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mardi 12 avril 2011

Thalie et les âmes d'élite


Par Jean-Pierre Charland, HMH, Les folles années 3

«1925. Thalie a enfin entre les mains son diplôme de médecine. Elle se rend vite compte qu’il s’agissait de l'étape la plus facile. Il lui reste maintenant à se constituer une clientèle, dans un monde où l'idée qu’une femme fasse carrière soulève tous les soupçons, et à affronter la misère humaine. Heureusement, elle peut toujours compter sur l'appui des membres de sa famille, en particulier sur Mathieu, jeune professionnel qui sera bientôt père. À l’époque, l'économie tourne à plein régime, la province de Québec semble se couvrir de chantiers. Des États-Unis vient un vent de modernité, alimenté par la presse à grand tirage, la musique populaire et le cinéma, qui proposent une façon de vivre plus libre, davantage orientée vers les plaisirs. Mais l'Église catholique entend protéger les âmes contre les idées nouvelles. Depuis le titulaire du diocèse jusqu'au dernier prêtre, dont Émile Buteau, curé de la paroisse Saint-Roch, chacun participe à une véritable croisade contre toutes les dangereuses innovations, depuis le vote des femmes et leur accès aux professions jusqu'aux affiches de cinéma. Mais ultiplier les interdits ne suffit pas. Les membres du clergé cherchent des modèles à offrir à la jeunesse. Les âmes sont soigneusement scrutées, à la recherche d'une religiosité précoce. Un candidat à la sainteté de 16 ans, Raymond Lavallée, devient la cause d'un affrontement entre Thalie, qui entend ramener le garçon à des habitudes de vie plus saines, et son oncle, le curé Émile Buteau, qui alimente sa crainte morbide du péché et sa recherche obsessive de moyens de se mortifier.»

Un autre intéressant volet de la série Les Folles Années. La trame est fort accrocheuse, touffue, riche en rebondissements et permet aux gourmandes comme moi de dévorer littéralement la «vie» de Thalie, Mathieu et Marie, sans égard pour les heures de sommeil que l'enthousiasme littéraire grappille. Un sujet singulier à aborder, encoe une fois, que celui du mentorat un peu trop extrême et obtu que le clergé exerçait sur de jeunes âmes à l'époque, les harcelant psychologiquement sans cesse pour leur supposé salut et assouvissant ainsi, de facon peu orthodoxe, leur propre besoin d'expiation. Charland s'y lance toutes voiles dehors, comme précédemment dans l'affaire d'Aurore, en ne ménageant aucune sensibilité, et en faisant vivre au lecteur la détresse d'une de ces «âmes» presque en temps réel. Un brin trop intense, ce chemin de croix, à mon avis. De plus, encore une fois, Charland ne résiste pas à insérer plusieurs faits historiques dans son intrigue, mais maladroitement, ostensiblement, condamnant le lecteur à subir ces «moments d'Histoire» soulignés à grands traits; j'adore les romans historiques dont la recherche est consciencieuse, mais il est sincèrement plus agréable pour le lecteur lorsque l'auteur sait s'approprier ces faits et les fusionner à la trame, ce que Charland a parfois su faire, bien que trop rarement.  Cela dit, malgré ces incidents de parcours, j'ai bien apprécié ce troisième tome, ce qu'il fait découvrir sur la vie des femmes entre autre... et parce que, définitivement, le destin de la famille de Marie Picard, famille hors norme s'il en est, est indubitablement passionnant!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

jeudi 25 novembre 2010

Mathieu et l'affaire Aurore

Par Jean-Pierre Charland, HMH, Les folles années 2

«1920. La Grande guerre et la grippe espagnole deviennent de mauvais souvenirs, la vie reprend son cours. Au sein de la famille de Marie Picard, les enfants suivent leur destin. Thalie se trouve à Montréal, entichée plus que jamais de ses études de médecine. De son côté, Mathieu découvre à la pratique du droit des à-côtés déplaisants. Son emploi au bureau du Procureur général l'amène à jouer un rôle de premier plan dans une histoire susceptible de donner des haut-le-cœur à tout le Québec : celle d'Aurore Gagnon, l'enfant martyre de Sainte-Philomène-de-Fortierville. Au moment où Mathieu visite cette paroisse pour la première fois, la petite victime gît déjà sur les planches de son cercueil. Il fait toutefois connaissance de sa sœur aînée, Marie-Jeanne. Celle-ci, âgée de douze ans, a été témoin de tous les mauvais traitements. Elle cherche à démêler ses sentiments : un amour inconcevable pour sa belle-mère et la crainte de subir les mêmes châtiments horribles. Les premières étapes du processus judiciaire laissent croire que les parents échapperont à la justice : après tout, ont-ils fait autre chose que de mener une enfant récalcitrante sur le chemin de la vertu? Le jeune homme réussit à tisser avec la fillette une relation de confiance. Elle se confie d'abord à lui, elle témoigne ensuite en faveur de la Couronne. Mais ses demi-frères, les propres enfants de la marâtre, feront-ils de même? Qu’adviendra-t-il de la mère et du père à l’issue du procès? Au fil de ces événements dramatiques, Mathieu, qui occupe la place centrale de ce roman, apprendra à se réconcilier avec son propre passé tumultueux.»

Ouf! Deuxième tome excellent mais plutôt sombre et sordide, ayant pour toile de fond cette tristement fameuse affaire d'Aurore l'enfant martyre. En fait, quand je dis «toile de fond», il s'agit plutôt d'une reconstitution consciencieuse de la mort de l'enfant et du procès qui s'en est suivi. Cette fois, Jean-Pierre Charland maîtrise parfaitement la fusion entre saga familiale et fait historique: on ne sent pas une seule fois le ton didactique des «cours d'histoire» qui nous faisaient décrocher dans Les Portes de Québec, ainsi que dans le premier tome des Folles années. Dès les premières pages, on plonge dans l'univers terrorisant et déséquilibré de la famille Gagnon de Sainte-Philomène, suivant ensuite Mathieu dans sa découverte de la «vraie» justice des tribunaux, celle des stratégies, des points de droit, du triomphe de la procédure au détriment de l'humain, parfois. Si la plume de Charland n'a jamais été aussi juste, son sujet est un brin dérangeant pour les sensibles de ma trempe. Que ce soit à coups d'interrogatoires en privé, de récits informels au bord du foyer ou à l'aide des joutes verbales du tribunal, le lecteur est immergé dans l'affaire d'Aurore, enseveli sous les détails terribles. Avis à ceux dont l'imaginaire s'emballe pour un rien: c'est une histoire pour les endurcis... Et si, comme moi, vous mourrez d'envie de le lire tout simplement pour continuer à suivre la vie de la singulière famille Picard de la Haute-Ville, eh bien, planifiez quelques pauses salutaires durant votre traversée du livre... et permettez à vos yeux de glisser en diagonale sur les descriptions trop précises quand votre coupe sera pleine... Une réussite que cette réalité à peine soutenable que Charland parvient habilement à faire revivre au lecteur... 


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆

vendredi 11 juin 2010

Les héritiers

Par Jean-Pierre Charland, HMH, Les folles années 1

«1919. Comme le reste du monde, Québec émerge de la grippe espagnole et du ralentissement économique dû à la fin de la guerre. Mathieu est revenu profondément transformé de celle-ci. Sa famille s’interroge sur son compte et sa fiancée, Françoise, sur l’avenir de leur relation. Marie continue à diriger de main de maître les destinées de sa boutique, mais devra faire un choix important concernant sa relation avec Paul Dubuc. Quant à Thalie, son combat contre la grippe espagnole n’a fait que la conforter dans ses aspirations.
Du côté de l’autre famille Picard, dont Édouard est dorénavant le chef, on cherche encore à se remettre de la disparition de Thomas, qui laisse un vide énorme. Sa veuve Élisabeth prend une décision qui en surprendra plus d’un dans son entourage et plie bagages, abandonnant Édouard dans un tête-à-tête inconfortable avec sa jeune épouse. Mariés depuis à peine deux ans et nouveaux parents, ils voient, impuissants, se creuser entre eux un fossé chaque jour plus grand. Par ailleurs, Édouard prend de plus en plus sa place aux commandes de l’entreprise que lui a léguée son père et suis ses traces comme organisateur politique. Mais finira-t-il un jour par mûrir?»

Quel bonheur de retrouver les personnages les plus vivants de la série Les Portes de Québec dans cette suite attendue! Cette nouvelle saga familiale aux nombreux rebondissements m'a tenue en haleine jusqu'au tout dernier mot; j'ai dévoré le livre à la vitesse de l'éclair, comme la gourmande que je suis! La plume de Charland cerne toujours aussi habilement toutes les nuances des relations interpersonnelles et sociales si complexes du début du 20e siècle... mais n'arrive toujours pas à intégrer discrètement les comptes-rendus d'événements historiques à l'intrigue. Si la dimension historique des romans me passionne toujours, les interminables et monotones leçons d'histoire de Jean-Pierre Charland ne parviennent pas à susciter mon intérêt, même après 5 tomes d'une saga pourtant délicieuse. J'en suis donc réduite à suivre avec enthousiasme l'évolution de l'action et des personnages, en lisant plus distraitement, voire en diagonale, les passages du type «essai historique» greffés de force à cette histoire si riche et si complète. En espérant que le prochain tome soit aussi enlevant!... et que Charland mette la pédale douce sur la narration exhaustive de faits historiques! Cela dit, c'est une épopée qui vaut le détour!


Lili lui donne: ★ ★ ★ ★ ☆