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samedi 15 mai 2010

La décision

Par Maxime Roussy et Marie-Ève Larivière, La semaine, Le blogue de Namasté 5

«Même si j'ai 14 ans, je me demande si j'ai le coeur assez solide pour supporter tout le suspense qu'il y a dans ma vie. Il y a la campagne électorale qui ne finit plus de finir, mais il y a aussi Michaël qui joue avec mes nerfs. Sa révélation m'a toute chamboulée. Je l'aime, il m'aime, mais il y a un problème. Un gros pro blème. Suuuper! Il y a aussi Fred, mon ortho de frère, qui veut la gloire, mais sans lever le petit doigt. Sa dernière idée est complètement débile. Et il veut que j'y participe! Si mon coeur s'arrête, ce sera aussi un peu de sa faute.»

Ça y est: la série Namasté vient officiellement de se fondre dans le genre «Aurélie Laflamme». En effet, la plume de Roussy et de Larivière, autrefois si habile et si loin d'un langage supposément utilisé par les «ados», vient de choisir définitivement la voie (et la voix!) d'un téléroman pour adolescents, avec ce que ça implique de vocabulaire pseudo-à-la-mode et de ton moralisateur. Je n'ai rien contre ce genre, personnellement, mais je trouve dommage que la série Namasté ait abandonné sa singularité délicieuse pour imiter un «compétiteur» plus populaire... Ce tome est tout de même sympathique et déborde (peut-être un peu trop!) de péripéties et de dilemmes pouvant survenir à l'adolescence. Bien sûr, l'attachement aux personnages demeure, mais le lecteur se sent comme entraîné malgré lui dans un «conte pour ados» avec morale à la fin. Et parlant de fin, cette manie de créer une attente artificielle du prochain tome, en coupant sans subtilité le fil de l'action dans les dernières pages, est un brin dérangeante... On voit venir les auteurs de loin, avec leurs gros sabots. Il s'agit sûrement d'une contrainte de commercialisation, mais j'aurais préféré que les auteurs s'affirment et décident de produire moins de tomes, ce qui leur aurait permis de boucler plus harmonieusement la boucle, une fois chaque partie de l'intrigue réellement terminée. Je suis donc déçue un brin par cette série, qui avait pourtant commencé en force, avec ses personnages singuliers et sa plume audacieuse...


Lili lui donne: ★ ★ ☆ ☆ ☆

vendredi 14 mai 2010

Fanette - Le secret d'Amanda

Par Suzanne Aubry, Libre Expression, Fanette 3

«Fanette tient le notaire Grandmont responsable de la mort de son époux Philippe, qui, en tentant d’empêcher son père de mettre fin à ses jours, a reçu la balle meurtrière. Par ailleurs, le piège mis en place par Alistair Gilmour afin de venger la noyade de sa soeur, Cecilia, va entraîner inexorablement le notaire dans une descente aux enfers. Amanda, quant à elle, réussit de justesse à embarquer avec son fils, Ian, sur le Queen Victoria qui doit les mener à Montréal. Le naufrage du navire sépare le fils et la mère. Un marchand prend l’enfant sous son aile alors que le lieutenant du bateau, Noël Picard, s'éprend d’Amanda et l’aide à regagner Montréal. Mais le coroner Duchesne l’y attend. Elle est mise aux arrêts et ramenée à Québec. Après un interrogatoire serré portant sur le meurtre de Bruneau, le coroner la relâche et, contre toute attente, lui apprend où habite Fanette. Les retrouvailles des soeurs sont très émouvantes, bien qu’Amanda reste silencieuse sur son passé. Leur bonheur est toutefois de courte durée car, à la suite de douteux témoignages, Amanda est accusée de complicité dans le meurtre de Bruneau. Pour la faire libérer, Fanette ira jusqu’à demander l’aide du séduisant et mystérieux Alistair Gilmour.»

Un troisième tome totalement enlevant, que j'ai dévoré tout cru. Une plume tourbillonnante, remplie d'émotions et à saveur historique sans tomber dans le trop didactique. Cette fois, Suzanne Aubry semble avoir trouvé l'équilibre presque parfait. J'aurais peut-être préféré ne pas sentir l'ouverture si ostensible de la fin annonçant sans détour une suite potentielle... mais comme la curieuse que je suis, si un quatrième tome se pointe le bout du nez, je ne serai que trop heureuse de continuer à découvrir la vie de cette délicieuse galerie de personnages!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mercredi 12 mai 2010

Sacré dépanneur!

Par Judith Lussier, photographies de Dominique Lafond, Héliotrope

«On en compte 5 897 au Québec. Du colosse des autoroutes au petit indépendant, en passant par le spécialiste du ver à pêche. En ville, on en trouve à chaque coin de rue. Et dans cette multitude, il y en a toujours un qu'on finit par adopter. Son inventaire hétéroclite dépanne nos matins à la course et comble nos soirées paresseuses. Pour décrire ce petit commerce exceptionnel, il a fallu détourner unmot de son sens habituel. C'était la moindre des choses : le dépanneur allait devenir une véritable icône du Québec, à laquelle il était temps de rendre hommage.»

Petit essai intéressant sur le phénomène du dépanneur au Québec. La plume informative de Judith Lussier est relativement accessible et dynamique. De plus, il y a certes eu un effort considérable concernant la conception graphique, question de rendre ce court documentaire attrayant visuellement. En ce sens, la contribution photographique de Dominique Lafond est savoureuse et salutaire puisque sans le regard perçant de son obturateur, le livre aurait manqué de cette humanité qui rend les p’tits dépanneurs du coin si singuliers!

* * *

mardi 11 mai 2010

Triste Sort ou l'hurluberlu de Morneville

Par Jean-Pierre Davidts, illustré par Manon Gauthier, Les 400 coups

«"Triste sort que celui de Morneville. Car à Morneville, tout est gris. Les gens s’habillent tous en gris pour aller travailler. Leurs chats sont gris même quand il ne fait pas nuit. Les télévisions en couleur ne diffusent que des images en noir et blanc. Les cheveux gris abondent à Morneville et tout le monde y a grise mine. Peut-être est-ce à cause de l’usine." Un soir en regardant sa télévision noir et blanc dans sa maison en noir et gris, Monsieur Duracuir aperçoit l’annonce des chiffons Pluprop-Keprop qui essuie tout tout tout du premier coup. Intrigué, il en commande un et se rendra rapidement compte que sous les épaisses couches de saleté qui recouvrent la ville, il y a un monde tout en couleur. L'aventure plus grande que nature d'un petit homme gris et ordinaire.»

Superbe histoire poético-farfelue au sujet d'une ville qui pourrait être celle d'un peu tout le monde. La plume de Davidts est fantaisiste à souhait et fait sourire... tout en pointant d'un doigt discret mais déterminé les pollueurs de cette planète. Quant aux illustrations de Gauthier, elles sont vibrantes et éloquentes, animées par un judicieux mélange de collage et de dessins d'une délicieuse candeur. Un duo auteur/illustrateur, dont la savoureuse complicité n'est pas sans rappeler celle de Taï-Marc Le Thanh et  de Rébecca Dautremer, et qui, je l'espère, récidivera très bientôt avec un autre opus! Délectable, tout simplement.


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★    

Quelqu'un d'autre

Par Tonino Benacquista, Éditions Gallimard, Collection Folio

«Qui n'a jamais eu envie de devenir "quelqu'un d'autre"? Celui que l'on a toujours voulu être? Celui qui n'aurait pas abandonné, en cours de route, ses rêves et ses désirs? Un soir, dans un bar, deux inconnus se lancent un pari. Ils se donnent trois ans, pas un jour de plus, pour devenir cet "autre". Mais on ne devient pas quelqu'un d'autre impunément. On risque, pour le pire et le meilleur, de se trouver soi-même.»

Étrange épopée de deux hommes filant à la rencontre de leur double, avant qu'il ne soit trop tard. Rythme lent et plume teintée de cette détermination de la dernière chance des poètes maudits. Personnages principaux fascinants pas leur capacité de plonger tête première dans l'inconnu... Une aventure douce-amère sur le sens de la vie, ou celui que l'on croit qu'elle devrait avoir... Jusqu'à quel point l'humain peut-il mener son Destin par le bout du nez?


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

mercredi 5 mai 2010

Les fantômes de mon père

Par Micheline Lachance, Québec Amérique, Les filles tombées 2

«En 1873, Rose vit à New York avec sa mère. Le hasard met sur sa route la princesse Agnès de Salm Salm, qui lui demande de l'aider à écrire l'histoire de sa vie tumultueuse. Née à Saint-Armand West, dans les Townships, elle a participé à la guerre de Sécession américaine à titre d'infirmière, avant de s'aventurer au Mexique, où elle a servi d'intermédiaire entre l'empereur Maximilien Ier et le chef des révolutionnaires, Benito Juares. L'avenir de Rose est prometteur. Néanmoins, un imbroglio retarde son mariage avec le bel Antoine...»

Suite et fin (?) de cette saga historique aux accents de roman policier... La première moitié du roman assomme un brin le lecteur par son rythme effroyablement lent et son ton historique un peu trop soutenu (la fameuse section concernant la princesse de Salm-Salm présente certes un intérêt biographique mais ne colle pas tout à fait avec le destin de Rose...). Par contre, dès la deuxième moitié entamée, tout déboule et l'intrigue tient en haleine jusqu'à la toute dernière page! La plume vive de l'auteur mène son lecteur par le bout de la page et les personnages prennent vie. Quant à la chute, l'auteur a résisté à l'impulsion de nous offrir une fin rose bonbon, ce qui est tout à fait approprié et habile. Les personnages n'en vibrent que plus d'une humanité à laquelle on s'attache...

* * * *

samedi 1 mai 2010

Un lourd silence

Par Martine Latulippe, Québec Amérique, Titan, Marie-Pierre 2

«Quelques photos tordues, quelques appels anonymes, et voilà Loulou prise au centre d'un enfer sans nom. Dénoncer ou pas? Pas facile de trancher quand on joue avec la vie des autres. Surtout quand il s'agit de la vie d'enfants innocents... »

Plume de Martine Latulippe toujours aussi soignée (un niveau de langage encore un brin trop soutenu pour que ça soit plausible pour des ados), toutefois, l'intrigue est cette fois mélodramatique et précipitée: ça sonne faux par moment, à cause de réactions des personnages tantôt trop exagérées ou alors carrément absentes alors que la situation exigerait un minimum de panique. On s'accroche pour le dénouement, même s'il est tristement prévisible... Dommage qu'un thème si important soit abordé si maladroitement... Le potentiel était pourtant là: le trio sympathique de personnages et la plume policière habituellement aguerrie de Martine Latulippe... Mais bon... Une fin en queue de poisson, parfumée à l'eau de rose, pour une série qui avait pourtant si bien commencé dans À fleur de peau...


Lili lui donne: ★ ★ ☆ ☆ ☆

Sortez de mon livre

Par Nick Bland, Scholastic

«Nicolas Vabo essaie de raconter une histoire, mais les personnages venus d'autres livres s'acharnent à l'interrompre: un pirate, une reine et même des monstres! S'il veut arriver à raconter son histoire, Nicolas doit leur faire comprendre qu'ils sont dans le mauvais livre!»

Histoire rafraîchissante et cocasse... et quelles illustrations délicieuses, riches et attachantes! Si le prétexte est simple, les illustrations forment autour du personnage principal un chaos sympathique et invitent le lecteur à plonger dans la fiction, en se délectant des détails et des histoires parallèles. Un petit bijou humoristique, à relire mille fois sans se lasser! Totalement réussi!!!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ★    


Pour le lire en version originale

Mon petit enfant de compagnie

Par Loïc Méhée, Les 400 coups

«Imaginez un rongeur qui reçoit un super cadeau pour son anniversaire : un petit enfant de compagnie ! Convaincu d'être un maître génial, le rongeur passe beaucoup de temps avec son enfant de compagnie. Il n'hésite pas à le sortir de sa cage, à le manipuler dans tous les sens et à le mettre dans son sac d'école... Le petit enfant, lui, ne voit pas du tout ce bonheur du même oeil, et préférerait qu'on le laisse plutôt un peu tranquille!»

Petit album qui se veut une façon rigolote d'expliquer aux enfants ce qu'ils ne devraient pas faire subir à leurs animaux de compagnie. Les illustrations sont colorées, les expressions éloquentes et l'histoire bien narrée. On sent tout de suite que l'animal fait subir involontairement ces mauvais traitements à son «enfant de compagnie» parce qu'il l'aime et qu'il croit savoir ce qui lui plaît. Cela dit, le subterfuge éducatif n'est pas très subtil et je crois qu'il s'agit d'un album qui plaira plus aux parents qu'aux enfants à qui on le racontera! Plus ou moins convaincant...


Lili lui donne: ★ ★ ★ ☆ ☆

vendredi 30 avril 2010

Incidences

Par Philippe Djian, Gallimard

«Une Fiat 500. Au volant, Marc. À côté de lui, sa plus jolie étudiante. C'est la nuit, ils foncent chez lui finir la soirée en beauté.  Au petit matin, son goût prononcé pour les jeunes élèves de son cours d'écriture va soudain lui passer. À cause des routes de montagne? Du néo-conservatisme ambiant? Des crises de sa sœur? Ou plutôt du charme des femmes mariées? Marc ne saurait dire. Du moins, pour le moment...»

Une autre de ces savoureuses épopées djianesques qui bouleversent tous les repères et qui jonglent habilement avec les certitudes du lecteur... Un plongeon dans l'envers du décor, dans un monde où on en vient à s'attacher à ce qui est Mal et à trouver louche, agaçant ce qui est Bien... La plume sait toujours autant comment faire jaillir la vie des mots... et on s'en délecte avec bonheur! Un petit quelque chose d'inquiétant et d'envoûtant à déguster tranquillement... Lecteurs à la morale frileuse, s'abstenir... 


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆