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vendredi 25 février 2011

Le mangeur de sons


Par Christos Ortiz, illustré par Laurance Quentric, Les 400 coups

«"Je suis un ogre. Mais pas n’importe lequel : je suis un ogre mangeur de sons! Je mange tous les sons, car à mes oreilles, ils sont tous bons ! Je dévore les rires quand ils s’épuisent, les colères grosses comme le tonnerre. J’avale le fracas des avions et les ronrons de vos chatons.  Je sirote le glouglou des bouteilles et les murmure à vos oreilles! Je croque les bruits et les cliquetis, je suce les sons comme des bonbons!" La belle histoire d’un ogre qui mange tous les bruits du quotidien. Mais qu’arrive-t-il lorsque la pollution sonore se fait trop présente?»

Quel album superbe! Un pur délice! Christos Ortiz fait virevolter sa plume légère, faisant tinter et rimer ses mots, brossant joyeusement le portrait de cet ogre sympathique à la gourmandise sonore. Et puis, la conception graphique de Laurance Quentric est tout simplement stupéfiante: un habile mélange de collages et d'illustrations, vibrant, éloquent, sublime. Un album coup de coeur, à relire mille fois...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 

Joséphine

Par Pénélope Bagieu, Éditions Jean-Claude Gawsewitch, Joséphine 1

«Joséphine se cherche un fiancé, se promène sur Meetic, s’achète des sacs d’un prix indécent, n’a jamais rien à se mettre et commence le sport demain, c’est promis. Évidemment, toute ressemblance avec de vraies jeunes femmes de la vraie vie ne serait que pure coïncidence…»

Une petite BD légère et confo, à lire d'un oeil romantique, lovée sur le divan. Pénélope Bagieu propose des planches aux illustrations cocasses, mettant en scène une Bridget Jones française fort sympathique. Les scénarios quoiqu'un brin franchouillards sont amusants, font sourire... et permettent à la célibataire en soi de se reconnaître à travers les tribulations de Joséphine. Agréable petit plaisir coupable.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

La petite fille à la jambe de bois

Par Hélène Castelle, illustré par Marion Arbona, Les 400 coups

«Penny n’avait que six ans et ne croyait déjà plus aux contes de fées. Pourtant elle en avait lu beaucoup et elle les connaissaient sur le bout de ses doigts. Elle savait que dans ces histoires, il y a une chose qui n’existe pas : les princes et les princesses n’y ont jamais de jambes de bois. Voici donc le drame de cette curieuse petite fille. Elle était née comme ça : une tête, deux bras et une brindille. Et croyez bien qu’à ce jour aucun prince n’a trouvé ça charmant!»

Histoire étrange, un brin décousue, que propose la plume beaucoup trop ostentiblement pédagogique d'Hélène Castelle: le déroulement est lourd, et on sent grincer les rouages maladroits de l'apprentissage de la différence jusqu'à la toute fin, bâclée elle aussi. Toutefois, les illustrations sont sublimes et touchantes, grâce aux traits sensibles, colorés et chauds de Marion Arbona. Un vrai délice pour les yeux... alors, oubliez les mots et plongez dans le singulier univers graphique de cet album!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ☆ ☆

jeudi 24 février 2011

Meurtriers sans visage

Par Henning Mankell, Seuil, Points, Kurt Wallander 1

«En pleine campagne suédoise, dans une ferme isolée, un couple de paysans retraités est torturé et sauvagement assassiné. Avant de mourir, la vieille femme a juste le temps de murmurer un mot : " étranger ". Il n'en faut pas plus pour qu'une vague de violence et d'attentats se déclenche contre les demandeurs d'asile d'un camp de réfugiés de la région. Les médias s'emparent du fait divers et lui donnent une résonance nationale. La pression augmente sur les épaules de l'inspecteur Wallander, chargé de mener l'enquête. Il va devoir agir vite, avec sang froid et détermination, et sans tomber dans le piège de la xénophobie ambiante qui brouille les pistes... La première enquête du désormais célèbre Kurt Wallander, personnage phare des romans de Henning Mankell.»


Intrigue enlevante, sans conteste. Henning Mankell fait découvrir au lecteur l'univers sombre et tortueux que peut être la société. Si la plume de Mankell est parvenue à m'entraîner dans ses rouages dès les premières pages, j'ai été un brin déçue par son manque d'épanouissement, de finesse. Bien sûr, il s'agit d'une traduction; la version suédoise originale est sans doute plus nuancée, plus travaillée, proposant sûrement quelque chose de mieux (je l'espère) que le peu de style littéraire que j'ai eu à me mettre sous la dent... On est loin d'Elizabeth George et de sa délicieuse complexité. À consommer pour l'histoire, donc. Avidement, mais sans grand frisson littéraire.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ☆ ☆

lundi 21 février 2011

Des livres d'enfants à la littérature de jeunesse

Par Christian Poslaniec, Gallimard, Découvertes Gallimard

«Talentueuse et imaginative, portée par des médiateurs enthousiastes, reconnue par l'école et l'université, séduisant des publics toujours plus larges, la littérature de jeunesse est aujourd'hui une littérature majeure. Son histoire remonte au milieu du XIXe siècle, lorsque l'alphabétisation massive et le développement des techniques d'impression permirent son émergence. Deux libraires-éditeurs, Louis Hachette et Pierre-Jules Hetzel, réinventent un genre, encore très dépendant de l'école et de la religion, et publient des romans pour les enfants signés par la comtesse de Ségur ou Jules Verne. La littérature de jeunesse était née et avec elle l'enfant-lecteur. Christian Poslaniec nous guide dans cette histoire touffue qu'il parsème de petits cailloux blancs : Babar, les Albums du Père Castor, Le club des 5, Les Contes du chat perché, Harry Potter...»

Essai intéressant et présentation graphique accrocheuse, un Découvertes Gallimard classique, quoi! Christian Poslaniec offre au lecteur un fascinant plongeon dans le passé, la découverte d'une ère où l'enfance n'existait pas, où l'enfant n'était qu'un moule vide qu'il fallait s'efforcer de remplir de valeurs vertueuses et morales, sans oublier (heureusement!) de décrire la merveilleuse évolution du marché de la littérature jeunesse, qui a ouvert, entre autre, les portes de l'imaginaire et de la lecture ludique aux enfants trop longtemps privés de cet exutoire délicieux qu'est la littérature sans agenda caché! Un beau petit morceau d'histoire à découvrir, même si, dans cet essai, les référents de l'évolution de la littérature jeunesse sont principalement européens. 


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

vendredi 18 février 2011

Bill Chocottes, le héros qui avait peur

Par Dominique Watrin, illustré par Élisabeth Eudes-Pascal, Les 400 coups

«Dans toutes les histoires pour enfants, il y a deux sortes de personnages : les gentils avec une tête de gentil et les méchants avec une tête de méchant. Mais qu'arrive-t-il le jour où l'illustratrice se trompe et crée un méchant avec une tête de gentil et un gentil avec une tête de méchant?»

Concept graphique fort intéressant, comme si Elisabeth Eudes-Pascal travaillait sous nos yeux, avec crayons, ciseaux et ruban adhésif! Quant à l'histoire, eh bien, l'idée de base est prometteuse: un méchant à l'air gentil et un gentil à tronche de méchant. La plume de Dominique Watrin est habile certes, jouant finement avec les répétitions, les retours en arrière et la naïveté du lecteur... mais j'ai été un brin déçue; je ne me suis pas sentie transportée par l'intrigue. Il manque un petit rien de fluidité pour que la magie opère... Un joli album à feuilleter malgré tout, question de briser nos préjugés de contes de fée!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ☆ ☆

jeudi 17 février 2011

La belle Adèle

Par Marie Desplechin, Gallimard Jeunesse

«Adèle en assez. Pourquoi devrait-elle se donner du mal pour se maquiller et s'habiller, comme les filles de sa classe? Est-ce le plus sûr moyen de ne pas se faire remarquer? D'être normale? Et Frédéric... Il est gentil, il est même tragiquement gentil. N'est-ce pas le pire des défauts pour un garçon? Adèle et Frédéric doivent trouver d'urgence une stratégie de survie. Ils ont alors une idée lumineuse... Marie Desplechin est sans égale pour traduire avec humour les péripéties de la vie!»

Une sympathique épopée adolescente menée habilement par la plume fine et agile de Marie Desplechin. Ses deux personnages principaux sont attachants à souhait et leur aventure délicieusement rocambolesque! Un petit opuscule savoureux à ne pas manquer!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mercredi 16 février 2011

La légendaire histoire des douze soeurs Flûte

Par Vincent Cuvellier, illustré par Ronan Badel, Gallimard Jeunesse, Giboulées

«Dans un château, M. et Mme Flûte ont douze filles : une marrante, une dure, une rebelle, des jumelles, une laide, une étonnée, deux Charlotte, trois Béatrice. Mais, un jour funeste, le couple donne naissance à un garçon.»

Attachante incursion dans le monde saugrenu de la famille Flûte. La plume de Vincent Cuvellier tisse une histoire remplie de tours et de détours, de fous rires et de coups du sort; ses personnages sont cocasses et leurs péripéties charmantes. La structure du récit est un brin déconstruite, mais au fond, comment pourrait-elle être autrement qu'à l'image de la famille Flûte, brouillonne et vivante? Quant aux illustrations de Ronan Badel, elles sont douces et loquaces, faisant découvrir les mille et une facettes (et cachettes!) d'une famille mémorable! Un petit délice fantaisiste pour les après-midi trop tranquilles...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

Marina

Par Carlos Ruiz Zafon, Pocket Jeunesse

«Solitaire, Oscar aime se promener après les cours dans les rues envoûtantes de Barcelone. Un jour, il rencontre la jolie et mystérieuse Marina. Liés par un amour de plus en plus fort, les adolescents n'ont peur de rien, pas même de suivre une femme au comportement bizarre... Qui est-elle et pourquoi se rend-elle sur une tombe gravée d'un papillon noir? Lancés sur la piste d'une énigme qui hante la ville depuis trente ans, Oscar et Marina risquent de se perdre...»

Tendre aventure, sombre et inquiétante, qui s'épanouit tout doucement par le biais de la plume sensible et troublante de Carlo Ruiz Zafon. Si ma fébrilité de dévoreuse de livres m'a fait piaffer d'impatience au tout début de ce roman qui prend son temps pour installer le décor, j'ai ensuite été emportée par l'intrigue, soufflée hors de la réalité, ne dormant que d'un oeil, envoûtée et un brin effrayée par cet univers étrange, à mi-chemin entre le rêve et le cauchemar... Une prose humaine et délirante, très touchante, qui n'est pas sans rappeler le singulier Tim Burton, ange noir du cinéma. Une belle histoire d'amour et de mort, oscillant habilement entre le conte de fées et le musée aux horreurs.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

lundi 14 février 2011

Barbouillette!

Par Michèle Marineau, illustré par Manon Gauthier, Québec Amérique

«Pétronille, la cadette de la famille Guille, possède un don bien particulier. Quand elle s’écrit "Barbouillette!"les couleurs envahissent la salle de bain, la maison, le quartier, la ville et le monde entier! Le diagnostic est posé : elle souffre de colorite aiguë. Mais comment faire pour justifier son absence à l’école? Une colorite, ce n’est pas commun!»

Histoire amusante que la tendre plume de Michèle Marineau brosse habilement: la famille de Pétronille est tellement chouette qu'on a le goût de s'y blottir! Surtout lorqu'on voit la frimousse que Manon Gauthier leur a choisie... Ses illustrations mi-aquarelle, mi-collage sont remplies d'une sensibilité et d'une douceur incroyables! Un duo auteure-illustratrice tout simplement savoureux! À lire mille et une fois...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★