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mardi 15 octobre 2013

Monstres en vrac


Écrit et illustré par Élise Gravel, Les 400 coups

«La Monstrerie est fière de vous présenter sa nouvelle collection de monstres pour emporter. Des piquants, des doux, des puants, des mous: entrez, il y en a pour tous les goûts!»

Enfin, des nouvelles déjantées de la fameuse Monstrerie! Élise Gravel manie habilement, cette fois encore, les pinceaux et les mots, concoctant au lecteur un mélange exquis d'humour décapant et de personnages saugrenus. Indiscutablement dégoûtants et irrésistiblement attachants, ces monstres fraîchement disponibles feront la joie des plus petits (et des éternels candides); un coup de coeur pour les insupportables Popilles, le tendre robuste Farluche et le bisouvore Octomoulf. Faudra bien surveiller les sacs d'école: un monstre peut si vite s'y dissimuler! Une ode hilarante au farfelu et à l'improbable.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

Mon père Marco, ma fille Flavie


Par France Lorrain, illustré par André Rivest, Bayard Canada, Cheval Masqué, Au pas

«Flavie aime beaucoup son papa Marco. Sauf... quand il se fait remarquer au soccer, à l'épicerie ou devant ses amis. Marco, lui, aime aussi sa fille Flavie. Sauf... quand elle exagère! Marco et Flavie finiront-ils par rigoler?»

Un petit clin d'oeil rempli d'humour et de tendresse pour lecteurs en herbe. France Lorrain récidive dans sa coquine série intergénérationelle (collection Cheval Masqué, chez Bayard Canada), en opposant cette fois le point de vue d'une fillette à celui de son père; un plongeon habile dans les perceptions rigolotes et délicieusement irrévérencieuses de l'une et de l'autre. Tout en candeur et authenticité, ce court roman secoue les idées reçues sur les relations parents-enfants, ramenant avec justesse un peu de lucidité et d'humanité au coeur de ces rapports trop souvent idéalisés par la littérature jeunesse. Une savoureuse façon de réaliser qu'en famille, on rit beaucoup, on grince parfois des dents, on rouspète sans fin, mais au fond, ce qui nous unit, c'est l'amour, imparfait et inconditionnel.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

dimanche 13 octobre 2013

Le catalogue de robots


Par Jean-Pierre Guillet, illustré par Jessica Lindsay, Bayard Canada, Cheval masqué, Grand Galop

«Aimerais-tu avoir un robot qui fait les devoirs à ta place? Qui répond à l'enseignante pour toi? Qui range ta chambre? Qui est un champion dans tous les sports? C'est ce qui est offert à Aubert lorsqu'il trouve un catalogue électronique dans la boîte aux lettres. "C'est sûrement une blague", se dit d'abord le garçon. À moins que l'étrange objet vienne d'une autre dimension? Les robots existent peut-être vraiment... Aubert se laissera-t-il tenter?»

Qui n'a pas jamais souhaité avoir un robot-à-tout-faire? Jean-Pierre Guillet entraîne le lecteur dans un monde où la technologie tombe du ciel, sans crier gare, et semble être la panacée à tous les irritants de l'enfance (adieu les devoirs et le ménage!). Solution rêvée? Eh bien, tout ne sera pas si facile...  En effet, avant qu'Aubert n'ait le temps de savourer sa victoire sur les incontournables de son quotidien, les machines, pourtant programmées de bonne foi, feront de sa vie un chaos labyrinthique, allant de dérapages en catastrophes. Flirtant habilement avec la science-fiction, ce savoureux opuscule happe le lecteur dès la première page, multipliant les péripéties et, par le biais d'une chute audacieuse, stimule la réflexion avec intelligence, sans tomber dans l'ostensiblement pédagogique. Avec son intrigue bien ficelée, sa mise en page sobre et ses illustrations cocasses, ce premier titre du niveau «Grand Galop» de la collection Cheval Masqué charmera à coup sûr les jeunes lecteurs.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★

jeudi 10 octobre 2013

Pomme S


Par Éric Plamondon, Le Quartanier, Série QR, 1984 t. 3

«L’ordinateur est la plus puissante machine de l’humanité. Son histoire, c’est celle de Turing, de Babbage, de Byron, d’Einstein, de Pascal et d’Orwell. C’est aussi celle des automates, des métiers à tisser, de la machine à écrire et de l’ampoule électrique. Pour Gabriel Rivages, c’est d’abord l’histoire de Steve Jobs, enfant adopté, ancien hippie, employé chez Atari, père de Lisa, créateur du Macintosh et storyteller. Prométhée est puni. Des enfants naissent. Al-Kharezmi invente l’algèbre. On se tire le Yi King. On peint des chefs-d’œuvre. On fait la guerre. Bugs Bunny imite Tarzan à Hawaï. C’est la finale du Super Bowl: 1984 ne sera pas comme 1984. Brautigan écrit Tous veillés par des machines de grâce aimante et un père admire son fils.»

Comme un dernier tour de piste avant la révélation du tableau final, voici (enfin!) arrivée chez nos libraires cette conclusion de la trilogie 1984. Je l'ai attendue, patiemment (et impatiemment!), j'ai regardé s'étirer les mois entre la parution de Mayonnaise et celle de cet ultime opus, me réjouissant à l'avance d'un dernier plongeon dans l'univers en poupées russes de cet auteur singulier. Eh bien, je me suis régalée... Éric Plamondon persiste et signe, de sa plume juste, déconstruisant habilement sa trame narrative, multipliant les astucieuses digressions et, à l'instar du sujet de son roman, Steve Jobs, «reliant les éléments disparates» («connecting the dots») dans une délicieuse tombée de rideaux. Pomme S, c'est bien sûr Steve Jobs, le controversé visionnaire, mais aussi Gabriel Rivages, alter ego de l'auteur, explorant sa source créatrice, puis la Machine, la machine avec un grand «M», mais aussi, et surtout, l'humain. L'humain et ses contradictions. L'humain et ses failles. L'humain et son humanité. La vie et l'ironie de ses hasards. 1984 n'aura donc en effet pas été comme le 1984 d'Orwell... mais en 2013, avec la Machine ronronnant dans nos vies, en est-on si loin? À déguster absolument...



Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆



mardi 8 octobre 2013

Loula part pour l'Afrique


Écrit et illustré par Anne Villeneuve, Bayard Canada

«Fatiguée de ses trois terribles frères, Loula décide de s'enfuir... en Afrique. Elle emporte l'essentiel: son chat en peluche, son service à thé et son plus beau dessin.»

Un petit bijou d'album, tendre et charmant comme on les aime. Anne Villeneuve plonge le lecteur dans le doux imaginaire de l'enfance aux lieux pas tout à fait réels, mais aux émotions tout ce qu'il y a de plus authentiques; on suit avec délice la pétulante Loula et Gilbert-le-chauffeur-au-coeur-encore-jeune, guidant sa protégée dans un safari joyeusement improbable. Relançant habilement la narration, l'univers visuel accompagne le lecteur tout en finesse avec ses traits ébouriffés mais ô combien éloquents, sa palette sensible aux teintes délavées et sa façon toute simple (mais si juste!) de raconter l'évolution de la colère de Loula (un petit nuage de grisaille flottant au dessus de la tête de la fillette, et s'effaçant au fur et à mesure que le plaisir s'installe). Un opuscule émouvant qui sait dire ce que l'enfant peine parfois à exprimer. Sublime.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★



Pour le lire en version originale

French Kiss 1986


Par Michel Falardeau, Glénat Québec

«Lucas et sa petite soeur Leïa demandent à leur père comment il a rencontré maman. D'abord surpris par cette question, les parents se laisseront convaincre de raconter leur histoire qui les transportera au coeur d'une fabuleuse épopée durant l'été 1986. Une aventure où se mêlent premières amours et guerre de pirates...»

Une rafraîchissante bouffée de pré-adolescence dans ce qu'elle a de plus authentique: un mélange de candeur, de cruauté et de vulnérabilité. À travers cette «Guerre des tuques» estivale, Michel Falardeau entraîne le lecteur au coeur de l'humain, de ses contradictions, de ses failles et de son incroyable capacité d'adaptation. Évoquant l'impétuosité de la jeunesse, l'univers visuel échevelé et éloquent de cette BD singulière enrichit avec justesse la scénarisation habile de l'auteur. Un coup de coeur pour les références à la culture musicale et télévisuelle des mythiques années 1980 (vive Les Cités d'Or!), surtout ces savoureux petits intermèdes où Étienne massacre inconsciemment les hits de l'époque en les chantant à tue-tête sans en comprendre un traître mot! Un touchant opus bédéesque à découvrir...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

lundi 7 octobre 2013

Animaux ABC et 123


Collectif, Bayard Canada

«Ces documentaires proposent d’apprendre l’alphabet et d'apprendre à compter à l’enfant, tout en lui montrant plusieurs espèces d’animaux.»

Deux imagiers tout neufs, parfaits pour les 4 à 6 ans! Revisitant l'alphabet avec une pléthore d'animaux, des plus connus aux saugrenus (moi, le quetzal et le wombat, je connaissais pas...), Animaux ABC permet d'allier découverte de la faune et apprentissage de la lecture. Et saviez-vous qu'il existe au moins 20 grenouilles à l'allure différente? Eh bien, Animaux 123 le prouvera en proposant à l'enfant de parfaire sa maîtrise de la numératie tout en appréciant la variété qui existe dans la nature, au sein d'une même espèce. Un petit bémol pour le support physique: les illustrations détaillées à souhait auraient gagné à être présentées sur papier glacé plutôt que sur un papier mat qui en atténue la précision. Mais malgré ce léger inconfort dans la conception graphique, ces imagiers valent vraiment le détour! À mettre sans faute sous le nez de vos petits curieux, pour des heures de joyeuse observation.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

vendredi 4 octobre 2013

À toi pour l'éternité


Par Daniel Glattauer, Grasset

«Quelle dose d'amour pouvons-nous supporter? Par hasard, Judith rencontre Hannes dans un supermarché. Quelques jours plus tard, il entre dans sa boutique de luminaires. Hannes est architecte, il est craquant, le gendre dont rêve toute belle-mère. Les amies de Judith tombent sous le charme. Alors pourquoi Judith n'arrive-t-elle pas à se laisser aller et à profiter de l'occasion?»

Après le doux délice épistolaire de Quand souffle le vent du Nord et de La septième vague, Daniel Glattauer plonge cette fois le lecteur, d'une plume fine et juste, dans une idylle dérangeante, évoluant avec agilité sur la mince ligne qui sépare l'âme humaine de la folie. Impuissant, le lecteur voit naître, puis se construire à une vitesse fulgurante, le tourbillon dévastateur de l'obsession, conduisant à la déchéance d'esprits pourtant sains. Alliant avec astuce, humour, amour, détresse et espoir, cet opus troublant secoue sans ménagement la foi en l'autre. Âmes fragiles et imaginaire impressionnable, s'abstenir...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mardi 1 octobre 2013

Basile et Professeur Boule de poils


Écrit et illustré par Ashley Spires, Scholastic, Basile 5

«Basile, Gordy et capitaine Mimi sont surpris d'apprendre que leurs humains partent en voyage sans eux. Pour aggraver les choses, l'hôtel où les animaux de l'espace pensaient séjourner est en fait une clinique vétérinaire! Ils doivent s'échapper! Tant qu'ils restent ensemble, tout est possible... jusqu'à ce qu'ils tombent sur un laboratoire secret dirigé par un professeur qui travaille pour les extraterrestres. Les animaux de l'espace peuvent-ils l'arrêter, sauver le vétérinaire et vaincre l'ennemi? Mais surtout, vont-ils un jour retourner chez leurs humains?»

Chaque fois qu'un nouveau tome de la série Basile se pointe le bout du livre, je me précipite joyeusement pour le lire. Or, cette fois, j'ai été un poil déçue, je dois l'avouer. Certes, on retrouve avec bonheur le fameux trio d'animaux de compagnie interstellaires (Ah! ces Basile, Gordy et Capitaine Mimi! Sublimes!), leur humour et leurs expressions faciales désopilantes, mais leur aventure manque de piquant; la mise en contexte tire en longueur et le dénouement tombe un peu à plat, ce qui fait que le rire fuse moins et que la magie n'opère pas vraiment. Dommage car la prémisse était prometteuse (l'abandon d'animaux de compagnie demeure malheureusement une réalité encore aujourd'hui). En espérant que le prochain tome replonge le lecteur dans le délectable style du début de la série: cocasse, ironique et fin.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ☆ ☆

Un verger dans le ventre


Par Simon Boulerice, illustré par Gérard DuBois, La Courte Échelle

«- Moi, je mange mes pommes en entier. Enfin, presque.
- Et les pépins, tu les avales aussi? me demande Rémi
- Pourquoi?
- Tu ne sais pas que, si tu manges un seul pépin, un pommier peut pousser dans ton ventre?
Oh là là! J'ai peur! J'ai un verger qui pousse dans mon ventre.»

Une bouffée de candeur toute enfantine, mémoire d'un âge de la vie où la parole des amis fait foi de Loi. Simon Boulerice chuchote une histoire toute en finesse et en poésie, esquissant habilement ce vertige de l'inconnu propre à l'enfance, ce moment où l'imaginaire supplante le réel, rendant l'improbable inéluctable. De concert avec cette douce narration, l'univers visuel de Gérard Dubois, à la palette tendrement vieillotte et à l'audacieuse utilisation de textures, fait s'épanouir l'essentiel, faisant vibrer cette étrange épopée d'une vérité émouvante. Un sublime et délicat plongeon dans la logique implacable de l'irrationnel.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★