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mercredi 7 décembre 2011

Comme un poisson dans l'eau - Carnet de curiosités de Magnus Philodolphe Pépin

Par Thierry Dedieu, Petite Plume de Carotte, Magnus Philodolphe Pépin 2

«Après sa soudaine envie de voler, qu’est-ce qui pique Magnus Philodolphe Pépin? Eh bien… une soudaine envie de nager! Une façon belle et originale de regarder la nature, inspiratrice des rêves les plus fous. Dans le second tome de cette nouvelle collection, Magnus Philodolphe Pépin n’hésite pas à rester plusieurs minutes sous l’eau, sans respirer, pour observer têtards, mollusques et larves… Il confectionne même un vrai costume de grenouille et se risque à chevaucher un brochet pour atteindre son but : devenir poisson…»

Je l'attendais avec tant d'impatience, ce deuxième tome des Carnets de curiosités de Magnus Philodolphe Pépin!... et j'ai malheureusement été déçue. Tout d'abord, la plume de Thierry Dedieu (dont j'adore habituellement la finesse et la singularité du style) ne m'a pas impressionnée outre mesure; en effet, la construction du récit est plutôt maladroite et la fin arrive sans prévenir. Les «idées» de Magnus Philodolphe Pépin sont toujours aussi hilarantes et saugrenues par contre, mais on dirait que leur mise en images n'est pas aussi fascinante que prévu. De prime abord, la recette de l'univers visuel semble pourtant similaire au concept du premier opus: un hybride entre l'album et le carnet personnel, un mariage astucieux entre le sobre et vieillot sepia, et la polychromie déjantée. Et pourtant, la magie n'opère pas aussi aisément. Bien sûr, il y a le choix d'un papier mat pour l'impression; papier qui rend la superposition entre les deux styles visuels plus visible, plus artificielle, moins habile. Mais ce n'est pas que ça... On dirait aussi que le concept s'essouffle, que l'exploitation de la prémisse prometteuse de ces carnets de curiosités n'est plus aussi inventive, qu'elle est moins rafraîchissante. C'est donc avec une pointe de regret que j'ai refermé cet album... en espérant retrouver le Magnus Philodolphe Pépin déroutant et cocasse du tout début de la série, dans un futur carnet de curiosités.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ☆ ☆

lundi 5 décembre 2011

Le Yark

Par Bertrand Santini, illustré par Laurent Gapaillard, Grasset Jeunesse

«Il adore les enfants! Parmi tous les types de Monstres qui grouillent sur la terre, l'Homme est l'espèce la plus répandue. Il en est une autre, cependant, plus rare et moins connue. C'est le Yark.»

Délicieux récit politiquement incorrect. Bertrand Santini ose braver les «interdits» de la littérature jeunesse en choisissant un monstre, un vrai de vrai, sans pitié et tout, comme personnage principal (bien sûr, à force de côtoyer les humains, et une certaine Madeleine en particulier, cet irrévérencieux Yark s'attendrira un brin, à sa plus grande surprise). À mi-chemin entre la prose, la poésie, la critique sociale et le conte cruel, cette aventure débridée arrache au lecteur rires grinçants et frissons de peur... sans oublier d'émouvoir. Ajoutez à cela l'univers monochrome échevelé de Laurent Gapaillard (impressionant de finesse!), et vous aurez en main un opus dérangeant à souhait à découvrir absolument.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

dimanche 4 décembre 2011

Extremely Loud and Incredibly Close

Par Jonathan Safran Foer, Houghton Mifflin Harcourt

«Nine-year-old Oskar Schell is on a mission to find the lock that matches a mysterious key belonging to his father, who died in the World Trade Center on 9/11. An inspired innocent, Oskar is alternately endearing, exasperating, and hilarious as he careens from Central Park to Coney Island to Harlem on his search. As he roams the five boroughs, Oskar encounters a motley assortment of people who are all survivors in their own way. His journey concludes in an emotional climax of truth, beauty, and heartbreak.»

Des années à me faire dire par mes collègues libraires: tu dois lire ce livre. Et moi, affairée, de leur répondre que oui, bon, je sais, c'est noté dans ma liste, je suis débordée, et il y a toutes ces nouveautés qui m'empêchent de m'y plonger. Premier constat: j'ai été une idiote de première d'avoir repoussé si longtemps un tel opus. Alors, vous qui lisez Lili, où que vous soyez, si vous avez toujours été attirés par ce livre, n'hésitez plus: il vous envoûtera ou vous choquera, mais il ne pourra vous laisser indifférent. En ce qui me concerne, j'ai été happée, dès les premières lignes, par la prose de Jonanathan Safran Foer. Si particulière, elle est à la fois touffue et fragile, échevelée, intense, bouillonnante, délicieusement cynique et rafraîchissante, mais surtout incroyablement sensible. Dans un embrouillamini d'émotions, de silences dévorants, de malentendus, de remords, de tristesse et de moments de grâce, l'auteur parvient à transmettre au lecteur, à travers une narration à plusieurs voix, habilement déconstruite, la Vie dans tout ce qu'elle a d'inextricable et d'inévitable. Un roman implacable, d'une douceur triste et d'une finesse délectable. À lire. Point.




Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★  



Pour le lire en version française

samedi 3 décembre 2011

Une poule derrière un mur

Par Jean-François Dumont, Flammarion, Albums du Père Castor

«Un matin d'automne, un hérisson arrive dans la cour de la ferme. Panique chez les poules qui décident de construire un mur pour éviter à l'avenir, toute intrusion d'animaux à piquants. Mais une fois l'hiver passé, le hérisson sort de la paille et plus personne ne veut qu'il s'en aille.»

Une histoire de basse-cour hilarante et délicieusement ridicule qui rappelle gentiment la bêtise humaine et son penchant pour les préjugés. Jean-François Dumont propose un univers visuel tout en douceur, mélange de sensibilité et d'humour. Un album qui stimule habilement la réflexion et qui fera rigoler à coup sûr!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

Charles à l'école des dragons

Par Alex Cousseau, illustré par Philippe-Henri Turin, Seuil jeunesse

«À l'école des dragons, on apprend à voler et à cracher du feu. Sauf quand on s'appelle Charles et qu'on préfère écrire des poésies.»

Histoire singulière d'un dragon solitaire, poète dans l'âme. Alex Cousseau narre de sa plume fine et douce les premiers pas laborieux de Charles à l'école: sa différence physique et sa passion plutôt marginale pour les mots. Or, si l'histoire est habilement construite, la fin semble nous filer entre les doigts. Tout arrive si vite! Charles change de cap sans crier gare, laisse ses mots derrière lui et s'envole vers l'inconnu. «Et les mots? Et sa poésie?», me suis-je dit, un poil déçue, après avoir refermé le livre. Un petit bémol concernant la fin donc... mais, par contre, quel univers visuel splendide et majestueux que celui de Philippe-Henri Turin! Tout y est: la riche palette, les illustrations fourmillant de petits détails, les expressions éloquentes des personnages, et la sensibilité du trait. Un pur délice pour les yeux! Un album qui vaut donc le détour, et qui mérite tout de même le Prix jeunesse des libraires du Québec qu'il s'est vu décerné, ne serait-ce que pour la narration visuelle inoubliable.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

vendredi 2 décembre 2011

L'oie qui jouait de la trompette

Par Benoît Charlat, Les 400 coups, Les Zigotos

«Il était une fois une oie qui jouait super bien de la trompette...»

Adorable histoire, pleine d'humour et de rebondissements. Les péripéties sont réjouissantes (beaucoup plus que celles de La chèvre qui mageait des tartines d'ailleurs!) et les illustrations, savoureuses. Un album à mettre entre toutes les petites mains pour des éclats de rire garantis! Attention toutefois, le carton utilisé pour l'album est trop mince et gondole facilement!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

La chèvre qui dévorait ses tartines

Par Benoît Charlat, Les 400 coups, Les Zigotos

«Il était une fois une chèvre un peu gourmande qui dévorait ses tartines...»

Historiette rigolote et toute simple qui fera le bonheur des tout-petits. Les illustrations sont cocasses (bien que les petites dents pointues de la chèvre puissent faire un brin peur!) et le format parfait pour les mains menues. Petit bémol toutefois: le carton utilisé pour l'album est trop mince et gondole facilement. Dommage pour un livre qui risque d'être manipulé sans ménagement.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ☆ ☆

jeudi 1 décembre 2011

Cou-ci, Cou-ça

Par Anne Louchard, Minedition

«Une chose est sûre: les girafes, elles aussi, doivent dormir. Mais comment font-elle donc avec leur cou interminable? Est-ce qu’elles se mettent en rond? ou bien sur leur dos? Avec un peu de fantaisie, on peut s’imaginer toutes les possiblités, mais à la fin, il n ‘y en a qu’une, évidente.»

Adorable historiette au prétexte philosophico-rigolo. Anne Louchard mène l'enquête de sa plume cocasse et si délicieuse. Et quel univers visuel réussi! Tout en simplicité, juste et éloquent, il titille joyeusement l'imaginaire du lecteur. Un album que les tout-petits (et même les plus grands!) voudront relire encore et encore! Exquis. En lice pour le Prix jeunesse des libraires du Québec, il aurait mérité de gagner!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★   

La révolte des mots

Par Christine Pompeï, illustré par Izou, Auzou

«Au Royaume de Pompeux 1er, les mots se sont révoltés. Cassants, blessants et méprisants, ils se sont attaqués aux habitants. Puis ils ont disparu à jamais, laissant derrière eux un royaume muet. Comment reconquérir les mots et sauver le royaume du Silence? La princesse Emmy devra faire preuve de patience et de confiance pour trouver le secret des mots...»

Histoire tout douce, sorte de quête initiatique où le Silence est à la fois une malédiction et un salut (grâce à la princesse Emmy qui n'a jamais soufflé mot). Christine Pompéï tricote toutefois cette quête silencieuse avec une certaine maladresse; en effet, l'histoire vole dans tous les sens et le lecteur peine parfois à suivre. Trop de belles prémisses exploitées sans doute: mieux vaut parfois choisir plutôt que d'étourdir. Cela dit, l'univers visuel proposé par Izou est tout à fait sublime, avec ses mille et une textures et son allure échevelée de collage sympathique. L'éloquence, qui fait par moment défaut à la narration de Christine Pompéï, transpire à travers les illustrations, racontant une émouvante histoire avec tendresse et sensibilité. On est loin, bien sûr, de La grande fabrique de mots ou de La grammaire est une chanson douce (le texte de Pompéï aurait mérité un brin d'édition avant d'être publié), mais il s'agit d'un album à déguster du regard, ne serait-ce que pour la poésie visuelle.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

Rosalie et les princesses roses

Par Raquel Diaz Reguera, Talents hauts

«Rosalie en a assez d'être une princesse rose. Elle va interroger tout le royaume et convaincre chacun, roi, reine, fée et conseillers, que les filles ne sont pas des fleurs fragiles et peuvent tout faire comme les garçons. Mais alors pourquoi les petites filles veulent-elles toujours être des princesses roses?»

Sympathique ode à la libération des princesses roses. Raquel Diaz Reguera propose ici une véritable croisade royale pour le droit à l'égalité des sexes. On s'attache rapidement à cette Rosalie ébouriffée qui rêve de voyage et d'aventures, plutôt que de princes charmants. Si l'univers visuel m'a un brin moins enchantée (le médium utilisé produisant un rendu plutôt froid et sans vie), la petite fille rebelle en moi s'est réjouie de ce conte de fées pas tout à fait orthodoxe. À découvrir...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆