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samedi 26 février 2011

Arsène veut grandir

Par Séverine Vidal, illustré par Lionel Larchevêque, Alice Jeunesse

«Arsène n’est plus un bébé depuis longtemps. Il veut un peu d’autonomie, avoir une amoureuse, faire une boum et choisir ses habits le matin. En deux mots, Arsène veut faire comprendre à tous — et d’abord à sa maman — qu’il est grand! Il en a vraiment assez des histoires du soir, des surnoms ridicules (surtout devant les copains!), de ne pas regarder ce qu’il veut à la télé, de ne pas choisir ses vêtements le matin... La guerre est déclarée ! Sa maman va avoir du fil à retordre avec Arsène, qui prend l’avantage au début... Mais rira bien qui rira le dernier : quand sa mère décidera de jouer le jeu et de le traiter comme un grand, Arsène se rendra compte à ses dépens que cela n’a pas que des avantages de ne plus être le petit chéri de sa maman... Un véritable chef-d’œuvre d’humour et de finesse!»

Sympathiques aventures d'Arsène-le-grand! Séverine Vidal brosse de sa plume coquine le portrait d'une famille où il semble faire bon vivre, malgré les récriminations d'Arsène. Sur un ton un brin franchouillard, pour les lecteurs du Québec du moins, elle met en lumière avec beaucoup d'humour des bijoux de situations d'enfance où les parents peuvent parfois être un peu envahissants pour un autonome en herbe. Quant aux traits simples mais éloquents de Lionel Larchevêque, ils sont un tremplin parfait pour les tribulations imaginées par Vidal. Un duo scénariste-illustrateur à suivre!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

Knuffle Bunny - A Cautionary Tale

Par Mo Willems, Hyperion Books for children, Knuffle Bunny 1

«Trixie, Daddy, and Knuffle Bunny take a trip to the neighborhood Laundromat. But the exciting adventure takes a dramatic turn when Trixie realizes somebunny was left behind.»

Une conception graphique surprenante et originale, à mi-chemin entre le réel et la fiction; cela dit, je ne suis pas encore certaine de la sensibilité qui peut émaner de ces images hybrides. Peut-être un poil trop froid pour un album jeunesse. Par contre, la plume habile de Mo Willems fait naître, pour le plus grand plaisir des lecteurs, un délicieux personnage principal, tablant comme toujours sur l'efficacité incontestée des situations du quotidien qu'elle revisite avec humour et finesse. Une histoire très attachante qui fera rejaillir un bouquet de souvenirs d'enfance...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


Pour le lire en version française

I am Going!

 Par Mo Willems, Hyperion Books for Children, An Elephant & Piggie Book

«In I Am Going! Piggie ruins a perfectly good day by telling Gerald he is going. But if Piggie goes, who will Gerald play ping-pong and wear silly hats with?»

Un album hilarant, d'une simplicité géniale! La plume de Mo Willems continue de faire sourire en croquant sur le vif des situations familières que Gerald et Piggie se font un plaisir de faire redécouvrir au lecteur sous le signe de l'humour! Une réussite sur toute la ligne! Triste qu'il ne soit pas encore traduit en français... même si je doute que toute la saveur des dialogues minimalistes soit préservée au cours du processus de traduction!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 

Le Chandail de Hockey

Par Roch Carrier, illustré par Sheldon Cohen, Toundra

«Un jeune garçon, fervent admirateur de l’équipe de hockey des Canadiens de Montréal et s’identifiant à la légende qu’était Maurice "le Rocket", Richard doit remplacer son chandail des Canadiens, déchiré, troué et trop petit. Il doit faire face au rejet de ses amis lorsque sa mère lui commande un chandail qui, à sa grande tristesse, ne représente pas son équipe ni son joueur de hockey préféré mais plutôt l’équipe rivale des Maple Leafs de Toronto.»

J'avais trop d'attentes concernant cette histoire mythique de Roch Carrier, je crois... J'ai lu l'album avec plaisir, j'ai souri devant le grand désarroi du petit Roch face à l'erreur de livraison impardonnable de "M. Eaton"... mais je n'ai pas été vraiment émue ou touchée. Comme si la magie n'opérait pas tout à fait... Peut-être est-ce dû aux illustrations de Sheldon Cohen, dont le style n'est pas sans rappeler celui de Miyuki Tanobe; malheureusement, la vie pétillante des illustrations de Tanobe n'y est pas, et seule reste une mise en images plutôt conventionnelle. Ou alors, peut-être est-ce la mise en page de l'album qui n'est vraiment pas propice à lecture, coinçant des lignes et des lignes de texte dans un tout petit espace, ne laissant pas l'histoire de Carrier respirer? Je ne saurais trop dire ce qui m'a gardé les pieds résolument sur terre, mais c'est bien dommage pour cette savoureuse anecdote que Roch Carrier a pourtant partagé avec des générations de futurs joueurs de hockey... Elle aurait pu faire un tour du chapeau, mais malheureusement, cet album finit pour moi sur le banc des punitions...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ☆ ☆

Please Bury Me in the Library

Par J. Patrick Lewis, illustré par Kile M. Stone, Houghton Mifflin Harcourt

«There's nothing like curling up with a good book, but you have to be careful. Before you know it, a minute turns into an hour, an hour turns into a day, and a day may turn into . . . eternity. Inspired by the likes of Edward Lear, X. J. Kennedy, and Lewis Carroll, the author of Arithme-Tickle and Scien-Trickery has created a collection of original poems about books and reading that range from sweet to silly to laugh-out-loud funny. Newcomer Kyle M. Stone's clever, witty, and endearing paintings make this the perfect treat for book lovers of all ages.»

Un saut agréable et divertissant dans le monde de la poésie enfantine! La plume de J. Patrick Lewis est habile et coquine, proposant une poésie définitivement ludique. Tous les poèmes ne sont pas amusants, ou intéressants, mais il y a quelques beaux petits bijoux, dont "Great, Good, Bad". Un livre à feuilleter et à déguster en famille, en plongeant dans l'univers réconfortant et chaleureux des illustrations que Kyle M. Stone sème joyeusement au fil des pages...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

vendredi 25 février 2011

Le mangeur de sons


Par Christos Ortiz, illustré par Laurance Quentric, Les 400 coups

«"Je suis un ogre. Mais pas n’importe lequel : je suis un ogre mangeur de sons! Je mange tous les sons, car à mes oreilles, ils sont tous bons ! Je dévore les rires quand ils s’épuisent, les colères grosses comme le tonnerre. J’avale le fracas des avions et les ronrons de vos chatons.  Je sirote le glouglou des bouteilles et les murmure à vos oreilles! Je croque les bruits et les cliquetis, je suce les sons comme des bonbons!" La belle histoire d’un ogre qui mange tous les bruits du quotidien. Mais qu’arrive-t-il lorsque la pollution sonore se fait trop présente?»

Quel album superbe! Un pur délice! Christos Ortiz fait virevolter sa plume légère, faisant tinter et rimer ses mots, brossant joyeusement le portrait de cet ogre sympathique à la gourmandise sonore. Et puis, la conception graphique de Laurance Quentric est tout simplement stupéfiante: un habile mélange de collages et d'illustrations, vibrant, éloquent, sublime. Un album coup de coeur, à relire mille fois...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★ 

Joséphine

Par Pénélope Bagieu, Éditions Jean-Claude Gawsewitch, Joséphine 1

«Joséphine se cherche un fiancé, se promène sur Meetic, s’achète des sacs d’un prix indécent, n’a jamais rien à se mettre et commence le sport demain, c’est promis. Évidemment, toute ressemblance avec de vraies jeunes femmes de la vraie vie ne serait que pure coïncidence…»

Une petite BD légère et confo, à lire d'un oeil romantique, lovée sur le divan. Pénélope Bagieu propose des planches aux illustrations cocasses, mettant en scène une Bridget Jones française fort sympathique. Les scénarios quoiqu'un brin franchouillards sont amusants, font sourire... et permettent à la célibataire en soi de se reconnaître à travers les tribulations de Joséphine. Agréable petit plaisir coupable.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

La petite fille à la jambe de bois

Par Hélène Castelle, illustré par Marion Arbona, Les 400 coups

«Penny n’avait que six ans et ne croyait déjà plus aux contes de fées. Pourtant elle en avait lu beaucoup et elle les connaissaient sur le bout de ses doigts. Elle savait que dans ces histoires, il y a une chose qui n’existe pas : les princes et les princesses n’y ont jamais de jambes de bois. Voici donc le drame de cette curieuse petite fille. Elle était née comme ça : une tête, deux bras et une brindille. Et croyez bien qu’à ce jour aucun prince n’a trouvé ça charmant!»

Histoire étrange, un brin décousue, que propose la plume beaucoup trop ostentiblement pédagogique d'Hélène Castelle: le déroulement est lourd, et on sent grincer les rouages maladroits de l'apprentissage de la différence jusqu'à la toute fin, bâclée elle aussi. Toutefois, les illustrations sont sublimes et touchantes, grâce aux traits sensibles, colorés et chauds de Marion Arbona. Un vrai délice pour les yeux... alors, oubliez les mots et plongez dans le singulier univers graphique de cet album!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ☆ ☆

jeudi 24 février 2011

Meurtriers sans visage

Par Henning Mankell, Seuil, Points, Kurt Wallander 1

«En pleine campagne suédoise, dans une ferme isolée, un couple de paysans retraités est torturé et sauvagement assassiné. Avant de mourir, la vieille femme a juste le temps de murmurer un mot : " étranger ". Il n'en faut pas plus pour qu'une vague de violence et d'attentats se déclenche contre les demandeurs d'asile d'un camp de réfugiés de la région. Les médias s'emparent du fait divers et lui donnent une résonance nationale. La pression augmente sur les épaules de l'inspecteur Wallander, chargé de mener l'enquête. Il va devoir agir vite, avec sang froid et détermination, et sans tomber dans le piège de la xénophobie ambiante qui brouille les pistes... La première enquête du désormais célèbre Kurt Wallander, personnage phare des romans de Henning Mankell.»


Intrigue enlevante, sans conteste. Henning Mankell fait découvrir au lecteur l'univers sombre et tortueux que peut être la société. Si la plume de Mankell est parvenue à m'entraîner dans ses rouages dès les premières pages, j'ai été un brin déçue par son manque d'épanouissement, de finesse. Bien sûr, il s'agit d'une traduction; la version suédoise originale est sans doute plus nuancée, plus travaillée, proposant sûrement quelque chose de mieux (je l'espère) que le peu de style littéraire que j'ai eu à me mettre sous la dent... On est loin d'Elizabeth George et de sa délicieuse complexité. À consommer pour l'histoire, donc. Avidement, mais sans grand frisson littéraire.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ☆ ☆

lundi 21 février 2011

Des livres d'enfants à la littérature de jeunesse

Par Christian Poslaniec, Gallimard, Découvertes Gallimard

«Talentueuse et imaginative, portée par des médiateurs enthousiastes, reconnue par l'école et l'université, séduisant des publics toujours plus larges, la littérature de jeunesse est aujourd'hui une littérature majeure. Son histoire remonte au milieu du XIXe siècle, lorsque l'alphabétisation massive et le développement des techniques d'impression permirent son émergence. Deux libraires-éditeurs, Louis Hachette et Pierre-Jules Hetzel, réinventent un genre, encore très dépendant de l'école et de la religion, et publient des romans pour les enfants signés par la comtesse de Ségur ou Jules Verne. La littérature de jeunesse était née et avec elle l'enfant-lecteur. Christian Poslaniec nous guide dans cette histoire touffue qu'il parsème de petits cailloux blancs : Babar, les Albums du Père Castor, Le club des 5, Les Contes du chat perché, Harry Potter...»

Essai intéressant et présentation graphique accrocheuse, un Découvertes Gallimard classique, quoi! Christian Poslaniec offre au lecteur un fascinant plongeon dans le passé, la découverte d'une ère où l'enfance n'existait pas, où l'enfant n'était qu'un moule vide qu'il fallait s'efforcer de remplir de valeurs vertueuses et morales, sans oublier (heureusement!) de décrire la merveilleuse évolution du marché de la littérature jeunesse, qui a ouvert, entre autre, les portes de l'imaginaire et de la lecture ludique aux enfants trop longtemps privés de cet exutoire délicieux qu'est la littérature sans agenda caché! Un beau petit morceau d'histoire à découvrir, même si, dans cet essai, les référents de l'évolution de la littérature jeunesse sont principalement européens. 


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆