, poétique à ses heures même, cet opus fracassant m'a laissé un goût amer dans l'âme. Bien sûr, toute cette méchanceté et cette détresse existent dans la réalité, mais je m'interroge: est-il nécessaire de balancer cette torturante vérité au visage du lecteur, sans ménagement, de faire de lui un voyeur impuissant? De le faire couler à pic, avec Jacob, sans espoir de salut? La catharsis a ses vertus, certes, mais parfois, il faut savoir doser. Cela dit, étrangement, la chute de cette singulière descente aux enfers m'a émue: je n'en ai pas du tout apprécié l'aboutissement - que j'ai trouvé inutilement dramatique - mais j'en ai savouré le style, la voix, les mots. En fait, tricotée toute en finesse, entre deux coups de théâtre, la fin donne l'impression d'avoir été le prétexte au roman. En effet - et cela peut expliquer beaucoup de choses - c'est comme si toute l'histoire (la trame maladroite par endroits, les liens entre les personnages qui se tissent un brin trop rapidement, les détails trop crus) avait été construite un peu à la va-vite afin de permettre à cette fin d'exister, afin de permettre à Jacob d'exprimer ce long monologue, petit bijou stylistique comme il est rare d'en croiser. C'est donc bouleversée, perplexe et un peu charmée (je l'admets...) que j'ai refermé ce roman. Une lecture à recommander? Difficile de me prononcer, mais chose certaine, lecteurs à l'âme fragile s'abstenir.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ☆ ☆