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jeudi 10 octobre 2013

Pomme S


Par Éric Plamondon, Le Quartanier, Série QR, 1984 t. 3

«L’ordinateur est la plus puissante machine de l’humanité. Son histoire, c’est celle de Turing, de Babbage, de Byron, d’Einstein, de Pascal et d’Orwell. C’est aussi celle des automates, des métiers à tisser, de la machine à écrire et de l’ampoule électrique. Pour Gabriel Rivages, c’est d’abord l’histoire de Steve Jobs, enfant adopté, ancien hippie, employé chez Atari, père de Lisa, créateur du Macintosh et storyteller. Prométhée est puni. Des enfants naissent. Al-Kharezmi invente l’algèbre. On se tire le Yi King. On peint des chefs-d’œuvre. On fait la guerre. Bugs Bunny imite Tarzan à Hawaï. C’est la finale du Super Bowl: 1984 ne sera pas comme 1984. Brautigan écrit Tous veillés par des machines de grâce aimante et un père admire son fils.»

Comme un dernier tour de piste avant la révélation du tableau final, voici (enfin!) arrivée chez nos libraires cette conclusion de la trilogie 1984. Je l'ai attendue, patiemment (et impatiemment!), j'ai regardé s'étirer les mois entre la parution de Mayonnaise et celle de cet ultime opus, me réjouissant à l'avance d'un dernier plongeon dans l'univers en poupées russes de cet auteur singulier. Eh bien, je me suis régalée... Éric Plamondon persiste et signe, de sa plume juste, déconstruisant habilement sa trame narrative, multipliant les astucieuses digressions et, à l'instar du sujet de son roman, Steve Jobs, «reliant les éléments disparates» («connecting the dots») dans une délicieuse tombée de rideaux. Pomme S, c'est bien sûr Steve Jobs, le controversé visionnaire, mais aussi Gabriel Rivages, alter ego de l'auteur, explorant sa source créatrice, puis la Machine, la machine avec un grand «M», mais aussi, et surtout, l'humain. L'humain et ses contradictions. L'humain et ses failles. L'humain et son humanité. La vie et l'ironie de ses hasards. 1984 n'aura donc en effet pas été comme le 1984 d'Orwell... mais en 2013, avec la Machine ronronnant dans nos vies, en est-on si loin? À déguster absolument...



Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆



mardi 8 octobre 2013

Loula part pour l'Afrique


Écrit et illustré par Anne Villeneuve, Bayard Canada

«Fatiguée de ses trois terribles frères, Loula décide de s'enfuir... en Afrique. Elle emporte l'essentiel: son chat en peluche, son service à thé et son plus beau dessin.»

Un petit bijou d'album, tendre et charmant comme on les aime. Anne Villeneuve plonge le lecteur dans le doux imaginaire de l'enfance aux lieux pas tout à fait réels, mais aux émotions tout ce qu'il y a de plus authentiques; on suit avec délice la pétulante Loula et Gilbert-le-chauffeur-au-coeur-encore-jeune, guidant sa protégée dans un safari joyeusement improbable. Relançant habilement la narration, l'univers visuel accompagne le lecteur tout en finesse avec ses traits ébouriffés mais ô combien éloquents, sa palette sensible aux teintes délavées et sa façon toute simple (mais si juste!) de raconter l'évolution de la colère de Loula (un petit nuage de grisaille flottant au dessus de la tête de la fillette, et s'effaçant au fur et à mesure que le plaisir s'installe). Un opuscule émouvant qui sait dire ce que l'enfant peine parfois à exprimer. Sublime.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★



Pour le lire en version originale

French Kiss 1986


Par Michel Falardeau, Glénat Québec

«Lucas et sa petite soeur Leïa demandent à leur père comment il a rencontré maman. D'abord surpris par cette question, les parents se laisseront convaincre de raconter leur histoire qui les transportera au coeur d'une fabuleuse épopée durant l'été 1986. Une aventure où se mêlent premières amours et guerre de pirates...»

Une rafraîchissante bouffée de pré-adolescence dans ce qu'elle a de plus authentique: un mélange de candeur, de cruauté et de vulnérabilité. À travers cette «Guerre des tuques» estivale, Michel Falardeau entraîne le lecteur au coeur de l'humain, de ses contradictions, de ses failles et de son incroyable capacité d'adaptation. Évoquant l'impétuosité de la jeunesse, l'univers visuel échevelé et éloquent de cette BD singulière enrichit avec justesse la scénarisation habile de l'auteur. Un coup de coeur pour les références à la culture musicale et télévisuelle des mythiques années 1980 (vive Les Cités d'Or!), surtout ces savoureux petits intermèdes où Étienne massacre inconsciemment les hits de l'époque en les chantant à tue-tête sans en comprendre un traître mot! Un touchant opus bédéesque à découvrir...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

lundi 7 octobre 2013

Animaux ABC et 123


Collectif, Bayard Canada

«Ces documentaires proposent d’apprendre l’alphabet et d'apprendre à compter à l’enfant, tout en lui montrant plusieurs espèces d’animaux.»

Deux imagiers tout neufs, parfaits pour les 4 à 6 ans! Revisitant l'alphabet avec une pléthore d'animaux, des plus connus aux saugrenus (moi, le quetzal et le wombat, je connaissais pas...), Animaux ABC permet d'allier découverte de la faune et apprentissage de la lecture. Et saviez-vous qu'il existe au moins 20 grenouilles à l'allure différente? Eh bien, Animaux 123 le prouvera en proposant à l'enfant de parfaire sa maîtrise de la numératie tout en appréciant la variété qui existe dans la nature, au sein d'une même espèce. Un petit bémol pour le support physique: les illustrations détaillées à souhait auraient gagné à être présentées sur papier glacé plutôt que sur un papier mat qui en atténue la précision. Mais malgré ce léger inconfort dans la conception graphique, ces imagiers valent vraiment le détour! À mettre sans faute sous le nez de vos petits curieux, pour des heures de joyeuse observation.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

vendredi 4 octobre 2013

À toi pour l'éternité


Par Daniel Glattauer, Grasset

«Quelle dose d'amour pouvons-nous supporter? Par hasard, Judith rencontre Hannes dans un supermarché. Quelques jours plus tard, il entre dans sa boutique de luminaires. Hannes est architecte, il est craquant, le gendre dont rêve toute belle-mère. Les amies de Judith tombent sous le charme. Alors pourquoi Judith n'arrive-t-elle pas à se laisser aller et à profiter de l'occasion?»

Après le doux délice épistolaire de Quand souffle le vent du Nord et de La septième vague, Daniel Glattauer plonge cette fois le lecteur, d'une plume fine et juste, dans une idylle dérangeante, évoluant avec agilité sur la mince ligne qui sépare l'âme humaine de la folie. Impuissant, le lecteur voit naître, puis se construire à une vitesse fulgurante, le tourbillon dévastateur de l'obsession, conduisant à la déchéance d'esprits pourtant sains. Alliant avec astuce, humour, amour, détresse et espoir, cet opus troublant secoue sans ménagement la foi en l'autre. Âmes fragiles et imaginaire impressionnable, s'abstenir...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mardi 1 octobre 2013

Basile et Professeur Boule de poils


Écrit et illustré par Ashley Spires, Scholastic, Basile 5

«Basile, Gordy et capitaine Mimi sont surpris d'apprendre que leurs humains partent en voyage sans eux. Pour aggraver les choses, l'hôtel où les animaux de l'espace pensaient séjourner est en fait une clinique vétérinaire! Ils doivent s'échapper! Tant qu'ils restent ensemble, tout est possible... jusqu'à ce qu'ils tombent sur un laboratoire secret dirigé par un professeur qui travaille pour les extraterrestres. Les animaux de l'espace peuvent-ils l'arrêter, sauver le vétérinaire et vaincre l'ennemi? Mais surtout, vont-ils un jour retourner chez leurs humains?»

Chaque fois qu'un nouveau tome de la série Basile se pointe le bout du livre, je me précipite joyeusement pour le lire. Or, cette fois, j'ai été un poil déçue, je dois l'avouer. Certes, on retrouve avec bonheur le fameux trio d'animaux de compagnie interstellaires (Ah! ces Basile, Gordy et Capitaine Mimi! Sublimes!), leur humour et leurs expressions faciales désopilantes, mais leur aventure manque de piquant; la mise en contexte tire en longueur et le dénouement tombe un peu à plat, ce qui fait que le rire fuse moins et que la magie n'opère pas vraiment. Dommage car la prémisse était prometteuse (l'abandon d'animaux de compagnie demeure malheureusement une réalité encore aujourd'hui). En espérant que le prochain tome replonge le lecteur dans le délectable style du début de la série: cocasse, ironique et fin.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ☆ ☆

Un verger dans le ventre


Par Simon Boulerice, illustré par Gérard DuBois, La Courte Échelle

«- Moi, je mange mes pommes en entier. Enfin, presque.
- Et les pépins, tu les avales aussi? me demande Rémi
- Pourquoi?
- Tu ne sais pas que, si tu manges un seul pépin, un pommier peut pousser dans ton ventre?
Oh là là! J'ai peur! J'ai un verger qui pousse dans mon ventre.»

Une bouffée de candeur toute enfantine, mémoire d'un âge de la vie où la parole des amis fait foi de Loi. Simon Boulerice chuchote une histoire toute en finesse et en poésie, esquissant habilement ce vertige de l'inconnu propre à l'enfance, ce moment où l'imaginaire supplante le réel, rendant l'improbable inéluctable. De concert avec cette douce narration, l'univers visuel de Gérard Dubois, à la palette tendrement vieillotte et à l'audacieuse utilisation de textures, fait s'épanouir l'essentiel, faisant vibrer cette étrange épopée d'une vérité émouvante. Un sublime et délicat plongeon dans la logique implacable de l'irrationnel.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

lundi 23 septembre 2013

Le loup des sables


Par Asa Lind, illustré par Violaine Leroy, Bayard Jeunesse, Estampillette, Le loup des sables 1

«Zackarina est fâchée car ses parents, toujours débordés, ont peu de temps à lui accorder. Alors elle part bouder sur la plage. Un jour, elle découvre un petit loup des sables. Un animal extraordinaire au pelage doré, qui se nourrit de la lumière du soleil et du clair de lune. C'est l'ami parfait: il sait répondre, avec patience et fantaisie, à toutes ses questions. Ainsi, tous deux réfléchissent à la colère, aux bobos, à la crainte de perdre son doudou, à l'amour, au bonheur d'avoir des poches dans son pantalon, à la peur du noir... Leurs rencontres sur la plage se renouvellent chaque fois que Zackarina a besoin de parler, de calmer ses inquiétudes ou de jouer. Et, jour après jour, Zackarina grandit!»

Une bouffée de fraîcheur et d'authenticité, ou comment découvrir le monde à hauteur d'enfants. Asa Lind plonge le lecteur dans l'univers aux mille questions de la vivifiante Zackarina, jonglant habilement avec l'imaginaire et abordant avec l'aplomb et la curiosité de l'enfance ces petites et grandes interrogations qui ont titillé l'humanité depuis la nuit des temps. Bercé par les illustrations tendres et douces de Violaine Leroy, cet inénarrable périple au coeur de l'essentiel émeut et fait sourire. Un incontournable pour les jeunes aventuriers de la Vie, à la soif inextinguible de réponses qui ne viennent pas toujours, et pour leurs parents qui savent parfois déjouer la frénésie du quotidien pour savourer des moments hors du temps avec eux. Exquis.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

dimanche 15 septembre 2013

Nous


Par Nicolas Gilbert, Leméac

«Après une présentation informatique ratée devant des clients potentiels, une tenace crise de conscience s'empare d'un jeune Montréalais, qui remet dès lors tout en question. Son père, un homme d'âge mûr, tranquille et serein travailleur d'usine à la veille de la retraite, accompagne quant à lui une collègue immigrée chez les fonctionnaires et y pète inexplicablement les plombs, tandis qu'un étudiant chinois fréquente avec terreur restaurants et cafés de la ville en cherchant à déchiffrer les codes de cette étrange culture. Avec une retenue qui tient de la pudeur, Nicolas Gilbert pose la question de ce qui nous unit - et de ce qui nous détruit. Car tout est lié : sans "nous", qu'est-ce que le "je"?»

Un plongeon au coeur de l'âme humaine, de cette conscience - bénédiction ou fatalité? - qui fait de l'Homme un animal qui réfléchit. Nicolas Gilbert explore avec justesse et lucidité cette fragilité, ce point de faille qui sommeille en chacun de nous. Entrelaçant les destins avec adresse, il entraîne le lecteur dans le tourbillon impromptu d'un quotidien à l'allure pourtant ronronnante, émiettant les certitudes sans crier gare et révélant cette part de chaos de l'humanité, implacable et essentielle, vecteur d'une évolution salutaire. Un opus troublant et fin qui, en cette époque des mille possibles, de l'éparpillement exponentiel, nous pointe habilement notre dénominateur commun...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆


vendredi 13 septembre 2013

Il m'énerve, ce William Parker!


Par Alain M. Bergeron, illustré par Sampar, Soulières, Ma petite vache a mal aux pattes, Dominic 10

«Résumons: depuis ce matin, William Parker à la radio pour me réveiller, à la télé, dans le journal et sur ma boîte de céréales. Et maintenant, il me relance jusque dans la cour de MON école! C’est abominableuuuh! Je me sens en compétition avec lui pour le coeur de ma petite amie. J’aimerais que Pascale-Amélie soupire de cette façon lorsqu’elle pense à moi, comme elle le fait pour son idole. Existe-t-il un vaccin contre ça, madame Piqûre?»

Alain M. Bergeron persiste et signe cette mésaventure toute neuve d'un Dominic qui attire les coups du sort comme pas un. Jouant habilement de sa plume désopilante à souhait, il s'immisce cette fois dans le monde passionné de l'idolâtrie et de la culture pop. S'inspirant gentiment, avec humour et finesse, de l'engouement planétaire pour l'incontournable Justin Bieber alias William Parker, Alain M. Bergeron plonge le lecteur au coeur des angoisses teintées de jalousie d'un Dominic qui voit sa douce petite amie lui échapper au profit d'un culte frénétique voué à la vedette internationale. Mais Dominic a plus d'un tour dans son sac: pour sa chère Pascale-Amélie, il est prêt à tout, même à se ridiculiser en public... Un opuscule savoureux et hilarant qui, par sa candeur, jette un regard rafraîchissant sur la célébrité et ses faces cachées.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★