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lundi 28 octobre 2013

Nuit d'orage


Par Michèle Lemieux, Les 400 coups, Carré Blanc

«Il est l'heure d'aller se coucher. En compagnie de son chien, une jeune fille se met au lit. Nous passerons une nuit entière avec elle et nous serons témoins de ses questions et de ses grandes interrogations existentielles.»

Une fine errance philosophique, toute en délicatesse. Michèle Lemieux mène habilement le bal, brodant la narration de ses mots justes, et taquinant tendrement l'infini des possibles. Relançant avec éloquence le monologue inquisiteur du personnage principal, son univers visuel aux traits simples et évocateurs sort des sentiers battus, balayant la logique cartésienne ronronnante et suggérant audacieusement un périple existentiel vertigineux. Véritable joyau littéraire, cet opus singulier et sans âge interpelle sans vergogne et secoue joyeusement les repères. Un délice stimulant à savourer tout doucement...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★  

samedi 26 octobre 2013

Just One Evil Act


Par Elizabeth George, Dutton Books, Inspecteur Lynley et Sergent Havers 18

«Barbara is at a loss: the daughter of her friend Taymullah Azhar has been taken by her mother, and Barbara can’t really help—Azhar had never married Angelina, and his name isn’t on Hadiyyah’s, their daughter’s, birth certificate. He has no legal claim. Azhar and Barbara hire a private detective, but the trail goes cold. Azhar is just beginning to accept his soul-crushing loss when Angelina reappears with shocking news: Hadiyyah is missing, kidnapped from an Italian marketplace. The Italian police are investigating, and the Yard won’t get involved, until Barbara takes matters into her own hands — at the risk of her own career. As both Barbara and her partner, Inspector Thomas Lynley, soon discover, the case is far more complex than a typical kidnapping, revealing secrets that could have far-reaching effects outside of the investigation. With both her job and the life of a little girl on the line, Barbara must decide what matters most, and how far she’s willing to go to protect it.»

Un plongeon vertigineux dans les méandres de l'âme humaine. Elizabeth George tricote avec finesse une intrigue aux mille détours, déconstruisant les idées reçues, se jouant habilement de la candeur du lecteur, faisant trébucher, implacable, ses personnages sur la fine ligne qui sépare le Bien du Mal. Dans un enchaînement astucieusement labyrinthique de revirements et de machinations désespérées, l'auteure réfute avec détermination la notion de destin, démontrant au final que si on ne peut prévoir les écueils qui joncheront notre existence, nos réactions à ceux-ci, par contre, façonneront indiscutablement la suite des choses. Un opus délicieusement tordu, tout en finesse et en nuances, ode à l'humanité, à ses failles et à la puissance inexorable de l'instinct de survie. À dévorer sans retenu. 


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★


lundi 21 octobre 2013

L'éphémère


Écrit et illustré par Stéphane Sénégas, Kaleidoscope

«Deux frères découvrent un drôle de petit insecte, un éphémère. Lorsqu'ils comprennent que leur nouvel ami ne vit qu'un seul jour, ils décident de tout faire pour que cette journée unique soit mémorable.»

Dans la fébrilité de notre quotidien bien rempli, les journées n'ont pas assez d'heures et le temps file à vive allure. Et pourtant, envers et contre tout, la vie s'écoule, inexorable, insaisissable. La vie est courte. Trop courte parfois. Mais pas autant que celle de l'éphémère: une journée, une seule, c'est tout ce qu'il a. Trop peu, me direz-vous? Eh bien, ça dépend de ce qu'on en fait. Avec cet album, Stéphane Sénégas aborde le délicat sujet de la mort en misant audacieusement sur la vie: après tout, comme la mort peut frapper à tout moment, mieux vaut se délecter de la vie sans attendre. À travers une histoire toute simple, il brode avec sensibilité, finesse et humour, tricotant habilement sa narration sans tomber dans le gnan-gnan éducatif et proposant au lecteur un univers visuel chaleureux et cocasse. Un opuscule éloquent, ode au fameux «Carpe Diem», qu'il fait bon savourer en famille.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


Thèmes  abordés:  Mort, Deuil

samedi 19 octobre 2013

Apolline et le chat masqué


Écrit et illustré par Chris Riddell, Milan, Apolline 1

«Des chiens d'appartement disparaissent sans laisser de trace. Bizarre, bizarre... Qu'est-il arrivé à ces adorables toutous? Apolline et monsieur Munroe sont sur une piste. Mais chut!... Ils ne doivent pas être repérés.»

Une héroïne qui n'a pas froid aux yeux, un animal de compagnie comme il n'y en a pas deux et une maison joyeusement chaotique: la recette est parfaite pour une aventure mémorable. Grâce à une intrigue enlevante et à un univers visuel délicieusement déjanté, aux apartés savoureuses (les cartes postales des parents absents sont des bijoux hilarants, entre autres détails), Chris Riddell plonge le lecteur dans un monde singulier, aux personnages rocambolesques. On ne peut qu'aimer M. Munroe, son silence et sa tignasse rebelle, et qu'envier la liberté aux mille possibles d'Apolline, qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle d'Eloise, dans la série de Kay Thompson. Dans ce monde où l'étrange et l'improbable se relancent au quotidien, on suit avec bonheur ce drôle de duo d'enquêteurs, amis pour la vie, dans leur chasse aux vilains. Le premier tome délectable d'une série à dévorer!...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★


Pour le lire en version originale

mardi 15 octobre 2013

Monstres en vrac


Écrit et illustré par Élise Gravel, Les 400 coups

«La Monstrerie est fière de vous présenter sa nouvelle collection de monstres pour emporter. Des piquants, des doux, des puants, des mous: entrez, il y en a pour tous les goûts!»

Enfin, des nouvelles déjantées de la fameuse Monstrerie! Élise Gravel manie habilement, cette fois encore, les pinceaux et les mots, concoctant au lecteur un mélange exquis d'humour décapant et de personnages saugrenus. Indiscutablement dégoûtants et irrésistiblement attachants, ces monstres fraîchement disponibles feront la joie des plus petits (et des éternels candides); un coup de coeur pour les insupportables Popilles, le tendre robuste Farluche et le bisouvore Octomoulf. Faudra bien surveiller les sacs d'école: un monstre peut si vite s'y dissimuler! Une ode hilarante au farfelu et à l'improbable.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

Mon père Marco, ma fille Flavie


Par France Lorrain, illustré par André Rivest, Bayard Canada, Cheval Masqué, Au pas

«Flavie aime beaucoup son papa Marco. Sauf... quand il se fait remarquer au soccer, à l'épicerie ou devant ses amis. Marco, lui, aime aussi sa fille Flavie. Sauf... quand elle exagère! Marco et Flavie finiront-ils par rigoler?»

Un petit clin d'oeil rempli d'humour et de tendresse pour lecteurs en herbe. France Lorrain récidive dans sa coquine série intergénérationelle (collection Cheval Masqué, chez Bayard Canada), en opposant cette fois le point de vue d'une fillette à celui de son père; un plongeon habile dans les perceptions rigolotes et délicieusement irrévérencieuses de l'une et de l'autre. Tout en candeur et authenticité, ce court roman secoue les idées reçues sur les relations parents-enfants, ramenant avec justesse un peu de lucidité et d'humanité au coeur de ces rapports trop souvent idéalisés par la littérature jeunesse. Une savoureuse façon de réaliser qu'en famille, on rit beaucoup, on grince parfois des dents, on rouspète sans fin, mais au fond, ce qui nous unit, c'est l'amour, imparfait et inconditionnel.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

dimanche 13 octobre 2013

Le catalogue de robots


Par Jean-Pierre Guillet, illustré par Jessica Lindsay, Bayard Canada, Cheval masqué, Grand Galop

«Aimerais-tu avoir un robot qui fait les devoirs à ta place? Qui répond à l'enseignante pour toi? Qui range ta chambre? Qui est un champion dans tous les sports? C'est ce qui est offert à Aubert lorsqu'il trouve un catalogue électronique dans la boîte aux lettres. "C'est sûrement une blague", se dit d'abord le garçon. À moins que l'étrange objet vienne d'une autre dimension? Les robots existent peut-être vraiment... Aubert se laissera-t-il tenter?»

Qui n'a pas jamais souhaité avoir un robot-à-tout-faire? Jean-Pierre Guillet entraîne le lecteur dans un monde où la technologie tombe du ciel, sans crier gare, et semble être la panacée à tous les irritants de l'enfance (adieu les devoirs et le ménage!). Solution rêvée? Eh bien, tout ne sera pas si facile...  En effet, avant qu'Aubert n'ait le temps de savourer sa victoire sur les incontournables de son quotidien, les machines, pourtant programmées de bonne foi, feront de sa vie un chaos labyrinthique, allant de dérapages en catastrophes. Flirtant habilement avec la science-fiction, ce savoureux opuscule happe le lecteur dès la première page, multipliant les péripéties et, par le biais d'une chute audacieuse, stimule la réflexion avec intelligence, sans tomber dans l'ostensiblement pédagogique. Avec son intrigue bien ficelée, sa mise en page sobre et ses illustrations cocasses, ce premier titre du niveau «Grand Galop» de la collection Cheval Masqué charmera à coup sûr les jeunes lecteurs.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

jeudi 10 octobre 2013

Pomme S


Par Éric Plamondon, Le Quartanier, Série QR, 1984 t. 3

«L’ordinateur est la plus puissante machine de l’humanité. Son histoire, c’est celle de Turing, de Babbage, de Byron, d’Einstein, de Pascal et d’Orwell. C’est aussi celle des automates, des métiers à tisser, de la machine à écrire et de l’ampoule électrique. Pour Gabriel Rivages, c’est d’abord l’histoire de Steve Jobs, enfant adopté, ancien hippie, employé chez Atari, père de Lisa, créateur du Macintosh et storyteller. Prométhée est puni. Des enfants naissent. Al-Kharezmi invente l’algèbre. On se tire le Yi King. On peint des chefs-d’œuvre. On fait la guerre. Bugs Bunny imite Tarzan à Hawaï. C’est la finale du Super Bowl: 1984 ne sera pas comme 1984. Brautigan écrit Tous veillés par des machines de grâce aimante et un père admire son fils.»

Comme un dernier tour de piste avant la révélation du tableau final, voici (enfin!) arrivée chez nos libraires cette conclusion de la trilogie 1984. Je l'ai attendue, patiemment (et impatiemment!), j'ai regardé s'étirer les mois entre la parution de Mayonnaise et celle de cet ultime opus, me réjouissant à l'avance d'un dernier plongeon dans l'univers en poupées russes de cet auteur singulier. Eh bien, je me suis régalée... Éric Plamondon persiste et signe, de sa plume juste, déconstruisant habilement sa trame narrative, multipliant les astucieuses digressions et, à l'instar du sujet de son roman, Steve Jobs, «reliant les éléments disparates» («connecting the dots») dans une délicieuse tombée de rideaux. Pomme S, c'est bien sûr Steve Jobs, le controversé visionnaire, mais aussi Gabriel Rivages, alter ego de l'auteur, explorant sa source créatrice, puis la Machine, la machine avec un grand «M», mais aussi, et surtout, l'humain. L'humain et ses contradictions. L'humain et ses failles. L'humain et son humanité. La vie et l'ironie de ses hasards. 1984 n'aura donc en effet pas été comme le 1984 d'Orwell... mais en 2013, avec la Machine ronronnant dans nos vies, en est-on si loin? À déguster absolument...



Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆



mardi 8 octobre 2013

Loula part pour l'Afrique


Écrit et illustré par Anne Villeneuve, Bayard Canada

«Fatiguée de ses trois terribles frères, Loula décide de s'enfuir... en Afrique. Elle emporte l'essentiel: son chat en peluche, son service à thé et son plus beau dessin.»

Un petit bijou d'album, tendre et charmant comme on les aime. Anne Villeneuve plonge le lecteur dans le doux imaginaire de l'enfance aux lieux pas tout à fait réels, mais aux émotions tout ce qu'il y a de plus authentiques; on suit avec délice la pétulante Loula et Gilbert-le-chauffeur-au-coeur-encore-jeune, guidant sa protégée dans un safari joyeusement improbable. Relançant habilement la narration, l'univers visuel accompagne le lecteur tout en finesse avec ses traits ébouriffés mais ô combien éloquents, sa palette sensible aux teintes délavées et sa façon toute simple (mais si juste!) de raconter l'évolution de la colère de Loula (un petit nuage de grisaille flottant au dessus de la tête de la fillette, et s'effaçant au fur et à mesure que le plaisir s'installe). Un opuscule émouvant qui sait dire ce que l'enfant peine parfois à exprimer. Sublime.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★



Pour le lire en version originale

French Kiss 1986


Par Michel Falardeau, Glénat Québec

«Lucas et sa petite soeur Leïa demandent à leur père comment il a rencontré maman. D'abord surpris par cette question, les parents se laisseront convaincre de raconter leur histoire qui les transportera au coeur d'une fabuleuse épopée durant l'été 1986. Une aventure où se mêlent premières amours et guerre de pirates...»

Une rafraîchissante bouffée de pré-adolescence dans ce qu'elle a de plus authentique: un mélange de candeur, de cruauté et de vulnérabilité. À travers cette «Guerre des tuques» estivale, Michel Falardeau entraîne le lecteur au coeur de l'humain, de ses contradictions, de ses failles et de son incroyable capacité d'adaptation. Évoquant l'impétuosité de la jeunesse, l'univers visuel échevelé et éloquent de cette BD singulière enrichit avec justesse la scénarisation habile de l'auteur. Un coup de coeur pour les références à la culture musicale et télévisuelle des mythiques années 1980 (vive Les Cités d'Or!), surtout ces savoureux petits intermèdes où Étienne massacre inconsciemment les hits de l'époque en les chantant à tue-tête sans en comprendre un traître mot! Un touchant opus bédéesque à découvrir...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆